II. — Xénophane poète
G. Pour bien apprécier les opinions de Xénophane, il est essentiel de se rendre compte de son véritable caractère; d'ordinaire, en effet, on le refrarde tro]) comme un véritable philosophe, alors qu'en réalité c'est bien plutôt un poète humoriste.
Les dates extrêmes de sa vie, telles (ju'elles ressortent des données d'ApoUodore, sont probablement tro]) reculées et peutêtre de beaucoup; ce])endant il n'y a pas d'inconvénient à les supposer vraies.
Jadis puissante et au ])remier rang des cités ioniennes sur la côte de l'Asie-Mineure, Colophon, déchirée par les discordes civiles, avait vu déchoir sa s|)lcn(Ieur, et, lorsque XéFiophane y naquit, elle était, depuis près de soixante ans déjà, tombée, la première de toutes ses sœurs, sous la domination des Lydiens (Hérodotk, I, i4). Mais cet assujettissement, qui se réihiisait à l'imposition d'un tribut, n'avait fait que diminuer son opulence, et elle demeurait un loyer de poésie, où, à cette date, brillait notamment l'élégiaque Mimnerme.
Poète aussi, poète avant tout, devait être Xénophane. Sans fortune, ses vers lui furent un gagne-pain, et, dès vingt-cinq ans, il adoptait la vie errante du rhapsode et du trouvère. Presque centenaire, il la menait encore, et il atteignit ainsi le temps du règne de Darius.
Si ces voyages l'entraînaient sans doute partout où il pouvait espérer un bon accueil, il ne s'expatria définitivement de l'Ionie ({ue quand les Perses (fr. 17) vinrent y faire peser plus durement le joug de la servitude. A ce moment. Thaïes et Anaxiinandrc venaient sans doute de mourir l'un et l'autre; Pythagore, déjà entouré des disciples de Samos, allait bientôt, lui aussi, partir pour la Grande-Grèce. Xénophane, d'abord réfugié en Sicile, put donc être témoin des rapides progrès de l'institut pythagorique dans les cités doriennes de l'Italie, alors que lui-même, en relations avec les Phocéens d'Élée, chantait l'épopée de leurs aventures, comme jadis il avait déjà chanté la naissance de sa propre patrie (Diog. L.,