ODE I
He, quelles louanges égales A ton mérite souverain 3 Te rendroient tes Gaules loyales, Fust par mémorables annales, Ou par vives lettres d'airain !
6 O Prince le plus redoutable De tous les Princes ordonnez Pour régir les sceptres donnez 9 A nostre partie habitable !
N'est-ce pas toy qui nous rapportes La paix, et qui de toutes pars 12 As verrouillé de tes mains fortes Le temple béant par cent portes Où forcenoit l'horrible Mars ?
15 Par toy jusqu'aux Indes se rue La navire franche de peur, Par toy d'un paisible labeur 18 Le bœuf fume sous la charue.
Par toy, l'Abondance ayant pleine Sa riche corne jusqu'aux hors, 21 A doré la Françoise plaine :
Par toy la plus légère peine Suit les péchez des pieds non tors :
Variantes. — Titre. A luy mesmes. Sur ses o. f. l'an i 55o. i552. — Titre. Au Roy Henry sur... i56o. iSôy. iSyi. — Titre... ses ordonnances,... 1584. iSSy. —
I. Et... i552. — I. E i56o. 15Ô7. — 9. A n. p. habitacle [sic !J i56o. —
20 Sa Corne grosse de tout fruict 1587. — 21. A couvert la F. p. iSôy. \bj\. — 21. Enrichistla F. p. 1584. iSSj. - 22. 23. P. t. le pécheur craint la p. Et le foible ne craint les forts 1584. - 22. 23. P. t. le meschant craint la p., Le voleur, la croix qui le suyt 1587.
24 Par toy, par l'horreur de ta destre La France voit ses estandars, Jadis trahis pas noz soudars,
27 Toy n'estant point encor leur maistre. Mais ores que tu l'es, qui est-ce Qui pallira craignant l'Anglois,
30 Ou l'Espagnole hardiesse,
La Flandre, ou la blonde jeunesse Du Rhin, indocile à noz lois ?
33 Puis que ton ordonnance sainte.
Qui droictement nous veut guider, Par la justice a sceu brider
36 Les tiens d'une juste contrainte.
Tes piétons, ta gendarmerie.
Qui violoient au-paravant
39 Les saints droits de l'hostelerie, Riblant les biens par pillerie Comme un blé moissonné du vent :
42 Si bien que tes terres sujettes N'enduroient moins d'affliction, Que la rebelle nation
45 Où les feux ennemis tu jettes ?
Mais or' ta loy, mais un tonnerre.
Les effroye plus estonnez
48 Que lors qu'un camp Anglois les serre. Ou quand au milieu de la guerre César les presse environnez :
5 I Si qu'humble tu fins apparoistre Une si grande légion.
Comme gens de religion
54 Qui vont muets dedans un cloistre.
Le velours trop commun en France Sous toy reprend son vieil honneur,
57 Tellement que ta remonstrance
Variantes. — 24. P. t., p. l'cxploict de ta d. 1584. iSSy. — 25. France revoyt s. e. 1584. '^87. — 28. M. or que tu es roj , q. e.-ce i552. — 33-35. Et puis q. ta police s. Q. saintement n. v. g. A sceu si saintement b. i552. i5i3o. 1567. 1571. — 46. Ores ta 1., m. un t. i552. — 46 .. ton t. 1584. — 46. Or' ta loy qui bruit en t. 1587. — 48... champ i56o. — 49. Ou q. par l'effort [le jeu i56o] de la g. i552. i56o. — 54... mués i56o.
Nous a foit voir la difierance
Du valet et de son seigneur, éo Et du muguet chargé de soye
Qui à tes Princes s'egaloit,
Et riche en cramoisy alloit, 63 Faisant flamber toute la voye.
LesTusques mains ingénieuses
Ja de trop velouter s'usoient 66 Pous noz femmes délicieuses,
Qui sous robes trop précieuses
Du rang des Nobles abusoient :
69 Mais or' la laine desprisée
Reprend son premier ornement.
Tant vaut le grave enseignement 72 De ta parole authorisée.
Ceux qui par- un avare outrage
Espoints d'une meschanceté 75 Pincetoient ore. le visage,
Ore le nez, ore l'image
De ta commune majesté, 78 Maintenant oyans ta défense
Tiennent leurs mains sans plus congner.
Et ton argent sans le rongner, 81 Tremblans de t'a voir fait offense:
Non espris d'une peur si grande
De sentir tous nuds un feu chaut, 84 D'estre bouillis, ou d'une amande.
Que de ta loy qui leur commande
De recognoistre leur défaut.
87 O grand Prince, les grands polices
Et les grands faits que tu conçois,
Te feront nommer des François 90 L'Hercule qui purge les vices !
Ton œil vigilant qui contemple
Tes vassaux en divers costez.
Variantes..— 62. Et r. en draps de soye a. 1587. - 67. Qui en r. t. p. 1587. — 69... mesprisée 1587.— -jb. Te pinçoient o. le v. i552. i56o. 1567. 1571. - 79. 80. congner. rougner i552. — 79- 80 cougner. rougner i56o. 1567. — 79. 80. cogner, rogner 1571. — 85. Q. de toy Seigneur, q. 1. mande i552. — 87... tes g. p. i552. — 87. O Prince, les sainctes p. 1584. 1587.
93 A contemplé de Dieu le temple.
Que noz Banquiers par faux exemple Combloient de larrons eshontez:
96 Et doctes en chiquaneries
N'enduroient en un seul cartier Qu'un Bénéfice fust entier, 99 Troublé de mille tromperies.
Mais or' bulles et sisjnatures, Et dattes levez par-avant,
102 Mandats, foux titres, escritures.
Dépravez par leurs impostures.
Seront certains doresnavant :
105 Si bien que le Moine et le Prestre Possedans en paix leur maison.
Feront pour toy mainte oraison,
108 Et pour les loix que tu fais naistre: Lesquelles l'odieuse Espagne Ne pourra violer, ny ceux
1 1 1 Que la Tamise Angloise baigne, Ny les nourrissons d'Allemaigne A la guerre non paresseux,
114 Ny l'Italie conjurée A briser leur divinité :
Tant aura ton éternité
1 17 Plus que leurs armes de durée.
Et nous ayans de toy mémoire.
Comme les Grecs de leur Castor
I 20 Ou d'Hercule, ferons ta gloire
Par noz vers plus claire et notoire Que la leur ne s'apparoist or.
123 Au jour de teste, ou jour ouvrable Suans à l'œuvre, ou reposez
Variantes. — 96. Et d. aux fraudes Rommaines i552. — 09. Voyant leur [s] péchez francz de peines i552. — 102. M., Parafes, E. i552.— 104. S. meilleurs d. ]552. — 106. P. en p. leurs maisons i552. i56o. 1567. iSyi. — 107. F. p. t. leurs oraisons i552. i56o. — 107. F. p. t. des ornisons 1567. 1571. — 109. Espaigne i3Go. 1571. — 110. Ne p. roinpre, non pas ceulx i552. — uo. Ne p. corrompre, ny c. 1567. 1571. — 112. 114. Non... Non... i552. — 116. 117. T. sera leur e. P. q. 1. forces de d. i532. — i23. Au..., au... i552. — i23. A..., à... 1587.
DES ODES DE RONSARD Sq
Nous serons tousjours disposez 126 A chanter ton nom vénérable. -
Avec la lyre despenduë
Nous t'avou'rons pour immortel 129 Dessus sa corde bien tendue,
Et d'une liqueur respanduë
Sacrifi'rons à ton autel :
132 Eternizant d'un vœu prospère
Nous, noz femmes et noz enfans,
Quatre nouveaux Dieux trionfans, 135 Toy, ton fils, ton frère, et ton perc.
OBSERVATIONS
De 1560 à 1587, cette Ode a toujours été la r" du livre V.
Sur 135 vers, 95 sont restés sans changement de 1552 à 1587, soit 70 0/0.
Les vers 83 et 116 ne se lisent dans aucune édition de 1552 à 1587, tels que les donne Blanchemain.