‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 23 sur 209 · CHAPITRE III. — TIIALÈS DE MILET · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — TIIALÈS DE MILET

l'ignorance des auteurs de l'antiquité sur les croyances des barbares ayant trait à la pbilosophie. Certes, avant que les tombeaux de l'Egypte nous eussent livré leurs papyrus, cette ignorance pouvait être soupçonnée, mais non mesurée; désormais il convient de tenir mieux compte des révélations que nous apporte le déchiffrement des écritures hiératiques.

Ce n'est donc pas révoquer en doute l'incontestable originalité du génie hellène que de considérer, pour Thaïes au moins, la question comme encore ouverte. Pour l'élucider, il me semble d'ailleurs indispensable de préciser, avant tout, autant du moins qu'il est possible de le faire aujourd'hui, le caractère réel de l'influence exercée par les barbares sur la constitution des sciences mathématiques et astronomiques en Grèce. En l'absence de documents probants, c'est le seul moyen de pouvoir juger par analogie quelle a pu être la nature de cette influence sur le développement des autres sciences et sur celui des premières idées philosophiques.

C'est cette double étude que je me propose donc de tenter pour le moment. Il m'a semblé que les résultats des travaux de notre siècle, les points acquis dans l'histoire des mathématiques d'une part, et, de l'autre, dans celle des anciens peuples de l'Orient, pouvaient mieux servir qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent à éclairer les sources de la philosophie, et par conséquent de toutes les sciences qu'elle embrassait dans l'antiquité. Il m'a semblé qu'en tous cas, même abstraction faite des thèses nouvelles que j'aurai à soutenir, l'exposé des faits mis à l'appui pourrait suffire à intéresser le lecteur.

Quant à mes conclusions, peut-être convient-il de les résumer d'avance. J'essaierai de montrer que c'est vraiment aux Grecs qu'appartient la gloire d'avoir constitué les sciences aussi bien que la philosophie ; mais si l'originalité de leur génie éclate, comme on le verra dans un autre chapitre, dès Anaximandre, le véritable chef de l'école ionienne, rien ne prouve que Thaïes en particulier ait fait autre chose que de provoquer le mouvement intellectuel, que de susciter l'étincelle, en introduisant dans le milieu hellène des procédés techniques empruntés aux barbares et en y faisant connaître quelques-unes de leurs opinions. Le même rôle a pu, au reste, être joué par beaucoup d'autres voyageurs de son temps; mais il fut sans doute l'observateur le plus sagace et le plus habile initiateur. Esprit d'ailleurs, semble-t-il, moins spécu-

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lafH que pratique •), il n'a pas fait de longues éludes auprès des sanctuaires de l'Egypte; mais il a profité de toutes les occasions pour s'enquérir de ce qui lui semblait utile ou curieux, et il sut apprendre à ses compatriotes qu'on résolvait, à l'étranger <l<is problèmes auxquels ils n'avaient guère songé jusque-là, qu'on y avait des croyances au moins aussi plausibles que les leurs. Ainsi, sans peut-être rien inventer ou imaginer réellement par lui-même, donna-1-il le branle à l'inconsciente activité qui sommeillait, el iiM'iila-t-il par là ce renom que lui décernèrent ses contemporains et que la postérité la plus lointaine s'est plu à lui conserver.

2. Vers le milieu du vne siècle av. J.-C, la reconnaissance du fondateur de la dynastie saïte ouvre l'Egypte aux Grecs et en particulier à ceux de l'Asie-Mineure. Il y avait déjà huit siècles au moins que les marins de l'archipel connaissaient les cotes dû Delta. Bien avant les chants homériques, la mémoire de leurs pirateries était inscrite sur les monuments de Ramsès II. Enfin, elles ont eu un terme heureux; la soif d'aventures, la curiosité de l'inconnu n'ont plus besoin des armes. Derrière le soldat de fortune, qui vient se louer comme mercenaire, les voyageurs affluent. Ceux-là sont des marchands : Thaïes vendra du sel, Platon vendra de l'huile. Contes de Plutarque, si l'on veut, mais c'est là le roman plus vrai que l'histoire; en fait, nous ne pouvons constater un soûl voyage entrepris dans un but exclusivement scientifiquo.

À côté des mercenaires et des commerçants arrivent de nombreui émigrantS, qui fondent do véritables colonies. Des Milésiens viennent avec trente navires et établissent un comptoir fortifié. Il y a bientôl dans le Delta une caste formée par les interprètes. L'invasion pacifique s'étend sur l'Egypte entière; il y a dos Milésiens dans l'antique Abydos, des Samiens jusque dans la grande Oasis.

A quelque degré de civilisation que fussent déjà parvenus les Grecs, ils n'étaient encore que des enfants vis-à-vis dos Égyptiens, comme Solon se l'entendait dire-; leur curiosité avait donc beau jeu. Sans aller demander l'enseignement des prêtres, sans doute malveillants <mi général pour les étrangers et plus disposés à conter dos fables qu'à faire pari de leur savoir, il fut certainement

(*) c Savant homme, dont on raconte nombre d'invention» commodes dan* 1rs mis el dans lea affairai de pratique, comi m le fait aussi de Thnl»'-> le

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