TROISIÈME PARTIE
L'Union Catholique et la France.
Aux origines de la Dispersion.
La Révolution française fut essentiellement antisociale. Elle s'attaqua à la famille par ses lois sur le divorce et le régime successoral, à la» profession par la suppression des corporations, aux familles religieuses, à l'Église, par toute une série de lois persécutrices.
Le but était : livrer l'individu sans défense à la tyrannie étatiste.
Kous assistons, aujourd'hui, à de louables efforts des individus et même des pouvoirs^ publics pour restaurer la famille et la corporation. Le socialisme a créé un grand courant de solidarité professionnelle. Il n'a fait en cela que suivre l'exemple des chrétiens sociaux. Aujourd'hui, tandis que le socialisme évoluant vers le communisme tend à nous ramener aux pires excès de l'individualisme, les catholiques continuent à réorganiser la corporation.
A côté des organisations proprement profession-
nelles, syndicats, coopératives, sociétés de secours mutuel..., ils ont travaillé à restaurer l'ancienne corporation sous un autre aspect : celui de la confraternité. Par V Union catholique orientée d'abord vers les intérêts spirituels, par le' syndicat consacré principalement aux intérêts temporels, ils ont voulu, fidèles aux enseignements de Léon XIII, faire tomber les cloisons étanches établies par la Révolution entre la vie religieuse et la vie sociale, entre la vie familiale et la vie professionnelle.
Nous avons vu ainsi se développer chez nous, à côté du syndicalisme catholique, les Unions catholiques professionnelles : Union catholique du personnel des chemins de fer, U. C. des P. T. T., de la France agricole; U. C. des Banques, Bourses et Assurances; U. C. du Commerce, de l'Armement et de la Nouveauté; U. C. des voyageurs de Commerce; U. C. des Ingénieurs, etc.
Ces créations sont, au point de vue national et catholiqae, d'une grande importance. Elles opposent une digue aux tentatives anti-sociales de la Révolution et font cesser, partiellement, cette a dispersion » catholique qui fut à l'origine de tant de ruines religieuses. Je dis partiellement, car ces Unions catholiques professionnelles, si elles étaient conçues comme un terme non comme un acheminement, peuvent présenter plusieurs inconvénients. Si elles font très heureusement disparaître quelques cloisons étanches entre catholiques d'une même pro-
îession ou d'une même classe, ne risquent-elles pas d'en établir ou d'en laisser subsister d'autres entre catholiques de professions distinctes ou même, à l'intérieur d'une même profession, entre employeurs et employés?
Or, ce que les Souverains Pontifes affirment de l'Italie n'est pas moins vrai de la France : Pour résister aux assauts des Sociétés antichrétiennes qui menacent à la fois l'Église et l'ordre social, une seule Union pourra présenter un front victorieux : l'Union de tous les catholiques et d'abord de tous les catholiques d'un même pays, par-dessus les barrières de la profession ou de la caste. Et ce qui est vrai de la défense de la foi ne l'est pas moins de son rayonnement par l'apostolat.
Ces considérations de bon sens ont été trop souvent développées pour qu'il y ait lieu d'y insister. De même qu'elles aboutirent en Allemagne à la fondation de cette grande Union catholique nationale, le Volksverein; en Italie, à l'organisation de l'Union populaire; aux États-Unis, à la création du N. C. W. C; elles suscitèrent en France plusieurs essais d'Union catholique nationale.
Quelques tentatives d'organisations nationales des Catholiques français.
Trois noms demeurent surtout attachés à ces essais : ceux de Philibert Vrau, d'Emile Keller (1)^ et du comte Albert de Mun.
1^ Les Comités catholiques et les Congrès catholiques. — Les « Comités catholiques » furent fondés à Paris, en 1871, en pleine Commune pour « refaire une France chrétienne »; transportés à Lille par Philibert Vrau, ils formèrent bientôt, dans, les diocèses à'Arras et de Cambrai, des centres d'initiative qui créèrent, soutinrent et développèrent de nombreuses œuvres religieuses et sociales. Pendant quarante ans, leurs Congrès annuels réalisèrent entre eux une union fructueuse (2).
M. P. Vrau définissait ainsi les Comités catholiques :
« Les Comités catholiques ne sont pas et ne doivent « pas être des comités politiques ou électoraux. C'est « à côté et en dehors d'eux que cette action doit « s'exercer.
« Un Comité catholique est un comité d'action et
(1) Voir la vie de Philibert Vrau, par Mb'i" Baunard, Paris, Poussielgue, et Un demi-siècle de défense nationale et religieuse, Emile Keller, par ,. Gustave .Gautherot, Paris, Pion, 1922.
(2) La collection des Congrès catholiques du Nord et du Pas-de- Calais, de 1873 à 1905, comprend 23 volumes in-8.
« de défense religieuse. Le Comité s'intéresse à toutes « les œuvres et ne se confond avec aucune.
« Il est bien entendu que les Œuvres doivent con- « server leur autonomie propre. Ce n'est pas Vabsorp- « tion que nous voulons, c'est l'union,
« Nos comités doivent être laïques, de telle sortes « qu'ils n'engagent pas la responsabilité des évêques^ «des vicaires-généraux, des archiprêtres, des doyens, K des curés.
« Nos Comités doivent fonctionner avec l'assenti- « ment de l'ordinaire et d'accord avec lui, mais sous: ((leur propre et unique responsabilité. »
A côté des Congrès des catholiques du Nord et des Congrès régionaux qui, un peu partout, s'organisaient sur rinitiative de Philibert Vrau, V Assemblée générale annuelle des Comités catholiques présidée par TÉpiscopat constituait de « véritables assises du: catholicisme français ». Non contente de ce contact annuel, la Fédération dés Comités se créait, à Paris,, une Commission permanente avec neuf sections: d' œuvres:
En 1880, les Comités catholiques sont devenus, une vraie puissance et la presse porte les vœu:x de leurs Assemblées générales dans tout le pays.
Le Comité de défense religieuse fondé lui aussi pendant la guerre, voulant accentuer cet effort d'union, se rattacha au Comité catholique qui prit alors le nom de Comité catholique de défense religieuse^ Chesnelong et le comte A. de Mun, président de l'œuvre des Cercles, dirigèrent d'abord le Comité^ puis M. de Mun fut remplacé, en 1881, par E. Keller.
Au mois d'avril 1881, Ghesnelong, reçu en audience par Léon XIII, voyait approuver le programme du Comité catholique et le « plan d'union électorale sur le terrain catholique » rédigé par l'Union . conservatrice et \e Comité catholique.
Les élections de 1885 préparées d'après ce programme constituaient un succès. Elles envoyaient à la Chambre 202 conservateurs contre 200 opportunistes et 180 radicaux. C'est alors que M. de Mun voulut former, sous le nom (ï Union catholique, « un parti catholique social » qui aurait, pratiquement, fait suite à la Ligue royaliste de la contre-révolution. S' unissant à Chesnelong et à Keller, Léon XIII demanda à M. de Mun de renoncer à un projet qui ne pouvait alibutir qu'à dissocier les forces catholiques ou à les confondre avec le parti royaliste (1).
Le 12 novembre 1890, M»"" Lavigerie prononçait le toast d'Alger, invitant, au nom de Léon XII ï (2),
(1) M. de Mun constata lui-même son erreur de tactique et, moins d'un an après l'échec de l'Union, créait, en 1886, sur une base exclusivement catholique, la Jeunesse catholique dont Léon XIII allait bénir le programme et embrasser le drapeau {1891). Un an plus tôt (1890), Léon XIII encourageait par un bref la fondation du Volksverein, dont le programme était celui de ia Jeunesse catholique française : « Restaurer par l'union, ■des catholiques l'ordre social chrétien. » Voir dans la Reçue des Deux Mondes, 1^^ nov. 1917, l'article dé M. V. Giraud : « A. de Mun ».
(2) « Il est... certain que ] e pape autorisa, au moins en substance.
les catholiques français au ralliement^ Puis, dans une' série de lettres très pressantes, le cardinal suppliait E. Keller d'entrer dans les vues du Saint-Père en organisant l' Union des catholiques sur le terrain du ralliement. Le 4 janvier 1893, il lui écrivait, de Biskra : « Pour arriver à établir un accord pratique et véritable, il faut un programme accepté de tous. Voici celui que je proposerais pour ma part :
« 1° Accepter le gouvernement établi qui est, en France^ celui de la République, dans la mesure et dans le sens où le Saint-Siège l'accepte lui-même pour remplir la haute mission dont il est chargé par Dieu pour le bien de la religion et le salut des âmes.
« 2° Renoncer à toute alliance avec les partis politiques et, en conséquence, à toute opposition à la forme du gouvernement actuel que ces partis veulent renverser;
« 3° S'unir ensuite exclusivement en oubliant toutes les discordes intérieures, sur le terrain religieux, s'organiser de façon à ce que,, dans les prochaines élections générales, la majorité soit acquise dans la Chambre aux conservateurs catholiques.
les graves paroles que le cardinal devait prononcer le 12 novembresuivant et qui soulevèrent de si grandes tempêtes...
«Pour expliquer plus à fond les apparentes divergences qui subsistent entre les déclarations du pape et celles du cardinal peut-être faut-il, avec Ms^ Baudrillard, « noter qu'au moment de « la conversation de Léon XIII avec Msr Baunard : (ce n'est pas^ « une mission que je donnai au cardinal Lavigerie, mais une per- « mission et un encouragement...) les affaires du ralliement allaient « déjà mal, et que le pape était pris entre le souci de la vérité et « 0^1 ui de décharger le Saint-Siège d'une responsabilité excessive. » ^ (P. Mourret, Hist. gén. de V Eglise. — UEglise contemporaine ^ Êloud et Gay, p. 101.)-
« Quant à rorganisation du personnel de V Union 4iatholique, elle devrait encore être fort simple.
« A Paris, un Conseil central composé de douze membres choisis parmi les catholiques éprouvés, dont le nom n'a pas été compromis dans les luttes violentes des partis hostiles, et, en particulier dans le Boulangisme.
« En province, un Conseil dans chaque diocèse dont le président serait désigné dans les mêmes conditions. Enfin, au-dessous du Comité diocésain et partout où cela serait possible, un Comité paroissial dépendant de lui. La charge de ces divers conseils serait, en temps ordinaire, de réveiller l'esprit catholique, d'en grouper les membres et d'en soutenir les œuvres, et le moment des élections venu... de livrer à tout ce qui est sectaire les batailles décisives en soutenant nos combattants par la presse et en provoquant des contributions de la part des chrétiens.
« Voilà, Monsieur le Comte, ce qui peut vous donner une idée de ce que désire, au fond, le Saint-Siège, comme cela se voit évidemment par les derniers enseignements de Léon XIII, et ce que l' Union catholique serait appelée à réaliser sous la direction de son Président général et de son Conseil (de Paris).
« Puisse ce Président être celui que, pour ma part? je désire entre tous les autres (1) ».
E. Keller accepta d'organiser T Union catholique « exclusivement sur le terrain religieux », mais estima que proscrire les royalistes c'était sortir de ce terrain et faire non pas de Tunion mais de la désunion. Le cardinal répliqua :
« Le Saint-Siège demande aux catholiques ce que
(1) Emile Keller; pp. 317-318.
leur demande TÉvangile, de rendre à César ce qui appartient à César, en demandant l'acceptation du gouvernement établi. Cette acceptation, Notre-Seigneur la demandait pour le gouvernement de Néron qui allait venir et de tous les persécuteurs qui Tout suivi pendant 300 ans et qui voulaient, eux aussi, la destruction du catholicisme.
« Il demande aux mêmes catholiques de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, en défendant la cause de l'Église, et cela non par des conspirations et par des révoltées, mais par tous les moyens que leur offrent les lois. Ce n'est pas avec des républicains, tels qu'ils sont aujourd'hui, que le Saint-Père, par la voix du cardinal Rampolla, nous demande de conclure un traité quelconque. Il nous demande de nous adresser à la France, au corps électoral, pour obtenir, dans la situation, des modifications telles qu'elles rendent le gouvernement acceptable... (1) »
E. Keller, dans une lettre du 7 février 1891 adressée à Léon XIII, dénonça le péril où on courait, pensait-il, en faisant de V Union catholique projetée un orga:nisme politique.
« Par suite d'un préjugé général en France et très enraciné dans tous les esprits, on n'admettrait pas que le clergé se mêlât, comme en Belgique, d'élections... L'action directe du clergé ne peut donc pas s'exercer sur le terrain électoral, pas plus que dans les luttes quotidiennes de la presse. Mais cette action est souverainement utile, elle est nécessaire dans les œuvres proprement dites, qui ont pour but l'éducation chrétienne de la jeunesse, l'assistance des pauvres, l'amé-
(1) Ibid. p. 322.
lioration du sort des ouvriers, etc.. Au contraire, en laissant aux laïques leurs convictions de citoyens et la liberté de manœuvrer comme ils T entendent, sur le terrain parlementaire et électoral, tout est à faire pour augmenter et cimenter l'Union des catholiques sur le terrain des œuvres d' éducation, de propagande, de charité et de défense sociale ».
Entrant dans ces vues, le cardinal Richard, archevêque de Paris, . manifesta le désir de voir tous les catholiques se grouper sur le seul terrain de la défense religieuse sans distinction de partis et, le 26 avril 1891, à la XX"^^ Assemblée générale des catholiques de France, donna mission à Keller et à Chesnelong de faire cette Union. En mai 1891, l'f/n ion de la France chrétienne était constituée sur cette base et approuvée par Léon XIII. I.e Comité de direction,, présidé par Chesnelong, Keller, A. de Mun, comprenait des royalistes, des républicains catholiques... L'Union des catholiques paraissait chose faite. Quelques mois après, tout changeait. Le 25 janvier 1892, M. A. de Mun publiait dans Le Monde un manifeste demandant la formation d'un Parti catholique constitutionnel (1).
D'autre part, Léon XIII, dans son encyclique du 16 février 1892, « Au milieu des sollicitudes y) et dans sa lettre aux cardinaux du 3 mai 1892, insistait sur la nécessité « d'accepter, sans arrièrepensée, avec cette loyauté parfaite qui convient
(1) E. Keller' p. 332, sqq.
au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où de fait il existait ». Le 12 mai, à la XX I^^ Assemblée générale des catholiques de France, Ches- 'nêlong donnait lecture des paroles du Pape, et, le lendemain, expédiait une dépêche dissolvant r Union de la France chrétienne, son « terrain de neutralité ne paraissant plus répondre aux désirs exprimés par le Saint-Père ». Sur le désir formel de Léon XIII, Chesnelong et Keller maintenaient néanmoins le Comité catholique de défense religieuse avec son assemblée générale annuelle. Mais, en 1897, se réunissait, à Reims, le premier Congrès national catholique (républicain). Le Comité de défense religieuse s'abstint d'y paraître (1). La division des catholiques s'accentuant chaque jour davantage aboutit à la catastrophe électorale de 1898 continuant celle de 1893. Voulant redonner malgré tout une direction aux catholiques « décapités et dispersés », E. Keller reprit, sans grand succès, le programme de r Union de la France chrétienne pour « rétablir l'union
(1) E. Keller, p. 344.
« La désagrégation de ]' Union se faisait à la fois par Ja droite «t par ]a gauche. Les dissidents de droite, ou bien reprenaient, comme Ja Gazette de France et V Autorité, leurs attitudes combattives contre le gouvernement républicain, ou bien adhéraient, à la suite de M"^ Fava, au Parti catholique. Les dissidents de gauche grossissaient le groupe de M. Piou à la Chambre, se rangeaient autour de M. Jjiles Bonjean pour fonder V Association catholique française, autour de M. Gaston David pour constituer la Ligue populaire pour la revendication des libertés publiques. Décidément, le programme modéré du cardinal Richard ne donnait pas plus de résultats que l'appel vibrant du cardinal Lavigerie. » (Fernand Mourret, Ibid., p. 107.)
lioration du sort des ouvriers, etc.. Au contraire, en laissant aux laïques leurs convictions de citoyens et la liberté de manœuvrer comme ils F entendent, sur le terrain parlementaire et électoral, tout est à faire pour augmenter et cimenter T Union des catholiques sur le terrain des œuvres d' éducation, de propagande, de charité et de défense sociale ».
Entrant dans ces vues, le cardinal Richard, archevêque de Paris, , manifesta le désir de voir tous les catholiques se grouper sur le seul terrain de la défense religieuse sans distinction de partis et, le 26 avril 1891, à la XX"'^ Assemblée générale des catholiques de France, donna mission à Keller et à Chesnelong de faire cette Union. En mai 1891, V Union de la France chrétienne était constituée sur cette base et approuvée par Léon XIII. I.e Comité de direction,, présidé par Chesnelong, Keller, A. de Mun, comprenait des royalistes, des républicains catholiques... L'Union des catholiques paraissait chose faite. Quelques mois après, tout changeait. Le 25 janvier 1892, M. A. de Mun publiait dans Le Monde un manifeste demandant la formation d'un Parti catholique constitutionnel (V).
D'autre part, Léon XIII, dans son encyclique du 16 février 1892, « Au milieu des sollicitudes » et dans sa lettre aux cardinaux du 3 mai 1892, insistait sur la nécessité « d'accepter, sans "arrièrepensée, avec cette loyauté parfaite qui convient
(1) E. Keller' p. 332, sqq.
au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où de fait il existait ». Le 12 mai, à la XX I^^ Assemblée générale des catholiques de France, Ches- 'nelong donnait lecture des paroles du Pape, et, le lendemain, expédiait une dépêche dissolvant T Union de la France chrétienne, son « terrain de neutralité ne paraissant plus répondre aux désirs exprimés par le Saint-Père ». Sur le désir formel de Léon XIII, Chesnelong et Keller maintenaient néanmoins le Comité catholique de défense religieuse avec son assemblée générale annuelle. Mais, en 1897, se réunissait, à Reims, le premier Congrès national catholique (républicain). Le Comité de défense religieuse s'abstint d'y paraître (1). La division des catholiques s'accentuant chaque jour davantage aboutit à la catastrophe électorale de 1898 continuant celle de 1893. Voulant redonner malgré tout une direction aux catholiques « décapités et dispersés », E. Keller reprit, sans grand succès, le programme de V Union de la France chrétienne pour « rétablir l'union
(1) E. Keller, p. 344. .
« La désagrégation de l'Union se faisait à la fois par la droite «t par la gauche. Les dissidents dé droite, ou bien reprenaient, comme la Gazette de France et V Autorité^ leurs attitudes combattives contre le gouvernement républicain, ou bien adhéraient, à la suite de M^^ Fava, au Parti catholique. Les dissidents de gauche grossissaient le groupe de M. Piou à la Chambre, se rangeaient autour de M. Jples Bonjean pour fonder V Association catholique française, autour de M. Gaston David pour constituer la Ligue populaire pour la revendication des libertés publiques, Décidément, le programmée modéré du cardinal Richard ne donnait pas plus de résultats que l'appel vibrant du cardinal Lavigerie. » (Fernand Mourret, Ibid., p. 107.)
des catholiques et des honnêtes gens de toute nuance»^
Au même temps, Léon XI II, dans une lettre au cardinal Richard, demande à tous les catholiques de « travailler de concert au bien de la Religion et de ' la Patrie ».
En 1899, le Pape attire de nouveau l'attention du cardinal Richard sur la nécessité de coordonner r action des œuvres et des groupements catholiques^ « Ceux-ci, tout en conservant l'autonomie dans la sphère d'action qui leur est propre, doivent se donner la main pour travailler d'un commun accord au bien suprême de la patrie française ».
Cependant, « le concours perfide » des ralliés offert par M. de Mun et M. Piou était repoussé par la gauche triomphante.
Léon XIII avait distingué la Constitution de la Législation, conseillant aux catholiques de se rallier à la première tout en combattant la seconde par l'usage de leurs droits civiques. Les radicaux pour admettre les catholiques dans la famille républicaine exigeaient le ralliement à la Législation.., y selon une tactique demeurée depuis en vigueur.
En juin 1898, Brisson succédait à M. Méline, l'affaire Dreyfus éclatait, les lois scolaires de persécution se succédaient. En 1901, Waldeck-Rousseau faisait voter la loi sur les Associations. E. Combes inaugurait le régime abject. V Action libérale populaire créée en 1904 sous la direction de M. Piou, et le Comité catholique de la rue de Grenelle, présidé par E. Keller, menaient pour la liberté catholique
le même combat. Le moment n'était-il pas enfin^ venu d'unir, sur le seul terrain de la défense religieuse, les efforts des deux groupements et de reprendre le plan avorté de l'Union des catholiques^ français?
M. Piou ne le pensa pas. E. Keller, F. Brunetière^. Denys Cochin..., quiavaient élaboré ce projet, durent y renoncer et le règne de Léon XIII s'acheva sur ces malheureuses- divisions (1).
(1) a C'est un fait que ni Etienne Lamy, ni Albert de Mun, ni M. Jacques Piou n'ont réussi à former, sur Je terrain constitutionne]. le grand parti des honnêtes gens que souhaitait Léon XIII pour la pacification religieuse du pays. Et, sans doute, de cette impuissance y a-t-il des causes françaises assignables. Mais, à mon sens, le vice originel de la coalition désirée par Rome gisait en ce que, pratiquement, dans la politique pontificale, Tadhésion à la constitution primait, jusqu'à l'effacer, la reconquête des droits perdus.
« De là le flottement dans les idées, Pestompé des programmes, le lointain des espoirs, la débilité des efforts, la prédominanced'une théorie du moindre mal qui devint, dès l'abord, la loi des élections et-la loi des honnêtes gens élus.
«Cette opposition incertaine, loin de contenir les républicains de gauche, les a rendus méprisants et audacieux. Ils ont repoussé ces républicains modérés qui doutaient de leurs droits et de leurs forcés. Comme pour, éprouver le civisme de ces néophytes, ils ont fabriqué les lois de 1901 et de 1905; et, rassemblant dans le temple de la laïcité toutes leurs idoles, ils ont déclaré que celui qui ne les adorerait pas rompait l'union nationale. Nous en sommes là, même après la guerre...
« Un tel effacement du droit a ses commencements trente ans en arrière. » (P. Dudon, Le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro. — Etudes, 5/11/23, p. 261.)
Ces considérations historiques suggèrent, nous semble-t-il, dans le sujet qui nous occupe, une conclusion (confirmée, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, parles Directives répétées de Pie XI à l'Action catholique) : Ce serait gravement compromettre l'avenir
Dès ravènement de Pie X, Emile Keller désira connaître l'accueil que son projet d'Union catholique sur l'unique base de la défense religieuse et sociale rencontrerait à Rome. Pie X bénit d'abord le président du Comité de défense religieuse et de la Société générale d'éducation et d'enseignement, mais garda le silence sur V Union des catholiques français. L'approbation explicite de cette Union ne devait venir, par le bref du 20 janvier 1909, qu'à la veille de la mort de Keller. A l'occasion de la dernière séance du Comité catholique présidée par le vieux lutteur octo- ' génaire, Pie X le félicita de travailler « à réaliser entre tous les gens de bien la concorde qui seule peut faire espérer le salut commun ». Mais, le 20^ février, E. Keller rendait sbn âme à Dieu...
2° Les Unions catholiques diocésaines avant la guerre. — Pie X appelait donc tous les catholiques français à s'unir, malgré leurs divergences politiques, « sur le terrain de la défense sociale et religieuse ». ,
Pour répondre à cet appel, les Unions catholiques diocésaines se fondent un peu partout dès 1908 (1).
des Unions cathoîiques et leur action que d'y faire jorimer l' adhésion à une forme quelconque de gouvernement sur l'affirmation, la défense ou 3a reconquête des droits des catholiques.
Adopter une telle tactique serait substituer « le flottement dans les idées, l'estompé des programmes » à l'énergie dynamique d'un programme net et impératif qui est celui de la foi catholique et des libertés catholiques. •
(1) Au point de vue civique, ces Unions sont paralysées par
On trouvera datris les publications de V Action populaire f en particulier dans son Guide d^ Action religieuse de 1908 (pp. 128, 516), et dans son Manuel Pratique d'Action religieuse de 1913 (pp. 172, 180, 262) un historique détaillé des Unions diocésaines et des Unions paroissiales constituées de 1908 à 1914, sous l'autorité de la hiérarchie ecclésiastique.
Nous reproduisons ici les parties essentielles de cette étude :
1° DÉFINITION. — L'Union diocésaine est le groupement et l'organisation des catholiques d'un diocèse, sous la direction de leur évêque, en vue de la défense et de la revendication des droits de l'Église, du développement des pratiques, de la foi et des œuvres religieuses et sociales. {Manuel pratique, p. 172).
2° But et Esprit. — L'Union fait donc appel aux
le fait qu'elles sont liées à la hiérarchie. On cherche donc en dehors d'elles le moyen d'exercer une « politique religieuse » conforme aux directions de Pie X. Des Associations nouvelles se fondent pour cela :
L'Alliance civique des catholiques de la Haute-Garonne;
Là Fédération catholique, dans le diocèse de Ghambéry;
L'Union catholique de la Dordogne;
LUnion catholique de la Haute-Loire;
L'Union catholique d' Il le-et- Vilaine;
L'Union des catholiques de la Manche, etc., etc.
Leur ôbut est la défense politique des intérêts religieux. Elles collaborent avec l'autorité religieuse, mais gardent, au point de vue civique, une autonomie que les Unions diocésaines n'ont pas su conserver.
Malheureusement, elles restent isolées. Un effort est fait au début de 1914 pour une action générale, et un Comité de V Union des catholiques se forme pour « promouvoir et multiplier en France les organisations d'Unions des catholiques ». Cette tentative disparut dans le remous de la guerre.
'Catholiques de toutes classes désireux de collaborer aux oeuvres du diocèse et de défendre par une action •commune les libertés religieuses. Nul n'est obligé de renoncer à ses opinions politiques; V Union est au-dessus de tous les partis; elle n'est ni monarchiste, ni impérialiste, ni républicaine, elle est catholique.
Nous ne pouvons pas ici examiner dans le détail le but et r esprit qui ont présidé à rétablissement de l'Union catholique dans tous les diocèses où elle existe; presque partout les mêmes, ils se résument dans les quelques lignes qui précèdent.
.Ainsi dans les diocèses d'Aire, d'Angoulême, Auch, -Annecy, Bourges, Bayeux, Chambéry, Ghâlons, Cambrai, Meaux, Montauban, Pamiers, Poitiers, Le Puy, Périgueux, Quimper, Reims, Rennes, La Rochelle, Hodez, Saint-Claude, Soissons, Saint- Flour, Toulouse, Tours, Vannes, etc....
Dans le diocèse de Bourges, les membres de l'Union rs'engagent : 1° à promouvoir, à soutenir, à développer toutes les œuvres catholiques paroissiales, diocésaines et générales, canoniquement reconnues comme telles par l'autorité ecclésiastique; 2° à revendiquer en toutes circonstances, par tous les moyens légitimes et au besoin par l'intervention auprès des pouvoirs publics leurs droits de catholiques et toutes les libertés qui en découlent; 3° à imposer aux candidats qui se présentent à leurs suffrages ce programme de revendications; 40 à poursuivre ainsi, par eux-mêmes 'et par leurs représentants, la réforme de toutes les lois qui portent atteinte à la liberté et aux droits de l'Église catholique, apostolique et romaine (M. P. p. 173).
30 Composition. — Diocèse d'Aire (p. 177):
1° A la base de l'organisation se trouve le Comité paroissial, composé d'un petit nombre de catholiques
choisis dans toutes^ les classes sociales autant que possible. Le curé en est le président de droit et on y nomme un secrétaire-trésorier qui est en même temps I le délégué du groupe.
Au second degré, le Comité cantonal, présidé par le Doyen, groupe tous les Comités paroissiaux du canton •et leur sert d'intermédiaire auprès du Comité de •direction. Les curés et les délégués laïques de chaque Comité paroissial constituent le Comité cantonal.
Enfin, au sommet, le Comité de direction, sous la présidence de M»"^ l'Évêque, établit Tunion de tous les groupes du diocèse. Les membres du Comité de direction, au nombre de quinze ou vingt ecclésiastiques •et laïques, sont nommés par M»"" TÉvêque, qui reste libre de les remplacer quand il le juge utile.
Les statuts instituent aussi un Conseil central dont font partie : 1° les membres du Comité de direction; 2° -les doyens; 3° les délégués laïques élus par les Comités'cantonaux, soit un laïque par chaque canton.
Il a pour mission de seconder le Comité de direction. Le moment venu, il décidera de Tadhésion de TUnion aux Fédérations d'Unions similaires.
h' Assemblée générale ou le Congrès diocésain réunit tous les membres de l'Union et ceux qui désirent étudier l'œuvre de plus près.
2° Il est à remarquer que, si les Comités sont composés d'un nombre restreint de membres, l' Union catholique ne s'est imposée aucune limite pour celu des adhérents, et cela conformément aux indications •de Rome.
Dans le diocèse de Châlons (M. P., p. 178), l'Union •comporte trois éléments :
A la tête, VEvêque assisté du Conseil diocésain toujours représenté près de lui par sa permanence : le bureau diocésain.
A la base, le Comité paroissial et ses adhérents formant r Union paroissiale.
Au milieu, le Comité cantonal servant de lien entre le Bureau diocésain et les Comités paroissiaux.
Comité paroissial. — Dans chaque paroisse, il y a un Comité paroissial composé d'un nombre assez restreint de membres choisis par M. le Curé.
Le curé est de droit président du Comité paroissial,, mais le secrétaire et le trésorier sontélils par le Comité.
Le Comité se réunit au moins tous les trois mois.
Comité cantonal. — - Il est présidé par le doyen et se compose : 1° du Comité paroissial du doyenné; 2° du président et d'un délégué de chaque Comité paroissiaL Il réunit en un Congrès les membres des Comités paroissiaux et en une journée cantonale les membres de toutes les unions paroissiales du doyenné.
Comité diocésain. — Le Comité diocésain se compose : de M{?r rÉvêque, de MM. les Vicaires généraux, de M. le Directeur général des œuvres, du Président et d'un délégué élu de chaque Comité cantonal, des prêtres et de laïques choisis par Monseigneur, enfin des représentants des trois autres Unions diocésaines^ jeunes gens, femmes chrétiennes, jeunes filles.
Le C. D. se réunit deux fois par an, une fois pour une séance d'études et une autre fois pour le Congrès diocésain auquel sont invités tous les catholiques de l'Union.
Bureau diocésain. — Le B. D. est ]a permanence du Comité diocésain. Il se compose des membres de ce Comité habitant la ville de Châlons... Il comprend deux grandes sections qui s'occupent : l'une dès œuvres économiques et l'autre des œuvres religieuses et scolaires, chaque section a son directeur qui les réunit tous les mois.
Diocèse de Poitiers (M. P., p. 179). — C*est à peu près la même organisation.
Les membres du Comité central et des Comités paroissiaux sont nommés pour quatre ans.
Chaque G. P. a un secrétaire chargé de dresser le procès-verbal de la réunion et de correspondre avec le Comité cantonal.
Chaque Comité cantonal a un secrétaire chargé de rédiger le procès-verbal et de correspondre avec le Bureau diocésain.
4° Membres : Diocèse d'Aire, — Les membres de* rUnion catholique des Landes sont distingués en quatre classes :
Fondateurs, versant une somme qui ne peut pas être inférieure à 200 francs une fois donnée. Ils reçoivent une carte violette.
Bienfaiteurs, versant une somme de 50 francs, une fois donnée et une cotisation annuelle de 10 francs. Ils reçoivent une carte rose.
Honoraires, versant une cotisation annuelle de 20 francs. Ils reçoivent une carte faune.
AdhérentSj'YeTsantune cotisation annuelle de 1 franc. Ils reçoivent une carte verte.
Les dames peuvent faire partie de l'Union et des Comités.
Diocèse de Cambrai. — On choisit dans les rangs de r élite « des chefs de vingt » qui seront « les capitaines instructeurs, les officiers de marche et de mobilisation des adhérents.
Diocèse de Pamiers. — Outre les membres fondateurs, bienfaiteurs, adhérents, les femmes sont invitées à faire partie de l'Union en qualité d'auxiliaires, de bienfaitrices ou de fondatrices. Elles forment autant que possible des Comités paroissiaux distincts sous
la direction du curé; mais ils sont directement rattachés au Comité diocésain.
50 Statuts : Diocèse de Reims (p. 185). — En ce qui concerne Faction religieuse, l'Union entend vouloir favoriser, par sa coopération morale et matérielle, les œuvres qu'inspirent la foi et la charité chrétienne. Ces œuvres, tout en conservant leur autonomie propre, sont groupées en cinq sections...
L'Union diocésaine se compose des hommes et des jeunes gens âgées de 18 ans au moins, qui adhèrent aux présents statuts.
Les dames et jeunes filles peuvent faire partie de V Union à titre de membres auxiliaires.
Le minimum de la cotisation annuelle des adhérents ■est fixé à fr. 25.
La guerre de 1914 a suspendu l'activité de ces Unions. La plupart se sont dissoutes ou sont « tombées en sommeil ».
Gardons-nous de croire que ces efforts un peu confus aient été vains. Ils ont contribué, malgré « le malheur des temps », malgré les entraves sans nombre que le sectarisme officiel et les moyens d'oppression que le concordat mettait aux mains d'un gouvernement antireligieux, à faire pénétrer peu à peu, dans l'esprit des catholiques, une pensée « d'union nécessaire » qui leur avait été si longtemps étrangère.
Ces Etats généraux des catholiques que furent « les Congrès catholiques », et que M. Ghesnelong définissait ainsi : « Vous êtes une grsinde affirmation, une protestation, une action, une espérance », auraient
pu, généralisés, aboutir au « front unique » du catholicisme français.
Ils en donnèrent la pensée et le désir. C'est beaucoup. Autre est celui qui sème, autre celui qui moissonne.
L'esprit nouveau issu de la grande guerre, le renouveau catholique incontestable qui se poursuit sous nos yeux depuis vingt ans, nous donnent des raisons d'espérer et de réussir, que les ouvriers de la première heure, les Ph. Vrau, les A. de Mun, les E. Keller, les Chesnelong, les L. Harmel n'eurent pas.
3° Les Unions catholiques depuis la guerre. — Au lendemain de la guerre nous avons vu, à peu près dans tous les diocèses de France, les Unions catholiques s'efforcer .de renaître de leurs cendres. Le vœu de les voir s'étendre à tous les diocèses et se fédérer sur un plan national émis par l'Assemblée des cardinaux et archevêques a donné un élan nouveau à ce mouvement. L'exemple de l'Italie, des États-Unis a montré par ailleurs que le plan élaboré par l'Assemblée n'avait rien de chimérique. L'Assemblée, d'ailleurs, n'exprimait qu'un simple vœu et se défendait d'imposer aux diocèses des directives quelconques pour lesquelles elle n'avait pas reçu mission, et, plus encore, de leur dicter une formule unique d'union catholique. Cette formule, comme on le note justement, c'est l'expérience avec ses réussites et ses insuccès qui la dictera.
De fait, la double tendance qui s'était manifestée avant 1914 continue à se faire jour. Ici, l'Union catholique est conçue sur le plan d'une Confrérie : l'assistance à la messe des hommes, la communion mensuelle, la participation aux processions constituent son objet essentiel. Étant donné ce but, il est assez naturel que le président de l'Union soit, comme dans plusieurs confréries, le curé de la paroisse.
Ailleurs, l'Union se proposant non seulement le progrès religieux de ses membres, mais encore une action civique et sociale, le rôle de la hiérarchie doit être différent. Tout en réclamant la direction du prêtre au point de vue religieux et ses conseils dans le domaine de l'activité sociale et civique, l'Union catholique se donne elle-même, par voie de suffrage, son président, ses conseillers ou chefs de section pris parmi les laïques. L'Union adopte en cela, avec le programme de la Jeunesse catholique, ses statuts. Elle se conforme fidèlement aux directives données par Pie X, Benoît XV et Pie XI à l'Union populaire d'Italie et, d'une façon plus générale, à l'Action catholique. Si l'on excepte ces divergences, peut-être plus apparentes que réelles, les statuts d'Union catholique mis à l'étude ou déjà promulgués dans nos divers diocèses reproduisent, à peu de chose près, le même dispositif.
Nous donnons en exemple quelques types de règlements où se manifeste la double tendance signalée.
A). — Diocèse de Besançon,
Dans une lettre pastorale du 14 septembre 1921, M"'' Humbrecht, archevêque de Besançon, annonçait la création de V Union des catholiques du diocèse de Besançon.
« L'Union dies catholiques aura pour but de maintenir lesœuvres déjà existantes, d'en créer de nouvelles, de les rendre prospères, de les défendre et d^ augmenter la puissance de chacune en coordonnant les efïorts de toutes. »
Conditions du succès : Tunion dans la prière, Funion dans Taction, Tunion sur le terrain commun de la religion et de la patrie.
Organisation de l' " Union catholique ",
A la base, l'Union paroissiale « qui comprendra tous les catholiques susceptibles de se grouper autour du curé de la paroisse pour l'action religieuse, sociale, patriotique : hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles, enfants. Dans les paroisses où les catholiques sont la minorité, il y aurait avantage à faire entrer dans l'U. C. même les catholiques non pratiquants.
L'U. P. sera présidée .par le Comité paroissial; « c'est M. le Curé qui en choisira les membres ».
« Dans chaque canton, des représentants des Comités paroissiaux constitueront un Comité cantonal.,. Chaque année celui-ci convoque dans le canton un petit Congrès d'action religieuse et sociale. »
Enfin, au sommet, un office central des œuvres ou bureau diocésain : qui coordonne les groupements paroissiaux et cantonaux.
Base d'action : elle est dans les œuvres déjà existantes : « toutes ces œuvres devront concourir à la réalisation du plan général de « TAction catholique » dans les diocèses. »
Dispositif. (Vu les canons 684, 685, 689.)
L'Union des catholiques est fondée dans le diocèse de Besançon. Cette Union est indépendante de tout Parti politique.
L'Union est obligatoire dans toutes les paroisses du diocèse.
Le Comité paroissial sera établi avant le 8 décembre 1921 dans chaque paroisse; le Comité cantonal, avant Noël.
Le registre des délibérations du Comité paroissial sera présenté à chaque visite canonique.
B). — Diocèse de Viviers.
La semaine religieuse de Viviers du 11 mars 1921 signalait, en l'approuvant fort, « l'initiative des catholiques de la région annonéenne qui ont résolu de se grouper sous le nom d'Action catholique populaire, »
Les membres de l'A. C. P. veulent réaliser :
1° Une union qui augmentera la force des hommes de bonnes volontés, trop longtemps éparses; 2° un programme commun; 3° une action persévérante qui puisse, sans quitter le terrain constitutionnel et sans sortir des moyens légaux, servir utilement tous les intérêts de la patrie.
Suit un programme de revendications : protection des familles nombreuses; R. P. S.; répression de la licence des rues; adoption de la R. P. intégrale; rétablissement des relations avec le Vatican; statut légal de l'Église, etc.
C). — Diocèse de Lille.
Le 22 octobre 1922 se clôturait le Congrès des catholiques du diocèse de Lille. Dans la matinée fut nommé le Bureau de V Union diocésaine définitivement constituée. Les cinq fédérations de Lille, Roubaix, Tourcoing, Hazebrouck, Dunkerque, sont désormais groupées en un seul faisceau. Dans l'après-midi, en la salle des fêtes du collège Saint- Joseph, M^^ Quilliet tira les conclusions du Congrès : développer dans tous les groupements la piété et Faction; établir au plus tôt dans chaque paroisse, chaque décanat, chaque arrondissement, un Comité d'action catholique, comité catholique pour les hommes, section de Ligue patriotique des Françaises pour les dames, groupe de Jeunesse catholique pour les jeunes gens.
M°^ Quilliet résumait ainsi le travail accompli et indiquait ce qui restait à faire :
« Déjà les Comités paroissiaux ont pu se rétablir dans une centaine de paroisses sur 340. D'autre part, le Comité diocésain a pu reconstituer ses trois Commissions : œuvres de foi et de piété, de presse et d'enseignement, œuvres sociales et charitables. »
C'est l'organisation principale qui a été restaurée la première : le Comité diocésain s'est remis à l'œuvre : chaque vendredi il se réunit pendant deux ou trois heures, sous la direction de l'Évêque ou de son représentant, pour examiner l'ensemble de la situation religieuse.
Les membres de cet organisme fondamental ont essayé de reconstituerjpartout les Comités paroissiaux. Monseigneur remercie M. le chanoine Delsaux d'avoir porté, jusque dans nos moindres villages, le mot d'ordre de l'Évêque.
« Il faut, déclare Sa Grandeur, à l'heure où notre
clergé devient trop peu nombreux, où son immense J^esogne Técrase, recruter tous les dévouements que nous pouvons trouver parmi les laïques...
« Je voudrais que cette consigne fût entendue partout, et que, dans un an, il n'y eût plus une seule paroisse ne possédant pas son Comité catholique bien vivant. Je désire que ceux-là mêmes qui ne sont pas ici entendent cet appel adressé à leur conscience et à leur zèle.
« Aussi bien, ai-je besoin d'insister sur la nécessité d'une telle organisation quand je vois ceux-là qui ne vsont pas des nôtres obtenir, parce qu'ils sont groupés, une influence qu'ils ne devraient pas avoir?
« Quant au labeur de 1923, déclare Sa Grandeur, il consistera surtout à relever les Comités de décanat et d'arrondissement. Ce travail est indispensable pour que la parole de l'Évêque puisse se répandre dans tout le diocèse, grâce aux divers ordres d'organisation. »
C'est à la conquête des hommes que Monseigneur veut convier, en terminant, les congressistes: « Il est urgent de porter notre labeur sur la formation religieuse des hommes, puis de les conduire dans nos réunions où ils se sentiront les coudes et oseront en commun ce qu'ils n'oseraient tenter isolément. »
D). — '■ Diocèse de Lyon.
La Ligue des Droits des Catholiques :
Au congrès de Lyon (avril 1922), M. le Directeur général des Œuvres, en un rapport magistral que nous résumons, exposait le programme d'Action catholique du diocèse :
h' Union diocésaine des catholiques est constituée. Elle a reçu de Son Éminence le nom de Ligue des Droits des Catholiques.
Elle comporte trois degrés : 1° Ligue paroissiale.
véritable fédération des associations et œuvres de la^ paroisse représentées - au bureau directeur par leur délégué. La L. P. est ouverte aussi à ceux qui n'appartiennent à aucune œuvre spéciale; 2° La Ligue cantonale qui est l'union des Ligues paroissiales. A. sa tête, un Comité cantonal', 3° Ligue diocésaine fédérant les L. P. et' les L. G. « concentrant entre les mains du cardinal dans une puissante unité toutes les forces vivantes de son diocèse^.. » Celui-ci, chaque année, donne le mot d'ordre pour deux ou trois carnpagnes à mener avec ensemble. La consigne d'aujourd'hui porte sur le respect du repos dominical, l'œuvre diocésaine du franc de la presse, la lutte pour la moralité publique, la répartition proportionnelle scolaire.
E). — Diocèse de Versailles.
Dans son. récent volume, l'Effort catholique dans la France d'aujourd'hui (Revue des Jeunes, 1922),^ M. G. Goyau expose le magnifique effort d'organisatioa tenté et réalisé par M^^ Gibier dans le diocèse de Versailles. Parlant de la Ligue des Droits du Catholique, Ms'" Gibier écrit : « Cette forme d'organisation a-t-elle quelque chance de succès? Nous ne le pensons pas.. Il ne convient pas d'assigner aux forces religieuses un but permanent négatif sur un terrain étroit de défense et de combat. Les « services rendus », ces deux simples mots caractérisent le groupement, l'esprit... de notre organisation religieuse diocésaine. En conséquence,, de ce programme, M«^ Gibier, en 1907, créait sa mutualité; en 1913, l'Union des Agriculteurs catholiques, et par un acte officiel, en 1912, déclarait que l'organe d'exécution de l'Évêque et du Bureau diocésain s'appellerait : l'Action sociale de Seine-et-Oise,
L'A. S. s'est occupée des victimes de la guerre, .donne des consultations juridiques et médicales,
tient une caisse populaire, groupe les anciens combattants, organise un office de placement, crée des syndicats, des œuvres d'apprentissage, etc.
Au-dessous du Bureau diocésain, dans chaque canton, un Bureau cantonal; dans chaque paroisse, un Bureau paroissial.
Depuis la guerre, TA. S. est reconhue officiellement
-par le Ministre de l'Intérieur, elle est au nombre des
œuvres d'assistance que ce Ministre subventionne.
« Le clergé et les catholiques ne doivent pas, écrit M^^ Gibier, s'exiler à l'intérieur, bouder et ignorer leur temps » (1).
4^ Les leçons d'un demi-siècle d'histoire. — Depuis quarante ans, qu'est-ce qui a manqué aux catholiques de France?
« Nous avons eu la générosité, le nombre, la culture intellectuelle; nous avons pu compter sur d'incalculables réserves de dévouement, et nous devons ajouter, pour nous, chrétiens, le secours d'En-Haut qui ne fait jamais défaut à qui le demande — et cependant, malgré tout cela, nous sommes les vaincus.
« Quelle est la vraie cause de nos défaites?
« C'est que, dans la lutte générale, nous n'avons pas eu de stratégie. Nous étions une armée sans organisation » (2).
(1) Pie XI adressait, le 15 mai 1923, à Ms^ Gibier, à l'occasion du 50® anniversaire de son sacerdoce, une lettre où on lit ces mots : « Nous ne pouvons passer sous silence cette admirable organisation de votre diocèse en Associations^ paroissiales et cantonales si étroitement unies et subordonnées qu'il devient très facile d'orienter l'action de toutes vers un même btit «.
(2) Vuillermet, 0. P. La conquête des hommes, Lethielleux, 1922. « Fas est ab hoste doceri. » Dans une réunion des catholiques
Les groupements, les comités ne manquaient pas. ïl y avait des sections, des compagnies, mais pas une armée... (1) ».
« Il eût fallu coordonner tout cela... On ne l'a pas lait, et rharmonie entre ces éléments divers, nés pour s'entendre, ne s'est pas réalisée. Il ne faut pas rêver d'unité absolue, d'absorption : c'est une chimère. Mais nous pouvions et nous devions faire concourir chacune de ces organisations particulières au bien commun en nous servant des moyens qui leur étaient propres. »
Et c'est là l'œuvre essentielle d'aujourd'hui. La guerre nous apprit la nécessité de la discipline, de l'unité de commandement. Si la génération qui a vu
<lu Volksverein tenue à Berlin, en mars 1904, un député rendait compte des travaux et du succès du Centre et faisait appel à une concentration toujours- plus grande des forces catholiques : « Regardez au delà des Vosges, disait-il; voyez ce qui se passe en France. Comment se fait-il que là-bas les francs-maçons imposent leur volonté, que les congrégations religieuses soient dissoutes, les religieux proscrits, les sœurs chassées des hôpitaux et des écoles et que les plus graves périls menacent encore la religion? C'est que dans ce pays les catholiques ne sont pas organisés : ils sont les premiers coupables. »
(1) « Des découvertes de Pasteur, une notion fondamentale se dégageait pour tous : nous sommes gouvernés, nourris, tués par le peuple incalculable des infiniment petits... La doctrine pasteurienne constate la loi du nombre, elle découvre les sources de la vie et les causes de la mort dans une infinité d'êtres très faibles qui deviennent tout-puissants par leur réunion, qui triomphent des plus robustes organismes. » (E. de Vogué, Devant le siècle, p. 278-280) Et c'est ainsi que l'organisme catholique fut mis à mal en France. Mais ce qui fut, hier, cause de défaite peut devenir, demain, cause de victoire.
et fait la guerre recule devant cette tâche, c'est qu'il faut désespérer de la France.
« Les troupes n'ont jamais fait défaut : seulement on. n'a pas su les utiliser.
« Les hommes étaient courageux, ils auraient voulu, marcher. Ils ne demandaient qu'une chose, c'est qu'on. les conduise au combat. Et ces bonnes volontés n'étaient pas ou presque pas utilisées » (1).
Ces constatations, nous l'avons dit, ne doivent ni nous rendre injustes pour le passé, ni détruire dans l'âme des catholiques l'espoir de meilleurs succès.
Cet espoir repose en partie sur cette conviction de plus en plus unanime : l'heure est venue de tenter un grand effort d'union catholique.
Cette conviction commence à se faire iour méme^ parmi des Français qui ne partagent pas notre foi mais qui aiment la patrie.
De fait, tous les Français soucieux du salut de la civilisation et de la prospérité nationale devraient saluer, comme un heureux augure, l'organisation . d'une catégorie de citoyens défenseurs nés de l'ordre et amis de la grandeur nationale. Ils devraient appe-
(1) Vuillermet, op. cit., 320-329; 330-331.
Cela ne veut pas dire que « le front unique » nous donnera: une telle victoire que la paix définitive nous soit par là assurée. L'Église sera toujours attaquée, combattue, c'est son honneuret une des marques auxquelles nous la reconnaissons pourl'Église du Christ. Mais nous n'avons ni le droit de susciter ces persécutions par le manque d'union, ni celui de les faire tournerà la défaite par notre indiscipline.
1er de tous leurs vœux la mobilisation de cette puissance d'ordre, unique, que les catholiques représentent, ne fût-ce qu'au titre d'un nécessaire contrepoids à la mobilisation des puissances de désordre :
« L'Église catholique est une grande école de dis- ■cipline morale et de discipline sociale. Nous sommes :arrivés à une époque où, sous peine de décliner et de périr, nous avons besoin par-dessus tout d'ordre et d'autorité, dans la famille, à l'école, à l'usine, dans les administrations publiques. Partout, nous avons besoin d'une réaction énergique contre le grossier matérialisme que nous voyons s'épanouir de tous €Ôtés autour de nous. Le pays n'a rien à perdre, et tout à gagner à laisser le. catholicisme apporter sa large ■contribution à la restauration de l'autorité et de la discipline dans notre république ».
Ces paroles ne sont pas d'un catholique. Elles paraissaient naguère dans La Victoire sous la plume de M. G. Hervé (1) et il les éclairait par cette considération d'ordre immédiatement pratique :
« Nous sommes un pays appelé à disparaître faute
(1) La Victoire, 11 octobre 1922. — M. Hervé ajoutait ces paroles de bon sens : « On a peine à croire qu il se trouvera maintenant, si près de la guerre, une majorité en ce pays pour mettre la main au collet d'hommes et de femmes d'un patriotisme certain, et les conduire à la frontière sous prétexte qu'ils sont une menace pour la société. Parle-t-on d'expulser ceux qui menacent ouvertement la République dune révolution violente? Parle-t-on •d'expulser ceux qui prennent le mot d ordre à Moscou? De quel droit empêcherions-nous, après tout, les catholiques de prier Dieu comme ils l'entendent, de se grouper en Congrégations ou «n Associations comme n'importe quelles autres catégories de citoyens?...
« M. Caillaux a le cynisme de demander la reprise de la guerre
d'enfants : il n'y a plus guère que V Alsace, la Bretagne^ la Flandre, c'est-à-dire les régions catholiques de France où la natalité soit encore à peu près suffisante; si tous nos départements ressemblaient à l'Yonne et au Var, qui sont à la fois les premiers de tous les départements pour leur déchristianisation complète, leur républicanisme intégral, et leur effroyable dépopulation, nous serions, avant vingt ans, un peuple fini. Le catholicisme n'aurait-il d'autre mérite que d'enrayer le fléau terrifiant de notre dépopulation, qu'il aurait le droit, dans ce pays, à quelque ménagement de la part de tous les patriotes, fussent-ils les plus impénitents des libres penseurs, comme nous le sommes tous en ce journal (1) ».
Or, il faut que tous les Français, libres penseurs ou non, mais soucieux de mettre au service de la cité les réserves morales du catholicisme, se le disent; les catholiques n'opposeront à l'armée du désordre « une armée de l'ordre » équipée pour une résistance valable, que s'ils arrivent à s'unir, à se fédérer pour la défense de tous ces grands intérêts spirituels qui sont la substance même de la civilisation.
Pour nous, catholiques, d'autres raisons non moins impérieuses nous commandent de faire cesser cette
contre les catholiques — qu'il baptise cléricaux pour les besoins de sa cause, — de demander de nouvelles brimades, de nouvelles persécutions contre eux, au nom de la liberté.
«Au nom de la liberté, nous demandons qu'on laisse la paix aux catholiques. »
(1) Voir sur ce même sujet, à la cinquième partie, l'annexe VII : c L'Union des catholiques et le journal Le Temps. »
dispersion de nos forces qui fut à l'origine de nos malheurs et de ceux de la patrie : Quarante ans de guerres intérieures, de luttes fratricides dont la patrie payait l'enjeu,
« La grandeur et la prospérité du pays, sa sécurité, sa garantie contre les invasions possibles, l'intérêt français, pour tout dire d'un mot que je charge ici pieusement de son sens historique, de ses réserves de gloire et de ses possibilités magnifiques, tout cela apparut comme de pauvres petites choses devant ce « grand œuvre » l'exorcisme du péril noir. Tant d'énergies gaspillées, tant de richesses détournées, un si rapide et si profond recul sur l'échelle des valeurs européennes ! (1) »
Oui, songeons à tout cela et encore aux ruines religieuses sans nombre accumulées en notre pays de France et qu'il est inutile de rappeler; songeons à ce mal. qui apparaît aux yeux et à un mal plus profond qui rongeait la substance même des caractères; la .peur installée à demeure en des millions d'âmes de catholiques, la défiance, ime timidité chronique, une atmosphère de « défaitisme » (2) qui
(1) Gaétan Bernoville, Sur la paix religieuse, pp. 137-138.
(2) Lettre pastorale de Ms^ Giray, sur TU. G. (7 octobre 1922). « Et cette atmosphère, hélas! ne paraît pas s'être entièrement
dissipée. Tandis que, sous la conduite d'un homme condamné par la Haute-Cour et frappé d'incapacité politique, se reconstitue fébrilement un parti que grèvent les plus lourdes responsabilités nationales et qui n'hésite pas, dans sa hâte de retrouver quelque chose de sa puissance passée, à se solidariser avec les pires éléments d'anarchie, on voit des catholiques, des libéraux dissimuler timidement et parfois trahir, par une sorte d'habitude de
"paralysait les meilleures initiatives. Si le manque d'union, de discipline des catholiques français ne porte pas toute la responsabilité de ces blessures ^dont la patrie faillit mourir et dont l'Église de Prance garde encore la marque, dépassons-nous la vérité en affirmant qu'une grande part doit en être imputée à cet émiettement de nos forces?
«Beaucoup de nos catholiques ruraux ont un tempérament de vaincus... », déposent certains prêtres du Quercy, consultés par M^"" Giray (1). lEt ils en donnent cette raison : « Au point de vue
3a défaite, leurs plus justes revendications de patriotes et de catholiques. Voici le Conseil général de la Gironde, composé en grande partie de libéraux, qui vote, à l'unanimité, moins une voix, un vœu, « demandant au gouvernement de maintenir intactes « toutes les lois de laïcité, d'en assurer l'application intégrale et « d'écarter tout vœu ou toute proposition des assemblées délibé- •« rantes qui tendraient, sous le spécieux prétexte d'union patrio- « tique, à faire une brèche aux fondements mêmes de la République « laïque et démocratique ». Dans le Jura on vote à l'unanimité ^n vœu en faveur de l'école unique... Les catholiques s'abstiennent. Au Congrès de la Bonne Presse, M. Groussaù, député du 'Nord, îlétrissait, à juste titre, la plupart de ses collègues catholiques du Conseil général du Nord qui venaient de voter un vœu approuvant les lois laïques et réclamant leur application inté- ;grale... (c. f., La Croix, 18 octobre 1922). Tous ces faits, et tant d'autres qu'on connaît, ne s'expliquent adéquatement que par •cet esprit de « défaitisme » signalé par Ms'^' Giray dans sa Lettre sur l'Union des catholiques et qu'il attribue, à juste titre, à l'absence d'organisation des catholiques de France. .
(1) Lettre pastorale de Ms^ Giray, évêque de Gahors, au clergé •de son diocèse sur l'Union diocésaine des catholiques du Quercy, Revue religieuse de Cahors, 7 octobre 1922. — Cette importante lettre contient l'analyse des réponses des doyens du Quercy •à l'enquête de Ms^ Giray sur l'organisation des Unions paroissiales, ^
social, les catholiques sont devenus une poussière. » De là, le manque de courage et de confiance. Or, €omme le répétait Foch : la victoire est « affaire de volonté », donc de confiance. Est déjà vaincu qui croit à sa défaite.
Affaire de volonté, la victoire est pareillement affaire de discipline. Si une poignée de sectaires réussit pendant près d'un demi-siècle à domestiquer la France au point de pouvoir affirmer sans trop de présomption au grand couvent de 1898, par la voix du F.*. Geyer : « l'État, c'est nous », la cause en est, principalement, en ceci. Du côté des sectaires, il y avait une petite armée, mais tout de même une armée; en face d'eux, des tirailleurs, des i5oldats combattant en ordre dispersé.-
« Il faut », disait un rapporteur du Congrès des œuvres tenu à Rouen (19-20 septembre 1922), « il faut s*atta- €her à développer chez les hommes le sens de T association. Pourquoi les catholiques ont-ils si peu compté jusqu'ici dans Topinion? Pourquoi s'est-on permis de «e moquer d'eux en forgeant contre eux des lois d'exception, sinon parce qu'on savait qu'ils n'étaient pas forts, n'étant pas unis? Ils étaient les^ catholiques de la dispersion ».
Et s' appropriant ces justes constatations. M»"" Giray concluait avec le rapporteur :
« Dorénavant, ce sera pire encore, s'ils ne se groupent pas en Union catholique. Il n'y a qu'à ouvrir les yeux : tout s'organise autour de nous; on ne parle que de syndicats, mutuelles, associations, unions de toutes sortes. L'avenir va être une lutte de syndicats, et l'ave-
nir appartiendra à ceux qui seront le plus unis, le plus étroitement syndiqués (1) ».
(1) Prenons exemple sur nos ennemis.
En pleine guerre, le 20 novembre 1917, M. J. Guiraud écrivait dans La Croix de Paris :
« Après le parti radical, la Ligue des Droits de V homme a tenu son Congrès. Dans l'exposé de la situation qui lui a été fait par son Comité central, je signale tout particulièrement à nos amis le passage suivant :
« Il y avait, au 31 décembre 1914, 50.754 ligueurs; il y en a, «au 30 septembre 1917, 62.944 répartis en 728 sections. L'aug- « mentation pendant la guerre est donc de 11.190.
«La Ligue a reçu, en 1916, 29.525 lettres et fait 1 . 223 inter- « ventions auprès des diverses administrations ou ministères.
« Le maximum sera atteint cette année. Rien que du 1^^ jan-
« vier au 30 septembre, en neuf mois, elle a reçu 14.068 demandes
« d'intervention; 'elle en a retenu 996, et voici le nombre de lettres
«parties de la Ligue : 76.248. »
. « Que de réflexions à faire sur ces chiffres ! note M. Guiraud.
«Voilà des gens qui sont au pouvoir, puisque l'un de leurs chefs, M. Painlevé, était, hier encore, président du Conseil; et cependant, ils ne cessent d'agir pour faire cesser les abus et les vexations dont, à tort ou à raison, ils croient avoir à se plaindre. De leurs adhérents, au nombre de 63.000, répartis en 728 groupes sur tout notre territoire et jusque dans nos colonies, à leurs chefs fixés à Paris, aux portes de tous les ministères, c'est un échange perpétuel de lettres.
«Au Comité central, des -avocats, des hommes politiques examinent sans cesse les plaintes qui leur parviennent, les étudient une à une, et portent aux chefs responsables de toutes les administrations, et, s'il le faut, aux ministres et à la tribune du Parlement, les griefs qu'ils ont retenus : 996 pour neuf mois, soit plus de 110 par mois, 4 par jour!
« Quel encouragement pour le ligueur, souvent perdu dans un hameau lointain, lorsqu'une lettre de Paris lui apprend que, grâce à l'association dont il fait partie, il a obtenu gain de cause, et comme il s'attache plus que jamais au parti qui ne l'abandonne pas et au délégué qui a le « bras si long? »
« N'en doutons pas, les affaires ainsi réglées par la Ligue font cent fois plus pour l'établir solidement, grouper autour d'elle
ses adhérents et lui en valoir de nouveaux, qu'un grand nombredé conférences dont on ne tarde pas à perdre le souvenir!
« Et nous, catholiques, avons-nous une organisation de ce genre à signaler à ceux de nos amis qui peinent obscurément dans la mêlée?? »