FRAGMENTS D'EMPEDOCLE
Préambule. — Il est une loi fatale, un antique décret des dieux, | à jamais confirmé par leurs serments sans réserves : | si quelqu'un, par sa faute, souille sa main d'un meurtre | ou s'il ose violer un serment, |5| (lui, daimone dont la vie s'étend dans les siècles), | pendant trente mille saisons il errera loin des bienheureux, | revêtant successivement les formes mortelles de toutes sortes, | passant de l'un à l'autre des douloureux sentiers de la vie. | Tel je suis aujourd'hui exilé loin des dieux, errant, |
10| soumis aux fureurs de la Haine | car j'ai déjà été garçon
et fille, | et arbrisseau et oiseau et dans la mer un muet poisson. | Hélas! pourquoi un jour sans pitié ne m'a-t-il pas
détruit, | avant que mes lèvres eussent connu l'œuvre criminelle
de la nourriture? |15| Loin de quel honneur, de quelle
félicité sans bornes | suis-je misérablement déchu dans les régions mortelles! |
J'ai pleuré, j'ai sangloté en voyant cette demeure inaccoutumée | cette demeure sans joie | où le Meurtre, le Ressentiment
et le reste des Kères |20| [les maladies repoussantes, les contagions, les œuvres périssables] | parcourent la ténébreuse prairie
d'Até | Là étaient la Terrestre et la Solaire aux yeux
perçants, [ la Guerre ensanglantée et l'Harmonie au doux regard, | la Beauté et la Laideur, la Lenteur et la Hâte, |25| l'aimable Sincérité, la Dissimulation à l'œil sombre | ... la Naissance H la Mort, la Torpeur et la Veille, | la Mobilité et l'Immobilité, la Grandeur couronnée | et l'Humilité, la divine Taciturnité et la Parole | Nous arrivâmes sous cet antre couvert. |
iJ0| Hélas! race infortunée des misérables mortels, | de quelles
disputes, de quels gémissements vous êtes nés! | Le vaste
et 1km les repousse dans la mer, | la mer les rejette sur le soi dé la terre, la terre dans les flammes | de l'infatigable soleil, et celui-ci dans l<4s tourbillons de l'éther. |35| Reçus par l'un après l'autre, ils sont partout en horreur. |
Étroites sont les ressources que leur offre le corps, | et là-dessus.