L'objection subsisterait au reste, quand même il serait
— 3ïi;î — possible (|ue des hétérogènes eussent des dimensions leur permettant l'adaptation, et quand il serait vrai, comme il le dit, que les yeux dont le tempérament est imparfait deviennent moins perçants parce que tantôt le feu, tantôt l'air obstrueraient les pores. Car s'il y a proi)ortion de la sorte et si les ]>ores sont renq)bs de corps "d'une autre nature, comment et où, lors de la sensati.u., ces corps sortiront-ils ? 11 faut bien expliquer quel peut être . e déplacement. .Ainsi, de tous côtés, il y a des diffîcultés : il faut ou bien admcUie le vid.^, ou dire que les êtres vivants sentent toujours toutes choses, ou supposer une adaptation <le corps de nature dHÏÏrente, <pii ne produisent pas de sensations et qui n'aient jias le déplacement spécial à ceux qui les produisent.
15. Kniin, s'il n'v a |.as adaptation complète du semblable, mais seulement contact, il s'ensuit que la sensation sera produite dans tous les cas; car, en fait, il rend compte de la connaissance à 1„ fois par la sinulllude et par le contact, et c'est pourquoi il parle d'adaptation: T.ais, de la s.,rtc, s'il y a contact du moindre au plus grand, il v aura sensation. D'autre part, en thèse générale d'après lui, la similitude ne joue aucun rôle et la seule proportion suffît: .'est ainsi qu'il dit qu'il n'y a pas sensation récipr<,.[u.., parce que les pores ne sont pas en pro|.ortion; mais que l'effluve soit semblable ou dissemblable, il ne fait pas de distinction On doit don.- .•on.lure, .)u bien .(ue la sensation n'est j.as produite par le semblable, ou <pie le défaut de perception n'est pas dû à une certaine dispro,...rtion .tl, il est nécessaire que les sens et les objets sentis soient t.aijours de même nature.
l(j 11 ne rend pas non plus, d'une façon acceptable, compte du plaisir et de la douleur, .piand il attribue le j.remier à l'action des semblables, la seconde à celle des .ontraires, des « ennemis »,
comme il dit,
(Vers 267-268) « qui sont le plus éloignés les uns des autres — par leur origine, leur tempérament, et la forme qui leur est
imprimée. " .
Le plaisir et la douleur, produits de la sorte, sont des sensations ou sont accompagnés de sensations; celles-ci ne seraient donc pas toujours produites par les semblables. D'un autre côté, si ce sont
TA.N.NKHY
surtout les corps de même natuie qui produisent le plaisir ])ar leur (îontact, comme il le dit, ce devrait être ceux qui sont inc(uporés ensemble qui éprouveraient le plus de plaisir ou en général sentiraient le mieux, puis([u'il attribue à la même cause la sensation et le plaisir. Cepeuflant, l)ien souvent, tout en sentant, nous souJlVons de la sensation même; d'après Anaxagore, cela même arriverait toujours, car il n'y aurait pas de sensation sans souffrance.
17. Autre objection |>arliculièr(; : si la connaissance est produite juir le send)lable, quand il conq)ose l'œil de feu et du contraire, nous pouvons bien connaître le blanc et le noir; mais cornnuMit pourrons-nous percevoir le brun et les autres couleurs mixtes ? (le ne sera ni par les pores du feu ni par ceux de l'ejui, ni par d'autres communs à ces deux éléments, et cependant nous ne voyons pas moins ces couleurs ([uc les autres.
18. Ce ([u'il dit pour les animaux^ (pji \oient mieux les uns ]r, jour, les autres la nuil, n'est j)as moins étrange; car le feu moindre est dissipé par le plus grand, ce cpii fait (\uc nous ne pou^()ns regarder en face ni le soleil ni en général le feu pur. Pur conséquent, les animaux à cpii il man([U(; du feu devraient miuns bien voir le jour; ou, si toutefois le semblable augmente l'intensité, cojnme il dit, tandis cpic le contraire fait obstacle et dissipe, on devrait toujours, (pi'on ait {dus ou moins de lumière propre, \oir mieux le blanc le jour, et le noir la mjit. i)v^ cf fait, on voit toujours nueux toutes cboses île jour; il n'y ix exception que pour un ])etit nombre d'animaux, et il est probable que leur feu propre a assez de force pour cela; c'est comme ceux dont la superficie est lumineuse pendant la nuit.
lî>. l^nlin, ])our les yeux «[ui sont également tempérés, les deux éléments doivent augmenter à tour de rôle, en sorte que, si l'excès de l'un emj)éclie tle voir, il ne saurait y avoir de grande différence entre les vues. Mais il est dillicile d'examiner tous les accidents (bî la vue. Quant aux autres sensations, comment jiercevrions-nous par le send)lable .* Le semblable est indéterminé. Nous ne percevons pas le bruit par le bruit, ni l'odeur par l'odeur,
ni en général l'iiomogène par l'iiomogène, mais plutôt, à vrai dire, par le contraire. Il faut, en somme, que le sens ne soit pas déjà affecté; si nous avons du bruit dans les oreilles, une saveur dans la bouche, une odeur dans le nez, tous ces sens deviennent plus obtus et ils le sont d'autant plus ([u'ils sont plus remplis par les semblables; il faudrait donc faire une distinction à cet «gard .
20. Ce qui concerne les effluves, quoique insuffisamment indiqué, peut cei)endant être admis dans une certaine mesure pour quelques sens; mais il y a difficulté pour le toucher et le goût [']. Comment le rude et le lisse i)euvent-ils être perçus par effluve ou i)ar adaptation à des i)ores ? C ir, parmi les éléments, il n'y a que le feu ([ui i)araisse donner des effluves. Si, d'autre part, c'est aux effluves qu'il faut attribuer la déperdition, qu'il indique comme en étant le signe le phis général, et si les odeurs proviennent d'effluves, il faudrait que les choses ayant le plus d'odeur se dissipassent le i)lus rapidement; or, c'est à peu près le contraire qui arrive; car ce ([u'il y a de i)lus odorant dans les plantes ou ailleurs, est aussi ce (pi'il y a de plus durable. On devrait conclure aussi (pie, sous le règne de l'Amour, il n'y aurait en général pas de sensations, ou du moins (pi'elles seraient plus faibles, puisque alors la tendance à la réunion emi)êche les effluves.
21. Quant à l'«Miïe, quand il fexplicpie ])ar des bruits internes, il est étrange ([u'il croie le faire clairement, en imaginant ce bruit du dedans analogue à celui d'un grelot. Si c'est par ce grelot ' que nous entendons les bruits du dehors, comment entendonsnous son résonnement ? C'est ce qu'il a laissé à chercher. Ce qu'il dit de fodorat n'est pas moins étrange; tout d'abord, il ne donne pas une cause générale; car il y a des animaux qui sentent et cpu ne respirent point. En second lieu, il est plaisant de dire que ceux qui aspirent le plus sentent le mieux; si le sens n'est pas en bon état et bien ouvert, cela n'y i)eut rien faire. Il faudrait donc cpie dans la dvspnée, dans le travail, ou dans le sommeil, on sentît
JE
|i. G. Kafkv [Zu Theophrasts de sensu. Pliilologus. I9i3, p. 7^). rejette « le Koût » comme une inte polalioii. Cf. Nciclit. XXXI. 26].
{il*
mieux les odeurs, car c'est alors qu'on inspire le plus d'air; or, c'est tout le contraire qui arrive.
22. La respiration ne semble pas être canse de l'olfaction par elle-même, mais seulement par accident; c'est ce que prouve l'exemple des autres îinimaux et celui des états dont nous avons parlé. Il ne l'en reconnaît pas moins comme étant la véritable cause et, en terminant, il répète son affirmation :
{Vers 369) « Ainsi tous sont doués de respiration et d'odorat. )> Il n'est pas vrai non plus qu'on sente surtout les choses subtiles; il faut qu'en outre elles aient de l'odeur. Car l'air et le feu sont ce qu'il y a de plus subtil et ils n'affectent point l'odorat.
23. On peut aussi proposer des objections à propos de la pensée. Si en efîet elle se produit comme* d'après lui la sensation, elle ai)partiendra à toutes choses. Mais comment est-il possible que la pensée ait lieu à la fois avec un changement et par l'action du semblable ? Le semblable n'est pas altéré })ar le semblable. Attribuer la pensée au sang est, d'ailleurs, complètement absurde; il y a beaucoup d'animaux qui n'ont pas de sang, et chez ceux qui en ont, ce sont les organes des sens qui en sont le moins pourvus. Enfin, il faudrait que les os et les cheveux sentissent aussi, i)uisqu'ils sont aussi bien composés de tous les éléments. Mais il confond d'une part la pensée, la sensation, le plaisir, de l'autre la souffrance et rignorance, i)uisqu'il produit ces deux dernières par les dissemblables; il faudrait donc que la souffrance accompagnât l'ignorance, et le plaisir la pensée.
24. Il n'est pas moins absurde d'attribuer les facultés au tempérament du sang dans les parties, comme si la langue était la cause de l'éloquence ou les mains celle de l'habileté de l'artiste, comme si ce n'étaient pas là de simples instruments. Il vaudrait mieux attribuer la cause à la forme plutôt qu'au tempérament du sang, qui est étranger à l'intelligence; cette façon de faire serait justifiée par la comparaison des divers animaux.
Il semble donc qn Empédocle ait commis de nombreuses erreurs.
25. De ceux qui n'attribuent pas la sensation au semblable, Alcméon (Vers. i32, 20-35) commence par définir la différence
par rapport aux animaux. L'homme, dit-il, en diffère parce qu'il est seul intelhgentt les autres, animaux ont la sensation, non l'inteHigence; la pensée serait donc distincte de la sensation et non pas la même chose, comme pour Empédocle. Puis il parle de chaque sens en particulier : nous entendons, dit-il, grâce au vide qui existe dans les oreilles, et qui résonne; de même on parle par un creux, et fair fait une contre-résonance. Nous sentions par les narines en respirant et en faisant ainsi remonter le souffle au cerveau. La langue discerne les saveurs; tiède et de peu de consistance, la chaleur la ramollit; d'un tissu lûche et déhcat, elle reçoit les sucs et les distribue.
26. Les yeux voient à travers l'eau qui en forme la périphérie; mais, qu'ils contiennent du feu, cela est clair : un coup sur fœil le fait jaillir. La vision tient à f éclat et à la diaphanéité de ce feu, qui répercute la lumière, d'autant mieux qu'il est plus pur. Tous les sens sont en quel(iuc sorte suspendus au cerveau^ dont les mouvements et déplacements peuvent les annuler, en obstruant les pores, par lesquels se produisent les sensations. Quant au toucher, il n'a point dit comment ni par quel intermédiaire il
se produit.
Voilà les déterminaticms iV Alcméon.
27. D'après Anaxagore ,Vors. 395, 9-396, 4), l'i sensation a lieu par les contraires, car le semblable n'agit pas sur le semblable. Il tente de donner le détail particuher : on voit par fimage sur la pupille; cette image ne se produit pas sur une couleur semblable, mais sur une différente. Pour la phipart des animaux, la différence a lieu pendant le jour, pour quelques-uns c'est pendant la nuit; aussi sont-ils clairvoyants dans fobscurité. En général, c'est plutôt la nuit qui présente la même couleur que les yeux, et l'image se produit de jour, parce que la lumière concourt à la former, et que la couleur prédominante tranche davantatre sur l'autre.
28. C'est de la même manière que le toucher et le goût discernent leurs objets; car ce qui est également chaud ou froid ne peut ni échauffer ni refroidir par son voisinage; le doux ou facide
lie 50 perçoivent |>iis |»;h' ciix-nièiiK's, iiijus le froid imr lo chaud, le potable par le salé, le doux par l'acide, chacun suivant son défaut; car tout cela préexiste en nous. De même ]»oui' Tolfaclion, (pii accomjiagne la respiration; jiour Faudilion, dans hupielh' le hruit va jusqu'à l'encéphale : car Tos environna ni est creux et le luiiit y pénètre.
29. roule sensation est a(.'conipa|j!;née de soulïrance; 4;eci send)le uru* consé([uence de rhy])othèse, cai- le contacl de tout dissemhlalde est pénible, ('ette souffrance dexient sensible ])ai' la (hirée ou par l'excès di^ la sensation, car les c(Mileurs brillanles et les bruils excessifs sont [)énil)les et l'on uv peut pas les suppoileilongtemps. Les plus grands animaux ont plus de sensibilité, et ci général la sensation est d'après la grandeur. Ceux rpii ont d( yeux grands, |)urs et brillants, voient les grands objets et de loin; avec de j)etils yeux, c'est le contraire.
l\0. De même pour l'iuiie; les grands animaux entendent les grands biiiits et de loin; les bruits moindres leur é( happent; les l>elits animaux entendent au contraire les petits bruits et ceux qui sont voisins. De même pour l'odorat ; l'air subtil a une odcui-, car on en seul une dans l'air chaulTé et raréfié. L'animal de grande taille (jui respire entraîne en même temps le dilaté et le condensé, le petit animal \\v respire que le dilaté; aussi les grands aninuiux sentent-ils mi(Mix. L'odeur est plus vive de près que de loin. ])arce qu'elle est j)lus dense et qu'en se dispersant elle s'alîaiblit. On j)eut presque dire (pie les grands animaux ne sentent pas une odenisubtile, ni les ])elits une forte.
31. Attribuer la sensation aux contraires n'est pas sans raison, comme on l'a dit; car l'altération semble provenir non j)as des semblables, mais des contraires. Cependant il faudrait bien s'assurer si la sensation est une altération et si le contraire peut juger du contraire. Mais dire que la sensation est toujours accompagnée de souffrance, cela n'est d'accord ni avec rex])érience (car il y a des sensations accompagnées de plaisir, et la plupart ne le sont point de souffrance) ni avec la raison; car la sensation est selon la nature et rien de ce qui est seirn la nature n'est forcé
ni pénible; ce serait bien plutôt agréable, et il semble bien qu'il en soit ainsi. Car nous prenons i>laisir aux mêmes choses en plus grande ([uantité ou plus frécpientes, et nous recherch(ms la sensation elle-même en dehors des désirs particuliers.
32. D'autre part, puisque le i)laisir et la peine sont procurés par la sensation, et que tout ce qui est naturel est, comme la science, tourné vers le meilleur, il y aurait plutôt accompagnement de plaisir que de peine. En général, si hi pensée n'est pas accompaonée de souffrance, il en est de même i>our la sensation; car dans les deux cas, la raison est la même pour la même utibté. D'ailleurs il n'v a même pas de preuve que l'excès des sensations ou leur durée occasionnent de la souiîrance; il est plutôt indiqué que la sensation consisterait en une certaine proportion, un certain tempérament avec l'objet senti; c'est peut-être pour cela (pic ce qui est trop faible n'est pas senti, que ce qui est trop fort est pénible et fait tort aux sens.
33 On peut juger ce (pii est sel(»n la nature d'après ce (pii est centre Li nature; car l'exc('s est contre la nature. Or il est clair et bien reconnu cpie parfois certaines sensations sont pémbles comme d'autres sont agréables; dès lors la sensation en général n'est pas idiitôt accompagnée de peine (pie de plaisir, mais en réalité elle est probablement indépendante de l'une et de l'autre; sans quoi elle ne ].ourrait juger de son objet, pas plus ciue l'intelli.ronce ([ui serait continuellement accompagnée de peine ou de pFaisir. i;oi)inion d'Anaxagore, en tant qu'elle s'applique à la sensation en géru^ral, s'appuie donc sur un point de départ tout à fait insiiffîsanl.
3'. Lorsqu'il dit que les plus grands animaux sentent davanta<re et qu'en général la sensation suit la grandeur des organes des sens, il v a là une certaine difficulté et l'on doit se demander si les petits animaux n'ont pas au contraire plus de sensibilité que les grands : car il semble que ne pas laisser échapper de petits objets soit le fait d'une sensation plus exacte, et en même temps il n'est pas absurde de penser que qui peut percevoir le moins puisse également percevoir le nlus. D'un autre côté, il semble
que, pour certaines sensations, les petits animaux soient vraiment supérieurs aux grands; les sens de ces derniers seraient donc, par là, moins développés.
35. Si au contraire beaucoup d'objets paraissent échapper aux petits animaux, les sens des grands seraient supérieurs; il est d'ailleurs raisonnable qu'ils l'emportent pour les sensations aussi bien ({ue pour le tempérament de. leur corps en général. Ainsi comme on l'a dit, il peut y avoir dilliculté sur le point de savoir si l'on doit s'exprimer ainsi qu'il l'a fait; car dans un même genre, la distinction n'a pas lieu suivant la grandeur, mais c'est plutôt surtout la disposition et le tempérament du corps qui importent. Quant à mettre les objets sentis en rapport avec les grandeurs, cela semble une opinion voisine de celle cVEtnpcdocîe, qui fait produire la sensation ])ar l'adaptation aux pores. Toutefois, pour l'olfaction, il y a, dans les oj)i nions d'Anaxagore, une difliculté spéciale; car il dit que l'air subtil a plus d'odeur et, en même temps, il attribue l'odorat le ])lus fin aux animaux qui absorbent l'air dense plutôt que le dilaté.
3(J. Pour l'image visuelle, son oj)inii.n est une de celles qui sont généralement répandues; le vulgaire s'explique ordinairement la vision j)ar cette image qui se produit dans les yeux. Mais on ne réfléchit pas que les grandeurs vues ne sont pas en proportion avec les images, qu'il n'est pas ]>ossibIe qu'il y ait en même temps diverses images qui se contrarient, enfin que le mouvement, la distance, la grandeur sont des <d)jets visibles, mais ne donnent pas d'image. D'ailleurs il y a des animaux chez lesquels il n'y a point d'image, comme ceux ilont les yeux sont durs et ceux qui vivent dans l'eau. Bien plus, nombre d'objets inanimés devraient voir, si c'était là la raison; car il se produit des reflets sur l'eau, le bronze et bien d'autres substances.
37. Il dit lui-même (pie les couleurs font image les unes sur les autres, et davantage la forte sur la faible; il faudrait donc que l'une et l'autre fût douée de la vue, et surtout la couleur noire, ou en général, la plus faible. C'est pour cela qu'il fait l'œil de même couleur cpie la nuit et qu'il prend la lumière comme cause de
l'image. Cependant nous \oyons la lumière directement et sans aucune image. En second lieu, le noir n'a en rien moins de lumière ({ue le blanc. Enfin, dans les autres cas, nous voyons toujours l'image se produire sur les objets les plus nets et les plus brillants et lui-même dit que les membranes des yeux sont délicates et brillantes. Le vul^jaire fait môme l'œil de feu, comme si les couleurs participaient surtout de cet élément. Anaxagore a donc, comme j'ai dit, suivi là-dessus une croyance commune et ancienne ; toutefois il a exposé une opinion particuhère sur la perception du grand dans les organes des sens, surtout par celui de la vue; quant aux sensations plus grossières, il ne les a point éclaircies.
38. Clidème (Vors. 4i5, 7-14) est le seul qui ait parlé de la vue à part; la seule raison pour que nous percevions par nos yeux est, d'après lui, qu'ils sont diaphanes; par les oreilles, c'est que l'air qui y arrive les met en mouvement; par les narines, c'est (fue nous aspirons l'air, auquel se mêlent les odeurs; la langue sent les sucs, le chaud et le froid, parce qu'elle est spongieuse; le reste du corps n'a aucune autre sensation que celle du chaud, de l'humide et des contraires; les oreilles seules ne perçoivent rien par elles-mêmes, elles transmettent simplement à l'esprit; Anaxagore, au contraire, fait tout remonter à l'esprit.
39. Diogèîie (Vors. ^^(j, :^8-4^i, 10) a attaché à l'air les sensations aussi bien (jue la vie et l'intelligence; on pourrait donc dire qu'il les attribue au semblable (car il n'y aurait, d'après lui, ni action ni état passif, si toutes choses ne provenaient pas d'un seul principe). L'olfaction serait ainsi attachée à l'air autour de l'encéphale; car cet air est pressé et en proportion avec l'odeur; l'encéphale, au contraire, est relâché et distendu par de petits vaisseaux, dont la disposition n'est pas en rapport avec les odeurs et n'admet pas leur mélange [']; or, il est clair que s'il y a un air dont le tempérament soit proportionné, c'est bien là ce qui sent.
[1. Texte pou sûr. D après les corrections de Kochalsky. on lirait : « rencéphale est relAché et ses petits vaisseaux aussi; mais celui où ils ne sont p;is disposés en rapport.... n'admet pas le mélange. » Cf. Nacht., XLVIII. 8. Voir aussi Beark. j». 1 io].
40. l/aiidltioii a Heu lorsque le inouvenieiit de l'air dans les oreilles, provoqué par celui du dehors, pénètre jusqu'à Tencéphale. La vue se produit au moyen de l'image sur la pupille; le mélange avec l'air interne amène la sensation; comme preuve, s'il y a inQammation des velues, il n'y a pas mélange avec l'air intérieui-, et l'on ne voit plus | ' |, quoiqu'il y ait toujours image. Le goût est dû à ce que la langue est d'un tissu relâché et déhcat. Quant au toucher, il n'a déterminé ni comment il se iJroduit, ni à quoi il s'appliciue. Mais, après cela, il essaie de dire pourq»ioi et de qui les sens [X'uvent être plus lins.
41. L'odorat est plus subtil pour qui a le moins d'air dans la tête, car cet air se mélange i)lus rapidement. Ce sens est encore favorisé si l'aspiration de l'air se fait par un conduit plus long et plus étroit, car la perception se fait ainsi plus vite; aussi certains animaux ont-ils l'odorat plus fin que ne Ta l'homme; d'ailleurs celui-ci sent surtout lorsque l'odeur est i»roportionnée à l'air pour le mélange. L'ouïe est d'autant plus fine que les veines sont ténues, (jue le conduit auditif est court, étroit et direct, que par là-dessus l'oreille est droite et grande. En effet, c'est l'air des oreilles qui, étant mis en mouvement, meut l'air interne; si donc le conchiit est trop large, le mouvement de l'air, ne venant pas tond)er sur un corps en repos, produit une résonance et un bruit Inarticulé.
42. La vue est d'autant plus i)erçante que l'air et les veines ténues sont comme pour les autres sens, et qu'en outre l'œil est plus brillant. C'est surtout la couleur oi)posée qui fait image; aussi les yeux noirs voient mieux de jour et perçoivent mieux les objets brillants; les yeux de nuance opposée voient mieux de nuit. Une preuve que la sensation est due à l'air intérieur, qui est une petite parcelle du dieu, c'est que souvent l'îittention de notre intelligence, portée sur d'autres objets, fait que nous ne voyons ni n'entendons pas.
43. Le plaisir et la peine se jiroduisent comme suit : Quand l'air en grande quantité se mélange au sang et le rend léger, confor-
fi. KociivLSKY ajoute ici « de la même façon ». Cf. Xacht. ib., loj
mément à la nature et en pénétrant par tout le corps, il y a plaisir ; quand le mélange ne se fait pas selon la nature, le sang tombe, devient i)lus faible et plus épais, il y a peine. De même pour la confiance, la santé et leurs contraires. La langue est l'organe qui ])ermet de mieux juger du bien-être; mais elle est très déUcate, d'un tissu relâché, toutes les veines y arrivent; aussi fournit-elle de nombreux signes dans les maladies. Les couleurs des autres animaux y sont également marquées; toutes ces couleurs, quelles ({u'elles soient, y apparaissent. Voilà donc comment et par quoi se produit la sensation.
4^1. L'intelligence, comme il a été dit, est attribuée à l'air pur et sec, car l'humidité empêche l'esprit; aussi dans le sommeil, l'ivresse ou la réplétion, rintelhgence est plus ou moins afi'aibhe. Que l'humidité lui soit nuisible, il y en a une preuve dans l'infériorité intellectuelle des autres animaux, qui respirent l'air sortant de la terre et dont l'ahmentation est plus humide que pour nous. Quant aux oiseaux, ils respirent un air pur, mais leur nature est semblable à celle des poissons-; leur chair est très dense et ne l)ermet pas à l'air de circuler dans tout le corps, mais l'arrête dans la cavité interne; aussi ils digèrent rapidement leur nourriture, mais ils sont dépourvus de raison. En dehors de la nourriture, la bouche et la langue ont une certaine influence; car les animaux ne peuvent converser ensemble. Les plantes, n'ayant pas de cavité interne et ne laissant pas entrer l'air, sont absolument dépourvues de ])ensée.
45. La même cause prive les enfants de raison, car chez eux l'humide est très considérable, en sorte que l'air ne peut pénétrer dans tout le corps, mais se ramasse vers la poitrine, ce qui les rend hébétés et déraisonnables. S'ils sont colères et en général faciles à changer d'idée et à passer d'un extrême à l'autre, c'est que l'air ainsi dégagé dans leur petit corps est relativement considérable. C'est aussi là la cause de l'oubli; l'air ne circulant pas dans tout le corps, le commerce entre les parties ne peut être entretenu; une preuve, c'est que, quand on cherche à se rappeler, il y a embarras vers la poitrine; dès qu'on retrouve, il y a dissipation et soulagement de la peine.
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46. En voulant luuL rattacher à l'air, Diogène tombe souvent dans l'invraisemblance. Ainsi il ne fait pas que la sensation et l'intelligence soient propres aux êtres animés. Car peut-être il est possible qu'un tel air avec ce tempérament et cette proportion se trouve partout et dans toutes choses; si cela n'est pas, il aurait fallu le dire. En tout cas, il peut se trouver dans les diiTérents sens eux-mêmes, en sorte qu'il serait possible que l'ouïe perçût les objets de la vision, ou bien que ce que nous percevons par l'odorat, (juelque autre animal le perçût autrement, par suite de l'identité de tempérament dv l'air; ainsi la respiralion pourrait faire sentir les odeurs dans la poitrine; car il est admissible que parfois il y ait là pr(q)ortion convenable pour elles.
47. Il estniais de dire pour la vue ([iTclle se fait par l'air interne: s'il réfute peut-être ceux qui ad niellent les images, il ne donne point de cause. Ensuite il attribue à la respiration et au mélange du sang avec l'air la sensation, le plaisir et l'intelligence. Mais il y a beaucoup d'animaux qui ou bien n'ont j)as de sang ou bien ne respirent aucunement. Et s'il faut ([ue la res])iration pénètre i)ar tout le corps et non pas seulenu;nt dans certaines parties (ce qui ne produit cpie de minces eiTets), rien n'empêche que par là même tous les animaux ne soient doués de mémoire et de raison... et quand mênu% il n'y aurait pas d'enqicchemenl. Car l'intelligence ne réside pas dans loutes les i>aitles du corps, par exemple dans les jambes ou les pieds, mais seulement dans certaines parties déterminées (jui, pour les hommes à l'âge de raison, servent à la mémoire et à l'intellect.
48. 11 est éiialenicnl niais de faire dilîérer les hommes suivant qu'ils respirent plus ou moins pur, et non par leur nature, comme (lifTcrent les êtres auimcs des inanimés. 11 faudrait donc que le simple changement de lieu modllîût l'inlelligence, et que celle-ci fût au plus haut degré chez les hahilunls des lieux élevés et surtout chez les oiseaux; car la nature de la chair est loin d'être aussi différente que la pureté de l'air. On ne peut pas approuver davantage ce qu'il dit, <[ue les piaules ne pensent pas, parce qu'olhs ne renferment pas de vide, comme si lout ce qui en renfermait
— :î6r; — devait penser. Ainsi que je l'ai dit, Diogène s'écarte donc souvent du vraisemblable en désirant tout ramener à son principe.
49. Démocrile (Vors. II, 4o, a'r48, 28) ne détermine pas, au sujet de la sensation, si elle a lieu par les contraires ou par les semblables. S'il rend compte de la sensation par le changement, il semblerait l'expliquer par les contraires, car il n'y a pas changement du semblable par le semblable ; mais il paraît de l'opinion opposée, quand il ramène la sensation et en général le changement à l'état passif, quand il dit que cet état est impossible sans identité avec l'agent. Si donc il admet une différence des objets, l'effet n'aurait pas lieu en tant qu'il y a différence, mais en tant qu'il y a quelque chose d'identi<iue. Ainsi on peut entendre ce qu'il dit dans les deux acceptions. Voici mainlenant comment il essaie d'expliquer chaque sens.
50. La vision, d'après lui, se produit par l'image (Ï;x93;<7'.-:) ; mais sur celle-ci il a une opinion particulière, car il ne la fait pas produire immédiatement sur la pupille, mais l'air, entre 1 œil et l'objet, recevrait une conformation en se resserrant sous 1 action de l'objet vu et du voyant; car toute chose émet constamment une certaine effluve. Puis cet air, ayant ainsi pris une forme so ide et une couleur différente, fait image dans les yeux humides y \; car ce qui est dense ne le reçoit pas, ce qui est hum.de le laisse pénétrer. Aussi les yeux mous sont meilleurs pour voir que les durs- il faut que la tunique extérieure soit aussi mince et aussi résistante que possible, que l'intérieur de l'œil soit très mou 1 = ), sans chair serrée et dense, même sans liquides épais et gras, qu'enfin les veines dans les yeux soient droites et vides de façon à prendre [•] une forme semblable à l'eingie (k-o-JTMV.:) ; car chaque chose est surtout connue par les pareilles.
[,. ., dans les liquides que contiennent les yeux « (H. Gompeuz), cf. .\»clU.
'\!^I.^JL.sc... (Wiener Studien. ig.S. p. 47 et suiv.) regarde les J.is .< sans chair.... et gras . comme une glose (NaclU .6. 3. «V^;- 'l
[3. . droites et vides, et que l'encéphale et ses menmges soient contor, mées de façon.... » (LACKENBACHun)].
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51. Tout d'abord cette efTi<;io dans l'air esl une inventi(>n absurde; car ce qui est ainsi formé par empreinte doit posséder une certaine densité et ne pas «s'émietter » (OpjZTcTOai), comme il le dit lui-même, en comparant une telle efTi^rie à celles que reçoit la <'ire. Puis il est encore plus possible que reffifric s€ produise dans l'eau, d'autant ([ue celle-ci est plus dejisc^: cependant, tout au contraire, on y voit ïiioins. lu si, en général, il admet une effluve de la lormo, comme quand il Iraite des dzT„ ])our(pioi cette elïigie ? Les idoles seules peuvent faire image.
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52. Mais coiu'cdons-lui que Tair pressé et c'ondensé reçoive une empreinte comme la cire, comment et de quelle façon l'image peut-elle se produire ? 11 est clair ([ue, comme ])arlout ailleurs, l'empreinte sera de face avec l'objet. S'il en est ainsi, il est impossible qu'il y ail un»' inmge vue de face sans retournement de rem|)rcintc. Il faudrait montrer comment et i»ar cpioi celîi se fait;carautremenl la \ ision est impossible. D'autre part, lorsqu'on voit plusieurs objcls dans le même endroit, comment, dans le même air, peut-il y axoir diverses empreintes, et encore comment peut-on se voir réciproquement ? Les enq)reintes doivent se rencontrer l'une l'autre, chacune étant de face avec l'objet dont elle émane. Ceci mériterait une recbciche.
53. En outre, p(uir(iuoi chacun ne se voit-il pas lui-même ? Ses empreintes devraient paraître sur ses proj)res yeux aussi bien que sur les voisins, surtout si elles sont immédiatement de face et s'il se passe la même chose que pour l'écho; car il dit que la voix se réfléchit vers celui même qui parle. En général cette efligie dans l'air est absurde. Car il faudrait que tous les corps en produisissent avec des changements continuels, ce qui enq)êcherait la vision et n'est d'ailleurs pas vraisemblable. Si d'ailleurs l'efFigie persiste cpiand les corps ne sont plus visibles ni voisins, on devrait continuer à les voir, sinon de nuit, au moins de jour. Et même il est au moins aussi vraisemblable que les empreintes persistent la nuit, où l'air est plus froid.
5'i. Mais peut-être le soleil fait-il image, comme s'il ])ortait la lumière vers l'œil, à ce ipie Démocrite sendjle vouloir dire; car
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il est al.surde de penser que le soleil repoussant et chassant l'air le condense, comme il dit; il est plus naturel qu'il le disperse 11 est enraiement absurde de faire participer à la vision non seulemeul l'œil, mais encore le reste du corps; car il dit qu .1 laut que l'œil ail de la vacuité et de l'humidité, afin qu'il puisse mieux recevoir et transmettre au reste du corps. 11 est irrationnel de
dire que les choses pareilles (i,aiv->=') «« ^"i"^»* '"''''"^ ""^"^^ *""'" i.roduirc l'image par les couleurs différentes comme si les semblables ne pouvaient le faire. Enfui il a essayé de dire comment on voit les grandeurs et les intervalles, mais il n'y est point parvenu : ainsi, parlant de la vision en particulier et voulant expliquer certains points, il en a laissé davantage à chercher. .
55 Ouant à l'audition, il en j.arle de la même façon que les autres Y'air tombant dans le vide produirait un mouvement; si d'ailleurs il peut pénétrer de même dans tout le corps, . entre surtout et en plus grande quantité dans les oreilles, là ou il y a le plus de vide, et il traverse sans séjourner. Aussi la sensation a-t-cllc lieu là et non dans le reste du .'orps. Une fois dedans, sa vitesse le fait se dissiper, car le son résulte d'un air condense et entrant avec force. La sensation interne se fait comme, a 1 extrerieur, celle du toucher.
5(; Pour que l'ouïe soit bien hue, il faut que la tunique extérieure soit serrée, les petites veines vides et autant que poss.l> e sans liquide et bien percées tant dans le reste du corps qu a la tète et vers les oreilles, que les os soient épais, 1 encéphale bien tempéré, et ce qui l'environne aussi sec que possible; car de la sorte le son pénètre en masse, comme trouvant un vide considérable, sans liquide et bien percé, et il se dissipe rapidement et ccralement dans le corps sans être rejeté au dehors.
57 L'obscurité de la détermination lui est commune avec les autres. Mais il a en partlcuUer d'absurde cette opinion que le bruit pénètre par tout le corps, que, ciuand il est entré par 1 orne, il se répand partout, comme si la sensation appartenait à tout le corps et non à l'ouïe seulement. Quand le corps d'ailleurs éprouverait quelque effet en même temps que l'ouïe, ce ne serait pas une
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raison ])oiir qu'il seule; car il éprouve toujours quelque chose en commun, non seulement avec les autres sensations, mais même avec l'âme. Voilà comment Démocrite explique la vision et l'audition; pour les autres sens, il suit à peu près l'opinion la plus répandue.
58. Quant à la ]>enséo, il en dit seulement qu'elle se produit lorsque rùnie se trouve dans un tempérament proportionné; si quelqu'un devient plus chaud ou plus froid, il y a changement de I)ensée. Les anciens ont dès lors soupçonné justement ce que c'était que d'à/.>.29p:vcTv (avoir des pensées différentes | ' |). Il est clair par là qu'il attribue la pensée au tempérament du corps et que, suivant son langage, il fait de l'âme un corjjs. Voilà à peu ]»rès, sur la sensation et la pensée, toutes les oi>inions que l'on rencontre chez les auteurs qui nous ont précédés.
59. Quant aux objets sensibles, à leur nature et à leurs qualités spéciales, on a généralement négligé d'envisager la question. On parle bien de ce qui tombe sous le toucher, c(mime le lourd et le léger, le chaud et le froid; on dit, par exemple, que ce qui est dilaté et subtil est chaud, ce qui est dense et grossier est froid: c'est la distinction ((ue fait Anaxagore entre l'air et l'éther. On détermine aussi le lourd et le léger à peu près par les mêmes attributs et par leurs tendances en haut ou en bas; on ajoute que le son est un mouvement de l'air, l'odeur une certaine effluve. Empédocle a aussi i)arlé des couleurs, a dit que le blanc tenait du feu et le noir de l'eau; les autres n'ont guère fait qu'avancer que le blanc et le noir sont les principes et que les autres couleurs résultent du mélange de celles-là; ce sont même les seules dont Anaxagore ait parlé.
GO. Démocrite et Platon sont ceux qui ont le plus approfondi
la question; ils ont donné des déterminations particulières; le
• dernier toutefois ne prive j)as les objets sensibles de leur nature,
[i. C'est-à-dire ( fausses ». Cf. Aristote. rappelant le même mot : « c'est pourquoi, d'après lui, Homère a eu raison de dire dans un vers qu' « IJtctor gisait la connaissance égaré- » i àXXoapovfov. de anini'i. ^ol a.. 3o. Irad. RODIFP ) ).
Démocrite au contraire lu; reconnaît que des affections des sens. Lequel a raison, il ne s'agit })as de le discuter; essayons seulement d'exposer jusqu'à quel j)oint chacun d'eux s'est avancé et quelles déterminations il a données; mais d'abord indiquons leur procédé en général. Démocrite ne parle pas de même pour tout, mais il attribue certains effets aux grandeurs, d'autres aux formes, quelques-uns à l'ordre et à la situation. Platon rapporte presque tout aux affections et à la sensibilité.
(>L Ainsi chacun d'eux semble se mettre en contradiction avec sa propre hypothèse; car l'un, qui attribue la réalité aux affections de la sensibilité, fait des distinctions de natures, l'autre qui attribue la réalité aux propriétés des substances, les rapporte aux affections de la sensibilité. — Démocrite distingue le lourd et le léger d'après la grandeur. Car, s'ils étaient absolument séparés, quelle que fût la différence des formes, la grandeur déterminerait l'effet l)ar rapport à la balance. Quant aux corps mélangés, le plus léger est ce qui renferme le jdus de vide, le plus lourd ce qui en a le moins. Du moins, c'est ce qu'il a dit en certains endroits.
(J2. En d'autres, il dit sinqjlement que le léger, c'est le subtil (aetttôv). Pour le dur (;t le mou, c'est à peu près la même chose : car le dur, c'est le serré, le mou c'est le relâché, il y a plus et moins et tout en proportion. (]ei)endant il y a une certaine différence dans la position et la répartition des vides entre le dur et le mou, d'une part, le lourd et le léger, de l'autre. Aussi le fer est plus dur et le plomb plus'louid ; c'est que la texture du fer est inégale, qu'il renferme des vides frécjuents et considérables, tandis que par jdaces il est très serré; mais en somme il a plus de vides que le plomb. La texture de celui-ci est au contraire égale et uniforme partout, ce qui fait ({u'il est })lus mou que le fer, tout en étant plus lourd.
63. Voilà donc les déterminations relatives au lourd et au léger, au dur et au mou. Quant aux autres qualités sensibles, elles ne correspondent nullement à la nature, ce ne sont que des affections de la sensation qui change, comme dès lors la représentation (gavrayîa). Ainsi il n'y a i)as de froid ou de chaud j)ar nature, il
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n'y a que îles effets de figures se transforiuant et de changement survenant en nous; car tout ce ([ui est en niasse agit sur chacun, ce qui est dispersé dans un large espace est insensible. La preuve que tout cela n'est pas j>ar nîilnre, c'est que tous les animaux le ressentent différemment; ainsi ce ([ui pour nous est doux sera amer pour d'autres, acide pour ceux-ci, acre ou astringent pour ceux-là, etc.
(i4. D'an Ire pari, 1(î tempérament change avec les accidents et avec l'âge, et j)ar là il est clair que c'est la disj)ositinn qui cause 1,1 ! I itrésenlalion. \ oilà ce qu'il faut a<lme1tre en général pour les (d)jcls sensibles. — (Cependant il en alliibnc, avec d'autres choses, les effets aux figures, sanl «ju'il ne donne j)as les formes j)Our tout; il ne s'attache guère (pi'à les déterminer jxuir les saveurs et les couleurs, surtout en les rapp(H'tant à la représentation pour lions.
G5. Ainsi l'acide esl d'a}>rès lui d'une forme anguleuse, à cinjdes nombreux, petit et subtil; grâce à sa m(d)ilité, il se répand rapidement j MI tout, tandis que l'aprelé ilue aux angles contracte et resserre, en soit»^ f[ue des ^ ides se ])roduiserit et que le cor])S s'échaulîe; car c'est ce qui a le ])lns de vide (pii s'échaniîc le mieux. I.e doux est au contraire composé de figures arrondies (jiii ne sitnl pas trop |tclites, en sorte ([u'elles se répandent facileni. lit dans tout le corps, sans violence, mais en circulant lentement; il |»rodnit des troubles, parce qu'il s'insinue dans des })arties (pi il délaie et dérange (.le leur plaec; tout ce liquide ainsi mis en Tîioin cmenl va couler dans les intestins, là où il trouve le ]>lns de vide et le passage le i)lus facile.
GG. L'astringent est composé de grandes figures très anguleuses et aussi peu arrondies que possible ; quand celles-ci pénètrent dans le corps, elles obstruent les petites veines, les aveuglent, les empêchent de couler, ce qui arrête le cours de ventre. L'amer est constitué de petits globules lisses, dont toutefois le contour présente des inflexions, ce qui le rend viscpieux et collant. Le salé est formé de grandes ligures cpii ne sont ])as arrondies, dont (pu l(pics-unes même sont scalènes, et qui n'ont pas non plus
beaucou]) d'inflexions (par scalènes, il entend des figures qui s'accrochent et s'entrelacent réciprocpieinent) ; elles sont grandes. l)nisque le liquide salé reste à la surface; si elles étaient petites, sous le choc des particules ambiantes, elles pénétreraient dans tout le corps ; elles ne sont pas arrondies, parce que le sel a des aspérités, (pie l'arrondi est lisse; elles ne sont ])as toutes scalènes, sans quoi le sel pourrait se pétrir, tandis qu'il est friable.
G7. I^e brûlant est petit, arrondi, avec des angles et sans scalène; les aspérités dues aux angles font qu'il échauffe et perce au travers du corps; car c'est là le ])ro]irr de l'anguleux. Le gras est petit, arrondi et sans angles. — Il ramène de même les autres j)i'opriétés particulières aux figures. Mais, dit-il. de toutes les figures, il n'y en a point (pii se troii\(' pure, sans mélange avec d'antres; chacpie substance, au contraire, en contient <]e toutes sortes, et a en même temps du lisse, du laboteux, du rond, du pi(|i!;i!il, etc. Ce ([ui domine produit l'effet décisif ptsuj- la sensal luii ei la propiiélé. 11 y a d'ailleurs de grandes diiTérences suivant l;i (lis[Josition dw corps où pénètrent les substances. Aussi la même peut produire parfois d»î.s effets contraires, et des substances contraires peuvent juuduire le même effet ['J.
G8. \ oila >es dcLci ininalioiis sur les saveurs. En premier heu, il ne paraît pas raisonnable de ne point rendre raison de ImuI d'une même façon, mais d'ex})li(iuer le lourd, le léger, le mou et le dur par la grandcui", la petitesse, le degré de resserrement ou de relâchement, d'attribuer au contraire aux figures le chaud, le froid et le reste. D'autre part, il fait du lourd, du léger, du dur et du mou des natures en soi (car la grandeur, la petitesse, le degré de resserremenL uu de relâchement ne sont point relatifs à autre chose); il prétend au contraire que le chaud, le froid et le reste se rapportent à la sensation, et il le répète souvent; pourquoi donc assigner à telle saveur une ligure sphérique ?
69. C'est la plus grande contradiction, qui se présente d'ailleurs
[i. Les dirfércnc(^s de ponctuation dans Vors. II. 44- aussi bien que les corrections de Koclialsliy à c^tte dernière plirase n'altèrent pas le sens général (Cf. Nacht. IX. îg)].
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dans tous les cas, que de faire des saveurs des afîeetions des sens et en même temps d'en déterminer les figures, tout en disant (|ue la même substance paraît aux uns amère, aux autres douce, aux autres difîérente. 11 est impossible que la figure soit une affection et qu'elle ne soit pas toujours la même, mais soit sphérique pour les uns, différente pour les autres. Il est également impossible, si la même saveur est douce })our l'un, amère pour l'autre, (pie les formes changent suivant nos dispositions. En un mot, la iigure est en soi, le doux et en général ce qui est senti se rapporte à un autre et appartient à un autre sujet, comme il le dit. Mais il est absurde de demander que l'apparence soit la même pour tous ceux qui sentent la même chose, j)uis d'en prouver la vérité, et après cela de venir dire que les apparences diffèrent pour ceux qui sont différemment disposés, et que ni les uns ni les autres ne sont plus près de la vérité.
70. 11 sérail raisonnable que le meilleur l'emportât à cet égard sur le pire et le sain sur le malade; car c'est plus conforme à la nature. — D'autre part, s'il n'y a pas de nature pour les objets sensibles, parce qu'ils ne paraissent pas les mêmes à tous, il n'y en a pas davantage pour les animaux ni pour les autres corps; l'opinion là-dessus n'est pas davantage universelle. Mais si le doux et l'amer ne sont pas perçus })ar tous de la même façon, la nature de l'amer et du doux n'en paraît pas moins la même à tous, ce que Démocrite lui-même semble témoigner. Car comment ce qui. est amer pour nous serait-il doux ou astringent pour d'autres, s'il n'y a pas pour toutes ces saveurs quelque nature déterminée ?
71. C'est ce qu'il reconnaît encore plus clairement quand il dit que chaque saveur devient et est en vérité, et, en particulier, que, de l'amer, nous avons « une connaissance passable ». Ainsi par là il semble contradictoire de ne pas admettre une certaine nntnro des objets sensibles, et là-dessus, comme on l'a dit plus finit, d'attribuer une figure à la chaleur ou au reste, tout en disant que ce n'est pas là une nature; il n'y en a pas du tout ou il y en a pour ces objets, puisque les conditions sont les mêmes. • — D'un autre côté, le chaud et le froid, qu'on prend comme prin-
cipes, devraient avoir une certaine nature, et s'ils en ont une, le reste en a aussi. Au contraire, il admet une certaine substance pour le dur, le mou, le lourd, le léger, qui pourtant semblent être aussi relatifs que le reste; il n'en admet pas pour le chaud, le froid, etc. Cependant, quand il détermine le lourd et le léger suivant les grandeurs, il faut que tout en général ait la même tendance au mouvement, comme s'il n'y avait qu'une seule matière et une nature unique.
72. Mais là-dessus il semble suivre ceux qui font produire la pensée par le changement, ce qui est une opinion très vieille. Car tous les anciens, poètes et sages, rendent compte de la pensée par la disposition [']. — Quant aux saveurs, il attribue à chacune une iigure qu'il met en rapport avec sa puissance affective ; il aurait dû tenir compte non seulement de cela, mais aussi des organes des sens, puisque, d'ailleurs, ce sont eux qui sont affectés. Car le sphérique ou toute autre figure ne peut avoir toujours la même puissance; il fallait distinguer, pour le sujet, s'il est constitué de figures semblables ou dissemblables, et comment se produit le changement dans la sensation; il fallait enfin, là-dessus, exphquer aussi bien tout ce qui concerne le toucher que ce qui regarde le goût. Il y a en effet pour les objets du tact une différence avec les saveurs, qu'il fallait faire ressortir, ou tout au moins il y a là une question omise qui pouvait être traitée.
73. Quant aux couleurs, il en reconnaît quatre simples : d'abord le blanc, qui pour lui est le hsse. Car tout ce qui n'a pas des aspérités faisant ombre, et n'est pas d'ailleurs difficile à pénétrer, tout cela est brillant ; il faut au reste que les choses brillantes présentent des pores droits et soient transparentes. Les corps blancs qui sont durs se trouvent composés de pareilles figures, par exemple ce qui garnit intérieurement les coquillages; de la sorte il n'y a pas d'ombre, les pores sont droits et le corps est bien cassant. Ceux au contraire qui sont friables et s'émiettent facilement sont cons-
[i. Kafka reporte cette phrase à la fin du paragraphe 58. cnlre « .... de râmc un corps » et a Voilà à peu près.... v. Cf. Nachl. II. IX, 4o- et Philologus. 72. p. 79.]
titués par des corj)s arrondis, mais disposés obliipienienl l'un sur l'autre par couples de deux, en sorte que l'ordonnance soit partout aussi sernl)la])le que possible. Dans ces conditions, il y a fragilité, parce que l'union des particules n'a lieu que sur une petite surface; l'émiettenient est facile, ])arce que la disposition est partout similaire; il n'y a pas d'ombre, les figures étant lisses et plates. Un corps peut enfin être plus blanc qu'un autre parce que les figures indiquées seront plus exactes, moins mélangées d'autres, et que l'ordonnance et la disposition seront davantage celles qui ont été spécifiées.
74. \oilà pour les ligures du blanc. Le noir est composé des contraires, raboteuses, scalènes, inégales; car, de la sorte, il se produit des ombres et les pores ne sont })as droits et facilement pénétrables. D'autre part les effluves seront lentes et troubles; la manière d'être des effluves a en elîet son importance pour la représentation, qui cbaiige par suite de l'immixtion de l'air.
75. Le rouge est constitué des mêmes figures (jue le chaud, seulement plus grandes, et, si avec les mêmes ligures il y a de jilus grands assemblages, le rouge est plus intense. Un signe cpie le rouge est ainsi composé, c'est ([ue la chaleur nous fait rougir, comme aussi tous les corps en ignition, avant qu'ils n'arrivent à l'incandescence. Les grandes figures donnent un rouge plus vif, comme pour la flamme et le charbon des bois verts comparés aux secs, pour le fer et les autres substances en ignition; car le plus brillant est ce qui a le plus de feu et le feu le })lus subtil; le plus rouge est ce dont le feu est t)lus éi)ais et en moindre quantité. Aus«i le jilus rouge est moins chaud; car le subtil est chaud. — Quant au vert, il est constitué par du plein et du vide disposés et ordonnés à la surface en grandes ligures semblables (?) |'|.
76. Telles seraient les figures des couleurs simples, chacune étant d\'\illeurs d'autant j)lus pure qu'elle est formée de particules
I I. Tcxto en désordro : Dicls (dans lors. \(j) corrige « par du plein et du vide mélangés, et. les nuances proviennent des diflérences dans la position et l'ordre ». Kafka (cf. JS'acht. II. IX, i. el Philologus. l"!. p ïo') construit difîcremmenl et comprend : « et la couleur est faite par les différences.... »].
moins mélangées. Les autres couleurs résultent de la combinaison des simples; ainsi celles de l'or, du bronze et autres semblables sont mélangées de blanc et de rouge; car l'éclat provient du blanc et la nuance, du rouge, qui, pour le mélange, tombe dans les vides du blanc. En y ajoutant du vert, on a la plus belle couleur, mais il faut que les assemblages de vert soient petits; car de grands ne pourraient s'accorder avec une telle combinaison du blanc et du rouge; les nuances varient d'ailleurs suivant les difîérentes ]>ro})ortions.
77. Le violet est formé de blanc, de noir et de rouge, mais le rouge domine, le noir est encore en grande quantité, le blanc en proportion médiocre, ce qui produit une sensation agréable. La présence du rouge et du noir est évidente à l'œil, celle du blanc est trahie i>ar l'éclat et la transparence, qui en sont les effets. Le bleu de gucde (-'ct^^tu:) est mélangé de vert et de noir en proportion plus forte; le vert poireau (-pa7tv:v) de violet et de bleu de guède ou de vert et d'une nuance tirant sur le violet; c'est le cas du vert-de-gris, qui participe au brillant. L'azur (zjavsjv) est formé de bleu de guède et d'igné, en figures arrondies et en flèches, en sorte que l'étincelant coexiste avec le noir.
78. La couleur de noix verte (y.apjvv^v) est mélangée de vert et d'azur. En y ajoutant du blanc (?) on a la couleur de feu, car la disparition des ombres entraîne celle de la teinte sombre. L'addition de rouge et de blanc rend de même le vert tendre et clair; c'est pourquoi les plantes sont d'abord vertes avant de se faner à la chaleur. Voilà les couleurs qu'il énumère, en ajoutant que les nuances sont innombrables comme les saveurs, suivant les mélanges et selon qu'on enlève ceci, qu'on ajoute cela, qu'on met moins de l'un, plus de l'autre. Car il n'y aura jamais simiHtude d'une combinaison à l'autre.
79. En premier lieu, il y a là quelque difficulté dans le nombre des couleurs primordiales; car d'ordinaire on ne reconnaît comme simples que le blanc et le noir. En second lieu, on combattra la distinction de deux sortes de blanc, l'un pour les corps durs, l'autre pour les friables. S'il y a quelque raison à assigner des
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causes difTéicntes lorsque les corps difîèrent au toucher, la cause ne devrait pas être cher<;hée dans la figure, mais plutôt dans la disposition; car il est possible que des corps arrondis et en général (pielconques fassent ombre les uns sur les autres. La preuve est que lui-même le croit pour les corps lisses qui i)araissent noirs, ce qu'il attribue à leur constitution, ordonnée comme celle du noir. Inversement, j)our les corps blancs qui ont des aspérités, il les forme de grandes ligures à liaisons non arrondies, mais en lignes brisées et découpées comme un escalier ou comme les ouvrages avancés devant les remparts; car de cette façon il peut ne pas y avoir d'ombre et il n'y a pas d'empêchement pour le brillant.
80. D'autre part, comment dit-il que chez quelques animaux le blanc devient noir, quand ils sont disposés de façon qu'il y ail ombre portée ? — Mais, en général, il semble plutôt exposer In nature du diaphane et du brillant que du blanc. Car la transparence et l'existence de pores continus appartient au diîiphane. D'autre part, dire que pour les corps blancs les pores sont directement continus, que pour les noirs ils ne se suivent pas, est à entendre comme s'il y avait une substance qui y pénètre; il dit au contraire que l'on voit par suite d'une effluve et d'une image dans l'œil. S'il en est ainsi, qu'importe-t-il que les pores se suivent directement ou non ? Il n'est pas d'ailleurs facile d'admettre cpTil y ait en quelque sorte une effluve partant du vide; c'est un point qu'il eût fallu expliquer, puisqu'il semble constituer le blanc |>ar la lumière ou par quelque autre chose.
81. Il n'est pas plus facile de comprendre comment il explique le noir; car l'ombre est quelque chose de noir et un obstacle au blanc. Le blanc serait donc d'une nature antérieure. En même temps il ne met pas simplement en jeu l'ombre portée, mais aussi la grossièreté de l'air et de l'effluve entrant dans l'œil, ainsi que le trouble de celui-ci; mais cela arrive-t-il par suite du défaut de transparence ou par quelque autre chose et dans quelles circonstances, il ne l'explique pas.
82. Il est absurde de ne pas indiquer de forme pour le vert, mais de le constituer seulement de vide et de plein. Car cela est
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comnmn à toutes les couleurs et a Heu avec toutes les figures. Il fallait comme pour les autres indiquer quelque particularité, et si le vert est contraire au rouge, comme le noir l'est au blanc, lui donner la forme opposée; mais s'il n'est pas contraire, on doit s'étonner qu'il admette des principes non contraires, ce qu'il semble faire en général. Il fallait surtout préciser quelles sont les couleurs simples et pourquoi les unes sont composées, les autres non; car les plus grandes difficultés sont relatives aux principes. Mais c'est peut-être là une question bien complexe; si l'on pouvait déterminer les saveurs simples, on pourrait en dire davantage là-dessus. Quant aux odeurs, il a omis de déterminer quelque chose, si ce n'est que, d'après lui, l'odeur est produite par le subtil émanant en effluve des corps lourds. Mais il n'a pas ajouté ce qui peut-être est le plus important, à savoir quelle est la nature de ce qui subit ainsi une action. En somme, Démocrite laisse ainsi de côté diverses questions.
83. Platon |'| définit le chaud ce qui désagrège par l'acuité des angles; le froid proviendrait des moindres particules qui poussent les plus grandes en cercle, alors que, dégagées par l'humidité, elles ne peuvent pénétrer; cette lutte occasionnerait un tremblement et ce qu'on appelle le frisson du froid. Le dur est ce à quoi cède la chair, le mou, ce qui cède à la chair; l'elîet réciproque permet d'en juger; ce qui cède est, d'ailleurs ce qui a la moindre base. Le lourd et le léger ne doivent pas être déterminés par le haut ou le bas, car il n'y a pas de nature de ce genre; mais le léger est ce qui est facilement tiré hors de son lieu naturel, le lourd ce qui ne l'est que difficilement. Pour fâpre et le Hsse, il les laisse de côté comme n'offrant aucune obscurité et il n'en parle point.
84. L'agréable ou le désagréable est un effet de masse conforme à la nature ou au contraire violent et contre nature; l'intermédiaire est, en proportion, plus ou moins indifférent. Aussi la vue ne produit ni peine ni plaisir pour quelque dilatation ou contraction qui ait lieu. Quant aux saveurs, en parlant de l'eau, il
(i. Cf. Blare, Gnek Théories, A. Rivaud, Notice au Timée. p. joiiio (Platon. Œuvres complètes, t. X), et A. E. Taylor, A Commentary , on Plalos' Tima^us (Oxford. ig.JiS»].
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discerne ([ualre sortes de celle-ci comme liquides, \\n, suc, huile, miel, et en parlant des affections, il ajoute la saveur des terres; celles qui contractent et resserrent les jiores, suivant qu'il y a plus ou moins d'aspérités, sont astringentes ou seulement après; ce qui nettoie et débarrasse les pores, est salé; ce qui produit cet effet avec force et en dissolvant, est amer; ce qui échauffe, monte à la tète et dilate, est Lrûlant; cv (|ui ]>roduit des mélanges par agitation, est acide; en lin, ce qui, uni à Thumidité de la langue, devient propre à ramener à l'état Jialurel, aussi bien par relâchement cpie par contraction, est doux.
85. Les (uleurs n'ont j)oint d'es])èces; on ne les distingue ([n'en tant (piagréables ou non. L'otleur est plus subtile que l'eau, mais ])lus grossière que l'air; la ])reuve est que, si l'on respire avec les narines bouchées, on }>cut faire entrer l'air sans odeur; c'est un corps invisible aniilogue à la fumée et au brouillard, qui sont : la fumée, passage d'eau en air; le brouillard, j)assage d'air en eau. — Le son est un choc de l'air sur l'encéphale et le sang jusqu'à Tàme; il est aigu ou grave, suivant que le mouvement est rapide ou lent ; les consonances ont lieu quand le commencement du mouvenumt lent est pareil à la lin du rapide.
80. La couleur est une flamun^ ([ui s'élève des corps, avec des ])articules (m pro|)ortion avec les yeux; le blanc est ce qui dilate, le noii' ce (jui contracte; ce qui répond au chaud cl au froid poui* la chair, à l'astringent et au brûlant ])our la langue. Le brillant est le blanc igné, les autres couleurs ])roviennent de celles-là; mais d'après ([uels rapports, celui ((ui le saurait n'aurait pas à le dire, puisque nous n'eu pouvons donner une raison prtd^able ou nécessaire; et si l'on ne réussit ])as à reproduire les couleurs en tâtonnant, il n'y a là rien d'étrange, leur production n'en est pas moins possible au Dieu |'|. Voilà à peu près ce qu'il a dit et les déterminations qu'il a données.
87. Mais il y a aussi là bien des étrangetés : d'abord ne pas tout
(i. Cf. Timéc, 68 l)/»l. trad. Rivaud. p. igS. et A. M, Tayioh. Conimentarij, p. 479).
expliquer de la même manière, pas même tout ce qui rentre dans le même genre. Ainsi, ayant déterminé la figure pour le chaud, il ne le fait pas pour le froid. En second lieu, si le mou est ce qui cède, il est clair que l'eau, l'air, le feu sont mous; quand il dit que ce qui cède est ce qui a le moins de base, c'est dire que ce qui est le plus mou, c'est le feu. Mais il ne semble j)as qu'il faille reconnaître comme mou aucun de ces corps, et, en thèse générale, le mou n'est pas ce qui se déplace sous l'effort, mais ce qui cède en j)roiondeur sans déidacement en un autre sens.
88. Quant à sa définition du lourd et du léger, elle n'est pas générale, mais s'aj)plique aux corps de la nature de la terre; car il semble bien (pi'en effet, i)our ces corps, le lourd et le léger se distinguent suivant (p;'ils sont ilifliciles ou faciles à amener en un lieu dilîérent; mais la légèreté de l'air et du feu se rapporte au contraire à leur mouvement vers leurs lieux propres. Aussi, pour des cor])s c(MTq)osés de parties de même nature, ne peut-on dire (pie le lourd est ce qui en a le plus, le léger ce qui en a le moins; car le feu est d'autant plus léger qu'il est en plus grande quantité. Mais en assignant le haut comme place au feu, on peut mettre d'accord ces deux distinctions, dont autrement aucune n'est valable. De même ])our la terre; car la plus grande quantité tombera plus vite d'en haut jusqu'ici. Ainsi, on ne doit pas dire que la terre et le feu soient absolument l'une lourde, l'autre léger, mais chacun de ces deux éléments est tel par raj)port à son lieu; le terrestre ne se conq^ortera pas de même là-haut et ici-bas, mais inversement; ici-bas, le plus léger est ce qui a le moins d'éléments homogènes; là-haut, c'est ce qui en a le plus.
89. Tout cela provient de ce qu'il n'a pas défini le léger et le lourd en général, mais en tant que terrestre. - — Quant aux liquides, dont il reconnaît quatre différentes sortes, il ne dit point la nature de chacune, il ne fait connaître que les effets des saveurs. Car, que l'astringent ou le styj)tique resserre les pores, que le salé les nettoie, cela est l'effet sur nous; de même pour les autres. Mais nous cherchons plutôt l'essence, la raison de l'action qui produit ces effets que nous voyons.
90. On peut discuter si les odeurs peuvent être distinguées par
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espèces; elles difîèrent, comme les saveurs, par la nature des sensations de plaisir ou de peine qu'elles procurent, et il semble qu'il en est de même pour toutes choses. Que, d'ailleurs, l'odeur soit une efïluve qu'on respire avec l'air, c'est ce dont on est à peu près d'accord. Mais son assimilation à la fumée ou au brouillard n'est pas exacte. Platon lui-même paraît le reconnaître quand il dit que la fumée est un passage de l'eau à l'air, le brouillard un passage de l'air à l'eau; il semble d'ailleurs que, pour le brouillard, ce soit le contraire, puiscjue la pluie cesse quand arrive le brouillard.
91. L'explication du son est particulièrement défectueuse; car elle ne s'aj)])lique pas à tous les animaux et, d'autre ])art, quoiqu'il veuille donner la cause de la t?ensation, il ne le fait })oint. 11 ne semble avoir défini ni le bruit ni le son, mais seulement notre sensation. Quant aux couleurs, il en parle à peu près comme Kmpédocle; des ])artitulcs en proj)ortion avec les yeux ou qui s'adaptent à leurs ])ores, c'est une nu'me chose. Mais il est étrange de n'expliquer ainsi f[ue cette seule sensation, aussi bien cpic d'appeler en général la couleur unv flamme; s'il y a quehpie analogie pour le blanc, le uoir j)araîl plutôt tout le contraire, Quant aux autres couleurs, les reconnaître comnu' mélangées mais en même temps ne pas permettre de les ex]di((iier causalement, cela mériterait ([uehiues développements convaincants.