‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 115 sur 209 · CHAPITRE VIII. — HIPPASOS ET ALCMÉON · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — HIPPASOS ET ALCMÉON

par exemple, comme effet de l'excès de la chaleur ou de la sécheresse, comme résultat de la surabondance ou du défaut de nourriture, comme siège, dans le sang, la moelle ou l'encéphale. Elle peut aussi provenir de causes extérieures, qualité des eaux, pays, fatigues, nécessité, etc. La santé consiste dans un tempérament proportionné des qualités. »

Gensorinus, d'après une autorité remontant à la source même d'Aétius, corrige toutefois ou étend quelques-uns des renseignements qui précèdent. Ainsi il donne Alcméon comme rejetant l'opinion d'Hippon, qui croyait que le sperme provenait de la moelle épinière; comme admettant que les femelles émettaient une liqueur séminale aussi bien que les mâles, et attribuant le sexe de l'enfant à la prédominance de la liqueur de l'un ou de l'autre des deux parents ; enfin comme avouant qu'il ne savait rien de précis sur la formation du fœtus et croyant qu'il est impossible de reconnaître quelle partie s'y constitue la première.

4. Ce court résumé a une caractéristique bien nette qui dérive de la profession d' Alcméon; les questions cosmologiques, qui ont à peu près exclusivement préoccupé les premiers Ioniens, sont très écourtées; nous voyons au contraire apparaître pour la première fois des problèmes d'ordre physiologique', qu'à la suite du médecin de Grotone reprendront Parménide et Empédocle, mais que négligeront, au contraire, les pythagoriens de l'âge suivant.

Avant d'examiner, comme nous nous le proposons, jusqu'à quel point Parménide a confirmé son exposition poétique aux doctrines de son précurseur sur ces questions, il convient de rechercher jusqu'à quel point Alcméon lui-même peut être considéré comme témoin pour les opinions physiques de Pythagore. Après avoir remarqué que la tradition nous montre le Maître comme s'étant sérieusement préoccupé de la médecine, qu'elle nous indique, parmi ses disciples immédiats, l'existence d'un important groupe médical qui, un siècle après, n'aura plus un seul représentant, revenons au témoignage d'Aristote :

« (Métaphys., I, 5.) D'autres pythagoriens admettent les dix principes qu'on appelle coordonnés (%àxà rjziz'.yjT/) : limite-infini, impair-pair, un-pluralité, droit-gauche, mâle-femelle, en reposen mouvement, droit-courbe, lumière- obscurité, bon -mauvais, carré-oblong. Ge semble avoir été à peu près l'opinion d' Alcméon de Grotone, soit qu'il la leur ait empruntée, soit qu'au contraire

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ce soient eux qui la lui aient prise; il s'exprime en tout cas d'une façon analogue, lorsqu'il dit que la plupart des choses humaines sont deux; ce n'est point qu'il choisisse comme eux des oppositions! déterminées, il les prend au hasard, comme blanc-noir, doux-amer, bon-mauvais, grand-petit. Il laisse les autres indéfinies, tandis que les pythagoriens ont précisé combien il y a d'oppositions et quelles elles sont. »

Comme le remarque Éd. Zeller, il est très vraisemblal le que cette classification, qui, comme le dit expressément Aristote, n'appartenait qu'à une partie des pythagoriens, est d'une date peu reculée, j'entends postérieure à Philolaos. Mais l'idée môme de dresser des séries d'oppositions, de procéder comme le faisait Alcméon, dut être, au contraire, dans l'École, très antérieure à la théorie qu'Aristote décrit en première ligne comme propre aux pythagoriens, à cette théorie qui fait du nombre l'essence des choses et qui reconnaît comme éléments du nombre, donc des choses, le pair et l'impair, identifiés avec l'illimité et le limité.

Cette dernière théorie est incontestablement celle de Philolaos, et il faut la lui laisser. Après les abstractions de la dialectique du vc siècle, son apparition est un phénomène explicable; dans le cercle de notions absolument concrètes auquel Parménide a le premier essayé d'échapper, cette théorie est de tous points impossible.

Qu'on fasse remonter, si l'on veut, à Pythagore lui-même l'idée du rôle des nombres dans la nature, qu'on lui attribue telle formule qu'il plaira, il n'en est pas moins clair que, pour une époque où le sens du mot être n'est encore rien moins que précisé, on n'aura pas le droit d'attribuer à cette formule une signification bien précise.

L'expression: «les choses sont nombres», telle qu'Aristote nous l'explique, a une portée qui semble déjà dépasser la pensée de Philolaos, car cette explication est postérieure à la théorie des idées platoniciennes; avant Philolaos, la même expression pouvait au plus signifier que les choses sont formées par des combinaisons en proportions définies (Empédocle) d'éléments géométriquement figurés (Timée). Mais antérieurement à ce dernier stade, il y on a eu un autre, où les nombres ne sont apparus que pour d'enfantins essais de classifications qui ne sont nullement spéciaux au tuénie hellène, mais qui, sur le sol grec, ont acquis une sérieuse importance.

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