V. — Action interdiocésaine et nationale
Pour aider les Comités paroissiaux et diocésains, promouvoir les Congrès régionaux et V action interdiocésaine, le Comité général nommera tous les trois ans, pour chaque région, son délégué régional, qui sera son représentant direct (1).
(1) h* Osserçatore Romano des 26 et 27 avril 1920 fait suivre ces Statuts de l'observation suivante : « Les délégués régionaux du Comité directeur général, chargés de représenter directement celui-ci dans les limites de la région, contribueront à imprimer au mouvement plus de souplesse et d'unité. De plus, ces délégués répondent à une nécessité qui, espérons-le, ne sera pas éternelle. Organiser à travers l'Italie des tournées de propagande en faveur de l'U. P. représenterait une dépense énorme; à moins de frais, les délégués régionaux peuvent tenir le rôle des propagandistes
Chaque année sera convoqué, à Rome, un Congrès des présidents ou représentants deS Comités diocésains. Le Comité général y fera son rapport moral sur l'action <îatholique pendant Tannée écoulée et développera ses projets pour Tannée suivante. Il présentera le compte rendu financier.
Tous les trois ans, le Congrès nommera les quatre anembres électifs du Comité directeur et deux contrôleurs du budget (1).
Telle est cette U. P. italienne comblée d'éloges par les Souverains Pontifes, et qui, en 1914, atteignait le chiffre de 200.000 adhérents.
Elle est, comme nos unions catholiques, à base paroissiale et diocésaine, avec un fort élément centralisateur. Le rôle de Tapostolat laïque y est mis en grand honneur. Si le prêtre est partout présent comme assistant-ecclésiastique^ il ' n'est nulle part directeur ni président.
•qui font défaut». Un des vœux du IV« Congrès des Comités dio- <iésains de V U. P. que Benoît XV souligna avec le plus d'insistance fut la fondation d'un groupe de propagandistes, d'une école •de conférenciers chargés de faire rayonner le programme de pensée et d'action de TU. P. par toute l'Italie.
(1) Les statuts particuliers des Comités diocésains et des Comités paroissiaux sont calqués sur les statuts généraux qu'on vient <ie lire. On en lira le détail dans la « Documentation catholique a, ioc. cit.
Pie XI et les nouvelles directives de <( l'Action catholique »^ substituée à « l'Union populaire ».
Les troubles suscités par le parti fasciste puis, le triomphe politique qui vint couronner l'audace de son chef Mussolini devaient créer au Parti populaire et même à FUnion populaire de graves difficultés. Les catholiques italiens étaient menacés de connaître à leur tour ces divisions politiques par lesquelles les catholiques français furent si souvent réduits à l'impuissance. Pour éviter autant que possible cet écueil, Pie XI, par la lettre du cardinal secrétaire d'État adressée, le 2 octobre 1922, à rÉpiscopat d'Italie, rappelle que les organisations catholiques n'ont pas à se mêler directement de politique (1).
(1) Voici quelques extraits de cette lettre : « Votre Grandeur n'ignore pas que, dans ces derniers temps, le Saint-Siège a été l'objet d'accusations et d'attaques de la part de la presse libérale, sous prétexte d'accords avec le Parti populaire, comme si celui-ci était l'émanation du Saint-Siège ou la représentation officielle des catholiques au Parlement et dans le pays.
« Contre ces insinuations absolument fausses et calomnieuses^ le Saint-Siège n'a jamais manqué de protester énergiquement déclarant à diverses reprises que, fidèle au principe de ne pas se laisser engager dans le jeu des compétitions politiques, il était toujours resté, et il entendait rester totalement étranger au Parti populaire comme à tout autre parti politique, tout en se réservant d'adopter à son égard, comme vis-à-vis d'autres partis.
Il ne â'agit pourtant pas de renoncer à Taction catholique plus nécessaire que jamais. L'encyclique « Ubi arcano Dei » (1), l'allocution « Gratum nobis », prononcée au Consistoire secret du 23 mai 1923 (2), insistent sur cette nécessité :
« Chacun voit, dit le Souverain Pontife, Fimportance d'une puissante action catholique, non seule-
une attitude de réprobation et de blâme si le Parti populaire venait à se mettre en opposition avec les principes de la religion et de la morale chrétienne.
« Le Saint-Siège ne doute pas que l'attitude des évêques et des curés, dans leur généralité, ait été conforme aux instructions données plusieurs fois à cet égard par les Pontifes romains, en particulier par Léon XIII, aux évêques de Bohême, et par Benoît XV à ceux de Belgique et de Pologne, instructions confirmées par le Saint-Père Pie XI heureusement régnant. Mais comme il s'agit d'une matière délicate et complexe, le Saint-Siège croit opportun d'attirer sur ce point, toujours plus vive et vigilante, l'attention des évêques.
« Assurément, on ne peut contester aux évêques et aux curés le droit d'avoir, en tant que citoyens privés leurs opinions personnelles et leurs préférencesr politiques, pourvu qu'elles soient conformes aux exigences de la conscience droite et aux intérêts religieux. Mais il est pareillement évident qu*ils devront, en tant qu^èvêques et que curés, se tenir tout à fait en dehors des luttes des partis, au-dessus de toutes compétitions politiques.
« Il est bien vrai que, dans la pratique, il n'est pas toujours facile de marquer avec précision la limite de la distinction qu' on vient d'indiquer; et il ne peut, en conséquence, être facile, dans la variété des cas particuliers, de décider quand une action déterminée regarde seulement la personnalité publique qui émane de la fonction. En ces cas douteux, comme aussi en tous ceux où l'action de l'évêque et du curé pourrait nuire aux intérêts religieux des âmes confiées à leurs soins, le zèle éclairé du bon pasteur rC hésitera pas à s^ abstenir d'actes de ce genre ».
(1) On peut en lire le texte traduit dans la Docum. cathoL^ t. IX, col. 67-87.
(2) Docum. cathol., 16 juin 1923, col. 1475-1476.
ment pour la vitalité religieuse et le bien de VÉglise, mais encore dans l'intérêt de la civilisation et de la société. C'est pourquoi dans l'Encyclique (Ubi arcano Dei), Nous déclarons clairement et avec insistance <iue l'action catholique relève incontestablement du ministère pastoral (1) ».
Au mois de juin 1923, le Bollettino uffîciale delVAzione cattolica développait les directives de l'encyclique et de T allocution consistoriale.
Voici les principaux passages de cet article (2) :
L'action catholique s'exerce au bénéfice des personnes considérées tant individuellement que par rapport à la famille et à la société. Ces objectifs se réalisent par une sérieuse formation de V individu en. sa conscience et en son intelligence.
Mais l'individu agit dans la société parmi un système •complexe d'institutions juridiques.
Ces institutions — pour autant qu'elles concernent l'esprit, l'intelligence, les moeurs* — nous voulons qu'elles s'inspirent de la doctrine catholique, certains, •comme nous le sommes, que cette harmonie entre la pensée catholique et l'activité de l'État tournera à l'avantage de la collectivité même des citoyens.
1/ Action catholique a donc aussi pour objectif d'exiger et d'obtenir que l'Etat donne à ses institutions juridiques une forme qui leur permette d'influer heureusement sur les personnes, qui en fasse non un obstacle mais une aide au développement, dans les individus, d'une forte conscience religieuse, d'un tempérament moral vraiment sain, d'une culture intellectuelle et sociale réellement élevée.
(1) Ibid., col. 1476.
(2) Les Nouvelles religieuses^ 15 juin 1923, p. 269.
Mais comment V Action catholique peut-elle obtenir de rÉtat ce qui fait Vobjet de ses postulats?
Nous estimons que, dans le cours ordinaire des -choses, l'action catholique doit se manifester dans la ^ie nationale sous la forme d'un continuel et abondant ensemencement d'idées, d'une constante formation des esprits, et des consciences, en laissant ensuite aux forces politiques, opérant dans le rayonnement de la pensée catholique, le soin de réaliser pratiquement nos postulats.
Nous devons exercer avec insistance ce genre d'iniluence : il faut qu'en Italie tout le monde connaisse nos aspirations : tout le monde, disons-nous : les indifférents ou nos adversaires comme nos coreligionnaires; tout le monde : les hommes qui sont à la tête de la natio^n, les hommes de diverses classes sociales ou de divers degrés de culture.
Les sphères gouvernementales, les milieux parlementaires, les cercles scientifiques, littéraires, industriels, commerciaux, sur tous les points de notre Italie, doivent recevoir la bienfaisante influence de nos doctrines, et savoir ce que les catholiques veulent de l'État.
Il faut imprégner de notre programme toute l'opinion publique.
Mais quand les organes de l'État s'apprêtent à des Téformes qui peuvent être faites ou avec nous ou contre nous, et quand il y a lieu de croire que l'État tiendra compte de notre pensée, s'il la connaît avec précision, pour orienter dans un sens déterminé ses décisions : V Action catholique sl, croyons-nous, dans <ie cas, le droit de se mettre directement en contact avec les pouvoirs responsables de l'État pour leur soumettre nettement ses desiderata.
Que si nos plus chères aspirations couraient le danger d'être combattues, foulées aux pieds par une
ignorance et une hostilité déclarées du gouvernement, — il reviendrait alors à V Action catholique d'unir en un seul faisceau tous ceux qui se glorifient du nom catholique, et, dans un grand mouvement unanime, de défendre le patrimoine de nos idées.
L'État, en ces cas, doit savoir que l'Action catholique représente des idées et des programmes sur lesquels sont d'accord tous les catholiques, que ceux-ci appartiennent à des partis différents ou qu'ils n'appartiennent à aucun parti. Ce que les pouvoirs de l'État remarqueront dans l'Action catholique, ce qui les y impressionnera favorablement, et ce qui leur y fera sentir une vraie puissance spirituelle, ce ne sont pas des calculs d'opportunité parlementaire, ce n'est pas un système de forces contrebalançant d'autres forces, c'est une seule grande énergie morale jaillissant de la conscience catholique du pays.
Les directives données par Pie XI à l'Action
catholique, forme nouvelle de l'Union populaire, ne
viennent pas contredire " les directions de Pie X, de Benoît XV, elles les complètent et les précisent :
1° L'Union doit grouper tous les catholiques, à quelque parti qu'ils appartiennent, pour en faire « une seule grande énergie morale »;
2^ Les Unionistes devront recevoir une formation religieuse et civique sérieuse, être instruits des problèmes « dont dépend le bonheur des individus, des familles, des sociétés, problèmes liés aux immortelles exigences de l'Église catholique »;
3° Ces exigences, des campagnes actives d'opinion devront les faire connaître au pays. « Il faudra que l'État sache; ce que veulent les catholiques »;
4o Les Unionistes, sans s'occuper directement de politique, seront instruits de leurs devoirs civiques;
5® Quand l'État préparera des réformes qui intéressent les catholiques, l'Union pourra « se mettre en contact » avec les .pouvoirs responsables;
6° En cas d'agression de l'État, l'Action catholique devra « unir en un seul faisceau », pour la résistance, toutes les forces catholiques.
Une des premières conclusions pratiques de ces directives de Pie XI fut l'organisation de la Fédération italienne des Hommes catholiques, « Uomini cattolici », destinée à devenir l'élément principal de l'Union populaire (1).
(1) Ou de V Action catholique, terme désormais substitué à celui d' Union populaire qui prêtait à confusion par sa similitude avec celui de Parti populaire.
Les nouveaux statuts de 1' " Action catholique " italienne.
La Revue iîome du 1" octobre 1923 publiait la note suivante:
a La Junte centrale (Comité central) de V « Action catholique » a pu annoncer dans sa dernière réunion la définitive et pleine approbation par le Saint-Siège de ses nouveaux statuts. Ce nouveau code, écrit VOsservatore Romano, est compose de 43 articles sous quatre titres généraux : De l'Action catholique italienne. — î)e la Junte centrale. — Des organes locaux. — Des relations entre les organisations des manifestations catholiques et des congrès catholiques.
« La vraie nature de 1' « Action catholique » est définie par le premier article des Statuts dans lequel on lit : « L'union des forces '^catholiques organisées pour l'affirmation, la diffusion et la mise « à exécution des principes catholiques dans la vie individuelle^ '^domestique, sociale, constitue V Action catholique italienne ».
« Les forces qui constituent cette union puissante sont toutes les organisations qui agissent en Italie selon les enseignements
La revue du Clergé italien (juillet 1923, pp. 410^ 414) étudiait récemment le rôle respectif du Parti populaire et de cette nouvelle Action catholique
de l'Église et les directions du Saint-Siège, groupées, ou mieux fédérées chacune selon sa caractéristique respective.
a Les organes de 1' « Action catholique » sont la Junte centrale,. qui a sous sa dépendance directe les juntes diocésaines^ et par celles-ci les conseils paroissiaux, non moins que les organisations nationales avec leurs centres diocésains et paroissiaux respectifs.
« On laisse cependant aux organisations nationales leur pleineautonomie pour ce qui regarde leur but spécial.
« liC Souverain Pontife a donné un Assistant-ecclésiastique général à 1' « Action catholique »;'il est chargé de veiller à ce quel'activité de la junte centrale se développe suivant les directives du Saint-Siège... »
Une lettre du cardinal Gasparri, datée du 2 octobre 1923 et adressée à M.' l'avocat Colombo, président . général de l'Action catholique italienne, est venue consacrer officiellement la nouvelle organisation. En voici les passages essentiels :
«Monsieur le Président,
« Je me suis empressé, et bien volontiers, de présenter au Saint- Père, comme vous m'en aviez prié, les statuts de l'Action catholique italienne, en les recommandant à son attention et à sa; bienveillance. Leur importance, en effet, ne m'a point échappé : ils sont destinés à donner à nos grandes organisations catholiques cette convergence, grâce à laquelle elles atteindront facilement et plus sûrement leur but, qui n'est autre que de collaborer à la restauration chrétienne de la société.
« Sa Sainteté, malgré les innombrables soucis de son ministère apostolique, a voulu examiner de près ce document. Et eWe a daigné remarquer combien heureusement ses rédacteurs, lesmembres du Comité général de l'Action catholique, se sont acquittés de leur tâche. Les statuts qu'ils ont proposés associeront toutes les œuvres et les fédérations d'action catholique, maissans nuire à l'autonomie légitime de chacune d'elles.
«L'action catholique va se développer plus vigoureusement que jamais. A plusieurs reprises, et dans les actes les plus solennels,. Je Souverain Pontife a fait connaître ses sentiments à son égard, et quels espoirs il fonde sur elle pour la restauration de la société
qui allait confédérer toutes les grandes œuvres spécifiquement catholiques.
Nous résumons cet article :
Les récentes directives du Saint-Siège sur la «remise
en Jésus-Christ. C^est un devoir pour tout catholique de se dévouer ou du moins de colJaborer à cet apostolat. Mais celui-ci ne peut s'exercer sans tenir compte des organismes reconnus II doit s*y" adapter dans toute la mesure possible. Autrement, on risquede faire un travail inutile, ou même perturbateur et nuisible.
« Participation des laïcs à la mission propre de l'Eglise^ l* action catholique n'est pas une œuvre politique y mais religieuse; elle n'est pas un organe de direction doctrinale, mais d'exécution pratique. Elle sera donc soumise à la hiérarchie eccl ésiastique. C'est pourquoiles statuts de l'Action catholique italienne prévoient des comitésparoissiaux, des comités diocésains et un comité central, tousdirectement dépendants de l'autorité religieuse. Pour remplirleur mission auprès des groupes de leur ressort, ces comités devront naturellement être revêtus d'une réelle autorité. C'est la condition indispensable pour unir les forces catholiques et pour accroîtrela vigueur et l'efficacité de 1 eur action.
« Le mot d'ordre de l'action catholique ne peut être que celui du Saint-Père lui-même : la Paix du Christ par le Règne du Christ. Dans leur apostolat, par conséquent, les catholiques se souviendront que- si les erreurs doivent être combattues, les égarés n'ea doivent pas moins être aimés comme des frères. Que notre charité, au moins, les oblige à reconnaître la beauté de la vérité chrétienne. Qu'ils constatent que la profession de catholique imp]iquant le^ respect de toute autorité 1 égitime, notre religion est un puissant facteur d'ordre et de paix, une excellente école de vertus moral es^ et civiques, et que, par suite, Faction catholique est à même de contribuer très efficacement à la réalisation et au maintien de la véritable paix, et qu'elle a le droit, dans l'intérêt même de la société civile, d'être reconnue et protégée, et de travailler libre* 9ient à l'exécution de son programme », etc.
Quelques jours plus tard, le 14 octobre. Pie XI recevait ea audience les directeurs de l'Action catholique, le président général Luigi Colombo, l'assistant-ecclésiastique général M§^^ Pizzardo- «t leur renouvelait ses encouragements.
en valeur de l'Action catholique » ont fait naître une grande perplexité dans beaucoup d'esprits. Quels seront les rapports des Fédérations catholiques d'hommes, de jeunes gens, de femmes avec les organisations sociales et politiques dirigées par le parti populaire?
Il est inutile de rappeler, dit l'auteur de l'article, Piero Panighi, comment, au cours des dernières années, « le mouvement social et politique avait, peu à peu, absorbé toutes les activités catholiques personnifiées dans le Parti populaire. »
Plusieurs confusions et plusieurs erreurs naquirent de cet enthousiasme. On put confondre l'armée catholique avec un parti politique. Le mouvement syndical et coopératif ne donna pas non plus, au point de vue catholique, tous les résultats qu'on en attendait et parfois en donna de tout contraires à ceux qu'on avait escomptés. La cause de ces désillusions est en ceci : on avait trop oublié ce qui est l'objet premier de la Fédération des Hommes et de la Fédération des Jeunes : la formation religieuse, sociale et civique tant des dirigeants que des dirigés. Les premiers ne se rendaient pas un compte suffisant de leur but qui était « de tout restaurer dans le Christ ». Quant aux dirigés, ils s'habituèrent à ne voir dans les hommes qui se dévouaient au mouvement syndical et coopératif que de simples « entrepreneurs ». Aux uns et aux autres manquaient une base d'action et d'appréciation inspirée du chris-
tianisme, cette préparation à T action qui est l'objet de la Fédération des H. G.
« Dans le Cercle des Hommes se fera la formation, tandis que Taction spécifique sera faite par d'autres organisations. »
n Former la conscience sociale et politique » des hommes par Tétude des problèmes actuels confrontés avec la doctrine chrétienne tel est le rôle de la Fédération des H. C.
; « Ce travail de formation éminemment intellectuel est très complexe et très difficile », mais doit partout précéder l'action politique et sociale. Il ne faut donc pas considérer l'Action catholique à laquelle nous convie le Saint-Père comme une' œuvre nouvelle s'opposant à l'Action sociale et politique. Certes, l'Action catholique sert l'Église sans s'asservir à aucune organisation sociale ou politique, mais elle ne doit pas combattre l'union du travail ou le Parti populaire... Au contraire, elle les sert en leur procurant des ouvriers éprouvés. C'est là un retour historique curieux. « Dans le feu du combat il advint qu'on relégua a la sacristie la croix » et ceux qui assumaient l'ingrat travail d'en prêcher la doctrine pour « faire flotter seule la bannière de là Ligue »... « Néanmoins, c'est faire œuvre de justice et de charité que de reconnaître le bon travail de nos devanciers... »
Au lieu donc de crier en face d'un échec partiel : « Quel désastre ! Tout est fini ! » donnons dans nos cercles d'hommes catholiques une « formation religieuse, morale, sociale, inspirée des principes chrétiens ». Ces principes éviteront, dans l'action, les erreurs, les déviations, les insuccès passés et donneront une vigueur nouvelle à nos organisations en
en valeur de l'Action catholique » ont fait naître une grande perplexité dans beaucoup d'esprits. Quels seront les rapports des Fédérations catholiques d'hommes, de jeunes gens, de femmes avec les organisations sociales et politiques dirigées par le parti populaire?
Il est inutile de rappeler, dit l'auteur de l'article, Piero Panighi, comment, au cours des dernières années, « le mouvement social et politique avait, peu à peu, absorbé toutes les activités catholiques personnifiées dans le Parti populaire. «
Plusieurs confusions et plusieurs erreurs naquirent de cet enthousiasme. On put confondre l'armée catholique avec un parti politique. Le mouvement syndical et coopératif ne donna pas non plus, au point de vue catholique, tous les résultats qu'on en attendait et parfois en donna de tout contraires à ceux qu'on avait escomptés. La cause de ces désillusions est en ceci : on avait trop oublié ce qui est l'objet premier de la Fédération des Hommes et de la Fédération des Jeunes : la formation religieuse, sociale et civique tant des dirigeants que des dirigés. Les premiers ne se rendaient pas un compte suffisant de leur but qui était « de tout restaurer dans le Christ ». Quant aux dirigés, ils s'habituèrent à ne voir dans les hommes qui se dévouaient au mouvement syndical et coopératif que de simples « entrepreneurs ». Aux uns et aux autres manquaient une base d'action et d'appréciation inspirée du chris-
tianisme, cette préparation à T action qui est l'objet de la Fédération des H. C.
« Dans le Cercle des Hommes se fera la formation^ tandis que Taction spécifique sera faite par d*autres organisations. »
« Former la conscience sociale et politique » des hommes par F étude des problèmes actuels confrontés avec la doctrine chrétienne tel est le rôle, de la Fédération des H. C.
, « Ce travail de formation éminemment intellectuel est très complexe et très difficile », mais doit partout précéder l'action politique et sociale. Il ne faut donc pas considérer l'Action catholique à laquelle nous convie le Saint-Père comme une' œuvre nouvelle s'opposant à l'Action sociale et politique. Certes, l'Action catholique sert l'Église sans s'asservir à aucune organisation sociale ou politique, mais elle ne doit pas combattre l'union du travail ou le Parti populaire... Au contraire, elle les sert en leur procurant des ouvriers éprouvés. C'est là un retour historique curieux. « Dans le feu du combat il advint qu'on relégua a la sacristie la croix » et ceux qui assumaient l'ingrat travail d'en prêcher la doctrine pour « faire flotter seule la bannière de la Ligue »... « Néanmoins, c'est faire œuvre de justice et de charité que de reconnaître le bon travail de nos devanciers... »
Au lieu donc de crier en face d'un échec partiel : «Quel désastre! Tout est fini! » donnons dans nos cercles d'hommes catholiques une « formation religieuse, morale, sociale, inspirée des principes chrétiens ». Ces principes éviteront, dans l'action, les erreurs, les déviations, les insuccès passés et donneront une vigueur nouvelle à nos organisations en
les orientant « vers le retour au règne du Christ dans le monde ».
Dans ce mouvement il appartiendra à la Hiérarchie de diriger les esprits et aux laïques de constituer l'organe d'exécution et -de réalisation.
Bref, les directives de Pie XI, sans rien sacrifier de ce qui existe, demandent à l'Union des catholiques de mettre à la base de ses organisations une formation plus profonde, plus spécifiquement catholiques. Celle-ci sera donnée dans les nouveaux groupements de la Fédération nationale des Hommes catholiques, dans ses cercles d'études, comme elle est donnée dans les cercles d'études de la Jeunesse catholique dont l'organisation est donnée pour modèle.
A plusieurs reprises déjà l'Union nationale est entrée en contact avec le pouvoir fasciste et, à propos des écoles, des maisons de jeu, de la propagande pornographique, etc., a obtenu satisfaction.
Telle est l'œuvre d'organisation catholique réalisée, en Italie, par les trois derniers Souver-ains Pontifes.
Conclusion. — On s'est habitué, en France, en matière d'organisation, à tourner les regards du côté des races anglo-saxonnes et nous pouvons, de fait, leur emprunter de nombreuses leçons. Nous croyons, néanmoins, que l'Italie nous offre, à ce point de vue, tout ce que nous pouvons désirer.
Et puisque nous sommes, nous aussi, des latins, l'expérience italienne nous sera peut-être plus assimilable que toute autre.
C'est à l'école de l'Italie, en étudiant de près, sans parti pris, le magnifique réseau des œuvres catholiques, créées, 'accrues, mises au point par l'action personnelle des trois derniers Souverains Pontifes avec une « constance toute Romaine », que nous pouvons arriver le plus aisément et avec le moins de risques à créer chez nous une Action catholique vraiment opérante.
Plus encore que des cadres ou des règlements, €'ést une mentalité, une conception générale de l'Action catholique qui nous est opportunément offerte par l'Italie... Cette conception, nous pouvons la résumer en ces quelques consignes :
1° Sérier les œuvres et en même temps les fédérer.,, <î' est-à-dire respecter l'autonomie de chaque œuvre et, néanmoins, créer entre toutes un lien efficace; •
2° Construire toutes ces œuvres sur un plan national Ainsi en a-t-il été décidé par les trois derniers Souverains Pontifes pour les Fédérations d'Hommes catholiques, de Femmes catholiques, de Jeunes gens catholiques, de Jeunes filles catholiques... toutes en pleine prospérité et confédérées dans les cadres de l'Action catholique.
Pour toutes ces œuvres, c'est la paroisse, le diocèse qui sont à la base de l'organisation... qui en constituent la cellule première et nécessaire. Mais, parce que dans un même pays chaque cellule est
solidaire de toutes les autres, l'organisation diocésaine ne prend sa pleine valeur que par la fédération nationale;]
3° Porter à son maximum de valeur Taction et l'initiative des laïques..., leur donner par une large confiance, en les appelant à prendre leurs responsabilités, conscience de ce « Sacerdoce Royal » de l'Apostolat auquel les convie l'encyclique « Uhi arcano Dei »/
C'est en minimisant cette action au lieu de la « valoriser » toujours plus, selon une expression chère aux Italiens, qu'on est parfois arrivé ailleurs, par crainte d'un « laïcisme » salutaire et nécessaire, à assurer la victoire d'un « laïcisme » néfaste qui n'est autre que la négation théorique et pratique de tous les droits de Dieu et de l'Église sur les sociétés humaines;
4:^ Donner conscience au peuple chrétien de ses devoirs d'action, lui rappeler sans cesse l'absolue nécessité de cette Action catholique de laquelle Pie XI, dans l'encyclique « Ubi arcano Dei », ne craint pas de dire : « Il est hors de doute qu'elle est absolument nécessaire et qu'elle constitue l'un des premiers devoirs du ministère pastoral et de la vie chrétienne. »
Telles sont les directives essentielles qui nous paraissent résumer l'activité de l'Action catholique italienne.
Qu'elles soient efficaces, le Congrès eucharistique
de Gênes vient d'en donner, en septembre 1923, une nouvelle preuve. Ce triomphe national, dont le Congrès de Paris, tenu deux mois plus tôt, ne donne qu'une pâle et lointaine idée, aété en grande partie l'œuvre des grandes fédérations nationales qui avaient par centaines de mille mobilisé leurs troupes : Action catholique italienne, avec son président général, le commandeur Louis Colombo; Fédération nationale des Hommes catholiques, avec son président général, le commandant Ciriaci; Fédération nationale des Femmes catholiques, avec sa présidente, la marquise Patrizi; Fédération nationale de la Jeunesse féminine, avec sa présidente générale, M^i^Ba- Telli (1); Étudiantes universitaires catholiques; Fédération universitaire catholique; Jeunesse catholique
(1) La Fédération nationale de la Jeunesse féminine italienne {G. F. C. I.) est une des plus récentes et des plus; magnifiques ■créations de l'Action catholique italienne. Elle naquit à Milan en 1918 de l'initiative de Benoît XV lui-même. En 1921, comme le constatait le cardinal Gasparri, la Fédération comptait déjà 230.000 associés et 3.689 cercles en 255 diocèses.
« La G. F.- C. 1. », avait dit Benoît XV, en nommant la présidente générale M^^^ Barelli., de Milan. « es-t ma plus grande espérance ». Aussi, avait-il voulu lui-même en fixer les Statuts. Après <Lvoir, à titre d'essai, uni la Jeunesse féminine (dirigée par une simple vice-présidente) à l'Union des Femmes catholiques, Benoît XV, après un an d'expérience, ne voulut plus que la Jeunesse féminine fût soumise aux Femmes catholiques. Il en fit une section distincte et autonome mais fédéra les- deux groupements dans l'Union féminine italienne dont il nomma la présidente générale assistée de deux vice-présidentes, l'une pour la Jeunesse féminine, l'autre pour les Femmes catholiques. Chacune des deux vice-présidentes est secondée par un conseil supérieur. Outre le centre national, chaque groupement a ses centres parois-
italienne... C'est autour de ces puissants groupements et par leur action que s'étaient réunis, pour une manifestation de foi sans précédent, près de 500.000 catholiques italiens.
siaux et diocésains avec ses présidents et son prêtre-assistant oui aumônier-conseil nommé par l'Ordinaire.
La Jeunesse féminine catholique a magnifiquement répondu à l'attente de Benoît XV... Cours sociaux, publications de journaux et de revues, Semaines nationales et régionales, campagnescontre la mode païenne, contre le blasphème, campagne pour les vocations sacerdotales, fondation d'une mission en Chine après une collecte de 142.000 francs, fondation d'une chaire k l'Université de Milan par une souscription de 100.000 francs, fondation de l'Institut Benoît XV, etc., aucune forme de l'Apostolat catholique n'est étrangère à cette magnifique organisation à laquelle la France ne. peut rien comparer de semblable. (C. F. les Nouvelles religieuses, 15 septembre, 1^^ octobre 1923.)