LE GODE DE L'ORGANISATION DIOCÉSAINE
L'organisation diocésaine, telle que nous venons de la résumer dans une récente brochure (1), est une des grandes préoccupations de notre charge épiscopale et, depuis dix-sept ans que nous sommes à Versailles, nous travaillons sans relâche à réaliser cette organisation. Publications, articles, tracts^ communiqués, déplacements, congrès, journées, rien n'a été négligé et tout a été fait dans ce but, auquel nous attachons une importance capitale. Cent et cent fois, nous en avons parlé, soit au clergé, soit aux fidèles, et nous regrettons seulement de n'en avoir parlé ni assez souvent ni avec assez de force et de conviction conquérante...
Il est très difficile de modifier et d'améliorer la
(1) Le code d^ Organisation diocésaine, petite brochure de- 120 pages, est en vente, au prix de 1 fr. 50, dans les bureaux del'Action sociale de Seine-et-Oise, 5 his, -rue d'Anjou, Versailles.. Le même sujet est étudié et traité à fond dans notre volume : Programme d'Organisation et d'Action catholique, chez Lethielleux,. édit., rue Cassette, Paris.
manière de penser et d'agir des honnêtes gens. Nous n'avons ni l'ambition ni l'espoir de les convaincre tous. Puissions-nous du moins les faire réfléchir et suggérer à quelques-uns des pensées salutaires et des déterminations opportunes! Nous accomplissons un devoir de conscience. Que Dieu nous éclaire et nous aide!
La nécessité de l'organisation diocésaine.
L'autre jour, le 3 novembre 1922, au lendemain- •de son grand voyage dans l'Amérique, du Sud, M^r Baudrillard, s'adressant à la jeunesse de T Institut catholique de Paris, s'est écrié :
ce Nous tous, peuples latins, nous sommes rongés par un mal redoutable qui met en péril les plus beaux dons de notre nature. C'est Tindividùalisme, un individualisme outrancier et néfaste.
a Si à nos qualités nous joignions, nous. Français, l'esprit de discipline et d'organisation, d'une manière habituelle et non par à-coups, nous serions un superpeuple, une supernation. »
Même dans notre vie catholique française nous sommes les esclaves de la triste mode du chacun pour soi, qui nous empêche de nous solidariser avec la corporation religieuse à laquelle nous appartenons; nous soinmes les esclaves d'un individualisme invétéré, qui nous exténue depuis plus d'un siècle et qui
anéantit en quelque sorte nos forces religieuses en les réduisant à l'état de dispersion et de poussière.
Quoi donc? Est-ce que TÉglise de France a besoin d'être organisée? Expliquons-nous : l'organisation fondamentale, canonique et hiérarchique de l'Église de France n'est pas à inventer. Elle existe et elle s'emboîte dans l'organisation générale de l'Église catholique qui se ramène à ceci : Les fidèles ne font qu'un avec leurs curés; les curés ne font qu'un avec leurs évêques, les évèques ne font qu'un avec le Pape, qui ne fait qu'un avec Jésus-Christ dont il est le vicaire...
Il ne s'agit nullement de toucher à cette organisation fondamentale, canonique et hiérarchique, divinement instituée par le Christ. Il s'agit seulement de la rendre efficace en l'adaptant aux besoins nouveaux de la religion en France...
Que l'Église de France ait besoin d'une organisation nouvelle, cela résulte d'abord de la carence et de la défaillance de VEtat. Autrefois l'État respectait, assistait et protégeait la religion. Aujourd'hui l'État , se déclare indifférent, quand il ne se montre pas hostile à l'égard de l'Église. Lisons l'article 2 de la loi de Séparation du 9 décembre 1905 : « La République ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte. » Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'État français se désintéresse de la question religieuse.
Comment remédier à cette défaillance de l'État qui s'abstient, qui se dérobe, qui retire son budget, sa collaboration, souvent même sa bienveillance? Une organisation nouvelle est absolument nécessaire pour faire ce que l'État ne fait plus, pour tenir la place que l'État a abandonnée, pour donner à l'Église de France les appuis humains que l'État a cessé de lui donner et dont elle ne saurait se passer.
Que l'Église de France ait besoin d'une organisation nouvelle, cela résulte, en second lieu, de la rupture de V unité religieuse. Autrefois, l'unité reli-^ gieuse existait partout, dans la famille, dans la profession, dans la cité, dans la nation. La plus petite paroisse était une force organisée et vivante, un mécanisme dont chaque paroissien était un roûa:ge, un seul troupeau sous un seul pasteur. Cet heureux passé est, hélas! depuis longtemps disparu et ce ne sont ni les lamentations ni les malédictions qui le feront revivre...
Que l'Église de France ait, besoin d'une organisation nouvelle, cela résulte, enfin, de V isolement des Pasteurs. On s'est accoutumé, en France, à considérer le prêtre comme un homme séparé de ses entours par une cloison artificielle, comme un fonctionnaire chargé simplement de fournir l'exercice du culte à ceux de ses paroissiens qui le réclament. Ce concept de la vie sacerdotale fait véritablement pitié, tant il est médiocre, tant il contredit à fond la
parole du Christ disant à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations...))
Gomment remédier à l'isolement des Pasteurs?
Une organisation nouvelle est absolument nécessaire pour assurer au clergé la collaboration des laïques, tout en sauvegardant les règles immuables de la sainte hiérarchie, c'est-à-dire la subordination des fidèles à la direction de leurs chefs spirituels.
La structure de l'organisation DIOCÉSAINfe §
L'organisation diocésaine est nécessaire. Nous ajoutons qu'elle est possible. Comment la réaliser? Le plus beau des projets n'est rien sans le dispositif qui le réalisera. Voici donc comment nous concevons la structure de l'organisation diocésaine.
L'Église de France, en ces dernières années, a \ subi une grande défaite. Elle a tout perdu : sa situa- ; tion officielle, son budget, ses propriétés, ses écoles, ses congrégations. Or, le mouvement instinctif de toute armée battue est un mouvement de concentration. Nous l'avons déjà dit et la chose n'est pas plus claire, mais aussi claire que le jour. Tout l'avenir de l'Église de France est là, dans la concentration des forces religieuses SLutour des Pasteurs. C'est une question de vie ou de mort. L'Église de France doit se grouper tout entière sur le cœur et dans la main de ses chefs spirituels.
Je dis tout entière, c'est-à-dire les laïques unis à leur clergé dans la conservation et le développement de la vie catholique... Soyons unis et organisés autour de l'évêque dans le diocèse, autour du doyen dans le canton, autour du curé dans la paroisse.
L'organisation diocésaine a son centre dans la ville épiscopale. L'évêque a près de lui un conseil ou Bureau diocésain composé de prêtres et de laïques qu'il choisit lui-même et avec lesquels il délibère sur les orientations et les impulsions qui sont à donner à tous les cantons et à toutes les paroisses du diocèse.
Les cinq Commissions du Bureau diocésain s'occupent respectivement des œuvres de religion et de piété, des œuvres d'enseignement et d'éducation, des œuvres de presse et de propagande, des œuvres de persévérance et de jeunesse, des œuvres charitables et sociales. .
Le Bureau diocésain a deux assemblées générales par an et les réunions particulières des Commissions.
L'Évêque et son Bureau diocésain ont plusieurs organes d'exécution, ^avud lesquels il y a lieu de citer la Direction diocésaine de l'Enseignement libre pour les écoles, la Direction diocésaine des Œuvres de jeunesse et surtout l'Action sociale de Seine-et-Oise pour les œuvres charitables et sociales.. Cette dernière Association, déclarée Conformément à la loi du l^r juillet 1901, fondée le 9 novembre 1912,
a rendu pendant la guerre d'éminents services et continue, après la guerre, de se tenir à la disposition de tous les besoins.
L'organisation religieuse diocésaine, qui a son centre dans la ville épiscopale, rayonne dans le canton sous la direction du doyen, avec le Comité cantonal qui délibère et le Secrétariat cantonal qui exécute.
Le Comité cantonal est composé de tous les curés du canton et d'un homme ou deux pris dans chaque paroisse. Il se réunit autant que possible trimestriellement et s'ingénie à lancer ou à organiser les oeuvres cantonales, paroissiales ou interparoissiales.
Le Doyen et son Comité cantonal possèdent également un organe d'exécution qui s'appelle chez nous le Secrétariat cantonal, c'est-à-dire un Bureau religieux et social qui ne fait ni politique ni aumône et dont la fonction principale est de rendre des services à tout le canton.
Le Secrétariat cantonal a un siège ouvert à tout le monde, un gérant bénévole ou appointé, un budget composé des apports de chaque paroisise et des subventions des œuvres.
Il est le centre qui relie et le moteur qui met en branle toutes les activités bienfaisantes du canton, soit qu'il agisse sur place par ses propres moyens, soit qu'il s'adresse aux Commissions d'exécution du Bureau diocésain, avec lesquelles il se tient en contact permanent.
L'organisation religieuse diocésaine a son centre dans la ville épiscopale et son rayonnement dans le canton. Elle va plus loin et elle s'étend jusque dans la plus humble paroisse, où nous trouvons le curé qui dirige, le Comité paroissial ou interparoissialqui délibère et le Correspondant local qui exécute...
Aidé de son Comité paroissial, le Curé groupe dans sa paroisse les différentes catégories qui s'appellent le groupement des hommes, le groupement des femmes chrétiennes, le groupement des jeunes filles, le groupement des jeunes gens et il rattache ces groupements locaux à la Fédération cantonale et à la Fédération diocésaine.
Aidé de son Comité paroissial, le Curé groupe dans sa paroisse non seulement les catégories, mais les professions et les intérêts : syndicats, mutualités, achats en commun, caisses de crédit, associations scolaires, sections de combattants, cercles de fermières, etc., et tous ces groupements particuliers, il les affilie par le canton et par le diocèse aux grandes organisations nationales qui, en s'incorporant les associations isolées, leur communiquent la vie de. l'ensemble et la force du tout...
Voilà tout. C'est simple, c'est logique, c'est pratique. Sur le papier, ce plan général peut paraître compliqué; en réalité, il s'applique assez facilement et, grâce à l'impulsion du zèle et du dévouement, tout marche comme de soi-même, avec une vitesse sans cesse accélérée et un rendement de cent pour un.
D'ailleurs, T organisation diocésaine prend tout son développement et toute son ampleur au fur et à mesure qu'elle s'affirme et se manifeste. Il vaut mieux produire la vie que d'en décrire les lois. Ce ne sont pas le^ alchimistes, mais les réalisateurs qui mènent le monde : dans les journées diocésaines, dans les congrès cantonaux ou intercantonaux, dans les journées cantonales, dans les manifestations .paroissiales ou interparoissiales, du centre aux extrémités, les forces religieuses se rencontrent et se tiennent, se concentrent et s'augmentent en s' exerçant...
Le rendement de l'organisation diocésaine.
L'organisation diocésaine est nécessaire et possible. Il nous reste à dire qu'elle est féconde. Après avoir étudié sa nécessité et sa structure, constatons son rendement.
L'organisation diocésaine est en même temps religieuse, bienfaisante et apologétique, et ce triple caractère explique son rendement certain.
L'organisation diocésaine est religieuse, essentiellement religieuse. Donc, elle reste étrangère à toute politique stérile et divisante. La religion est à tous, la religion est pour tous. Le catholicisme est trop large pour pouvoir entrer dans un parti, toujours
variable et plus ou moins étroit; il est assez ample pour embrasser tous les partis de liberté, d'ordre et de justice. L'organisation diocésaine n'est inféodée à aucun parti, ne s'occupe pas de la forme du pouvoir, ne se mêle jamais aux agitations électorales...
Parce qu'elle est religieuse dans ses principes, l'organisation diocésaine est bienfaisante dans son action. Jésus-Christ a passé en faisant le bien. Sa divine religion s'ingénie à faire la même chose. C'est dans l'ordre. Les prêtres, ministres de Jésus- Christ, et les catholiques, disciples de Jésus-Christ, s'unissent et s'organisent pour marcher plus sûrement et plus efficacement . sur les traces de leur divin Maître. Qui pourrait y trouver à redire?...
L'organisation diocésaine est essentiellement religieuse, chrétienne, évangélique et bienfaisante. Elle n'est pas seulement la manifestation, mais encore la démonstration de notre foi.
Éminemment adaptée à la nature humaine et à la mentalité de notre temps et de notre pays, elle est par excellence apologétique dans ses résultats.
Notre organisation diocésaine est faite surtout de services rendus. C'est la méthode conquérante qui réussit toujours et partout. Recueillons ces quelques paroles du Catholique d'action :
« La meilleure manière de combattre quelqu'un, c'est de lui faire du bien... Tu voudrais tes mains
pleines de tonnerres... moi, je les voudrais pleines d'attraits... Si tu veux défendre la foi catholique^ défends-la surtout à force de bonnes œuvres. Si tu supportes que Timpie ait plus de zèle que toi pour les intérêts matériels, on se, méfiera de toi quand tu viendras à parler des intérêts de Tâme... »
En résumé, le meilleur moyen d'évangéliser les hommes, c'est de leur porter le trést)r de la religion enveloppé dans les œuvres de charité, de justice et de prévoyance, enveloppé dans des services rendus.
Ce moyen, qui a toujours réussi, est particulière-^ ment adapté à la mentalité actuelle. Si nous vouions que notre organisation diocésaine soit moins discutée et plus opérante, présentons-la sous l'aspect . séducteur de nos services rendus, plutôt que sous l'angle aigu de nos droits revendiqués. Tandis que la plupart de nos contemporains résistent aux atti-^ rances de la vérité, ils ne sont presque jamais insensibles aux attirances de la bonté...
Pour plaider une cause et la gagner, l'éloquence des faits et des chiffres, l'éloquence du dossier doit s'ajouter à l'éloquence purement verbale. La cause religieuse, la cause catholique ne manque p^s d'orateurs et d'écrivains qui la défendent merveilleusement par la parole et par la plume. Il faut autre chose. Il faut un dossier. Quel est-il? Ce sont nos services rendus. Il est probable, disons mieux, il est certain que l'Église de France n'aurait pas besoin <ie beaucoup parler et qu'elle s'imposerait immé-
diatement à la confiance de tous le jour où, dans chaque diocèse, l'organisation religieuse donnerait tout son rendement charitable et social. Ge ne sont pas là des théories. Ce sont des faits.
L'organisation diocésaine a un passé qui montre son rendement réalisé. Depuis plus de dix ans, nous la voyons fonctionner sous nos yeux. Que de services n'a-t-elle pas rendus, soit avant, soit pendant, soit après la guerre?...
Dès les années qui précédèrent la guerre, de 1908 à 1914, notre organisation diocésaine donnait des signes de vie que nous n'avons point oubliés : conférences dans tous les coins du diocèse, groupements paroissiaux partout multipliés et imposants; journées et congrès dans bon nombre de cantons, initiatives heureuses et fécondes prises par quelquesuns de nos Secrétariats cantonaux, en particulier par ceux de Versailles, de Saint-Germain-en-Laye, de Mantes, d'Écouen, de Luzarches, de Chevreuse et surtout de Corbeil...
Puis vint la guerre avec ses angoisses, sesj'uines et ses années câlamiteuses. Les dévouements individuels étaient insuffisants; seule, l'organisation diocésaine, en concentrant des énergies dispersées, put suffire au soulagement de tant de détresses. Dans chaque paroisse ou à peu près, le correspondant local, et, dans chaque canton ou à peu près, le secrétaire cantonal se tient en contact permanent avec l'Action sociale de Seine-et-Oise qui développe ses
services et qui étend son influence à la mesure des circonstances et de tous les besoins.
Ce sont les envois aux combattants et aux prisonniers par expéditions collectives ou colis individuels.
C'est la correspondance avec les soldats du front ou en captivité qui leur apporte tout à la fois le réconfort et la consolation et relève leur courage avec leur moral.
Ce sont les démarches faites en vue de rechercher les traces des disparus dont le mystère des derniers jours brise tant de cœurs.
C'est l'aide aux pauvres femme;s, en particulier aux familles nombreuses, par le placement et le travail à domicile.
Ce sont les consultations juridiques et médicales qui diriment les cas embarrassants, soutiennent les pauvres santés et sauvent la vie des tout petits.
C'est la relève de l'or et la participation aux emprunts pour la défense nationale.
Ce sont les conférences patriotiques faites partout pour prêcher la patience, soutenir les populations et préparer la victoire finale.
, C'est la répartition de secours aux orphelins de la guerre, les marrainages américains, les allocations aux veuves et aux ascendants, l'assistance en argent et en nature aux réfugiés du nord, du Pasde-Calais, de l'Aisne, de la Somme, de la Marne, de la Belgique. -
Ce sont les renseignements sans nombre et les
constitutions de dossiers de secours immédiat, de pension, d'allocation, etc.
Ce sont les sacs de graines potagères envoyés soit sur le front, soit dans le camp retranché de Paris.
C'est le développement et la création d'établis^ sements, d'orphelinats, d'internats professionnels^ pour les orphelins, les enfants abandonnés, les apprentis...
Si incomplètes que soient ces indications, elles nous révèlent suffîsaniment les millions qui ont été dépensés, les services qui ont été rendus, les soulagements d'ordre matériel et spirituel qui ont été procurés par l'organisation diocésaine, du plus humble hameau à la ville épiscopale, pendant la période tragique de la grande guerre...
Notre organisation Cbt antérieure à la guerre et elle lui survit. Elle fonctionne même avec plus de fécondité que jamais,- car elle a fait ses preuves et elle a conquis la ccnfiance de tous, même des pouvoirs publics. Elle a pris sa place dans l'Assistance publique, dans les Comités départementaux des mutilés et des veuves de guerre, des Pupilles de la nation, de l'enseignement technique, etc. Nous n'en faisons pas étalage, mais nous en som.mes heureux et nous tenons à remercier les Administrations d'avoir bien voulu faire appel à notre modeste concours et à notre dévouement aussi loyal qu'absolu.
Aujourd'hui donc, avec son autorité agrandie et incontestée, notre organisation diocésaine continue
de vivre et d'agir. Elle rend des services d'ordre religieux et d'ordre profane...
Elle a un avenir qui fait pressentir son rendement possible, he jour viendra-t-il où elle épanouira toute sa virtualité en ce diocèse et dans tous nos diocèses de France? Pourquoi pas?...
A ses soldats de l'armée d'Italie, Bonaparte disait : « Il ne faut pas vous le dissimuler, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire. » Ainsi se doit dire l'apôtre. A l'œuvre par l' organisation du diocèse! Ne regardons pas en arrière le travail fait et bien fait; regardons en avant le travail à faire et à mieux faire! Et comme a dit René Bazin : <( N'ayez pas peur des échecs, le premier est nécessaire, car il exerce la volonté. Le second peut être utile. Si vous vous relevez du troisième, vous êtes un homme, vous êtes comme le raisin, qui n'est jamais si bon que s'il mûrit sur les cailloux. »
Et puis, souhaitons que l'organisation diocésaine se réalise dans tous les diocèses de France! Dans une forêt il y a l'arbre sur lequel est construit le nid, et, pour sauver le nid, il faut protéger l'arbre et surveiller la forêt. Le nid, c'est la paroisse; l'arbre c'est le diocèse, et la forêt c'est l'Église de France... Pourquoi, sous la souveraine autorité et l'efficace direction de l'épiscopat français, ne verrions-nous pas apparaître une puissante et bienfaisante fédération catholique et nationale, composée de quatre-
vingt-six bureaux diocésains et dans laquelle, du sommet à la base, tout se tiendrait et agirait ensemble, depuis Tévêque, chef et. maître dans son diocèse, jusqu'à l'humble et dévoué laïque, correspondant local dans le dernier des hameaux, et tout cela au-dessus et en dehors de toute politique, rien que dans l'intérêt de la religion et des âmes et pour le bien de tous?
En vérité, avec une telle^organisation, il y aurait, sans trop tarder, en France, du nouveau dans l'ordre du salut religieux, moral et social, dans l'ordre du perfectionnement des âmes, de la famille, de la profession, de la cité tout entière.
Dans les années qui suivirent nos défaites de 1870, un j our que le j eune président de la Ligue des patriotes, Déroulède, insistait pour associer à l'une de ses entreprises le vieux Renan, sceptique et désabusé, Renan lui dit : « Jeune homme, la France se meurt. Ne troublez pas son agonie. »
Renan est mort en doutant de la vitalité française. Il a cru que les nouvelles générations vivraient de l'ombre d'une ombre et mourraient d'inanition morale. Il s'est heureusement trompé. La France veut vivre et voici qu'au soleil de la victoire, malgré les nuages inévitables qui passent et repassent dans le ciel, renaissent du beau et fertile sol de France les œuvres indispensables au relèvement du pays et garantes de son avenir. Il importe que les catholiques soient à la tête de ce mouvement de résurrec-
tion et de vie : Curent bonis operibus praeesse qui credunt Deo. Jl importe que les catholiques soient organisés. L'organisation diocésaine, qui est V œuvre des œuvres, doit donc être en tête de nos projets comme de nos réalisations. Faisons-lui donner tout son rendement possible. Il y va de la Restauration de la patrie par la Restauration de la religion ! (1)
f Charles^
Evêque de Versailles.
(1) L'organisation des forces catholiques est une question importante, mais combien délicate surtout en ce qui concerne le contact entre la Religion et la Politique !
L'exposé de mes idées sur ce sujet brûlant se trouve très nettement tracé dans deux de mes volumes :
1° Agir sur notre peuple, pp. 116 à 145. Lethiellsux, Paris ;
20 Patrie, chez Téqui, Paris, pp. 312 à 381.
(Versailles, 2 janvier 1924).