‹ Pour l'Irlande [microforme]Chapitre 3 sur 21 · C'est le 12 juillet, anniversaire de la bataille de la · texte numérisé non relu

C'est le 12 juillet, anniversaire de la bataille de la

CLARA testant, j'entendis toute une série d’accusations

contre le quartier catholique de ma petite villes

il se plaignait surtout de ce que les gendarmes y

étaient toujours attaqués —- et de fait le lendemain j'y vis une rixe entre po/rcemen et civils. Mais au bout d'un mois je découvris tout le mystère.

Je remarquaïi que le quartier orangiste était le moins moral, le plus tapageur et le plus fanatique des deux ; mais qu’il était laissé sans surveillance de la police, tandis que le quartier catholique était sous le contrôle d’une foule d'hommes de police qui, parfois ivres, abusaient de leur autorité. De là, l'exaspération des catholiques et leurs rancunes.. Un touriste n'aurait pu découvrir cela.

Quelques mois après, j'étais grossièrement insulté dans le quartier protestant ; je vais me plaindre à ce même magistrat, qui me dit :

« Ah! c’est impossible... ces gens-là doivent être de vos catholiques! »

Monsieur, vous avez été l'hôte fêté de ces

tions ville ; mes y ende- 1vils.

tout

était plus Sans rtier

foule

abu-

vi Sp Lo hommes, vous avez fait une visite à vol d'oiseau chez les nationalistes de Dublin, puis vous êtes tombé entre les mains des Trench, des Thompson, et en buvant à leur table, vous avez aussi bu et cru les anedoctes amusantes qu'ils vous ont racontées. Comme eux vous avez vu la misère irlandaise sans la plaindre; elle vous a même amusé, le choix de vos caricatures le prouve.

Parmi tant de sujets honorables ethéroïques que vous auriez pu choisir pour illustrer votre ouvrage, tout votre génie s’est borné à faire rire d’un prêtre dans l'administration du plus redoutable des sacrements, à vous peindre vous-même embrassant une jeune Irlandaise, à représenter Limerick par un jour de foire et à donner ce dessin exagéré, cette situation exceptionnelle comme l’état habituel de cette ville; puis vous nous mettez une jeune Irlandaise comme à l'Hippodrome, vous vous représentez de nouveau presque victime d’une fantaisie de M. Trench, et vous nous servez

une scène d’éviction accompagnée de cette

théorie que si ces gens-là meurent de faim... c'est leur faute.

Et vous saviez, Monsieur, que vous écriviez ces choses pour un public fort peu au courant de la situation de l'Irlande et de sa cause!

Je puis donc dire de votre thèse ce que le père

de famille de l'Évangile dit de l'ivraie semée

dans son’ champ à la dérobée, la nuit, par une main inconnue : « /##micus homo hoc fecit.

L'homme ennemi a fait cela. »

Monsieur, ma thèse n'est pas la vôtre, et si elle est fausse, elle a au moins le mérite d’être charitable,

L’Irlande veut deux choses : l'indépendance législative, et la solution de la crise agraire au moyen de l'achat des propriétés par le gouvernement anglais.

Expliquons ces deux théories que M. de Mandat-Grancey a très bien exposées d’ailleurs.

L'indépendance législative comprendla création d'un parlement irlandais siégeant à Dublin

œe 9 — et investi des pouvoirs législatifs, les plus étendus en ce qui concerne les questions locales. Cette administration, semblable à celle du Canada, règlerait les questions de propriété, de justice, de police et-de commerce. Mais l'Angleterre conserverait une autorité absolue sur le droit de faire la guerre, l’armée révxlière et la flotte. Toutes les dépenses impériales seraient couvertes au moyen d’une contribution perçue avant toute autre sur les impôts de l'Irlande, et la rentrée de cette contribution serait assurée par les soins de fonctionnaires ae la couronne.

M. de Mandat-Grancey est très curieux de savoir si le nouveau Parlement irlandais se composera d'une Chambre de Lords, s'il y aura Sénat, si etc., si etc. Il ajoute finement que les Irlandais eux-mêmes ne le savent pas!

Un peu de réflexion lui prouverait que jamais les grandes et fameuses constitutions d'un peuple ne se sont faites d’un bloc, elles sont l'œuvre du temps, de l'expérience, de tâtonnements.

do en de

Il lui suffirait d'étudier la constitution française pour se convaincre du fait. À voir nos législateurs français replâtrer leur gouvernement tous les ans, il se serait aperçu que plusieurs de ses compatriotes savent beaucoup moins ce qu'ils veulent, que les pauvres Irlandais qui allaient mourir pour la France sur les champs de bataille de Gravelotte, de Sedan, de Champigny. Non, un peuple doit être

déclaré libre avant de rêver à une constitution

complète dans ses détails. L'étude de l’antiquité prouverait qu'il en a été ainsi pour les Républiques de Grèce et de Rome.

Le Æome Rule n'est donc pas la séparation d'avec l'Angleterre. Nous demandons simplement ce qu'ont déjà obtenu 23 colonies anglaises dont la population ou l'étendue sont généralement bien moins considérables. Je donne ici le tableau de ces dépendances britanniques.

Dépendances Millés carrés. Population

Canada, , . . ,. … + » «+ 3.470.382 4:324.810 Newfoundland. , , . . . . .. 40,200 .185.000

lation

Dépendances Milles carrés. Population

Cape Colony.. ,,,.,...,: 199.406 811.450 New South Wales, . . . . .. 310,700 921,260

New Zealand... , . . . . . .. 104.027 572.132 South Australia , . , . . . . . 903.452 312.718 Tasmania. . . ., . . . . . . 26.215 130.514 VIROMR NN er sn Le 87.884 973,403 Isle of Man. .. . . . . .. ae 220 53.558 TRRASY du nu tete oo à

QUBrTBeY eh ere dote

dernier. ue srl de 75 "1804 ARR ie nie des Ve RUE

Dabamas, , 44 7 5.450 43.521 Bermudas. , . . .. PE ES dE 20 14.888 OR, 6 16 ce ro ot 6 109,000 252.186 Leeward Islands. , . , . . , . 622 119.545 Windward Islands, , . . . ., 794 311.413 Natal, 5 4, does 21.150 424.595 Ceylon se ré FRE 26.364 2.759.738 CYRUS SU ou enr an 3.584 186.173 Western Australia, , . . . .. 1.057.250 33.000 Malta and Gozo. . . .. MERS 117 149.782

ÉTENDUE ET POPULATION DE L'IRLANDE Ireland. 2. ee ee ee ee + 32.000 5.174.836

Non seulement nous disons que l'Irlande a le droit de demander son autonomie législative, mais nous prouverons que l'administration anglaise actuelle en Irlande la nécessite,

L'Irlande veut aussi l’expropriation obliga-

toire des propriétaires par l'Angleterre : acte par lequel ces messieurs seraient justement indemnisés pour leurs terres, et qui permettrait aux tenanciers actuels ou nouveaux d'acheter ces propriétés du gouvernement. (1) Nousn’avançonspas cettepropositioncomme théorie, mais comme remède. Nous ne voulons pas appliquer notre système à la France ou à l'Allemagne; mais nous croyons que cette mesure est l'unique remède à la crise irlandaise et que le salut du peuple est la lor suprême. Nous avons actuellement des tenanciers insol-

vables et des propriétaires en banqueroute.

Nous prouverons que cet état de choses ne vient pas de la pauvreté du sol, de la paresse des habitants, du surcroît de population, mais d'un système odieux qui a ruiné la contrée; que toutes les autres lois par lesquelles on a semblé venir en aide aux propriétaires et

tenanciers ont été éludées ou neutralisées par

1. Puisque le gouvernement a le droit d’obliger 4 vendre pour établir des lignes de chemin de fer, il eut aussi, croyons-nous, obliger à vendre pour sauver une nation,

:a RÉLET SR ere l'administration locale et n'ont eu que de ent in- Lt LA é très pauvres résultats.

ttrait heter Nous déclarons de plus que l'émigration, au

lieu d'aider à la solution de la question agraire, la rend impossible, parce qu'elle prive l'Irlande

de toute sa jeunesse, de toute sa virilité, de la

ou à | fleur de son énergie et de son enthousiasme. e me- Elle ne laisse au pays que les pauvres et les daise JA vieillards, les infirmes, les natures sans ressort, ême. 1 sans esprit d'entreprise. L'émigration, c’est le nsol- vampire qui boit à longs traits les forces vitales “ ute. de la pauvre Erin, c'est le système qui peuple >s ne ‘| le monde d'ennemis acharnés contre l’Angle- ‘esse | terre. \ mais 4 S'il y avait en Irlande encouragement pour 1 rée; ; l'industrie, sécurité pour la propriété, les mil- % on a | lions d’Irlandais dispersés à travers l'univers et | viendraient s'installer avec leurs capitaux sur par : | le sol de la vieille Irlande. Actuellement tout

est livré à l'arbitraire et change avec les gouare 1 vernements. (1) Avec la même énergie que

Page 1