III. — L'Unité de la matière
7. Si Anaximène avait profondément modifié la cosmologie de son précurseur, il suivit de plus près les explications que celui-ci avait données des phénomènes physiques. Se contentant de les compléter et de les développer, il ne dépassa pas au reste les limites du cadre tracé par Anaximandre.
Il nous reste à nous demander si, comme penseur, il mérite la place qu'il a gardée dans l'histoire. Oui, sans doute, à nos yeux du moins; car il a, à son tour, soulevé un de ces problèmes qui sont à la limite incertaine de l'inconnaissable, qui semblent fuir devant la science à mesure qu'elle progresse, et qui, cependant, s'imposent presque nécessairement à elle. Il a, le premier, affirmé avec précision l'unité de la matière ou plutôt de la substance, car son « air indéterminé » est susceptible de sensation, d'intelligence et de volonté, de même que les corps qui en sont formés sont susceptibles d'être sentis, pensés et actionnés.
Le premier, car Thaïes n'avait pas écrit sur ce sujet; autre chose est d'émettre une idée plus ou moins vague, autre chose de la développer dans toute son étendue. Anaximandre en donne la preuve; lui aussi devait croire à limité de la substance; cette croyance est si naturelle, je dimis preeque instinctive! Sans elle,