CHAPITRE II. — LA CHRONOLOGIE DES (( PHYSIOLOGUES
Comme nous n'avons aucune raison de maintenir le système de l'acmé, nous n'avons nullement, de ce chef, à modifier la date hypothétique d'Apollodore pour la naissance de Thaïes; celui-ci peut avoir tout aussi bien prédit (*) son éclipse à 27 ans qu'à 40.
Je crois avoir donné, sur les questions diverses que soulève la date de ce phénomène, des éclaircissements plausibles; mais, si ce problème célèbre reçoit, de notre temps encore, trois solutions distinctes entre lesquels se partagent les savants, la raison doit en être énoncée. C'est surtout, parce que les historiens ne se rendent pas suffisamment compte de ce que peuvent et de ce que ne peuvent pas faire les astronomes dans une question de ce genre; parce que, d'un autre côté, les astronomes, à leur tour, se contentent trop qu'une thèse ait été soutenue par un historien pour la regarder comme historiquement possible.
L'astronomie est assez avancée aujourd'hui pour déterminer non seulement la date exacte, mais aussi l'heure précise des éclipses totales qui ont eu lieu dans une période donnée du passé. Mais, pour une époque aussi ancienne, elle ne peut plus déterminer avec une précision suffisante les points du globe où une éclipse a été visible comme totale. Il règne en effet, sur un des éléments du calcul à faire dans l'objet, l'accélération du mouvement moyen de la lune, une incertitude qui ne pourrait précisément être dissipée que par la connaissance complète des circonstances d'une éclipse aussi reculée. Loin donc de pouvoir déterminer effectivement si telle éclipse a été celle de Thaïes, les astronomes auraient à l'apprendre des historiens pour corriger leurs tables.
5. La prise de Sardes par Cyrus. — Nous avons déjà vu qu'Apollodore et Sosicrate avaient pris la fin du règne de Crésus comme coïncidant avec la mort de Thaïes. Évidemment son âge était alors très avancé, mais nous n'avons pas de motifs suffisants pour adopter sans réserves cette opinion probablement arbitraire (2) et nous devons regarder la date de la mort du
(*) Pour la question de l'époque où il vivait, il importe même très peu qu'il l'ait prédite ou non, ce que nous discuterons dans le prochain chapitre, en parlant de ses connaissances astronomiques; le fait, c'est que la légende suppose qu'il avait âge d'homme lors de cette éclipse de 610; il ne pouvait donc être que très vieux à la fin du règne de Crésus.
(2) Elle pouvait s'appuyer sur le passage où Hérodote (I, 170) oppose les doux conseils politiques donnés aux Ioniens, l'un par Bias de Priène, après la conquête des Perses, l'autre par Thaïes auparavant; du moins cette opposition
\{) poub l'histoire de la science hellène.
Milésien comme aus<i incertaine en fait que celle de sa mvs-
Bance.
L'époque de la prise «le Sardes n'en reste pas moins importante ponr l'histoire de la philosophie comme pour l'histoire politique, ci m. us avons à examiner si Sosicrate avait en raison de la placer lc2 ans plus tard qu'Âpollodore, ainsi que nous sommes conduits à l'admettre.
Ce déplacemenl peut, dans une certaine mesure, être lié à celui, d'égale importance, pour la date de l'éclipsé de Thaïes, de ."V.>7 à T)K)\ mais il a eu un autre motif.
Lorsque Hérodote raconte que Crésus chercha des, alliés eu Grèce et expose qu'à ce moment Pisistrate était maître d'Athènes9, il intercale dans son récit les vicissitudes du tyran, jusqu'au momenl où celui-ci reprit son pouvoir pour la troisième fois. Or, d'après les dénuées d'Aristote sur la durée de la tyrannie des Pisistratides et d'après la date de leur expulsion bien fixée en 511, on ne peut guère placer le dernier événement raconté par Hérodote avant 546; c'est là la raison évidente qui a fait adopter par Sosicrate, connue par nombre d'autres chronographes, la 58e olympiade comme étant celle de la chute de Sardes.
Mais comme, d'après le récit d'Hérodote, la guerre des Lydiens contre les Perses suit immédiatement l*é renversement d'Àstyage en 560, il est clair qu'en racontant le second exil de Pisistrate (557-546), l'historien a, dans sa digression, anticipé sur les événements. Au moment de l'ambassade de Crésus (550), Pisistrate est }>ien maître d'Athènes (pour la seconde fois;; mais son pouvoir est mal affermi <it il est renversé <M>s l'année suivante; ce qui explique pourquoi Crésus ne recherche pas son alliance. I^i date d'Apollod.uv (Ol. 55,3 = 558/7) est donc exacte à très peu près, car le récit d'Hérodote ne laisse en fait qu'une incertitude d'un ou
deux ans.
Nous avons vu comment cette date, à la différence de celle de Sosicrate, permet également d'accorder avec la chronologie la visite de Solon à Sardes; comment elle concorde de même avec Vaemé
conduit à suppose!' que DOUT Hérodote, Thaïes ftè vivait plus ;m moment nV la
lutte contra Maxarea ej il urpaga.
Mata le sens peut être tout autre; le conseil de Biaa pareil avoir été développé dans un |».- Diog, l... I. s:,,. Peut-être, au temps d'Hérodote,
eiivulaien» e-al. 'nient «les TOrfl attribués a Thaïe- et a\aut un but politique;
tre, comme ceux de Bias, portaient-Us leur date eu eux-mêmes, sans qu'Hérodote en sut davantage mu- le moment île la mort «le Thaï.--.