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ÉVÊCHÉ INTRODUCTION

DE

CAHORS Par Ms' OIRAY, Évêque de Cahors*

L'UNION CATHOLIQUE

Cahors, le 29 septembre 1923, en la fête de saint Michel, Archange.

Cher et Vénéré Père,

Vous m'avez communiqué le manuscrit de l'ouvrage que vous allez publier sur V Union catholique, et vous me demandez quelques lignes d'introduction; c'est me donner par là une nouvelle preuve de confiance : je la trouve même excessive et quelque peu embarrassante. Mais, c'est évidemment à titre de Quercinois que vous faites cette démarche auprès <ie votre évêque; et, par ailleurs, vous avez tant et si bien travaillé, dans votre diocèse d'origine, à cette œuvre primordiale, si chère à votre cœur d'apôtre et à mon âme de pasteur, que je vous dois un témoignage public de ma reconnaissance ou plutôt de notre unanime reconnaissance cadurcienne : le voici sous la forme d'une adhésion très sympathique aux idées directrices et aux méthodes expérimentales de votre plan fédéral, car votre livre, qui se présente de lui-même, n'a besoin d'aucune lettre liminaire et, moins encore, d'aucune recomman*»

dation, pour s'imposer à rattention des esprits avisés et réfléchis, vraiment soucieux des graves intérêts de la Religion, de l'Église et de la France.

Il me suffira, pour repondre à votre désir, de « dire simplement ce que nous avons tenté dans le Quercy », à l'effet de promouvoir, chez nous aussi et très modestement, cette organisation diocésaine des forces catholiques. Mais, que pourrais-je ici raconter que vous ne sachiez déjà vous-même? N'avez-vous pas été mon collaborateur dans la réalisation progressive de ce I vaste projet? Plusieurs fois à Roc- Amadour et à Cahors, pendant la mission du Carême dernier, vous êtes intervenu efficacement pour encourager ce mouvement, pour l'accélérer dans la ville épiscopale et le faire aboutir enfin, pour le propager ensuite dans le Quercy. Les résultats ainsi obtenus sont très satisfaisants; ils seront durables et saintement contagieux :41 n'y a qu'à marcher dans la voie qui s'ouvre et que nous avons frayée, côte à côte, vous comme pionnier, et moi comme guide, sinon comme promoteur.

De fait, je dois reconnaître que, dans l'espèce, l'initiative n'appartient pas à l'évêque actuel, mais à son vénéré prédécesseur, devenu notre métropolitain. C'est bien M^^ Cézérac qui a lancé l'idée première en 1913, lors de son Congrès eucharistique diocésain tenu à Roc-Amadour.

Donc, le 8 juin de cette année-là, une conférence fut donnée, sous la présidence de M^'' l'évêque de .Cahors, entouré de ses deux collègues de Tulle et

de Clermont, par M. le comte d'Antin de Vaillac, qui traita magnifiquement de V Union catholique pour en déterminer la notion exacte, avec l'esprit qui l'anime, les buts qu'elle se propose et les moyens qu'elle emploie pour réussir.

Vous, mon Père, qui déclarez, dès le début de votre travail, qu'il sera « avant tout documentaire », vous liriez sûrement avec intérêt cet exposé lumineux et très suggestif. Je ne puis que le résumer à grands traits. Comme vous, l'orateur commence par proclamer bien haut — afin de prévenir ou de dissiper toute équivoque irialveillante que « l' Union catholique ne fait pas de politique et se tient au-dessus de tous les partis »; puis, une fois ce premier point éclairci, il rappelle, sans y insister^ — car on ne démontre pas l'évidence — le devoir urgent des catholiques de s'organiser et de se défendre. Par là se devine déjà nettement V esprit caractéristique de cette Union placée d'abord sur le terrain religieux et sous la direction de la hiérarchie ecclésiastique, et destinée à grouper entre eux les bons catholiques des paroisses et des cantons, en vue de la Fédération diocésaine et nationale.

Par là aussi apparaît au grand jour l'objectif envisagé pratiquement, et l'on entrevoit, à la lumière des principes et des faits, ce que doit être l'Œuvre elle-même, à l'époque où nous sommes, en France et sous le régime de la loi de Séparation.

Il s'agit donc d'une œuvre confessionnelle avant tout, à plusieurs degrés, bien ordonnée et disciplinée,

OÙ l'activité catholique s'exerce en étroite liaison avec un Comité paroissiaPà la base; mais, au-dessus, il y a le Comité cantonal, et le Comité central au chef -lieu du département, tandis qu'au sommet — pour servir de guide et de lien — il y a l'évêque avec ses directives autorisées et ses interventions périodiques.

A ce premier but poursuivi graduellement par V Union catholique s'en adjoint un autre complémentaire et coordonnateur : c'est la collaboration effective des laïcs avec les prêtres, non pas certes pour empiéter sur les attributions du clergé et les fonctions du ministère pastoral en s' arrogeant un droit d'ingérence ou de contrôle, non pas dès lors pour conduire les curés ou les juger et les gêner dans l'exercice du zèle, mais pour travailler avec eux de concert, en amis respectueux et déférents, comme auxiliaires dociles et bénévoles, et donc, pour les seconder, les suppléer au besoin ou les secourir, afin de favoriser leur tâche bienfaisante.

Enfin, le troisième but que veut atteindre l' Union catholique, c'est d'amener les catholiques à prendre un peu mieux conscience de leur responsabilité à l'endroit des intérêts religieux du pays, pour les y mêler hardiment, pour leur inculquer une mentalité catholique et sociale, pour en faire des soutiens convaincus et de véritables défenseurs de leurs droits, si souvent méconnus et impunément violés, par suite de leurs abstentions et de leurs compromissions.

Le mot de Louis Veuillot à l'un de ses amis qui

n'avait pas le fier courage du grand lutteur reste toujours vrai à notre époque d'aveulissement : « Vous croyez, disait-il, qu'il vous est permis de n'être chrétien que dans la vie privée : c'est l'essence du poison révolutionnaire. »

Les pusillanimes qui raisonnent ou déraisonnent ainsi oublient que l'Église est, par définition, une société spirituelle, « l'assemblée des pasteurs et des fidèles », et que personne n'a le droit de se cantonner dans l'isolement : nous sommes tous les membres de ce corps mystique, nous devons tous adhérer et coopérer à la vie commune de la corporation.

Mais l'éducation du peuple, à ce point de vue, est à reprendre par la base; et il faut, pour instruire les fidèles et les appliquer à la restauration de l'ordre social chrétien,^ constituer d'abord des élites bien formées, pour avoir ainsi des entraîneurs, susceptibles de devenir des chefs de file et de section, qui soient animés de la flamme apostolique et décidés à, faire autour d'eux une discrète propagande, afin de gagner la masse indifférente et d'étendre le règne de Jésus-Christ.

C'est grâce à ces recruteurs et à ces agents de liaison que les groupements catholiques sont possibles et salutaires : alors, ce sont des messes d'hommes avec sermons appropriés aux besoins de l'auditoire; puis ce seront des réunions fréquentes du bureau, des assemblées populaires et régionales, des cercles d'étude, des conférences apologétiques, etc.. Les moyens à employer dans le sens éducateur sont mul-

tiples et variables; ils sont souvent conditionnés par les occupations professionnelles ou les nécessités locales, si bien que les modalités de V Union catholique peuvent changer d'un pays à l'autre, comme les programmes ou les règlements adoptés, pourvu que subsiste l'action catholique elle-même avec son organisation diocésaine.

Conclusion : ce qui importe, c'est. — dans ce cadre et. avec cet ebprit — c'est de se grouper entre catholiques pour agir d'un commun accord, avec confiance et persévérance, dans l'espoir certain de réussir et de rendre service à la cause de la religion et de la patrie.

Voilà, mon Père, des consignes qui concordent, ce me semble, d'assez près avec les idées et les méthodes que vous préconisez. Aussi bien, ces fortes paroles furent acclamées par la foule en 1913, et M^'' Cézérac les enregistra pour les sanctionner officiellement :

« Un jour viendra, dit-il à ses auditeurs, où je vous demanderai de mettre en pratique les instructions reçues, et je compte sur vousl Nous ne voulons pas être r armée des pleureurs et des résignés, nous voulons être l'armée des conquérants. Mais, pour cette action militante, il faut des âmes pénétrées de T Eucharistie : il faut être des chrétiens en dedans par la vie surnaturelle; il faut aussi, pour régénérer là France, être des chrétiens du dehors par la vie apostolique. »

A cet appel, les meilleurs Quercinois répondirent aussitôt, et d'autres étaient prêts à les suivre quand

l'organisation diocésaine, à peine ébauchée, fut arrêtée et compromise par le drame sanglant qui se pro-' longea plus de quatre ans...

Nous avions le devoir de reprendre en sous-œuvre le plan primitif pour en essayer Texécution interrompue par la grande guerre et. Dieu aidant, avec le concours de mon clergé et le vôtre, mon vénéré Père, voici que la « végétation naissante » d'il y a dix ans se reforme sur la terre du Quercy, avec une vigueur nouvelle, mais vous savez que le sol aride des Causses ne produit trop souvent que des rejetons épars et lents à se développer : il nous faut tendre à les rapprocher pour en faire à la longue lin faisceau compact et infrangible.

« Lorsqu'un arbre est seul, écrivait Tauteur — bien inspiré ce jour-là — des Paroles d'un croyant, il est battu des vents et dépouillé de ses feuilles; et ses branches, au lieu de s'élever, s'abaissent comme si elles cherchaient la terre.

« Lorsqu'une plante est seule, ne trouvant point d'abri contre l'ardeur du soleil, elle languit et se dessèche et meurt.

a Lorsque l'homme est seul, le vent de la puissance le courbe vers la terre, et l'ardeur de la convoitise des grands de ce monde absorbe la sève qui le nourrit.

« Ne soyez donc point comme la plante et comme l'arbre qui sont seuls; mais unissez-vous les uns aux autres et appuyez- vous, et abritez-vous mutuellement.

« Tandis que vous serez tous désunis, et que chacun ne songera qu'à soi, vous n'aurez rien à espérer que souffrance, et malheur, et oppression...

- « Donc, si l'on vous demande : Combien êtes-vous?

Répondez : Nous sommes un, car nos frères, c'es nous; et nous, c'est nos frères I »

Telle est V Union catholique entre les membre d'une même famille paroissiale ou diocésaine c'est la concorde fraternelle d'une chrétienté € ce serait un crime bu une folie que de creuser u abîme ou d'ériger un obstacle pour les séparer autant vaudrait, lisons-nous dans la Revue di Deux Mondes (15 août 1923, p. 828), « dresser u rempart intellectuel entre deux peuples frères c'est, selon le mot d'un .penseur, élever un mur dac une forêt. Les branches des grands arbres se croiseji au-dessus, et leurs racines se rejoignent au-dessous » les arbres fraternisent quand même!

Or, continue Lamennais :

« Un homme voyageait dans la montagne, et i arriva en un lieu où un gros rocher, ayant roulé su le chemin, le remplissait tout entier, et hors du che min il n'y avait point d'autre issue.». L'homme essay de mouvoir le rocher pour se faire un passage, e tous ses efforts furent vains. Ce que voyant, il s'assi plein de tristesse... Un autre voyageur survint, e lui aussi, après avoir fait inutilement ce qu'aval fait le premier, il s'assit en silence et]baissa la tête.. Il en vint plusieurs autres, et aucun ne put mouvoi le rocher... Enfin, l'un d'eux dit aux autres : Me frères, prions notre Père qui est dans, les cieux^ peut être qu'il aura pitié de nous dans cette détresse.

a Et quand ils eurent prié, celui qui avait dit: Prions dit encore : Mes frères, ce qu'aucun de nous n'j pu faire seul, *qUi sait si nous ne le ferons pas ton ensemble? Et ils se levèrent, et ensemble ils pous

sèrent le rocher, et le rocher céda, et ils poursuivirent leur route en paix... »

Aucun homme ne saurait soulever seul ce rocher, mais Dieu en a mesuré le poids de manière qu'il n'arrête jamais ceux qui voyagent ensemble.

Cet apologue est de nature à corroborer votre thèse, à la fois vivante et vécue, pour Tillustrer par une leçon de choses et la servir par comparaison... Je sais — pour citer après vous S. S. Pie X — que « montrer le bien ne suffit pas, et qu'il faut le réaliser dans la pratique »; je sais encore, comme vous, qu'au dire de la bienheureuse Thérèse de l' Enfant- Jésus, « les inspirations les plus sublimes ne sont rien sans les œuvres »; mais, précisément, à ce point de vue, « il est vrai que d'autres âmes peuvent en retirer beaucoup de profit » pour orienter et coordonner leurs efforts généreux dans le sens de V Union catholique... Telle sera l'efficacité de votre livre, et j'ose lui prédire ou lui promettre ce succès bienfaisant, le seul que vous ayez jamais ambitionné et que vous méritez à tant de titres.

Je bénis donc ce livre, je bénis son auteur qui reste mon cher diocésain, en vous priant, bon et vénéré Père, d'agréer l'assurance de mes sentiments de religieuse gratitude et de cordial dévouement en N.-S. et N.-D.

• f Joseph,

Evêque de Cahors.

ÏOUR L'UiaON DES FORCES CATHOLIQUES

L'UNION CATHOLIQUE

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