‹ Pour l'histoire de la science hellèneChapitre 37 sur 209 · I. — Le Savant · texte numérisé non relu

I. — Le Savant

1. Sauf Aristote, tous les auteurs qui nous citent Anaxiniandre ne connaissent sans doute que de seconde main des fragments de l'écrit qu'il avait composé « sur la nature ». Cependant il se trouvait encore entre les mains du chronographe Apollodore d'Athènes, et, comme on l'a vu, ce dernier y lisait probablement que l'auteur en avait 64 ans, et il pouvait, par quelque autre renseignement, fixer la date à 01. 58,2 sa 547 avant notre ère. A ce moment, Thaïes, quoique d'une génération antérieure, n'était guère mort que depuis une dizaine d'années. Rien ne fut donc plus naturel que de supposer entre les deux concitoyens, qui se connurent sans nul doute, les relations de maître à disciple ; mais cette invention des âges postérieurs en transportait les mœurs dans un siècle auquel elles étaient étrangères. Si les Ioniens reflètent naturellement les connaissances scientifiques de leur époque, si l'on est, dès lors, autorisé à attribuer à chacun d'eux celles que possédait déjà son précurseur, ils n'en apparaissent pas moins, en tant que penseurs, comme indépendants et isolés, et s'ils ont eu des disciples, ce ne fut que par leurs écrils, après leur mort, sur le sol de la Grèce et au temps des sophistes. Alors, par exemple, Hippon reprendra l'idée de Thaïes sur le rôle primordial de l'eau, et, en présence des autres doctrines surgies depuis, il essaiera de la défendre par des arguments auxquels le Milésien n'avait nullement pensé, mais que les doxographes n'en ont pas moins mis à son compte.

En tout cas, l'ouvrage d' Anaxiniandre serait, non pas l'aventureux essai d'un jeune homme, mais le couronnement d'une carrière

sur laquelle nous ne savons que très peu de chose. Élien (nr siècle de notre ère) nous raconte seulement qu'il conduisit une colonie à Apollonie de Thrace, et Favorinus (n° siècle) qu'il établit un gnomon à Lacédémone. La première donnée n'est nullement garantie contre la possibilité d'une confusion sur un nom qui se perpétua à Milet et pouvait y être déjà ancien ; la seconde est contredite par un écrivain antérieur, Pline, qui attribue formellement à Anaximène la construction du gnomon de Lacédémone.

2. Il n'est pas inutile d'entrer à ce propos dans quelques détails sur la gnomonique ancienne. L'instrument qui a donné son nom à cette branche de la science était tout simplement une tige verticale dressée sur un plan horizontal. L'observation de l'ombre minima de cette tige sur ce plan permettait de déterminer les points cardinaux, le midi vrai, et l'époque des solstices, dont celui d'été servait, chez les Grecs, à déterminer le commencement de l'année. Avec des connaissances géométriques élémentaires, le gnomon suffit également pour déterminer les équinoxes, l'obliquité de l'écliptique et la hauteur du pôle pour l'endroit où il est élevé; il servit donc plus tard à prouver la sphéricité de la terre.

Cet instrument était certainement connu des Grecs d'Ionie, dès avant Anaximandre. Sans parler de Thaïes, une tradition as» i constante attribue à Phérécyde de Syros la construction du gnomon de Délos. D'autre part, Hérodote déclare formellement que le gnomon, le polos et. la division du jour en douze parties ont été empruntés par les Grecs aux Babyloniens.

Le polos, essentiellement différent du gnomon, était une horloge solaire. Mais ce cadran primitif ne ressemblait en rien aux nôtres. C'était une demi-sphère concave ayant pour centre l'extrémité d'un style; chaque jour, l'ombre de cette extrémité décrivait un arc de cercle parallèle à l'équateur, et il était, facile de diviser ces parallèles, supposés complétés, en douze ou vingt-quatre parties égales. La construction de pareils cadrans peut présenter quelques difficultés pratiques; mais elle ne suppose, pas plus que leur invention, aucune théorie mathématique; il suffisait, pour les imaginer, d'avoir une idée nette du mouvement diurne apparent du soleil.

On possède de ces cadrans sphériquea (*), qui lurent les seuls

(*) il eu existe notamment deuz au Musée du Louvre*

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