CHAPITRE II. — LA CHRONOLOGIE DES « PHYSIOLOGUES
devait faire tomber la date admise à une époque convenable de leur vie.
Or, nous avons un précieux témoignage à cet effet; il s'applique à un personnage, dont la vie, historiquement connue, s'écartait dans le passé plus que celle des autres sages, au nombre desquels il n'était pas, au reste, unanimement reconnu. Sosicrate dit de Périandre (Diog. L., I, 95) qu'il mourut 40 ans avant Crésus et un an avant 01. 49.
Il y a là coïncidence parfaite avec la date de l'archontat de Damasias, Sosicrate n'ayant pas osé prolonger davantage la vie de Périandre; nous apprenons en même temps d'une façon précise qu'il fixait à 01. 58,3 = 546 la prise de Sardes par Cyrus. Car on ne peut entendre autrement TrpcTspov Kpofaov, expression abrégée pour désigner une époque célèbre.
Mais précisément l'absence de l'autorité d'Apollodore pour ces diverses données doit nous inspirer quelques scrupules sur la question de savoir s'il était, bien d'accord là-dessus tant avec Sosicrate qu'avec Démétrius de Phalère. Or, nous avons, déjà pour Périandre, un faible indice de désaccord.
Biogène Laërce (I, 98) fixe Y acmé du tyran de Gorinlhe à 01. 38; il donne 40 ans pour la durée de sa tyrannie et 80 ans (I, 95) pour celle de sa vie, ce qui indique bien que Yacmé devait être fixée au commencement de la tyrannie. Or, quand l'année de l'olympiade n'est pas indiquée, il faut, en principe, entendre la première; si donc les données ci-dessus proviennent d'Apollodore, il y aurait eu entre lui et Sosicrate une légère divergence (trois ans), et il n'aurait pas tenu compte, au moins pour Périandre, de la date de Démétrius.
Il semble que ce soit une combinaison analogue à celle de Sosicrate qui a fait introduire dans le texte d'Aristote sur les Gypsélides (Politique, V, x, 32) une contradiction flagrante. D'après ce texte, cette dynastie a régné sur Corinthe 73 ans 6 mois en tout, mais, comme détail, il est donné 30 ans à Gypsélos, 44 à Périandre, 3 à Psammétichos. Il est clair qu'Anstote ne devait donner que 40 ans et demi à Périandre.
Passons au second sage dans l'ordre des âges. L'acmé de Pittacus est fixée par Diogène Laërce à 01. 42; or, d'après Suidas, cette date est celle du renversement du tyran Melanchros, tandis que celle de la naissance est 01. 32, ce qui donne bien 40 ans pour Yacmé. Mais la mort, d'après Diogène Laërce, arrive
01. 52,3 =570, lundis que la rie n'aurait duré que 70 ans, au lieu de 82, comme le supposent les dates qui précèdent.
Nous voici en présence d'une nouvelle difficulté, plus grave que là première, et, malheureusement, Diogène Laërce n'invoque ici aucune autorité. L'incertitude ne peut guère être dissipée; on est tenté de croire, à première vue, que la date 01. 52,3 pour la mort (et par suite la durée de 82 ans pour la vie) appartient à Apollodore, qui aura voulu tenir compte de la tradition mot la ni Piltacus en rapport avec Crésus roi (Hérodote, prétendue lettre de Pittacus dans Diogène Laërce); nous verrons en effet qu'Apollodmv faisait remonter à 01. 52,1 = 572 le commencement du règne de Crésus et à 01. 55,3 — 558, c'est-à-dire douze ans plus tôt que Sosicrate, la prise de Sardes. Mais précisément l'identité de cette différence de douze ans avec celle qui existe entre les deux durées indiquées pour la vie, me ferait plutôt penser qu'Apollodore a\ -ait parlé de 70 ans, d'après une tradition, et fixé par suite la mort de Pittacus à 01. 49,3 = 582. Sosicrate, sachant très bien que les dates qu'il avait adoptées pour le règne de ce dernier, différaient de 12 ans avec celles d'Apollodore, aura déplacé d'autant la date de la mort de Pittacus, sans s'apercevoir que celte correction était insuffisante, si du moins il voulait tenir compte des relations supposées avec Crésus, ce qu'Apollodore avait négligé de foire.
Après Pittacus, je placerais Chilon, car, si Ton met ^^n éphorat, d'après Diogène Laërce (I, 68), 01. 55 ou 56 (Pamphila) ('), cette date de l'éphorat, qui correspond très probablement à Yacmé, est en tous cas incompatible avec la donnée précise (I, 72) d'après laquelle Chilon était déjà vieux (avait plus de soixante ans) lors do Yiicinê d'Ésope, 01. 52. Je ne doute pas qu'il ne faille lire pour l'éphorat 01. 45 ou 46; c'est aussi, du reste, la seule manière de rendre Chilon assez âgé lors de L'archontat de Damasias et de le mettre en rapport, conformément au récit d'Hérodote, avec le de Pisistrale*
Je remarque incidemment que le rapprochement avec Ésope
est dans la manière d'Apollodore et que Vuemè du fabuliste
correspond au début du règne de Crésus d'après notre chrq-
l'he. On connaît eu effet la légende (Plutarque, Vie de
SoIoh) qui lai-aii appeler Ésope à la coUr de s.h.i,
(!) La première data doit être celle de Sosicrate, qui indiquait réphoral
'"'"in «pondant àTarchontal d'Euthydème; la seconde peut être celte
d'Apollodore*