‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 165 sur 209 · CHAPITRE XII. — ANAXAGORE DE CLAZOMÈNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — ANAXAGORE DE CLAZOMÈNE

Zeller (II, p. 411) admet que le premier effet du mouvement a été de diviser les substances, selon les oppositions les plus générales, en deux grandes masses, qu'Anaxagore désignait sous les noms d'éther et d'air ; par le premier de ces noms il aurait entendu le chaud, le lumineux et le ténu; par le second, le froid, le sombre et le lourd.

Le fragment 1, qui formait certainement le début de l'ouvrage du Clazoménien, montre nettement qu'au contraire il considérait l'éther et l'air comme étant les apparences sous lesquelles se montrait le chaos originaire, avant toute action du AToos. En en parlant, Anaxagore corrige ce qu'il a dit au début du fragment, et qui pourrait être entendu en ce sens que le mélange universel n'offrirait aucune des qualités déterminées des choses; comme tous les autres mélanges, celui-là doit nécessairement apparaître sous les formes qui prédominent comme quantité, et d'après l'état actuel du monde, suivant d'ailleurs en cela l'opinion d'Anaximène, le Clazoménien pense que la prédominance appartient à l'air; mais il croit devoir distinguer entre l'air lumineux (éther) et l'air sombre (ce qu'il appelle proprement air). Comme pour lui ces formes remplissent les espaces célestes, la prédominance comme nombre (ttàyiOîi) doit sans doute être rapportée au contraire à l'état de confusion originaire, où les molécules qui ont forme d'air sont regardées comme les plus nombreuses et comme déterminant dès lors l'apparence du mélange universel. Ou bien encore t:ay;0si doit ici être simplement entendu dans le sens de quantité, comme il parait devoir l'être dans le fragment 2 ; car, en thèse générale, le langage d' Anaxagore est encore loin de posséder toute la précision désirable.

Le texte de ce fragment 2, qui représente l'air et l'éther comme se dégageant du milieu environnant, n'est nullement en contradiction avec ce qui précède ; car ce texte désigne l'apparence actuelle et non l'effet qui aurait amené cette apparence.

Le fragment 15 fait une allusion très claire à la polémique de Zenon contre la pluralité, même si la leçon de Zeller : xb yà? èbv c>/. Ifrct toprij (au lieu de xb y.Yj que donnent les manuscrits) o&c sTvai, devait être rejetée. Mais je ne puis approuver son explication (II, p. 399, n. 3) d'un autre passage de ce fragment: /.a- îsov iàtl (tc {iiya)»ov) -;o s[X'.v.piï) ~Xr<6oç, à savoir: la grandeur a autant de degrés que la petitesse (littéralement: le grand est égal au petit en pluralité").

Le sens de ce passage est certainement le même que celui des propositions analogues du fragment 16, propositions que j'ai traduites à la lettre. Voici comment il me semble qu'on doive les entendre :

Anaxagore affirme, contre Zenon, la coexistence de la pluralité dans l'unité; mais cette pluralité est pour lui celle de substances toujours confondues, aussi bien dans les grandes masses que dans les petites, et que la division n'arrivera jamais à séparer. J'emploie d'ailleurs inexactement ici le terme de substances, car, en fait, ce sont des qualités que considère Anaxagore sous un concept encore vague et mal défini. Le fragment 13 montre bien que sous l'unité du cosmos, c'est à la pluralité du froid et du chaud, etc., que s'attache le Glazoménien, et c'est celte pluralité qu'il déclare ne pouvoir être résolue en unités distinctes par la division mécanique, quoique la distinction existe parfaitement, soit pour les sens, soit au moins pour l'intelligence.

Il affirme donc que toutes choses sont encore confondues comme à l'origine, quoiqu'il y ait eu ici diminution des unes, là augmentation des autres. La pluralité des substances (qualités) confondues est donc toujours la même en tout corps et cela d'ailleurs qu'il soit grand ou qu'il soit petit. C'est bien là sa thèse, comme nous l'avons exposée plus haut. On voit en même temps comment la question de la pluralité dans l'unité a été détournée du terrain où l'avait posée Zenon et comment les sophistes, Platon, puis Arislote, ont eu à la traiter pour la pluralité des attributs.

Page 1