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CHAPITRE III. — THALÈS DE MILET

bientôt facile à un Grec intelligent et séjournant suffisamment dans le pays, de faire une enquête sérieuse sur les connaissances pratiques et les opinions générales des Egyptiens. C'est au moins le rôle que l'on doit attribuer à Thaïes.

On a révoqué en doute jusqu'à son voyage en Egypte, parce qu'il n'est pas attesté par des documents suffisamment anciens. Il semble pourtant qu'on aurait pu se contenter de ce fait que c'est à Thaïes que remonte, d'après Hérodote, la recherche de la cause des débordements périodiques du Nil; ce problème, qui préoccupa successivement les Ioniens, a dû, dans l'origine, être soulevé par un témoin oculaire.

Revenu à Milet, Thaïes y consacra aux travaux de l'intelligence les loisirs de son âge mûr et de sa vieillesse. L'historiette d'Aristote sur le monopole des pressoirs d'huile parait indiquer que tout d'abord la nature de ses occupations, absolument étrangère aux habitudes de ses compatriotes, fut loin de lui attribuer leur considération. Mais, à la longue, les appréciations changèrent, car Hérodote nous le montre jouant un rôle politique notable, soit en Ionie, soit même auprès du roi Crésus.

La circonstance qui attira surtout sur lui l'attention de ses compatriotes fut, sans aucun doute, non pas une heureuse spéculation sur la récolte des olives, mais la prédiction de l'éclipsé solaire totale du 30 septembre 610, qu'il doit avoir faite encore assez jeune. On a vu, au chapitre précédent, comment on rattacha plus tard à la date qu'on croyait devoir attribuer à cette éclipse, la légende du vase à donner au plus sage, et qui lui revient à nouveau, après avoir passé par sept mains différentes.

La réalité de cette prédiction a été souvent révoquée en doute par les modernes, tandis que toute l'antiquité semble s'accorder pour reconnaître dans son succès l'événement qui, grâce à la renommée acquise par Thaïes, éveilla dans la race hellène l'amour de la science et l'émulation vers ce noble but de la vie.

Les arguments des incrédules (l) ont un incontestable fondement ; pour essayer d'annoncer comme visible en un point donné de la terre une éclipse solaire avec quelque chance de succès, il faut posséder certains éléments astronomiques qui n'ont été connus et encore très approximativement qu'au in° siècle (Aristarque de

(i) Voir notamment l'étude de Th.-H. Martin, Revue archéologique, 1864, et les chapitres de son Histoire de Vastronomie publiés depuis dans les Mémoires de l'Institut.

Samos) (*) et mis en œuvre dans ce but qu'au ir3 ' Hipparque). La prédiction faite par Thaïes ne serait donc qu'une légende; l'origine

en serait que le sage Milésicn aurait connu l'explication des éclipses et qu'il aurait peut-être tout au plus, d'après cette connais- Bance, annoncé la nécessité du retour de ce phénomène.

Si ingénieuse que soit cette explication, si séduisants que soient les motifs invoqués à l'appui par Th. -H. Martin, elle ne peut nous satisfaire. Tout d'abord, les textes anciens (Hérodote, I, 7i; Eudème dans Clément d'Alex., Strorn., I, 14) parlent uniquement d'une prédiction, non d'une explication. Le récit, d'après Diogène Laërce, remonte jusqu'à Xénophane, presque contemporain de Thaïes; comme preuve historique, il est difficile de demander plus, pour cette époque.

A la vérité, il est possible, probable même, que Thaïes a donné une explication du phénomène; mais il n'a certainement pas connu la véritable. Autrement, il serait inexplicable que, pendant un siècle après lui, tous les Ioniens aient épuisé leur imagination pour les solutions fantaisistes que nous aurons à rappeler. C'est Anaxagore de Clazomène qui, le premier, enseignera la doctrine scientifique, qui ne verra dans la lune qu'un corps obscur par lui-même, reflétant la lumière du soleil, qui permettra ainsi d'expliquer, du même coup, les phases, les éclipses de lune et celles du soleil; c'est lui qui, le premier, rendra dans les fers témoignage pour la vérité.

Et encore Anaxagore lui-même n'était nullement en mesure d'analyser suffisamment les conditions des phénomènes; ainsi pour expliquer comment les éclipses de soleil sont, on un même lieu, plus rares que celles de la lune, il admettait que ces dernières pouvaient être produites par l'interposition, entre le soleil et la lune, d'autres astres obscurs (*). La théorie «les éclipses ne oom-

mença à être vraiment débrouillée que deux siècles après Thaïes, au temps (Thaidoxe de Cnide. Tant furent lents et pénibles les premiers progrès positifs dans la nouvelle voie suivie par les Grecs!

(') Il y garait quelques réserves à foire sur ce point : Eudoxe «le Cnide avait déjà «là arriver A des résultats comparables à ceux d'Aristarqtie pour la distance

de la lune à la terre; mais la valeur générale «I" l'argument n'en serai t point

ébranlée.

(f> Voir Schiaparelli, / precursori d\ Copernico néU* anHchità, Hœplij Milan, 1x7:1, page 6. — C'est dans une hypothèse de ce genre <roe se trouve l'origine «le l'invention de Vantichtkone dans le ivstème «I»1 Philolaos. Au reste, la | remière conception d'astres obscurs parait remonter à Anaximène.

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