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CHAPITRE IV. — ANAXIMANDUE DE MILET

feu, l'anneau solaire, doit être le plus éloigné (10). Son diamètre est extérieurement 28 fois (11), intérieurement 27 fois (12) celui de la terre. La double épaisseur du cerceau est ainsi égale au diamètre de la terre. Quant à sa hauteur, nous n'avons pas d'indication et nous discuterons plus loin les conjectures que l'on peut faire.

En se rapprochant de la terre, on trouve la masse secondaire de feu concentrée dans l'anneau lunaire. Son diamètre extérieur est 19 fois (12) et probablement par suite l'intérieur 18 fois celui de la terre. Différence avec les diamètres correspondants de l'anneau solaire : 9 fois le diamètre de la terre.

En suivant la même progression décroissante, nous devons nécessairement trouver, au plus près de la terre (2) et compris entre neuf et dix fois le diamètre de celle-ci, un anneau stellaire, correspondant à la voie lactée, dont le spectacle a dû, avant toutes choses, suggérer au Milésien l'idée de ces immenses cerceaux. Cet anneau stellaire devait sans doute, dans sa pensée, se relier à deux voûtes amincies et peut-être aplaties, résidu de l'antique écorce sphérique, et sur lesquelles étaient répartis les trous lumineux que nous voyons comme étoiles.

Pour compléter la restitution de ces détails, resterait à élucider deux points obscurs : Quelle était la hauteur des anneaux, sur laquelle le hardi spéculateur avait dû s'expliquer aussi bien que sur leurs autres dimensions? Quel était le degré de transparence de l'enveloppe feutrée qui les constituait et dont nous devons assimiler la consistance à celle des nuages ?

7. Teichmûller a bien voulu, sur ma prière, me préciser, dans une lettre particulière, ses idées sur ces points. La hauteur des cerceaux serait relativement peu considérable, ce qui concorde avec leur assimilation à la roue d'un char; ils seraient disposés obliquement (12), l'anneau solaire suivant l'écliptique, l'anneau lunaire suivant l'orbite de notre satellite, l'anneau lacté comme nous le voyons.

Chacune des trois enveloppes feutrées serait assez épaisse pour masquer, en dehors de ses ouvertures, le feu qui circule à son intérieur, mais assez transparente pour laisser voir les flammes plus lointaines et plus puissantes dont l'éclat fait pâlir et efface les inférieures; ainsi la sphère étoilée, où le feu est le moins vif et le moins pur, ne crée aucun obstacle pour la vision des disques de

la lune et du soleil; l'anneau de la lune, d'ailleurs placé obliquement, par rapport à celui du soleil, ne doit pas éclipser non plus l'astre du jour.

A côté de cette opinion, dont la haute valeur est indiscutable, il me sera sans doute permis de présenter une autre hypothèse, dans laquelle les enveloppes feutrées pourraient être toutes également transparentes.

Il suffit d'admettre, comme je l'ai fait au reste tacitement dans l'exposé de l'explication de la lumière des astres d'après le Milésien, que le courant subtil à l'intérieur des cerceaux, quoique désigné sous le nom de feu (tcO^), ne devient lumineux, ne s'enflamme (©X6;) qu'à la sortie, en jaillissant par l'étroite ouverture comparée à la tuyère d'un soufflet de forge (11).

Or, cette opinion s'accorde suffisamment avec l'emploi postérieur du mot 7:jp dans le langage scientifique des anciens. Il serait surabondant d'accumuler des preuves pour établir que ce terme désigne, en général, une matière subtile non pas incandescente, mais susceptible de le devenir très facilement. A la vérité, il n'y a pas de preuves complètes que ce sens remonte jusqu'à Anaximandre ; mais il semble qu'il se prête au mieux à son explication de l'éclair (2) (13), d'après laquelle la lumière serait due à la brusque expansion de la matière ignée, l'effet étant d'ailleurs renforcé par le contraste de l'obscurité environnante. Dès lors, dans les canaux des anneaux célestes où tourbillonne cette matière avant de s'échapper de sa prison, elle devrait encore rester invisible.

Quoi qu'il en soit, nous ne sommes, en aucun cas, limités par aucune raison relative à la transparence pour la hauteur à donner aux trois anneaux célestes.

Comme limite inférieure, nous possédons, pour la lune et le soleil, la dimension de l'ouverture, d'après le diamètre apparent des disques, déjà connu de Thaïes, et les distances supposées par Anaximandre. De faciles constructions géométriques déterminent ces dimensions au huitième environ du diamètre de la terre pour le soleil, à près des trois quarts pour la lune. Quant à l'anneau de la voie lactée, d'après les apparences, il aurait dû < lé passer quelque peu comme hauteur le diamètre de la terre.

Si on rapproche de ces proportions la donnée ambiguë (42) que le soleil est égal à la terre, on peut être porté ;*i admettre qu'Anaximandre avait précisément pris le diamètre de la terre comme hauteur de ses trois anneaux.

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