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CHAPITRE VIII. — HIPPASOS ET ALCMÉON

2. Pourtant, si l'on veut éclairer sur ce point l'histoire des origines du pythagorisme, il est essentiel de rechercher, chez tous les penseurs de la fin du vie siècle ou du commencement du ve, soit les traces de polémiques dirigées contre les doctrines de l'institut, soit les traces d'emprunts faits à ces doctrines. Car, je l'ai déjà dit, les premiers documents avérés, émanant de pythagoriens proprement dits, ne remontent pas au delà de Philolaos; et qu'ils représentent la tradition immédiate de l'enseignement du sage de Samos, c'est une thèse commode, mais au moins improbable.

La recherche des polémiques nous a déjà conduits à un résultat important, que j'ai développé à propos de Xénophane. La recherche des emprunts doit évidemment être dirigée vers les écrivains que la tradition met en rapport avec Pythagore ou avec ses disciples immédiats ; si l'on écarte Hippasos, ces écrivains sont au nombre de trois, Alcméon de Grotone, Parménide et Empédocle. On pourrait vouloir ajouter Épicharme, mais il ne semble pas que ses fragments puissent rien fournir pour le problème qui nous occupe.

De ces trois auteurs, Empédocle ne peut guère non plus être utilisé dans l'objet; il est déjà trop loin de Pythagore pour que de son temps la doctrine de l'École n'eût pas subi une élaboration susceptible de lui apporter de profondes modifications ; l'Agrigentin a d'ailleurs été soumis à d'autres influences; enfin il a son originalité incontestable.

La position spéciale de Parménide, la distinction qu'il fait entre sa doctrine ontologique, qu'il affirme comme nécessaire, et l'exposé des opinions physiques qu'il présente comme appartenant au domaine incertain de la croyance, nous permettraient au contraire d'aboutir à des conclusions importantes, s'il était possible de démontrer que ces opinions physiques sont en réalité étrangères à Parménide et qu'elles représentent celles qui avaient cours de son temps, en Italie, chez les pythagoriens.

J'essaierai de discuter cette question dans le chapitre suivant ; pour le moment, il convient avant tout de remonter au témoin encore plus ancien que j'ai indiqué, à ce médecin de Grotone, qui est donné à la fois comme un disciple de Pythagore et comme le premier physiologue italique. Ce n'est pas que l'on puisse espérer en tirer, quant au pythagorisme même, des renseignements bien notables ; mais il s'agit surtout de savoir si nous n'avons pas à craindre, au sujet de Parménide, d'entrer dans une fausse route,

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s'il est possible de constater sur l'Éléate une influence d' Alcméon; car, si notre conjecture est vraie, cette influence doit nécessairement s'être exercée.

3. Rappelons tout d'abord ce que l'on connaît des opinions d'Alcméon. En dehors d'un passage important d'Aristote, que nous verrons plus loin, et de ce que dit Théophraste sur Alcméon au sujet des sensations, ces opinions ne figurent guère que dans le recueil d'Aétius :

« II. — 46. Alcméon s'accorde avec les mathématiciens pour reconnaître aux planètes un mouvement d'occident en orient opposé à celui des fixes. — 22. Alcméon : Le soleil est plat. — 29. (Voir Doxogr. d'Heraclite, 9. Cf. Diog. L., VIII, 83: La lune a en somme la même nature éternelle.)»

« IV. — 2. Alcméon : L'âme est une nature se mouvant ellemême d'un éternel mouvement; il la suppose ainsi immortelle et analogue aux êtres divins. (Cf. Clém. d'Alex., Protrept., V, 64: Pour Alcméon de Crotone, les dieux sont les astres qu'il regarde comme animés. — Cf. Cicéron, De deor nat., I, 11 : Alcméon de Crotone qui a attaché la divinité au soleil, à la lune, aux autres astres et aussi à l'âme, ne s'est pas aperçu qu'il attribuait l'immortalité à des êtres mortels.) »

« IV. — 13. Alcméon : La vue a lieu par le contre-effet du diaphane. — 16. Nous entendons par le vide intérieur de l'oreille, car c'est là ce qui résonne par suite de l'entrée du souffle ; en effet, tout ce qui est creux résonne. — 17. Le priricipat réside dans l'encéphale. Nous sentons parce qu'il attire les odeurs au moyen de la respiration. — 18. La langue discerne les saveurs parce qu'elle est humide, tiède et molle. »

« V. — 3. La semence est une partie de l'encéphale. — 14. Chez les mulets, les mâles sont inféconds par suite de la légèreté ou de l'humidité de leur semence, les femelles sont stériles parce que leurs matrices ne s'entr'ouvrent pas. — 16. Le fœtus se nourrit par tout son corps; il absorbe comme une éponge les parties nutritives de l'aliment. — 17. La tète, où réside le principal, se tonne la première. — 24. Le sommeil se produit par la retraite «lu Bang dans les veines, l'éveil par son épanchement, la mort parsa retraite totale. — 30. La santé est conservée par l'équilibre des puissances, humide, sec, froid, chaud, amer, deux, etc.; la prédominance de

l'une de ces puissances amène la maladie. Ainsi celle-ci arrive.

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