CHAPITRE XI. — MÉLISSOS DE SAMOS (f
l'un garda le renom d'un paradoxal disputeur, l'autre d'un penseur secondaire, exclusivement attaché au point de vue d'un monisme étroit. Mais quand ces appréciations furent portées sur eux, on ne jugeait plus exactement dans quel milieu intellectuel ils s'étaient trouvés ; les abstractions géométriques faisaient déjà depuis longtemps l'objet d'un enseignement courant très rigoureux; l'idéalisme avait reparu et s'était brillamment développé sous une forme toute nouvelle, celle qui était vraiment appropriée au génie de l'Hellade, mais que nous pouvons à peine nous assimiler.
FRAGMENTS DE MELISSOS
1. Si aucune chose n'est, qu'en pourrait-on dire comme si quelque chose était? Si quelque chose est, elle est ou devenue ou toujours étant. Mais si elle est devenue, c'est d'une chose étant ou n'étant pas. Or, il n'est possible que rien devienne ni d'une chose n'étant pas (rien, ni une autre n'étant rien, ni a fortiori ce qui est simplement) ni d'une chose étant; car dans ce dernier cas, la chose serait et ne deviendrait pas. Donc ce qui est n'est pas devenu; dès lors il est toujours. — Ce qui est ne peut pas davantage périr; car il n'est pas possible que ce qui est se transforme ni en ce qui n'est pas (ce dont les physiciens conviennent d'ailleurs) ni en ce qui est. Dans ce cas, en effet, il subsisterait et ne périrait pas. Ainsi ce qui est n'est pas devenu et ne périra pas; donc il a été et sera toujours.
2. Mais ce qui est devenu a un commencement, ce qui n'est pas devenu n'a pas de commencement ; or, ce qui est n'est pas devenu ; il n'aurait donc pas de commencement. D'autre part, ce qui périt a une fin, mais si quelque chose est impérissable, elle n'a point de fin; donc ce qui est, étant impérissable, n'a point de fin. Mais ce qui n'a ni fin ni commencement est infini. Donc l'être est infini.
3. Mais s'il est infini, il est un; car s'il y avait deux êtres, ils ne pourraient être infinis, mais se limiteraient réciproquement; or, l'être est infini; donc il n'y a pas de pluralité d'êtres, et l'être est un.
4. Mais s'il est un, il est aussi immuable; car l'un est toujours semblable à lui-même, et le semblable ne peut ni perdre, ni gagner, ni subir un changement d'ordre interne, ni ressentir de
la douleur ou du chagrin. S'il éprouvait rien de tout cela, c'est qu'il ne serait pas un ; car ce qui subit un mouvement quelconque change de quelque chose en quelqu'autre ; mais en dehors de ce qui est, il n'y a rien d'autre; il ne peut donc y avoir de mouvement pour l'être.
5. D'une autre façon, rien n'est vide de l'être; car le vide n'est rien et ce qui n'est rien ne peut être. Donc l'être ne se meut pas, car s'il n'y a pas de vide, il n'a pas de place pour aller nulle part ; il ne peut d'ailleurs se concentrer sur lui-même; car il serait alors plus ou moins dense que lui-même, ce qui est impossible. En effet le dilaté ne peut être aussi rempli que le dense, mais il se trouve déjà plus vide que le dense; or le vide n'est pas. Que ce qui est soit plein ou non, il faut en juger suivant qu'il peut ou non admettre quelque chose d'autre ; s'il n'admet pas, il est plein ; s'il admet quelque chose, il n'est pas plein. Si donc il n'y a pas de vide, il est nécessaire que l'être soit plein, et par conséquent, qu'il soit immobile. Ce n'est pas qu'il soit impossible qu'il se meuve dans un espace plein, comme nous le disons pour les corps, mais c'est que l'être universel ne peut se mouvoir ni vers l'être (puisqu'il n'y a pas quelque autre être que lui) ni vers le non-être; car le non-être n'est pas...
6. Ce qui a été, a toujours été et sera toujours ; car, s'il était devenu, avant de devenir, il aurait nécessairement été rien; mais ce qui a été rien, ne peut jamais devenir rien de rien
7. Ce qui n'est- pas devenu, mais est, cela a toujours été, sera toujours, n'a ni commencement ni fin, mais est infini. Car s'il était devenu, il aurait eu commencement (il aurait, à un moment, commencé à devenir) et fin (il aurait à un moment fini de devenir); si au contraire il n'a ni commencé ni fini, mais a toujours été et sera toujours, il n'a ni commencement ni fin. En effet, il n'est pas possible que quelque chose soit toujours, si ce n'est ce qui est tout
8. Mais, comme il est toujours, de même il faut toujours que sa grandeur soit infinie
9. Rien de ce qui a commencement «I lin, ne peut être éternel m nitiiii
10. S'il n'était pas un, il serait limité par rapport à l'autre
11. Ainsi donc l'univers est éternel, infini, un et uniforme; il ne peut ni perdre ni gagner, ni subir un changement d'ordre interne, ni ressentir de la BOUffiranc* ou du chagrin. S'il éprouvait