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CHAPITRE XIII. — EMPÉDOCLE d'aGRIGENTE

Évidemment cela ne suffit point, si l'on veut se rendre un compte exact du système d'Empédocle; le fait "qu'il a dédoublé la force motrice rend d'ailleurs nécessaire un examen approfondi dont on peut se dispenser pour Anaxagore. Cet examen doit nous apprendre, non pas si l'Agrigentin confondait dans ces concepts des notions que nous distinguons soigneusement, mais bien quels étaient au juste ces concepts, si toutefois la chose est encore possible. Rien ne nous indique au reste que, sous le manteau flottant des métaphores poétiques, ces concepts ne fussent parfaitement nets et dessinés avec précision; à tout le moins, nous n'aurions le droit de porter un jugement contraire qu'après une discussion complète, dans laquelle nous n'aurions jamais oublié que 'ce qui est confus à nos yeux pouvait très bien ne pas l'être pour les anciens.

Les six substances d'Empédocle (y compris l'Amour et la Haine) sont égales entre elles (xccjxj yàp Taa ts Trav-a, v. 88). Aristote (De gen. et corr., II, 6) se demandait s'il fallait entendre cette éjalité du volume (y.ol-ol ti 7:sa5v) ou d'un effet possible mesuré par sa quotité (d) ; il pouvait, en effet, dans les vers 80-81 , trouver cette double forme de détermination pour la nature de l'égalité; car, au sens propre, l'épithète du Neîkos (àiaXav-cv) s'entend de l'équilibre des poids, tandis que l'égalité de la Philotès est expressément rapportée aux dimensions.

Cette dernière détermination est évidemment celle qui offre le sens le plus précis, et je n'hésite point à la considérer comme exprimant la véritable pensée d'Empédocle et par suite à regarder comme métaphorique l'épithète du Neîkos ; en tout cas, devant un texte aussi formel, nous ne pouvons moins faire que de nous représenter l'Amour, et par suite aussi la Haine, comme des éléments étendus et dès lors assimilables, au moins, sous ce rapport, aux quatre éléments matériels classiques.

Il est clair qu'il n'y a là aucune contradiction avec le vers suivant (82), auquel on a attribué un sens idéaliste, parce qu'Empédocle y déclare que la Philotès ne peut être vue par les yeux, mais seulement par l'esprit. Il suffit de remarquer que cet élément doit nécessairement, dans la théorie de l'Agrigentin, remplir ces

(*) Il rejette l'hypothèse dans laquelle des effets simplement analogues auraient été conçus comme équivalents. Quand au reste Zeller (II, p. 200) répond que légalité doit sans doute s'entendre de la masse, il introduit un concept tout à fait moderne et ahsolument étranger à l'époque d'Empédocle.

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pores invisibles qui jouent un si grand rôle dans son explication des phénomènes particuliers; ce sont là les «ports accomplis de Cypris » (v. 208), au sein desquels se rapprochent la terre et le feu, l'onde et l'éther.

Cette même remarque nous suffit aussi pour expliquer comment Empédocle peut soutenir l'égalité de volume de ses divers éléments, malgré la prépondérance énorme des volumes apparents de l'air et du feu. C'est qu'il conçoit sans doute les pores de ces éléments plus subtils comme de beaucoup plus considérables que ceux de la terre ou de l'eau.

2. Ainsi l'amour et la haine chez Empédocle ne sont nullement des forces abstraites; ce sont simplement des milieux doués de propriétés spéciales et pouvant se déplacer l'un l'autre, milieux au sein desquels sont plongées les molécules corporelles, mais qui d'ailleurs sont conçus comme tout aussi matériels que l'éther impondérable des physiciens modernes, avec lequel ils présentent la plus grande analogie. Quant aux noms poétiques qu'Empédocle a choisis pour désigner ces milieux, ils ne doivent point faire illusion ; le fils de Méton aurait difficilement mieux trouvé pour exposer en vers, comme il se l'était proposé, des concepts aussi nouveaux que les siens. Mais il n'y a nullement là des personnifications mythologiques véritables, pas plus que quand les quatre éléments corporels sont appelés Zeus, Héré, Aïdôneus et Nestis; c'est simplement un appareil poétique dont l'esprit est au contraire aussi directement opposé à celui des croyances populaires que pouvaient l'être les interprétations allégoriques de l'école d'Anaxagore.

Quant à l'origine de sa conception, il est désormais bien facile de la reconnaître : Empédocle n'a nullement fait un pas en avant dans la voie ouverte par le Clazoménien ; il n'a nullement dédoublé, pour quelque raison mystique, le Noos organisateur du monde ; son point de départ est l'antique opposition pythagorienne de l'un solide et du vide, également conçu en fait comme un milieu matériel, qui crée les choses en pénétrant le principe corporel. Nous verrons mieux plus loin l'analogie entre cette idée et celle de l'action du Neîkos sur le Sphéros; pour le moment, l'indication suffit.

Empédocle n'a pas cru possible d'expliquer avec un seul élément corporel, connue l'avaient essayé les anciens physiologues, L'infinie variété des phénomènes; mais, au lieu de lui faire correspondre,

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