CHAPITRE IV. — ANAXIMANDHE DE MILET
moins mobiles et leur réunion en masse suffisent pour accélérer le mouvement par rapport à la couche plus épaissie et comme feutrée (10) qui, les entourant, forme une sorte de tube enroulé en cerceau et doué d'une certaine consistance; il en résulte ainsi dans ces tubes circulaires un mouvement rapide, un vent, car c'est de cette façon qu'Anaximandre se représente également la production des vents dans notre atmosphère (2). Ce courant tend à s'échapper au dehors, et si le feutrage d'air présente une ouverture dirigée du côté de la terre, il s'y précipite avec violence et jaillit hors du canal sous forme de flammes qui nous apparaissent comme un astre.
Lorsque l'air, enfermé dans un nuage, parvient à le déchirer et à s'échapper brusquement, nous voyons un éclair (13). Un astre est donc « comme un éclair qui durerait toujours », sauf quand l'ouverture se ferme, ce qui produit les phases de la lune et les éclipses (2) (12). Le renouvellement de la matière du courant doit donc se faire constamment au moyen de l'air environnant l'anneau et par l'intermédiaire de l'enveloppe de ce dernier.
Dans la suite des temps, l'action des feux célestes a vaporisé la plus grande partie de la masse humide rejetée au centre du tourbillon; notre terre s'est formée comme un dépôt à la suite de cette évaporation, tandis que les eaux de la mer arrivaient à leur nature actuelle (14).
Les premiers animaux se sont produits dans le sein des eaux, enveloppés d'une écorce épineuse; avec le temps, ils ont trouvé une nouvelle demeure sur la terre, et dépouillés de leur écorce desséchée et fendue (*), ils se sont bientôt adaptés à de nouvelles conditions de vie. Il est notamment clair que l'homme dérive d'animaux différant de lui; car, avec les difficultés de son éducation, il n'aurait pu subsister à l'origine (3) (17) (18).
C'est ainsi que l'univers est parvenu à l'état sous lequel il s'offre à nos yeux, mais cet état n'a rien de stable; car tout ce qui est né doit périr et la chaleur céleste, due au mouvement, continue, comme elle a commencé, à dévorer et à dissiper le noyau central constitué par ce même mouvement. Ainsi, dans la suite des temps, les choses porteront justement la peine de leur isolement, le châtiment de leur iniquité (1) et reviendront à l'état de confusion originaire. Mais il y a aussi fin à toute destruction, et la même
(*) Cette métamorphose parait suggérée par celle de certains insectes à larves aquatiques, les cousins, par exemple.
raison qui a produit le ciel et le monde actuel en reproduira d'autres destinés à périr de même. Cette succession périodique des mondes n'a pas commencé et ne finira pas ; tout est soumis, comme eux, à paraître et disparaître alternativement et sans cesse, tout, sauf le mouvement de révolution de l'ensemble qui gouverne et embrasse les choses, immortel et impérissable, éternel et toujours jeune (2) (fr. 4).
Gomme il était inévitable dans le premier essor de la spéculation, le système grandiose d'Anaximandre faisait sa place à la théologie populaire. Les ciels périssables, nés du divin Infini et de l'incessante Révolution, sont dieux (9) tout comme YOuranos d'Hésiode; dieux aussi probablement ces anneaux célestes qui nous apparaissent comme astres, qui participent au plus haut degré à ce mouvement qui est la vie du monde.
Si le Milésien, ce que nous ignorons, parlait des autres divinités, il pouvait tout au plus leur refuser l'immortalité, hérésie facilement conciliable avec les croyances vulgaires.
6. Tel est le système dans ses grandes lignes; si, au point de vue positif, il n'en subsiste guère aujourd'hui que deux postulats de la science : — rien ne se fait de rien ; — la durée du jour sidéral est invariable (*), — on ne peut nier ni la hardiesse des conceptions, ni l'accord avec l'ensemble des connaissances ex périmentales de l'époque. Mais si nous cherchons à compléter quelques détails, nous allons voir la fantaisie s'y donner une libre carrière.
La terre est un disque plat (2) sur un des côtés duquel nous nous trouvons (!); c'est la conception traditionnelle; mais Anaximandre ose évaluer l'épaisseur et la fixe au tiers du diamètre horizontal (3).
Ce disque, immobile au centre du monde, est entouré de trois anneaux circulaires. Celui qui renferme la plus grande masse de
(*) Que ce soit là un postnlatum, certainement d'accord avec l'observation, mais dont l'absolue vérité ne peut être rigoureusement démontrée, c'est ce qui résulte <lu l'ait que cette vérité ;i «''té contestée par des astronomes. Cette contestation De peut établir qu'une chose, c'est qu'il tant en tout cas no postnlatum pour établir la mesure du temps.
(*) Je ne crois pins, avec Teichmûller, <nril taille modifier «les textes passablement concordants, parce que la terre est entourée d'eau et qu'une arête vive étant inadmissible pour un liquide, la forme cylindrique rigoureuse est impossible, si la terre que nous habitons est entourée par le Deuve Océan, l'an delà en est inconnu, et la tranche du disques <ln être desséchée avant les deux plats, puisqu'elle est (Lavante i a la en il. or solaire.