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CHAPITRE II. — LA CHRONOLOGIE DES « PHYSIOLOGUES

résultats obtenus; mais nous avons tout d'abord à résoudre une question préliminaire.

Les Chroniques d'Apollodore étant perdues, c'est Diogène Laërce qui se trouve, de fait, la source immédiate la plus complète et la plus sérieuse pour la chronologie des philosophes de l'antiquité; il y a donc lieu, en thèse générale, d'examiner à quelles autorités il a pu avoir recours, en dehors d'Apollodore.

Sans compter Pamphila qui, pour la chronologie, n'apparaît qu'une fois (I, 68), mais qui, comme Diels l'a montré à propos des historiens, semble avoir suivi Apollodore, nous rencontrons plusieurs fois un Sosicrate, auteur de Successions, qui paraît avoir vécu peu de temps après le chronographe. Or, cet auteur semble avoir été assez curieux de dates, et il est à noter qu'une fois son opinion est opposée à celle d'Apollodore, une autre fois à celle de Pamphila. Gomme il a été très sérieusement utilisé par Diogène Laërce (*), il est permis de croire que les dates non garanties de ce dernier peuvent être tout aussi bien de Sosicrate que d'Apollodore, quoiqu'en général elles doivent probablement avoir été également admises par ces deux auteurs.

Un ouvrage de chronologie spéciale, antérieur même à Ératosthène, YAnagraphé des archontes athéniens de Démétrius de Phalère, est aussi cité deux fois par Diogène Laërce, la première au sujet des sept sages, la seconde au sujet d'Anaxagore (2), sans qu'on puisse reconnaître, au reste, d'où proviennent ces citations. Mais il n'est pas douteux qu' Apollodore avait dû se servir de cet ouvrage; il est même possible qu'il l'ait nommément cité pour Anaxagore; toutefois, nous n'avons aucune preuve qu'il l'ait constamment suivi.

Abstraction faite des déterminations spéciales, comme celle de Thrasylle pour Démocrite, voilà quelles sont toutes les autorités chronologiques qui apparaissent dans Diogène Laërce, et il n'y a guère lieu de soupçonner l'existence de quelque autre qui serait

(x) Il cite Sosicrate quinze fois, Apollodore vingt et une. Mais il est assez probable qu'il connaît le second surtout par l'intermédiaire du premier (que peut-être même il n'a pas directement utilisé); car il a plutôt compilé les auteurs de Successions que les chronographes. Un certain nombre des citations d'Apollodore peut donc être mis au compte de Sosicrate.

(2) La troisième donnée chronologique de Démétrius de Phalère dans Diogène Laërce, relative à la mort de Socrate et conforme à celle d'Apollodore, peut provenir, non de YAnagraphé, mais de l'Apologie de Socrate, invoquée en deux autres endroits.

.12 pouh l'histoire de la science hellène.

demeurée anonyme. En somme, l'ensemble peut se rapporter à Sosicrate et Apollodore, qui \e plus souvent étaient d'accord.

Mais (et ici je ne suie plus, comme guide, H. Diels, dont je

i terai de même sur divers points de détail), il me paraît

possible d'établir que Sosicrate a prétendu plusieurs fois corriger

Apollodore et qu'il en est résulté diverses erreurs et difficultés

chronologiques.

3. L'époque des sept sages. — Le premier personnage dont nous ayons à nous occuper, Thaïes de Milet, va nous retenir le plus longtemps; car nous avons à résoudre, à son occasion, un certain nombre de questions secondaires, qui nous permettront d'étudier sur le vif les procédés des anciens chronologistes.

La détermination de l'époque de Thaïes se trouve liée en effet au synchronisme établi pour les sept sages. On sait qu'une légende, qui avait déjà cours au temps de Platon (*), supposait que les personnages ainsi désignés avaient été célèbres à une même date précise. Or, cette date avait été fixée par Démétrius de Phalère sous l'archontat de Damasias, qui d'après les marbres de Paros, correspond à 01. 48,3 = 586 av. J.-G. (2).

Nous nous demanderons tout à l'heure comment cette date avait été choisie; pour le moment, il nous suffit d'observer que tout chronologiste, reconnaissant une liste de sept -sages déterminés,

(») Son contemporain Eudoxe l'avait déjà racontée. Au reste, dans la phrase

du Diogène Laërce (I, 22), relative aux parents de Thaïes : s.'jyvdcxa.^oi twv

àrcb KâSjxo'j xai 'AyTJvopoç, xaôà xai llXâtow ?r,<xt. Kai irptoroç <ro?b; wvo|iaa6r,...,

il faut évidemment ponctuer après 'AyT'opo;, et mettre une virgule après

çr/j£. « Et, comme le dit aussi Platon, il fut nommé le premier sage, sous

l'archontat de Damasias, date ù laquelle les sept sages furent ainsi appelés,

comme le dit Démétrius de Phalère dans YAnagraphé des archontes.» Diogène

fait allusion a la liste des sept sages de Platon ( Prot agoras, 343 a),

dani laquelle Thaïes est nommé le premier, rang qu'il occupe d'ailleurs le

>uvent. Bien entendu, la mention de Damasias n'est faite que sous la

uce à Démétrius.

(*) Pour plus de simplicité, je ne ferai correspondre 1rs année* des olynv piades qu'avec une seule année julienne proleptique ; mais on sait que, dans ce cas, il faut entendre que l'année de l'olympiade commence seulement après le solstice d'été de cette année julienne (régulièrement à la première tune suivant le solstice) et qu'elle ne finit qu'après le solstice (Tété de l'année

suivante. A II vérité, quelques modernes ont supposé qu'sa w siècle, l'année Athénienne commençait ris mois plus tôt; mais, quoi qu'il en soit de cette hypothèse an moins douteuse, il est invraisemblable qu'il ait été tenu compte d'un pareil déplacement soit par Démétrius de Phalère, soR par l'auteur «les iptipns chronologiques des marbres <\>- Paros.

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