‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 154 sur 209 · CHAPITRE XI. — MÉLISSOS DE SAMOS (f · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — MÉLISSOS DE SAMOS (f

rien de tout cela, il ne serait plus un; car s'il devient autre, il faut que l'être ne soit pas uniforme, mais que l'être antérieur périsse et que ce qui n'est pas devienne. Si en dix mille ans l'univers avait changé d'un cheveu, dans le temps total il aurait péri.

12. Il ne peut d'ailleurs subir un changement d'ordre interne; car l'ordre (xéorjAOç) qui est d'abord ne périt pas, et celui qui n'est pas ne devient pas. Quand rien ne s'ajoute, ne se perd, ni ne devient autre, comment quelque changement d'ordre pourrait-il avoir lieu dans l'être? Si quelque chose devenait autre, alors seulement il y aurait changement d'ordre.

13. Il ne souffre pas; car, s'il souffrait, il ne serait pas universel ; une chose qui souffre ne peut être toujours et n'a pas une même force qu'une saine. S'il souffrait, il ne serait pas non plus uniforme; car il souffrirait du départ ou de l'accession de quelque chose et ne serait plus uniforme. Le sain ne peut d'ailleurs souffrir; car il faudrait pour cela que périsse le sain ou ce qui est, et que devienne ce qui n'est pas. Pour le chagrin, le raisonnement est le même que pour la souffrance.

14. D'autre part, rien n'est vide; car le vide n'est rien, et ce qui n'est rien ne peut être. Et l'être ne se meut pas, car il n'a pas de place pour aller nulle part, puisqu'il est plein ; s'il y avait du vide, il pourrait en effet aller dans le vide ; mais comme il n'y a pas de vide, il n'a aucune place où aller. Il ne peut être condensé ou dilaté; car le dilaté ne peut être aussi rempli que le dense, mais il se trouve déjà plus vide que le dense. Voici la distinction qu'on doit faire du plein et du non-plein. Si quelque chose peut entrer ou être admis, il n'y a pas plein; si rien ne peut entrer ou être admis, il y a plein. Il faut donc que l'être soit plein, s'il n'y a pas de vide; si donc il est plein, il est immobile

15. Si l'être se divise, il se meut; mais en mouvement, il ne peut plus être

16. Si l'être est, il faut qu'il soit un; étant un, il faut qu'il n'ait pas de corps; car s'il avait une dimension, il aurait des parties et ne serait plus un

17. Voilà la plus grande marque qu'il est seulement un. Mais il y en a d'autres; car s'il y avait pluralité d'êtres, il faudrait que chacun fût tel que je dis être l'un. Si en effet ce sont des êtres que la terre, l'air, le fer, l'or, le feu, si ceci est vivant, cela mort, ceci blanc, cela noir, si toutes les autres choses que les hommes

disent être vraies sont en effet, si nous voyons et si nous entendons juste, il faut que chaque chose reste telle qu'elle nous a paru d'abord, sans changer ni s'altérer, qu'elle soit toujours ce qu'elle est. Or, nous disons que notre vue, notre ouïe, notre intelligence sont justes; le chaud nous semble devenir froid et le froid chaud, le dur devenir mou et le mou dur, le vivant mourir ou naître du non-vivant; tout change, rien ne reste semblable à ce qu'il était; l'anneau de fer, tout dur qu'il est, s'use contre le doigt; de même, l'or, la pierre, et tout ce qui parait le plus solide; la terre et les pierres viendraient de l'eau; ainsi ce qui est, nous ne le voyons pas et ne le connaissons pas. Il n'y a, en tout cela, aucune concordance; nous disons qu'il y a nombre de formes éternelles et solides, et tout ce que nous voyons partout nous semble s'altérer et se transformer. Il est donc clair que nous ne voyons pas juste, mais aussi que c'est à tort que toutes ces choses nous paraissent être. Car si elles étaient vraies, elles ne changeraient pas, mais chacune serait telle qu'elle paraît; car rien ne peut triompher de l'être véritable. Or, dans le changement, ce qui est périt, ce qui n'est pas devient. Ainsi s'il y avait une pluralité d'êtres, il faudrait que chacun fût tel que l'un.

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