CONCLUSION
Arrêtons ici nos citations qui ont pu paraître longues, mais qui étaient nécessaires pour apprécier un texte que nul des éditeurs modernes n'a suivi et que nous considérons comme celui qui nous présente le mieux la pensée de Ronsard.
Est-ce la même conclusion que le lecteur de ces pages tirera de l'étude de ces variantes ? Pour l'y aider, un peu de statistique ne sera pas inutile.
Ronsard a composé 220 Odes environ. Aucune édition ne les contient toutes. 1550 en a 108; 1555 en a 102; 1560, qui réunit pour la première fois les cinq livres ensemble, en a 193 ; 1567 et 1571 en ont 186 ; 1578 en a 178 ; 1584 n'en a plus que 156 et
Bibliographie. — Amours. 1552, 122. Odes. 1560 (V, i), 201 ; 1567, 198 b; 1571, 1573, 404; 1578, 365; 1587, 282; 1592, 3oo ; 1604, 1617, 678; i63o, 687. OEuvres. 1584, 369; 160g, 1623, 514. Blanchemain. 11, 295. Marty- Laveaux. 11, 371.
Variantes. — 126. De... i552. — 128. Ne t' a. comme i. 1587. — 129. D. sa garde b. t. i56o.
6o POUR l'édition critique
1587, 134. Et c'est ce dernier nombre que donne Blanchemain, nombre qui est le même en 1604, 1609, 1617, 1623 et 1630. Si l'on ne considère que la disposition des pièces, n'est-il pas évident que 1578 vaut mieux que 1584, et surtout que 1587, donnant dans un ordre voulu par le poète, 22 odes de plus que celle-là, 54 de plus que celle-ci ?
Quant au tsxtc, pour la moitié, sinon plus, des vers, la question d'édition à suivre ne se pose pas, puisqu'ils sont les mêmes, de 1550 à 1587. — Sept Odes, prises au hasard dans le Livre I, nous offrent 374 vers sans variantes sur un total de 649, soit près de 60 0/0.
Et pour l'autre moitié, à quel texte se fier ? Examinons d'un peu près les huit éditions que nous avons consultées.
Si Ronsard était un poète anglais, quelque éditeur avisé nous aurait depuis longtemps donné une reproduction phototypique de 1550, premier livre imprimé du poète, édition première des Odes. Si nous prenons 1550 comme base, nous serons obligés, pour plus de la moitié des pièces, de recourir à d'autres éditions /)n«ceps : Amours ou Cinqieme livre des Odes de 1552, Bocage de 1554, Meslanges de 1555, Odes de 1560 ; quelle macédoine de graphies ce procédé ne nous donnerait-il pas ? Réservons plutôt 1550 comme un excellent témoin de la langue avant les publications d'Amyot, que lut et relut Ronsard et qu'il sut mettre a profit.
L'édition de 1555, qui ne renferme encore que quatre livres, et présente déjà des suppressions, n'a aucun titre à être prise en considération.
L'édition de 1560 est bien celle qui nous présente le plus grand nombre d'Odes disposées en V livres, mais, pour le texte, elle n'est que la reproduction, souvent sans aucun changement, des éditions qui l'ont précédée : Odes de 1550 et 1555, Bocage de 1554, etc. Et, à vrai dire, fut-elle autre chose qu'une spéculation de librairie ? Un auteur n'est-il pas légèrement ridicule qui, à 35 ans, publie ses Œuvres ? La numérotation souvent inexacte des Odes n'indiquerait-elle pas que, son consentement une fois arraché, le poète laissa à l'imprimeur le souci de l'édition pour écrire de nouveaux Poèmes ?
L'édition de 1567, d'une très belle tenue typographique, est discréditée par cette note qui se lit au f. A a iij « Fautes survenues à l'impression pour l'absence de l'auteur. » La numérotation très capricieuse des Odes nous invite à ne pas lui accorder plus d'importance que ne le fit Ronsard.
DES ODES DK RONSARD 6l
L'édition de 1571 mériterait sans doute une étude approfondie : elle clôt en effet ce que nous serions tentés d'appeler les éditions de jeunesse, mais ne s'en distingue pas assez pour être élevée au rang d'édition type.
Les suppressions, trop souvent injustifiées, qui se rencontrent en 1584, ne font pas de cette édition un guide bien sûr : au surplus son texte n'est guère qu'une copie — infidèle — de 1578.
1587 accroît encore le nombre des Odes retranchées, mais la profusion de ses variantes indique que 1584 fut l'objet d'une révision soigneuse : nous ignorons dans quelle proportion Galland respecta la pensée dernière du poète.
N'est-il point préférable, ainsi que nous l'avons fiiit, d'adopter le texte de 1578, revu par Ronsard en pleine possession de ses facultés ? Ce texte couronne, en s'en différenciant, les éditions de la jeunesse du poète et ne subit, en 1584, que des retouches généralement légères, souvent malheureuses, et plusieurs fois regrettées par leur auteur à la recherche du toujours mieux.
Hugues Vaganay.
DIJON. — IMP. DARANirERE
PQ
Vaganay, Hugues
Pour 1' édition critique des Udes de Ronsard