LA CHRONOLOGIE DES « PHYSIOLOGUES
1. Théophraste a été le véritable créateur de l'histoire des doctrines scientifiques, mais son œuvre présentait une lacune sensible. A son époque, les questions de dates n'étaient pas encore soulevées, et il n'avait fourni, sur l'ordre des temps, que de rares indications. Pour combler après lui cette lacune d'une façon vraiment satisfaisante, des éléments suffisants firent défaut.
La chronologie ne fut fondée qu'au siècle suivant, par Ératosthène. S'occupa-t-il des philosophes aussi bien que des rois? C'est assez probable; toutefois nous n'avons de lui, à cet égard, qu'une seule date, insuffisante comme preuve, dans Diogène Laërce (VIII, 51), qui semble, au reste, le citer de seconde main. Ératosthène, dans ses Victoires olympiques, marquait, d'après Aristote ('), le grand-père d'Empédocle, de même nom que son petit-fils, comme vainqueur pour la 71e olympiade.
Les travaux chronologiques d'Ératosthène furent vulgarisés, au ne siècle av. J.-C, par un poème didactique dont la vogue fut assez grande pour les faire oublier, au moins en ce qui concerne les philosophes. Les quatre livres de Chroniques d'Apollodore d'Athènes, écrits en trimètres et allant de la prise de Troie (1184) à l'année 144, furent dédiés au roi Attale II de Pergame; mais l'auteur dut en donner une seconde édition prolongée, puisque Diogène Laërce rapporte d'après lui la mort de Carnéade à 01. 162,4 = 129/8.
L'auteur des Vies des philosophes cite assez souvent Apollodore, quoique probablement par l'intermédiaire de quelque biographe,
(') Aristote et, avant lui, Hippias d'Élis s'étaient déjà occupés de dresser la liste des vainqueurs aux jeux olympiques.
auteur de Successions ou autre compilateur, connu»' Pamphila, par exemple; en tous cas, les dates ainsi garanties sont unanimement reconnues comme les plus dignes de foi. Aussi peut-on se proposer la restitution de la chronologie des anciens philosophes d'après Apollodore, comme un problème intéressant et qui, sur celui de la chronologie réelle et précise, offre au moins l'avantage de se présenter comme susceptible de solution.
Ce problème a été traité d'une façon magistrale par Hermann Diels dans le Rheinisches Muséum (XXXI, 1, 15) et je vais rapporter ses principales conclusions que j'adopte pleinement.
Sauf des cas excessivement rares, Apollodore ne possède, en fait, aucune donnée précise; il se trouve en réalité dans une situation assez analogue à la nôtre, lorsque nous faisons abstraction des dates contradictoires qui nous viennent d'écrivains postérieurs et qui dérivent d'ailleurs soit des siennes, soit de combinaisons différentes, mais faites sans critique, ne reposant sur aucun document sérieux, auxquelles enfin nous ne pourrons attribuer aucune valeur, quand nous aurons vu quel faible degréde confiance méritent les dates d'Apollodore lui-même.
Les procédés qu'il emploie sont passablement arbitraires; mais, en dehors de leur simplicité, ils offrent au moins l'avantage d'être systématiques. Il recherchera les synchronismes établis par la tradition entre différents personnages contemporains; dans le cas où une succession se dessine, il pourra partager également les temps; mais surtout il s'attache à préciser ce qu'il appelle Vacmé de chaque philosophe : il s'agit de la date du fait le plus saillant de la vie, quand il peut la déterminer historiquement, et en même temps il suppose que Vacmé correspond à l'âge de quarante ans (*). Il remonte dès lors à la date de la naissance, et quand la dorée de li \i<i lui est connue par quelque renseignement biographique, il «h déduit également la date do la mort. Autrement, ou bien il s'a! -tiendra de préciser cette dernière date, ou bien il indiquera la limite extrême à laquelle des témoignages historiques présentent comme encore vivant le personnage en question.
2. On va voir l'application de ces procédés; nous .niions on même temp< à discuter, pour chaque cas particulier, la valeur des
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