CHAPITRE I. — LES DOXOGRAPHES GRECS
contradictoi rement les opinions des écoles adverses, sans se soucier de les reproduire exactement, en les réduisant au contraire à des formules brèves et exagérées, accoupler les dénégations aux affirmations tout en se gardant bien d'en indiquer les véritables motifs, il y a là un mode de discussion trop facile pour qu'on n'en ait pas toujours usé et abusé.
Mais, ce qui doit nous toucher le plus, c'est uniquement de la sorte que V histoire des anciens systèmes nous a été transmise. Dans toutes les sources, depuis Aristote, ils nous apparaissent aussi opposés que l'auteur qui nous en parle pouvait oser les figurer. C'est donc un chaos complet, et le premier besoin, dès qu'on a commencé, dans les temps modernes, à les étudier sans le même parti pris, fut évidemment de chercher à y remettre de l'ordre, à rétablir les filiations logiques. Néanmoins, la croyance à la réalité d'oppositions fondamentales, en nombre plus ou moins grand, s'est forcément implantée comme préjugé, même chez les historiens les plus imbus du désir de l'unité. Le développement de ces oppositions constitue d'ailleurs un cadre aussi avantageux pour l'exposé des doctrines que leur réduction à quelques formules saisissantes est commode pour la mémoire du lecteur. De là le succès des histoires de la philosophie conçues dans cet esprit ; de là aussi la rareté des quelques tentatives qui ont pu être faites en sens contraire.
Et cependant, tant qu'on persistera dans cette voie, l'histoire de la science restera inintelligible; le progrès des connaissances positives, l'élaboration des concepts correspondants ne peuvent être discernés ni compris, si l'on ne pénètre au delà des contradictions apparentes pour retrouver le fonds commun. Ainsi, tandis que les documents font surtout ressortir les différences entre les anciens physiologues, le rôle de l'historien doit être aujourd'hui de rechercher surtout les ressemblances; c'est, en effet, leur constatation seule qui peut permettre de rendre raison des différences, d'en préciser le véritable caractère et d'en déterminer l'importance réelle.
5. Je viens de tirer la conclusion pratique qui ressort, pour l'usage critique des sources, de leur histoire, dont j'ai entrepris le récit. Reprenons-en le fil et revenons à ces anciens Placita, qui, comme je l'ai dit, sont perdus, mais qui ont été abrégés euxmêmes, et dont les débris se retrouvent dans deux compilations
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distinctes que nous possédons encore et où la communauté de leur origine se reconnaît immédiatement.
La plus ancienne de ces compilations figure au nombre des œuvres de Plutarque, sans qu'il soit, d'ailleurs, permis de la lui attribuer; elle est connue sous le titre latin qui nous a servi à désigner le recueil originaire; c'est en grec: repl xuW &peaxâVTUM fikovôfGiî fUfftxôv 5oy|x4t(i)V &ict>co|rîfc $'.6\iz icévre.
La seconde compilation constitue le premier livre des Éclogueê de Stobée, écrit au ve siècle. Quant aux Placita du Ps. -Plutarque, la date ne peut guère être descendue après la mort du polygrapbe de Chéronée, car cet ouvrage a été utilisé par Athénagore dès 177 de notre ère, comme il a été copié plus tard par Eusèbe (Pnep. evang.), Théodoret (Grœc. affect. curât.), Cyrille (Contr. Julian.), le Ps.-Galien de YHistor. philosoph., Laurentius Lydus (De meir sibus).
On retrouve encore des extraits, mais celte fois plus libres, du Ps. -Plutarque dans Justin (*) (Cohort. ad Gentil.) et dans Acbille (2) (De universo). Au reste, la triple mention de cet ouvrage dans le Catalogue, dit de Lamprias, des œuvres de Plutarque, atteste assez à quel point il fut répandu.
La comparaison des divers extraits des Placita avec le texte des manuscrits actuels est des plus intéressantes. Tant de sources, d'apparence si diverses, se réduisent à une seule; mais si, grâce à leur multiplicité et à leur ancienneté, elles permettent souvent d'importantes corrections, il faut, bien souvent aussi, reconnaître que les altérations du texte remontent à une époque encoiv plus reculée et que l'imperfection des premiers manuscrits eux-mêmes a été l'origine d'une foule d'erreurs qui se sont diversement propagées.
Pendant le moyen âge, les Placita du Ps.-Plutarque ont continué à jouir de la vogue qu'ils avaient acquise dès l'antiquité. Les Arabes
(*) L'authenticité de cet ouvrage est au moins douteuse; il nYn pareK pas moins antérieur au iv* siècle
(*) Ordinairement confondu, sur l'autorité de Suidas, avec Achille latins, l'auteur du roman de Lmtdppé ri CUtophon. Le rédacteur de Fourrage dont Palan l publie «lins son Uranologion les débris qui nous restent, était on grammairien qui semble avoir vécu vers le commencement du m« siècle. Sa principale source a été un écrit d'un philosophe contemporain d'Auguste, Eudore, qui, lui-même, puisait dans les ouvrages du mathématicien Diodore Miilrie. disciple de Posidonius. De la sorte, ce qui nous reste d'Achille, constitua, bous forme d'une introduction aux Phénoinèntê d'Aratus. on des sni les pins importante que nom syoni de la science stoïcienne.