DEUXIÈME PARTIE
L'Union des Catholiques Italiens et les derniers
Souverains Pontifes.
Pie X et l'Encyclique II fermo proposito sur l'Action
catholique.
Dans son encyclique « Il fermo proposito », du 11 juin 1905, adressée aux évêques d'Italie, Pie X définissait fort clairement le but de cette grande Union des catholiques italiens, l' Union populaire (1) qui allait devenir une réalité grâce au dévouement de l'éminent sociologue Toniolo.
« Vous voyez bien. Vénérables Frères, quel appui apportent à l'Église ces troupes choisies de catho-
(1) Il ne faut pas confondre V Union populaire, organisation proprement catholique, indépendante des partis, et le Parti populaire organisé par Don Sturzo. La lettre du cardinal Gaspam, adressée le 2 octobre 1922 aux évêques d'Italie, n'avait point pour but (ainsi que le notait justement V Ossen^atore Romane du 19 octobre 1922) de jeter un discrédit quelconque sur le Parti populaire issu de l'Union populaire, mais de différencier les deux organismes dont l'un, de par sa nature, dépend de l'autorité ecclésiastique, tandis que l'autre est un de ces « partis politiques » dont le Saint-Siège respecte la liberté.
liques qui se proposent de réunir ensemble toutes leurs forcfes vives dans le but de combattre par tous les moyens justes et légaux la civilisation antichrétienne, réparer, par tous les moyens, les désordres si graves qui en dérivent; replacer Jésus-Christ dans la famille, dans V école, dans la société; rétablir le principe de Fautorité humaine comme représentant celle de Dieu, prendre souverainement à cœur les intérêts du peuple et particulièrement ceux de la classe ouvrière et agricole — s'employer, par conséquent, à rendre les lois publiques conformes à la justice, à corriger ou supprimer celles qui ne le sont pas; défendre enfin et soutenir avec un esprit vraiment catholique les droits de Dieu en toutes choses et les droits non moins sacrés de TÉglise.
« L'ensemble de toutes ces œuvres, dont les principaux soutiens et promoteurs sont les laïques catholiques, et dont la conception varie suivant les besoins propres de chaque nation, constitue précisément ce que Ton a coutume de désigner par un terme spécial et assurément très noble : Action catholique ou Action des catholiques. Elle est toujours venue en aide à TÉglise (1) ».
Le but fixé par Pie X à l' Union populaire est donc celui-là même que Léon XIII félicitait le Volksverein et. plus tard la Jeunesse catholique de s'être donné : « Restaurer l'ordre social chrétien )>, par l'effort conjugué de toutes les énergies catholiques.
Tâche difficile, notait Pie X, et pourtant nécessaire.
« Montrer le bien ne suffit pas, poursuit Pie X, il
(1) Voir la traduction du texte italien (publié par V Osseri>atore Romano du 20 juin 1905) dans les Qwestions actuelles , t. LXXX, pp. 194-206.
laut le réaliser dans la pratique. Les débuts pourront être humbles; pourvu que Von commence réellement, la grâce divine les fera croître en peu de temps et prospérer.,. Les graves problèmes de la vie sociale d'aujourd'hui exigent une solution prompte et sûre. Il est donc souverainement nécessaire que TAction catholique saisisse le moment opportun, marche en avant avec courage, propose elle aussi sa solution et la fasse valoir par une propagande ferme, active, intelligente, disciplinée, capable de s'opposer directement à la propagande adverse » (pp. 159-199).
a Pour assurer ce résultat, on a constaté ailleurs la singulière efficacité d'une institution de caractère général, qui, sous le nom d' Union populaire, est destinée à réunir les catholiques de toutes les classés sociales, mais spécialement les grandes masses du peuple, autour d'un centre unique et commun de doctrine, de propagande et d'organisation sociale.
« Elle répond à un besoin également senti dans prèsque tous les pays, la simplicité de sa constitution résulte de la nature même des choses, qui se rencontrent également partout...
« Elle ne trouble ni ne gêne aucune autre institution, mais elle donne plutôt aux autres institutions lorce et cohésion » (pp. 200-201).
D'ailleurs, l' organisation doit « surgir spontanément des œuvres mêmes; sinon, on aurait des édifices de belle architecture, mais privés de fondement réel, et, partant, tout à fait éphémères. »
« Il sera d'une merveilleuse utilité d'organiser de temps en temps des Congrès généraux ou particuliers de catholiques italiens, qui doivent être la solennelle manifestation de la foi catholique et la fête commune de la concorde et de la paix » (p. 203).
Enfin, Pie X examine le problème des relations de l'Union populaire avec Vautorité ecclésiastique. Sans entrer dans les détails concrets qui seront réglés par Benoît XV, dans sa lettre du 13 avril 1920, prescrivant que, dans chaque groupe, à côté du Président laïque nommé par les Unionistes se trouve un prêtre « assistant-ecclésiastique » nommé par l'Ordinaire, Pie X pose les deux principes suivants :
« 1° Toutes les œuvres qui viennent directement en aide au Ministère spirituel et pastoral de l'Église, et qui, par suite, se proposent une fin religieuse visant directement le bien des âmes, doivent dans tous leurs détails être subordonnées à l'autorité de TÉglise ». C'est le cas des Tiers- Ordres, des Confréries et Congrégations. « 2° Mais, même les autres œuvres qui^sont principalement fondées pour restaurer et promouvoir dans le Christ la vraie civilisation chrétienne, et qui constituent l'Action catholique, ne peuvent nullement se concevoir Indépendantes du Conseil et de la haute direction de l'autorité ecclésiastique, il est bien moins possible encore de les concevoir 'en opposition plus ou moins ouverte avec cette même autorité » (pp. 203- 204) (1).
Néanmoins,
« Il est certain que de telles œuvres, étant donnée leur nature, doivent se mouvoir avec la liberté qui leur convient raisonnablement, puisque c'est sur elles-mêmes que retombe la responsabilité de leur action surtout dans les affaires temporelles et éco-
(1) Pie X fait ici allusion à la suppression de V Opéra dei Congressi Cattolici, prononcée peu de mois auparavant.
nomiques ainsi que. dans celles de la vie publique administrative ou politique, toutes choses étrangères au Ministère purement spirituel... »
En effet :
« Le prêtre, élevé au-dessus des autres hommes pour remplir la mission qu'il tient de Dieu, doit se maintenir également au-dessus de tous les intérêts humains, de tous les conflits, de toutes les classes de la société. Son propre champ d'action est l'Église, où, ambassadeur de Dieu, il prêche la vérité et inculque, avec le respect des droits de Dieu, le respect aux droits de toutes les créatures. En agissant ainsi, il ne s'expose à aucune opposition, il n'apparaît pas homme de parti, soutien des uns, adversaire des autres » (p. 205).
C'est là le rôle que Pie X assignait au prêtre dans les groupes de Jeunesse catholique, par sa lettre du 22 février 1907 à Jean Lerolle, président de l'Association catholique de la Jeunesse française :
« Continuez cette pratique, dont vous vous êtes fait sagement une règle, d'avoir dans chacun de vos groupes un prêtre pieux et instruit, non seulement pour présider aux réunions religieuses, mais pour diriger les études et les réunions doctrinales. De la sorte, il vous sera facile, dans les questions qui touchent de près à la religion, d'éviter les erreurs auxquelles vous seriez exposés. D'ailleurs, l'initiative et la saine liberté ne seront pas entravées par la présence du prêtre; il n'est présent dans vos groupes et dans vos comités que pour y être, selon le cas, le docteur, le conseiller, le guide. » — Il ne sera donc point le président, mais « l' Aumônier-Conseil » de la Jeunesse catholique. •
Enfin Pie X précise le rôle des catholiques groupés dans l'Union populaire au point de vue politique.
L'Union, comme telle, ne fera pas de politique de parti. Elle fera de la politique chrétienne, elle rappellera à « tous les catholiques le devoir de se préparer prudemment et sérieusement à la vie politique. ))
Elle formera pour le pays une élite de vrais chefs qui saura « se montrer vraiment catholique, assumant et exerçant les charges publiques avec la ferme et constante résolution de promouvoir... le bien social et économique de la patrie et particulièrement du peuple, suivant les principes de la civilisation nettement chrétienne » (p. 202).
Benoît XV et l'organisation de l'Union Populaire.
A la mort de Pie X, V Union populaire en était encore, au point de vue des réalisations, à la période des tâtonnements.
Une des premières préoccupations de Benoît XV fut de lui donner une, forte organisation qui pût servir de modèle à l'action catholique des autres pays.
Et d'abord, en face du réseau d'œuvres économiques, sociales et politiques d'inspiration catholique, qui, heureusement multipliées en Italie, mena-
nomiques ainsi que. dans celles de la vie publique administrative ou politique, toutes choses étrangères au Ministère purement spirituel... »
En effet :
« Le prêtre, élevé au-dessus des autres hommes pour remplir la mission qu'il tient de Dieu, /doit se maintenir également au-dessus de tous les intérêts humains, de tous les conflits, de toutes les classés de la société. Son propre champ d'action est l'Église, où, ambassadeur de Dieu, il prêche la vérité et inculque, avec le respect des droits de Dieu, le respect aux droits de toutes les créatures. En agissant ainsi, il ne s'expose à aucune opposition, il n'apparaît pas homme de parti, soutien des uns, adversaire des autres » (p. 205).
C'est là le rôle que Pie X assignait au prêtre dans les groupes de Jeunesse eatholique, par sa lettre du 22 février 1907 à Jean Lerôlle, président de l'Association catholique de la Jeunesse française :
« Continuez cette pratique, dont vous vous êtes fait sagement une règle, d'avoir dans chacun de vos groupes un prêtre pieux et instruit, non seulement pour présider aux réunions religieuses, ruais pour diriger les études et les réunions doctrinales. De la sorte, il vous sera facile, dans les questions qui touchent de près à la religion, d'éviter les erreurs auxquelles vous seriez exposés. D'ailleurs, l'initiative et la saine liberté ne seront pas entravées par la présence du prêtre; il n'est présent dans vos groupes et dans vos comités que pour y être, selon le cas, le docteur, le conseiller, le. guide. » — Il ne sera donc point le président, mais « l'Aumônier-Conseil » de la Jeunesse catholique. - •
Enfin Pie X précise le rôle des catholiques groupés dans l'Union populaire au point de vue politique.
L'Union, comme telle, ne fera pas de politique de parti. Elle fera de la politique chrétienne, elle rappellera à « tous les catholiques le devoir de se -préparer prudemment et sérieusement à la vie politique. »
Elle formera pour le pays une élite de vrais chefs qui saura « se montrer vraiment catholique, assumant et exerçant les charges publiques avec la ferme et constante résolution de promouvoir... le bien social et économique de la patrie et particulièrement du peuple, suivant les principes de la civilisation nettement chrétienne » (p. 202).
Benoit XV et l'organisation de l'Union Populaire.
A la mort de Pie X, V Union populaire en était encore, au point de vue des réalisations, à la période des tâtonnements.
Une des premières préoccupations de Benoît XV fut de lui donner une, forte organisation qui pût servir de modèle à l'action catholique des autres pays.
Et d'abord, en face du réseau d'œuvres économiques, sociales et politiques d'inspiration catholique, qui, heureusement multipliées en Italie, mena-
çaient de jeter quelque discrédit sur une œuvre plus directement religieuse, V Union populaire^ Benoît XV rappelle sa nécessité et son but.
Répondant à l'adresse lue par le comte Joseph- Délia Torre, président de V Union populaire, à Taudience particulière des Comités diocésains réunis à Rome pour leur IV® Congrès annuel, le 29 avril 1920^ Benoît XV disait :
«Nous voudrions qu'on se souvînt toujours que r Union populaire est rélément principal de Taction catholique. D'autres sources actives ont pu jaillir, tout récemment encore sur différents terrains, mais ce ne sont là que des ruisseaux tributaires de ce superbe fleuve. » « Les autres organisations peuvent être une action catholique, celle-ci seule est Vactioit catholique. »
Déjà, le 13 avril 1920, en promulgant les nouveauxstatuts de ru. P., le Pape rappelait le but de ce groupement (1) :
« Établir un centre national de culture, créer un foyer de principes, lumineux devant se -rapporter surtout aux problèmes économiques et sociaux. Unir les catholiques, faire l'éducation de la conscience sociale, civique, morale et religieuse du peuple... promouvoir l'organisation et le développement de chacune des formes de l'action catholique. »
(1) On trouvera le texte intégral des Statuts et le Discours dfr Benoît XV les promulgant dans la Documentation catholique^ 1920, t. I, pp. 698-701.
VoiciM' ailleurs les articles essentiels des nouveaux statuts :
I, — But et Nature de l'U. P.
L'U. P. des catholiques italiens, par le caractère général de son programme, embrasse T action catholique italienne tout entière, la suscite et la représente.
Les initiatives particulières sont organisées et coordonnées par des Unions et œuvres nationales toutes reliées à TU. P. qui assure leur unité d'orientation et de programme.
L'U. P. a pour but : la défense et la mise en valeur de l'ordre social et de la civilisation chrétienne selon les enseignements de TÉglise et les directions du Saint- Siège. Ce but elle le réalise :
En unissant les catholiques italiens et coordonnant leurs diverses associations en un faisceau unique de forces, pour l'accomplissement de ce devoir suprême commun à tous;
En faisant l'éducation de la conscience sociale, morale et religieuse du peuple;
En promouvant l'organisation et le développement de chacune des forces de l'action catholique.
L'U. P. est constituée par tous les membres de toutes les Associations catholiques et par tous les catholiques qui, n'appartenant à aucun autre groupement, déclarent accepter le programme de l'U. P.
Tout associé verse une cotisation annuelle d'une lire; est associé à vie celui qui verse 50 lires une fois pour toutes ; associé bienfaiteur celui qui verse au moins 5 lires par an.
Peuvent s'inscrire ecclésiastiques et laïques.