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CHAPITRE V. — XÉNOPHANE DE COLOPHON

que la notion du vide absolu, d'ailleurs nécessairement dualistique, n'était point constituée, trois solutions seulement étaient possibles pour cette antinomie, par la négation de chacun des trois attributs que le Milésien avait réunis.

Les premiers Ioniens qui suivirent Anaximandre, ne paraissent pas encore se préoccuper de la question, preuve que ce fut bien en Italie qu'elle a été soulevée par Pythagore : Anaximène garde la position de son précurseur, Heraclite recule jusqu'à celle de Thaïes, mais ce n'est point qu'il voie quelque difficulté dans des concepts qu'il semble négliger absolument.

Nous avons vu que Pythagore avait nié l'universalité du mouvement, et, par suite, constitué une théorie dualistique; c'est aussi ce que firent la plupart des physiciens postérieurs, notamment Diogène d'Apollonie, et, sous une forme toute spéciale, Anaxagore de Glazomène.

On pouvait encore nier la réalité de la révolution apparente; cette thèse fut soutenue sous trois modes essentiellement distincts, par Philolaos, par Xénophane et par Mélissos.

Enfin, on pouvait nier l'infînitude; c'est ce que firent Parménide et Empédocle. Pour le second, la négation, sous le voile des formules poétiques, est assez obscure pour qu'Aristote s'y soit mépris; le sage d'Agrigente se laisse même aller à employer le terme fe''psva dans un sens aussi vague que celui d'Homère. En fait, il considère la question comme tranchée par Parménide et ne s'y intéresse plus. L'Éléate, au contraire, développe sa thèse avec précision et en tire des conséquences inéluctables.

L'apparence justifie la conception générale d' Anaximandre ; cependant un mouvement de révolution à l'infini étant impossible, le monde est nécessairement fini. Peut-il y avoir un au-delà? Parménide s'en tenant à l'unité de l'être avec Anaximandre, n'eût pu concevoir cet au-delà que comme vide absolu, espace sans matière. Mais cette notion, il la rejette comme impossible : c'est le non-être, qui ne peut être en aucune façon. Donc le monde est fini, et il n'y a absolument rien en dehors. Maintenant, comme un mouvement de révolution d'une sphère n'est concevable que s'il y a quelque chose au dehors à quoi ce mouvement puisse être rapporté, il s'ensuit que la révolution apparente, c'est-à-dire le point de départ même du raisonnement, est logiquement impossible et ne peut être qu'une illusion. Ainsi il y a un désaccord manifeste entre les conclusions de la raison et les données que

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fournissent les sens; il y a un abîme que l'on ae peu! «gérer

combler, car ce sont là deux domaines essentiellement distincts, que Parménide assigne à la vérité et à l'opinion.

5. Telle est l'essence du système de PÉléate; il me semble, du moins, absolument illusoire de prétendre y découvrir autre chose que ces notions et concepts relativement simples et suffisamment élaborés avant lui. Sa puissance déductive n'en est pas moins remarquable pour être limitée dans un champ plus restreint, et l'influence considérable qu'il exerça sur le développement ultérieur de la pensée hellène n'en est pas moins justifiée.

Il ne semble pas avoir essayé de montrer comment l'illusion pouvait se produire; il lui parut suffisant de la constater. C'est en cela qu'il est le père de l'idéalisme, quoique ses représentations aient toujours eu, ce semble, un caractère nettement concret.

C'est évidemment du moment où, la thèse de Parménide étant posée, l'antithèse fut soutenue contre elle, vers le milieu du Ve siècle, que l'on peut considérer le concept de l'infini, non pas comme absolument élucidé, mais comme constitué intégralement. Il est donc tel chez Anaxagore et chez tous ceux qui désormais parlent de la matière comme infinie; il est tel chez Mélissos qui, développant explicitement le germe idéaliste, essaie en vain de transformer ce concept, en rejetant comme illusoire tout ce qui est étendu, et en appliquant la qualification d'« infini » à l'Etre qu'il cherche à définir par la seule raison; il est tel enfin plus tard chez les atomistes qui introduisent la notion du vide absolu.

Quant à l'école de Pythagore, elle resta fidèle à la doctrine de l'infinitude; Philolaos, en affirmant l'immobilité du ciel et le mouvement de la terre autour du centre du monde, résolut le problème trouvé impossible par les Eléates, mais qui n'avait nullement pour lui la même importance) puisqu'en tant que pythagorien, il suivait une doctrine dualistique. C'est d'autre part à Archytas que l'on doit le célèbre argument de L'homme à l'extrémité du ciel des fixes et étendant la main au dehors (Simplic. i/t pliysic, 108 a). Mais de son temps la doctrine du vide a été propagée, et Archytas ne se prononce pas entre L'existence d'uni1 matière extérieure <>u simplement celle d'un lieu.

('/est en cet état que la question arrive devant Aristote, qui, rejetanl l'infinitude de la matière, rejetant également le vide absolu, revint, au point de vu t,à !i conception de Parme-

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