‹ Pour l'histoire de la science hellène [microform]Chapitre 30 sur 90 · IX · texte numérisé non relu

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Dans sa longue carrière, il dut composer une quantité considélable de vers, sur tous les mètres et sur tous les tons. Une très orande partie de ces chants eut d'ailleurs le caractère fugitif de l'élégie, et quoique toute l'antiquité paraisse admettre qu'il a fourni le prototype, sinon le modèle, des poèmes philosophiques de Parménide et d'Empédocle, nous ignorons de fait si les fragments en hexamètres d'un caractère didactique qui nous ont été conservés comme de Xéiioj)hane, ont jamais appartenu à un seul et même ensemble, ou si, au contraire, ils n'ont point été tirés d'œuvres distinctes, composées à des dates éloignées, s'ils n'ont notamment pas fait partie, soit tous, soit au moins quelques-uns, des Purndies et des Silles, où il déploya sa verve ironique, et que devait j)lus tard imiter le sceptique Timon de Phlionte.

Les vers qui nous restent de lui semblent, en général, appartenir à la dernière i)artie de sa vie, alors qu'il cherchait sans doute à attirer l'attention en s'occupant de questions qui commençaient à préoccuper son pujjlic et qui convenaient aussi mieux à sa vieillesse. Mais tout poète vraiment digne de ce nom a, plus ou moins consciemment, élaboré un fonds d'opinions religieuses, phllosojthiques, morales, qui se font, un moment ou l'autre, jour dans SCS œuvres et en constituent la véritable unité. Peut-être plus qu'un autre, Xénophane a donné en détail la formule de ses o])inions; il n'est point prouvé qu'il les ait coordonnées dans une œuvre spéciale, dans un testament de sa pensée.

S d'ailleurs ceux surtout de ses vers où éclatait le plus la singularité de ses croyances, se répandirent rapidement et jouirent d'une assez 'ongue popularité, qu'atteste, entre autres témoignages, un passage d'Empédocle (v. 237-239), Xénophane, en tant que penseur, resta isolé. Il ne forma ])as plus de disc'ples qu'il n'avait eu de maîtres.

7. Au reste, il n'a rien d'un chef d'école. La dominan'e de son caractère ressemble beaucoup à ce qu'on appelle humour chez les modernes. Je l'ai plus haut qualifié de sceptique; l'expression est inexacte en ce qu'elle implique un système réfléchi et conscient. Xénophane est bien plutôt un douteur et un rail eur; sa moquerie, tantôt acérée, tantôt enjouée, vise les antiques traditions et les vieilles coutumes, se retourne contre les dogmes nouveaux et les

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mœurs contemporaines; finalement, elle s'atteint elle-même. On dirait que par sa voix, l'Ionie expirante renie les croyanees de son héroïque jeunesse et exhale ses derniers scuiffles en cherchant, sans crrand espoir, à dégager des eontradietious du présent la l'ormule des temps futurs.

Dans rariti((ue métropole que le désastre n'atteindra pas, qui y trouvera au contraire une occasion de ghure et de puissance, dans Athènes, S(don, Pisistrate recueiller.t pieusement les chants homén<pies, et, à coté d'eux, tous ceux aux«fue!s la tradition prête une antiquité reculée. Des vers attribués à Orphée, à Linus, à Musée, s'y fabri([uent et y trouvent crédit. Kpirnénide, lecpiel d'ailleurs refait pour son conq,te la théogonie d'Hésiode, semble avoir donné le signal d'une rénovation religieuse qui constituera, pour longtemps encore, un des principaux éléments de vitalité de la cité de Minerve.

Sur les rives itali([ues, où \én<q)hane expatrié a trouvé un r^'fuge, il voit IVthagore tenter à sa façon une réforme dans le même sens, mêler aux vieilles superstitions des rites nouveaux, aux traditions hellènes des croyances barbares.

Ici et là, cofrd)ien de sujets pour la mordante inuiic du Colophornen ! Elle n'y faillira |)as, elle va viser Homère comme Hésiode (fr. 7), Kpiménide (Diou. L., [, m) comme IVthagore (fr. 18j. Assez des viei les légendes fabuleuses, des n.ythes vénérés (fr. 21) ! Phis de divination (18j, mais aussi pas dejnétempsycose ! Au fond, les attaques touchent la religion populaire, car si Von v sent une jalousie de poète qui veut sortir du cycle épuisé et prétend ouvrir à la Muse de nouveaux hcuizor.s, si l'on y reconnaît aussi la protestation d'un vivace sentiment moral en face des contes indécents et grossiers, on n'y peut nier la répulsion qu'excitent chez le i)enseur les attributs anthrop(,m(uphi(p.cs des divinités idolâtrées. « Les dieux thraces ont les cheveux nmges et les yeux bleus, les dieux éthiopiens sont noirs et camus. » (Clém. d'Alex., Strow.. VII, p. 711 b. Voir aussi fr. ()).

^ Sur cette voie, Xénophane ne s'arrêtera pas à l'extérieur des ^'égendes, i\ s'attaquera aux racines mêmes des croyances. « Dire que les dieux ont été engendrés, c'est dire (pfils ])euvent mourir c est dire qu'ils ne .ont pas, c'est la plus grande impiété. )) (Ar s- TOTE, BhcL, H, 23). ^

Nous voyons là surgir pour la première fois cette opposition de Fêtre et du devenir, qui va })our longtemps défrayer la philosophie. Mais nous la voyons en môme tenqDs s'appuyer sur un principe avoué par le premier physiologue : « Tout ce qui est né doit périr. »

Xénophane va-t-il opposer une formule personnelle aux antiques « lovances ? Oui, certes; ce qu'il va dire au reste n'est pas de science certaine, ce n'est qu'une opinion; car il n'y a pas de science pour riiomme. quoi qu'on en dise (fr. 14; allusion à Pythagore ?). Mais enfin, s'il y a un dieu, il doit être éternel; d'ailleurs il n'y en peut avoir ([u'un; il n'y a qu'une puissance suprême qui gouverne toutes choses (fr. 1, 2, 3).

dépendant ce d eu unique, auquel, ])ar un reste bien pardonnable d'anthro[)omorphisme, le poète de Colophon laisse les sens et la pensée de l'homme, est-ce bien en réalité un dieu nouveau (pi'il chante et dont il serait le premier prophète ? Non : car tous les témoignages de l'antiquité sont d'accord là-dessus, ce dieu, c'est l'Univers lui-même. Platon a donc droit de dire {Sophisl., 9,f\9. d) que cette doctrine est antérieure à Xénophane. On ne peut, en elfet, méconnaître le ciel dont Anaximandre a déjà proclamé la vie; c'est là le dieu qu'adopte le Colophonien, mais il le fait sien, d'une part en lui attribuant l'éternité dans le passé et dans l'avenir, d'autre part en se refusant à voir dans les apparences de la révolution diurne le signe principal de la vie de l'Univers. 11 nie cette révolution et ne peut concevoir l'ensemble des choses que comme immobile (fr. 4).

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