CHAPITRE IV. — ANAXIMANDRE DE MILET. 8P
connus pendant longtemps, car le premier cadran plan ne fut inventé que par Aristarque de Samos (111e siècle av. J.-C). Mais ils offrent, comme au reste toutes les horloges solaires des anciens, une particularité qui les distingue des nôtres, et qui est, semble-t-il, une modification apportée par les Grecs à l'instrument babylonien. Ce n'est point le parallèle entier, mais l'arc diurne parcouru par l'ombre qui se trouve divisé en parties égales. Les heures ont donc une durée essentiellement variable; chacune d'elles est la douzième partie du temps que le soleil passe chaque jour au-dessus de l'horizon, et non pas la vingt-quatrième partie de l'intervalle entre deux passages successifs au méridien ; dans l'astronomie ancienne, ces heures variables sont connues sous le nom de saisonnières (y.atp'.y.ai), par opposition aux heures fixes, dites équinoxiales.
La graduation de semblables appareils ne pouvait, à l'origine, être qu'empirique, et elle réclamait les observations d'une année entière. Est-ce sous cette forme, ou sous la forme babylonienne, plus simple, mais moins appropriée aux mœurs grecques, qu'il faut nous représenter les horloges que connaissait Anaximandre et dont il s'occupa, suivant la tradition constante? Nous n'en savons rien, quoique la première hypothèse semble la plus plausible à première vue, tandis que la véritable division babylonienne, en douze heures seulement pour l'ensemble du jour et de la nuit, apparaît au contraire comme encore suivie par Eudoxe de Cnide. En tout cas, ces cadrans sphériques, se prêtant mal à l'usage public (car on ne pouvait les consulter que de très près), ne luttèrent qu'avec désavantage contre l'emploi de la clepsydre, pour les petites durées, ou contre l'usage approximatif d'évaluer le moment de la journée, d'après la longueur en pieds de l'ombre du corps humain. Quel qu'ait pu être d'ailleurs le travail d'Anaximandre, ou plus tard celui de Démocrite, auteur d'une Polographie, ils durent disparaître devant les perfectionnements apportés à la construction des cadrans à partir de l'essor des connaissances mathématiques, au ivc siècle av. J.-G.
3. On peut admettre au moins qu'à ce propos Anaximandre s'occupa de la construction pratique d'une sphère, ce qui s'accorderait avec une autre forme de la tradition (Diog. L., II, 2: Suidas). Mais chercha-t-il ainsi à représenter la voûte étoilée, ce que Cicéron attribue déjà à Thaïes? Il n'y a à cela aucune invraisemblance, car c'est bien vers cette époque que les Hellènes
commencent à s'occuper des choses célestes et à grouper, plus ou moins méthodiquement, les astres en constellations. Anaximandre, qui a le premier dressé une mappemonde terrestre, a naturellement pu chercher à lui donner un pendant pour le ciel. Mais ces premiers essais furent nécessairement très grossiers, les instruments propres à mesurer les distances angulaires des étoiles n'existant pas encore. Dans ces essais, les Hellènes imitaient d'ailleurs encore les Babyloniens, et la construction de la sphère céleste se trouvait intimement liée à celle du polos, eu égard au but pratique de déterminer l'heure pendant la nuit, et d'éviter ainsi l'emploi des horloges à eau, d'une exactitude insuffisante pour les observations astronomiques. Il est certain que les Chaldéens avaient résolu ce problème et il semble qu'on puisse restituer comme suit leur solution très simple.
Imaginons une sphère céleste, concentrique et intérieure à l'hémisphère creux du polos. Supposons que le zodiaque soit divisé en 360 degrés, suivant l'usage babylonien, et que l'on sache, pour le jour où l'on est, le degré occupé par le soleil; qu'on observe, au moment pour lequel on veut savoir l'heure, les étoiles du zodiaque à l'horizon du levant, du couchant ou au méridien; on pourra amener dans la même position l'étoile figurée sur la sphère de l'instrument; dès lors le degré où se trouve le soleil se trouve jouer précisément le même rôle que l'ombre de l'extrémité du style pendant le jour, et sa position, par rapport aux lignes horaires tracées sur le polos, donne l'heure cherchée.
Pour qu'un pareil procédé soit applicable, il faut évidemment que la sphère céleste soit constituée par un réseau solide au travers duquel l'œil puisse voir la position du degré occupé par le soleil. Un pareil réseau fut appelé araignée par les Grecs, et il donna son nom au cadran sphérique d'Eudoxe; plus tard, après llipl arque, la sphère mobile et l'hémisphère fixe furent remplacés par des pièces planes qui en présentaient la projection stéi « phique. On eut ainsi l'astrolabe planisphère, servant toujours au même but, la détermination de l'heure pondant la nuit; mais le nom d'araignée resta toujours à la pièce mobile et il passa des Grecs aux Arabes.
Il s'agit maintenant d'indiquer comment on pouvait, au temps d' Anaximandre, et sans autres instruments d'observation, déterminer la marche du soleil sur le zodiaque, et disposer les étoiles fixes sur la sphère. Si l'on se reporte à la digression astronomique