CHAPITRE III. — THALÈS DE MILET (d
L'univers est supporté par l'eau ; d'où les tremblements de terre, les tourbillons des vents et les mouvements des astres. Toutes les choses sont comme emportées et en écoulement, conformément à la nature du premier principe de leur génération. Être dieu, c'est n'avoir ni commencement ni fin. — Ce fut lui qui, s'occupant le premier de l'étude des astres, fut chez les Grecs l'auteur de cette science; on sait que, regardant le ciel et disant qu'il connaissait très bien les choses d'en haut, il tomba dans un puits et qu'alors une servante thrace se moqua de lui : « Il prétend savoir ce qui est au ciel et ne sait pas ce qui est à ses pieds. » Il vivait au temps de Crésus.
3. Ps Plutarque (Stromata, I). — Le premier de tous, Thaïes, dit que l'eau subsiste comme principe de toutes choses ; car tout en provient et y retourne.
4. Épiphane (Advers. hœres., III, 4). — Thaïes de Milet, un des sept sages, déclara que l'eau était le principe générateur de toutes choses; car tout, dit-il, provient de l'eau et se résout en eau.
5. H ermias (irWs. Gentil, philos., 10). — D'autre part, Thaïes me fait signe qu'il possède la vérité, lorsqu'il détermine l'eau comme principe de tout, car tout est formé par l'humide et tout s'y résout et la terre est portée sur l'eau. Pourquoi ne croirais-je pas Thaïes, le plus ancien des Ioniens?
6. Aétius, I. — 2. Thaïes de Milet regarde comme une même chose le principe et les éléments. Il y a une très grande différence, car les éléments sont composés, et nous disons que les principes ne sont ni composés, ni résultats; ainsi nous appelons éléments la terre, l'eau, l'air, le feu, mais un principe ne doit rien avoir d'antérieur qui lui donne naissance, sans quoi ce ne serait pas lui qui serait principe, mais bien ce dont il naît. Or, la terre et l'eau ont des antérieurs qui leur donnent naissance, à savoir la matière sans forme et sans spécification, la forme, que nous appelons aussi entéléchie, et la privation. Ainsi Thaïes se trompe en disant que l'eau est principe et élément (1). — 3. Thaïes de Milet déclara que l'eau est le principe de toutes choses, car tout, dit-il, vient de l'eau et se résout en eau. Son opinion s'appuie sur ce que : 1° la semence, qui est le principe pour tout animal, étant humide, il est vraisemblable que tout tire son origine de l'humide ; 2° toutes les plantes se nourrissent et portent des fruits grâce à
(!) Toute cette critique est un lieu commun de l'école d'Aristote.
l'humidité; si elles en sont privées, elles dépérissent; 3° le feu môme du soleil et des astres, enfin le monde entier est entretenu par les exhalaisons des eaux. C'est aussi pourquoi Homère émet la même opinion sur l'eau :
« L'Océan qui pour tout se trouve l'origine. »
7. Probus (sur Virgile), p. 21. — On pense que cette opinion de Thaïes provient d'Hésiode, qui dit :
« Le chaos fut avant toutes choses; ensuite... »
Car Zenon de Cittion dérive chaos de yjUalhi (couler) et l'interprète dans le sens d'eau. Mais nous pouvons aussi attribuer la même opinion à Homère, qui dit :
« L'Océan et Téthys, père et mère des dieux. »
8. Cicéron (De dcor. nat., I, 40). — Thaïes de Milet, qui, le premier, a agité ces questions, dit que l'eau est l'origine des choses et que le dieu, c'est l'intelligence qui a tout fait avec l'eau. Mais peut-il y avoir des dieux sans sentiment ou pourquoi a-t-il ajouté l'intelligence à l'eau, s'il peut y avoir une intelligence séparée de tout corps ?
9. Saint Augustin (De civ. Dei, VIII, 2). — Le premier de l'école ionienne fut Thaïes de Milet, un des sept sages; mais tandis que les six autres se faisaient remarquer par leur genre de vie et par certains préceptes concernant la conduite morale, ce Thaïes, pour laisser des successeurs, étudia les secrets de la nature et écrivit ses recherches; il est surtout remarquable pour avoir su pénétrer les mystères des nombres de la science des astres et prédire ainsi les éclipses de soleil et de lune. Cependant il a cru que l'eau était le principe des choses, que c'est de là que provenaient les éléments du monde, le monde lui-même et tout ce qui y naît, et il n'a préposé aucune intelligence divine à cette œuvre si admirable du monde.
10. Aktius, I. — 7. Thaïes: L'intelligence du monde est le dieu.; car tout est h. la fois animé et plein de dai moues; L'humide élémentaire est pénétré par la puissance divine qui le met en mouvement. — 8. Thaïes, Pythagore, Platon, les stoïciens : Il existe des daimones, essences psychiques, et aussi des héros, âmes séparées du corps; ils sont bons ou méchants, suivant que' les âmes sont bonnes ou méchantes.