MÊME MAISON A FLORENCE
SPÉCIALITÉ DE LIVRES ITALïÉNS
En installant ces Salons IHtérmr&fs iK^plns vastes et les plua élégants de Paris, on a cherché à réunir tout le confoi^t et l'agrément possibles.
Dans lé ConslUuliûnnêl du 17 juin 4861, M. P.-Â. Fiorentino en a bien voulu dire quelques ttYOtii faVol^bles dans son charmant article du Feuilleton. M*' Allart de Meritens, M. de Sainte^Bè!iv« et M. Paul Boiteau ont etyefduragé et loué cet établissement éminemment littéraire dans plusieurs de leurs ouvrages. Vbif aussi dans Y Observateur Belge du 21 mai 1861, un article de Fantasio (M*'*Niboyet), le Mtssager des Théâtres du 1^ mai, le Piiblicaleur de bouviers du 1®^ mai, le Daily News du 11 mai, le New-Yotk Times du 24 mai 1861.
Le nombre des Journaux en lecture est actuellemeïit de 130, et il augmente toujours. Eta s'abonnajit pour trois mois, on a le droit de demander un Journal qui ne soit pa$ porté sur la liste ci-âprès.
PRIX OE ta S»IICE : 20 CËITIMES.
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- ^,9 — un schisme, Is servent a exercer notre patience ; en donnant naissance ai quelque hérésie, ils aiguisent et développent notre intelligence. Telles sont les diverses catégories de chrétiens vivant selon la chair, qu'on n*a pu corriger et tolérer. «
^9. — Mais pourquoi, à la suite de ces arguments, passe-t-on sous silence ce que saint Augustin ajoute immédiatement? • Souvent encore la divine Providence permet que, par suite de quelques rébellions ti'op vives des hommes^ charnels, les honnêtes gens eux-mêmes soient chassés de la société chrétienne. En supportant cet affront avec patience pour la paix de l'Église, ils enseignent aux autres avec quel amour pur, quelle charité sincère on doit servir Dieu. LMntention de ces derniers est de rentrer dans le droit chemiu dès que l'orage sera apaisé; si cela ne leur est pas permis, soit que l'orage continue, soit qu'ils redoutent pour leur retour un plus grave inconvénient, ils sont bien résolus à donner de bons conseils à ceux dont la rébellion les a malheureusement fait faillir, prêts à défendre jusqu'à la mort (non pas cependant dans les ténèbres des conciliabules) , et de confirmer par ce témoignage la foi qu'ils savent
bien n'être conservée et prêchée que dans l'Eglise catholique. Le Père Éternel les voit en secret et en secret les couronne. Le cas semble rare, cependant les exemples ne manquent pas, il y ep a même plus qu'on ne croit. C'est ainsi que la divine Providence se sert de toute espèce d'hommes et d'exemples pour amener le salut des âmes. »
50. — Pourquoi se laisser aller si facilement à cacher ce que saint Augustin fait observer contre les donalistes dans le troisième livre sur le baptême ? « Je déclare, sans être téméraire, que si quelqu'un parmi les fidèles est injustement frappé d'ana thème, l'anathême atteint plutôt celui qui l'a lancé que celui qui en est l'objet ; car l'Esprit-Saint, qui habite les âmes saintes, et dont la vertu lie ou délie chacune d'elles, n'inflige pas de peine imméritée. Par lui la charité qui ne procède pas avec perversité ^^ répand dans nos cœurs. La paix de l'Eglise remet les péchés, non pas au gré des hommes, mab au gré de Dieu. La pierre relient, la pierre remet, la colombe retient, la colombe remet. »
51. — Et pourquoi ne mettent-ils jamais aucun tempérament en insinuant ce que saint Augustin enseigne dans le vingt-septième traité sur saint Jean :
€ Le clirétîen ne doit rien craindre tant que d'être séparé du corps du Christ, car alors on n'est plus membre de son corps, et si l'on n'est plus membre de son corps, on n'est plus vivifié par la vertu de son esprit. « Celui qui n'est pas animé de l'esprit du
« Christ, dit l'apôtre , ne lui appartient pas. » Et encore, dans le quatorzième discours sur les paroles de l'apôtre : « Quiconque est excommunié est donné en proie à Satan. Et pourquoi ?^ Parce que hors de rÉglise il n'y a que le démon, comme dans l'Église il n'y a que le Christ; en sorte que l'âme rejetée de la communion chrétienne est en quelque sorte consignée au démon. D'où l'apôtre démontre que tous ceux qui ont été donnés en proie à Satan sont excommuniés. » Pourquoi, quand ils sont entièrement occupés à inculper ces doctrines, ne font-ils pas mention de ces autres doctrines, dont il faut cependant tenir tant de compte, que le même saint Augustin expose avec une si admirable éloquence dans le livre m , chapitre 2 de la réfutation de la lettre
^ 92 — (le Parmcnîan? « Je ne dirai rien de nouveau, mais seulement ce qu'observe la sainteté de P Église. » A. quoi tend cette imposante introduction? Écoutons: c Quand un chrétien, participant à la communion de l'Église, s'est rendu coupable d'un péché qui mérite l'anathème, qu'on lui applique cette peine, s'il n'y a pas péril de schisme, mais qu'on le fasse avec la charité recommandée par saint Paul, en sorte qu'il « ne soit pas traité comme un ennemi, mais repris c comme un frère. » S'il ne revient pas, s'il ne Rût pas pénitence de son péché, il se séparera lui-même de la communion de l'Église ; car le Seigneur a dit lui môme aux serviteurs qui voulaient cueillir l'ivraie : «Laissez-la croître avec le froment jusqu'à la moisson, de peur qu'en voulant enlever l'ivraie vous n'arrachiez aussi le froment. » Ce qui montre clairement que, quand ce danger n'est pas à craindre, et qu'on est même certain que le froment a de solides racines, c'est-à-dire quand le crime de quelqu'un est tellement connu et généralement condamné que les défenseurs lui manquent et qu'un schisme n'est nullement à craindre, on peut user d'une discipline sévère, moyen d'ailleurs d'autant plus efficace pour
^ 93 — le relour du pécheur qu'il est tempéré davantage par la charité. Voilà dans c^uel cas on peut infliger la censure sans troubler la pai?c et Tunité, sans risquer d'arracher le froment, puisque la foule des fidèles a horreur du crime puni par Tanathème. Uans ce cas TefTet de la punition est plus grand que la résistance du pécheur. Chacun évite alors le commerce du pécheur, on ne mange pas à sa table, non par haine, mais par punition fraternelle. Le pécheur est alors ébranlé par la crainte et la honte, et il est guéri en se voyant séparé de FÉglise, sans pouvoir trouver une bande d'amis pour se réjouir avec lui dans le crime et insulter les bons. C'est pourquoi, dit l'apôtre, si quelque frère vient à être nommé... Ce mot quelque semble indiquer que celui qui a péché seul, sans avoir de compagnons de péché, peut être efficacement corrigé de cette manière. Parées expressions vient à être nommée l'apôtre semble faire entendre qu'il ne suffit pas que le pécheur soit seul, mais encore qu'il soit bien connu, afin que tout le monde puisse reconnaître qu'il a mérité l'anathème prononcé contre lui. C'est dnsi que l'on corrige en conservant la paix ! on ne blesse pas mortellement,
mais on poi le uu feu salutaire sur la plaie. Le même apôtre ajoute en parlant de quelqu'un qu'on voulait guérir de cette façon : Il sufTit pour celui-ci de la correction employée vis-à-vis de plusieurs. Car la correction ne peut êlre salutaire que lorsque celui qui en est l'objet n'a pas la foule pour complice. Quand un grand nombre d'âmes sont atteintes de la même maladie, il ne reste aux bons que la douleur et les larmes. »
52. — Or, celte règle n'est ni nouvelle ni tombée en désuétude ; c'est celle que la sainteté de l'Eglise a toujours observée en appliquant les censures. C'est celle qui, établie par saint Paul, préconisée par saint Auguslin, s'accorde seule avec la charité chrétienne, et par laquelle, sans troubler la paix et Tunité, les scélérats et les impies ont été séparés de la communion de l'Eglise.
Mais cette règle a-t-elle été observée par les évoques d'Italie? Le Pontife romain en a-t-il tenu compte dans les circonstances actuelles ? Est-ce que ceux qu'on a frappés d'anathème n'avaient pas et
n'ont pas encore la foule pour complice? Etaient-ils peu nombreux, avaient-ils et ont-ils encore la majorité contre eux ? Etaient-ils et sont-ils encore privés de défenseurs capables de provoquer un schisme? Que les évoques italiens méditent bien cette situation, et qu'ils regardent si la foule se fange plutôt du côté du supérieur qui reprend, que du côté du coupable qui résiste. Qu'ils voient si, dans la disposition d'esprit des Italiens, l'excommunication lancée par eux ne tend pas plutôt à exaspérer qu'à corriger, à frapper mortellement plutôt qu'à faire à la plaie une brûlure salutaire.
53. — Mais, en laissant ces observations de côté, afin de ne pas trop nous éloigner de notre sujet, revenons au point de départ de la digression. S'il faut en croire les personnes qui ne partagent pas notre opinion, les évêques d'Italie, le Pontife romain et avec eux presque tout TEpiscopat catholique, auraient combattu le mouvement de la Péninsule et s'opposeraient encore par tous les moyens à ceux qui ont établi le royaume d'Italie et réuni la famille
italienne dans iiu lien politique et indissoluble, par la raison que ceux-ci ont ajouté l'insulte à la scélératesse, eu alTirniant la justice de leur cause et en assurant qu'ils avaient surtout pour but de rendre à TEglise romaine sa liberté et son indépendance complètes.
Deux motifs principaux ont empêché et empêchent encore Tépiscopat catholique, uni de foi et de communion à son chef, de s'entendre avec les populations italiennes et d'adhérer au nouveau régime : d'abord l'injustice qui a foulé aux pieds les droits légitimes de tant de princes; en second lieu, P impiété qui a enlevé au Siège Apostolique des Etats qui lui appartenaient, et par suite a mis en péril la liberté et l'indépendance du Pontificat suprême et du ministère apostolique.
Telles sont, dit-on, les causes principales d'où, comme de sources viciées et corrompues, dérivent les dissensions qui entretiennent la lutte entre l'épiscopat et le gouvernement italien ; et il faut que ces causes soient complètement détruites pour que Tépîscopat tende une main amie et réconciliée à l'Italie.
— y? — 54. — Qu*on nous permette de demander amicale^ ment a ceux qui parlent ainsi, s'ils croient réellement que ces deux raisons soient de nature à faire évanouir tout espoir de conciliation et de concorde, à moins que les évêques catholiques ne sanctionnent une ini^ qiiité ou que le Pontife se soumette à un indigne et sacrilège esclavage. La question est tellement grave et importante, que nous croirions manquer aux exigences religieuses si nous ne mettions tous nos efforts à l'examiner et a la développer sous tous ces points de vue et le plus soigneusement possible.
55. — C'est pourquoi, commençant à la première cause qu'on dit déduite de l'injustice publique, par l'inauguration du royaume d'Italie sur les débris de trois dynasties légitimes, nous prions les évêques de vouloir bien écouter saint Bernard qu . oans le chap. 6 du livre premier de la Considération^ traitant de l'opinion du peuple et des hommes monoains, presse par ces paroles le pape Eugène : « Croyezvous que nous subirions ces épreuves si vous aviez répondu aux hommes disputant un héritage Terrestre
-^98 • et yotis demandant un juge : « homintô* qui m^a c établi votre juge? > Combien vous seriez monté dans leur estime I Qu'aurait dit Kbomme sauvage et inculte qui méconnaît votre prééminence, qui ne res* pecte* pas Tauguste et suprême niége, qui offense la dignité apostolique ?» Et il ajoute ensuite ; « Je ne crois pas toutefois qu'il eût montré ses mauvais desseins si quelqu'un des Apôtres se fût constitué autrefois juge des tiommes, déterminant les frontières et divisant les terres. Mais je lis que les Apôtres ont paru dans les tribunaux non pour être juges, mais pour être jugés. »
Et confirmant cette réponse afin de détruire tout préjugé vulgaire, il ajoute : « Est-ce que le serviteur décpoU pour ne pas vouloir être supérieur à son patron , $\ le disciple pour ne pas vouloir s'élever au-dessus de sou maître, et le fils pour ne pas dépasser les oornes tracées par la puissance paternelle ? Qui m'a constitué juge? disent le patron et le maître. Est-ce qu'il sera jinjurieu^ pour le serviteur et le disciple de ne pas être les juges de tous? » Mais connaissant bien les discours des ambitieux d'honneur et de pouvoir, et les lableaux menteurs par
lesquels ils cherchent à tromper les simples, saiat Bernard ajoute : c Gehii-là ne me semble pas juger sainement les choses qui déclare indigne des Apôtres et des hommes apostoliques de juger des petites choses , tandis qu'en réalité ils ont à juger des plus grandes. Pourquoi, en effet, ceux qui jugeront les anges dans le ciel, s'abstiendraient-ils de porter leur jugement sur les biens terrestres? » A cette objection spécieuse qu'on répète souvent de nos jours, en confondant grossièrement toute chose, saint Ber-.* nard répond ainsi : « Votre puissance s'exerce ^ur les consciences, non sur les biens terrestres; c*çst pour celles-là, et non pour ceux-*ci, que vous aves^ reçu les clés du royaume des cieui ; c'est pour en exclure les pécheurs et non les possesseurs de ces biens» C'est pourquoi il a été dit que c le Fils de f l'Homme sur la terre a le pouvoir de remettre les f péchés, » Oh trouve9s-vous le plus de dignité et d'autorité, de remettre les péchés ou de diviser le$ terres? Il n'y a pas de comparaison possible. Les choses d'ici-bas, viles et caduques, ont pour juges les rois et les princes de la terre. Pourquoi donc
sortir de vos liiuiles ? pourquoi mellre la fauk daos la moisson d'aulriii? »
53. 11 y a doue des bornes marquées par le Christ à l'autorité des évêques et du Pontife luimême. Quelles sont-elles? D'après saint Bernard, les choses terrestres et caduques sont du ressort exclusif de leurs juges, les rois et les princes de la terre. Beaucoup plus élevé est le pouvoir, beaucoup plus sublime est la dignité des évêques à qui le (Christ a confié la garde, non des choses humaines et terrestres, mais des choses célestes et divines. Toute action mauvaise commise parles hommes tombe sous la juridiction des évêques et dépend de l'autorité dont ils sont investis, de lier et de délier (quoique cela ait lieu seulement dans le for intérieur de la pénitence)^ de manière que ce qu'ils délient sur la terre est délié dans le ciel, et ce qu'ils lient sur la terre est lié dans le ciel.
Mais ils « sorlent de leurs limites et portent la « fauK dans la maison d'aulrui, » s'ils essayent de î/a' :to:r v (]:i:^slo for cxh-ricur pour diviser les fron-
€ tières et distribuer les lerrcs. » Leur pouv^^ir
or s'étend sur les consciences et non sur les biens
< terrestres, > puisque « c'est pour celles-là et non
<i pour ceux-ci qu'ils ont reçu les clés du royaume
c des deux, » en vertu desquelles « les pécheurs et
« non les possesseurs de ces biens sont exclus du
€ ciel. *
57. — Quelle serait maintenant la conséquence nécessaire de ce qui précède? Si nous voulions exprimer un vœu, ce ne pourrait être que celui-ci : — Que lesévéques, examinantenfin, comme il convient, le différend du roi d'Italie avec les princes dépossédés, jugent et prononcent leur sentence. Tandis qu'ils la méditent dans leur sagesse et leur justice, nous irons en a\ant, et nous examinerons l'autre cause de dissentiment déduite de ^injustice qui vicie, dit-on, l'origine du royaume d'Italie, et nous démontrerons qu'il Taut en faire peu ou point de cas, si cette injustice qu'on nous oppose peut être niée sans crainte d'erreur, on ne revôt par la discussion que les formes d'une vérilé probable.
i» loi ^
SS. — ÀdmetiofiS, étieffeU poMtnû Itiiïtadt/^ii^dâ puisse la uîer sans craîate d'erreur. Quoi de pliis facile que d'accuser d'injustice le royaume d'Italie? Le faire sans prouver Taccusation, c'est donner Aux adversaires le droit de repousser les accusateurs et dé rendre l'àctiôu nulle an jugement unanime des esprits cultivés et des ignorants.
Si on n'admet pas cela, on accordera au moins que l'injustice reprochée peut être un objet de doute, et revêtir, sinon les formes de la vérité, au moins celles de la probabilité et de la vraisemblance ^ Dans ee cas, même l'aceusatioa ne sera que probable^ elle pourra être réfutée par une défense probable, et la constitolion d'Italie sera légitimée par ie fait même, eh ftorte qu'il ne sera permis à personne, sous prétexte d'injustice, par des manœuvres occultes, d'en tenter la ruine^ d'y alimenter la discorder et de la déchirer par la guerre civile*
Si donc l'oa ne veut pas voir attribuer avec raison au préjugé^ au désir de commander et à la passion, plutôt qu'à l'amour de la justice et au devoir de défenare ses propres droits, le diflférend des évêques et du Pontife romain avec le royaume d'Italie, il
ikdt <|ue {^injustice qu^otl dit l'avoif liiàtigUr^^ iài non-seulemetit probable^ tuaiâ cet'taiûëj Ûàû dou^ teuse, mais d'une évidence Trappadte.
5d. — Or, nous lé demandons, cette injustice éstelle certaine et indubitable, ou bien douteuse et probable seulement? Tout jugement pour être vrai doit être fondé sur une règle ; celle-ci est ou extérieure^ c'est-à-dire formée avec les opinions des savants, ou intérieure^ c'est-à-diré déduite des principes et de leurs conséquences.
Consultons la première règle, et jugeons par elle de la justice ou de l'injustice du royaume italien.
60. — Mais quels sont les jugements, quelles sont les Opinions des savants? Profëssent^ls tous la même doctrine sur la question? S'accordent-ils dans un seul et même axiome? Tous, au contraire, sont divisés de sentiments, émettent des opinions différentes, en sorte que ce qui est vrai pour les uns, est faux pour d'autres, probable seulement pour ceux-ci, îm-
probable même pour ceux-là. Nous pourrions con firmer par des cUalious cette variété de principes et de seotiments, si elle n'était sufQsamment démontrée par la bibliographie et l'histoire.
Si donc l'on examine l'injustice du royaume d'Italie selon la règle extérieure, on doit, à l'exemple des hommes sages et prudents, suspendre son adhésion et n'incliner d'aucun côté, ou si l'on veut exprimer une opinion, on doit, conFormément a la justice et à l'équité, permettre aux autres d'en professer une contraire à la sienne. De même, en effet, que l'unité doit servir de loi dans les vérités nécessaires et évidentes par soi, et la charité dans toutes les autres, de même la liberté doit être la règle dans les vérités douteuses et probables.
61. — Celte liberté d'opinion est merveilleusement confirmée par la règle intérieure, formée en partie de principes sur lesquels, comme sur un fondement, se base toute la démonstration, en partie, d'une série de conséquences liées entre elles, d'oîi l'on descend par degrés pour prononcer le jugement.
Maintenant nos adversaires présentent-ils par hasard un principe si certain et si évident qu'ils en fassent sortir, comme d'une source limpide, des conséquences suffisantes pour démontrer avec sincérité l'injustice de la nouvelle constitution du royaume d'Italie? En répondant par l'affirmative, je croirais montrer peu d'estime pour la science et l'érudition de nos adversaires.
62. — Et, en effet, la question de la justice ou de l'injustice du royaume d'Italie , considérée dans toute son extension , se rattache aux grandes questions suivantes comme à des principes d'induction et de déduction : « Quelle est l'origine prochaine et « immédiate de l'autorité politique? Appartient-il « au peuple, sous la pression de la nécessité ou en (i vue d'une grande utilité, de changer la forme d'un « gouvernement déjà constitué, de la modifier selon « les règles de la prudence, ou de la changer entière- « ment? Les peuples ont-ils le droit de se consti- « tuer en gouvernement libre et de revendiquer leur « propre indépendance ? Comment faut-il considérer
i iiti 9emi)iàblâ droit i e&i4i stipérieui' 6a inhôi!^
« doûtié au droit acquis des princes? Y a-t-il obîi-
« galion naturelle pour les princes de ne pas reven-
< diquer la possession de leurs droits acquis, si € cela est nuisible au peuple et devient iin obstacle a à son indépendance? Quelle valeur politique « faut- il attribuer au suffrage populaire? Lés quës- « tiens sociales et politiques pelivent-elîes se ré-
< soudre par des plébiscites et à la majorité des c suffrages? quel compte faut-il faire enfin de ce « qu'on appelle les faits accomplis? •
63. — Ici nous retrouvons les principes d'où dé^ pend le jugement sur la justice ou Tinjustice de la constitution du royaume italien ; ici nous retrouvons les prémisses d'oii il faut déduire » par une série de conséquences, si ce royaume peut ou doit être condamné comme évidemment injuste ^ ou approuvé comme évidemment juste ^ ou bien enfin, s'il faut adopter une opinion mixte et déclarer que n'étant ni vicié par une injustice certaine^ ni revêtu d'une jus^
ikê éclatante ôii doit \é loUvet comttiô un fait d^jà coufiroié et l'edoildU.
64. — Mais y a-t-iî unanimité, accord sur ces principes? Les progrès de la science du droit ont-ils dissipé tous les doutes? Sommes-nous dans l'atmosphère pure et claire de la vérité, ou bien dans les nuages des opinions probables et des avis divergents ?
65é — Soit que Ton interroge les oracles du droit dans TantiqUité ou ceux du moyen âge, soit que Ton consulte les écrivains modernes qui ont illustré c^tte science par de profondes études, on s'aperçoit bien vite que les premiers traitent d'une façon embrouillée et obscure bon nombre de questions relatives à ces principes ; qu'on peut diviser les seconds en deux groupes soutenant des opinions diamétralement opposées; que les derniers enfin, nullement inrérieurs par le nombre et le mérite, soutiennent par de solides raisons qu'il faut accorder un droit
suprême et une très-grande autorité aux nations, aux plébiscites et aux faits accomplis.
66. — Donc, les principes au moyen desquels on doit juger de la justice ou de Tinjustice de la formation du royaume d'Italie, appartenant à deux classes différentes, savoir, celle des écrivains qui les considèrent comme probables, et celle des autres personnes qui en constatent la justice, il s'ensuit deux conséquences nécessaires : l"" la justice ou l'injustice de l'origine du royaume d'Italie n'est que probable et peut également être défendue et combattue avec apparence de vérité ; 2** un nombre considérable de personnes en démontrent et défendent la justice par de solides et brillantes raisons. Nous espérons donc que personne ne nous regardera comme exagérés ou factieux ou trompés par les dehors d'une cause mauvaise, attendu que les observations précédentes nous semblent aussi claires que la lumière du soleil.
— <09 — 67. — La question élant telle, doit-il être permis aux évêques catholiques et à leur chef, Tévêque de Rome, de provoquer, de persécuter le royaume d'Italie, de ne rien négliger pour le détruire? Peutêtre pourrions-nous leur contester un pareil pouvoir, lors même que Tinjustice du fait italien fût évidente et certaine. *Mais comme cette injustice est douteuse, incertaine, moins probable que beaucoup d'autres, et comme il semble même certain que le royaume d'Italie a de très-justes titres pour exister non-seulement en fait, mais encore en droit, ne faudra-t-il pas se dire que les évêques obéissent plutôt à la passion qu*aux conseils de la raison, s'ils persistent dans leur hostilité contre le nouveau gouverne^ ment?
68. — < Jamais , écrit saint Augustin dans sa quatre-vingt-septième lettre à Félicité et Rustique, jamais il ne faut aimer les dissensions; quelquefois, cependant, elles naissent de la charité, ou la mettent à l'épreuve. » Mais le différend actuel des évêques a-t-il la charité i)our origine ou bien sert-il h l'c-
— no -^ prouver? Que les évéques nous pardonnent si nous afflrmons iugénuement qu'elle n*est pas le fruit de la charité qui « ne porte pas envie, ne procède pas avec perversité, ne s'aigrit pas, ne pense pas le mal; » enfin, que les moyens par eux employés ne servent pas à éprouver la charité qui « est patiente, bénigne, qui ne cherche pas son propre avantage, souffre tout, croit tout, espère tout. »
69. — Quelle sera donc la cause de ce différend? Nous sommes saisis de terreur aun paroles de saint Augustin, dans son dixième sermon. <c Le démon sème la discorde dans ton cœur, il Ty plaça dès le '. commencement et elle y a établi son séjour. N'est-il pas toujours le semeur des discordes, l'auteur des dissensions et la source de la guerre? » Ce qu'il dît dans le psaume cent trente^neuvième nous effraye : « Il appartient à Dieu de reconnaître celui qui a dévié sans le savoir, afin que le mal ne passe pas à droite et le bien à gauche. Nous devons d'ailleurs être d'autant moins prompts à porter un jugement sur les autres, qu'il nous est fort difficile de nous connaître
nous-mêmes dans cette vie, » Nous ne voudrions donc pas entendre dire des évêques, presque à leur insu, ce qu'on Ut dans le cbap, 1", livre vi de la Cité de Dieu : « Il faut regarder comme une vaine gloire celle qui s'obstine à ne pas vouloir céder à la force de la vérité ; c'est le vice des opiniâtres ; car aux soins du médecin on n'oppose pas son inhabileté, . mais le caractère incurable de la maladie. » Nous ne voudrions pas qu'on pût appliquer aux évêques, presque à leur insu, ce que saint Augustin indiquée Pascensé, dans sa cent soixante-quatorzième lettre : f II n'est pas bien pour l'homme de vaincre l'homme, mais il est bien qu'il soit vaincu spontanément par la vérité, et il est fâcheux qu'il soit vaincu malgré lui par la vérité ; car, pour qu'elle triomphe, il faut qu'elle soit niée ou confessée. » Nous voudrions, au contraire, que les évoques méditassent ce que dit saint Augustin dans le même endroit : « Ceux-là recherchent ordinairement les obscurités d'une mauvaise défense qui sont plus avides de dispute que de vérité. Et qui sont ceux-là? Ce sont les hommes les moins intelligents qui veulent énoncer de forts jugements, et qui, n'ayant pas examiné avec
assez (le soin les Écritures, prennent la défense de toute opinion et s'en départent dirricilement, aimant mieux paraître sages et savants que de l'être.» Nous voudrions enfin graver dans le cœur des évêques la pensée exprimée par saint Augustin dans le chap. 36 du liv. P' Des mérites et de la rémission des péchés : <( Quand on discute sur une chose obscure, sans trouver des témoignages clairs et certains dans les divines Écritures, Torgueil humain doit rester dans de justes limites, sans pencher ni à droite ni à gauche. >
11 ne reste donc aux évêques et au prince des évêques aucune raison, déduite de Tinjustice du royaume italien, pour s'obstiner à continuer la lutte et à retarder l'accord du clergé avec le gouvernement.
; 70. — Du reste, accordons spontanément aux évêques ce que leurs arguments ne pourront jamais nous faire admettre, c'est-à-dire que l'origine du royaume italien soit viciée et que soîi organisa lion progressive ail eu lieu au moyen de l'injustice. Ils
nous peraiellront bien de penser que « le royaume d'Italie existe, sinon par le droit, au moins par le fait; ^ attendu que ce que nous voyons avec nos yeux, ce que nous touchons avec nos mains, prouve que le royaume d'Italie doit être compté parmi ces Taits qu'on dit accomplis et consommés.
71. — En effet, un seul nom retentit joyeusement des Alpes à la Sicile, celui de Victor-Emmanuel ; les provinces, les villes et les châteaux s'appuient sur un seul et suprême régime ; presque toute la nation est représentée dans les comices publics d'oii émanent les lois salutaires qui pourvoient au bien général; les impôts sont payés à un seul gouvernement, et de tous les points s'élève le vœu unanime que l'Italie soit politiquement unie et forte dans sa complète indépendance. Si, à l'exemple du Christ, l'on demande quelle est en Italie l'empreinte des monnaies, tous font la même réponse : Victor-Emmanuel ; une seule armée veille à la tranquillité publique et à la défense des frontières; enfin, l'Angleterre, la France, la Suède, le Dauemarck, la Hollande, l'Amérique,
le Portugal, et d'autres nations généreuses, saluent le royaume naissant d'Italie comme un astre nouveau, présage d'événements heuretix ; ils le félicitent, liii envoient des ambassadeurs, reçoivent les siens, et contractent avec lui ces liens d'alliance qui, selon le droit des nations, sont inviolables et sacres. Donc, ou rien n'est certain, ou il faut regarder comme très-certain que l'unité politique de l'Italie et le royaume qui en est issu, se légitiment par le fait même ; ilâ tiese réclament plus seulement des vœux et des chaleureuses aspirations des Italiens, ils ont déjà passé dans le douiaine de l'histoire.
72. — M'adressànt maintenant avec le plus grand respect possible aux évêques, je les conjure vivement de nous apprendre s'il y a dans l'Eglise une règle déjà établie, règle non arbitraire, mais transitlîsê par nos aïeux et conforme à la nature des choses, dé laquelle îl ne soit pas permis de s'écàrter d'un cheveu, quàttd îl s'agit d'Etats qui ont ledr sanction dans le fait. Ils tne répondront saris hésiter qu'il y a une règle que les pasteurs de l'E-
glisé ont toujours suivie , soit dans l*enseignement, soit dans la pratique. Quelle est cette règle ? Celle que promulgue Clément V lors du concile de Vienne; celle que reproduit Jean XXII dans ses lettres à Robert, élu roi d'Ecosse; celle que le même Pontife recommande à Edouard , roi d'Angleterre ; celle adoptée par Pie II , lorsque l'empereur Frédéric II etMathieu Huniade se disputaient la couronne de Hoti« grîe ; celle que Sitte IV confirma par une constitution devant rester perpétuellement en vigueur ; celle que Clément XI voulut suivre quand il fut question de conférer à Charles, archiduc d'Autriche, le titre de roi catholique ; celle enfin que Grégoire XVI, suivant la voie de ses prédécesseurs, confirma solennellement par une bulle qui porte la date du 5 août
73. — Mais quelle est la teûeur de cette règle qui repose sur tant d'autorité? à quoi tend-elle? quel est son but? quelle est sa formule? Toutes périphrases mises de côté, la voici : « Le bien de l'Eglise, le salut <r des âme s , la mission donnée par Dieu aux pas
c leurs exigent, qu'abandonuant les actes politiques c et les différends dérivant du droit humain et civil, c r Eglise tende pacifiquement la main aux Etats c existant de fait, ayant leur garantie dans la possesc sion, et qu*elle de leur refuse rien de ce qui peut « rendre florissantela communion chrétienne. ;» Telle est la règle que les Souverains-Pontifes ont enseignée, qu'ils ont sauvegardée de leur autorité et qu'ils ont suivie dans Taccomplissement de leur ministère.
74. — Mais les évoques d'Italie se sont-ils tenus fidèlement à cette règle? Et, ce qui est plus important. Pie IX, le Pontife que nous vénérons sur la chaire de saint Pierre, l'a-t-il observée ! Que ma langue reste attachée à mon palais avant de se permettre une injure contre les oints du Seigneur. Je me tais et me tairai ; mais comme le dit saint Augustin, commentant le psaume 59 : « La voix de la vérité ne se taira pas; si elle est arrêtée sur les lèvres, elle criera dans le cœur. » Pour me servir des paroles du même docteur, dans le dernier chapitre du livre premier contre Petilien : « J'aimerai
— iJT — les hommes, je tuerai les erreurs ; je ne prétendrai pas orgueilleusement posséder la vérité ; je combattrai pour elle sans invectiver personne. > En efiet, la connaissance de la vérité , comme le dit encore saint Augustin, dans la cinquante-sixième Ëpitre à Dioscorc, « est propre à faire discerner et détraire toutes les erreurs, même celles qui sont tout à fait nouvelles , en sorte qu'elle atteint non-seulement celles qui se manifestent, mais aussi celles qui se cachent. »
75. — Et ces erreurs seront certainement détruites sans beaucoup de peine si, songeant aux exemples que nous oflre Thistoire, nous considérons la conduite de saint Ambroise avec Maxime, lequel ayant détrôné et tué l'empereur légitime, s'empara du trône ; celle de saint Augustin avec le comte Boriiface, qui se révolta contre son prince et enleva toute l'Afrique à son autorité ; celle de Grégoire le Grand avec Phocas, dont l'avènement est ainsi rapporté par Jean Diaconus, livre iv, chapitre 20 : c( Au nom de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Jésus- Christ, le 20 novembre, du temps du bienheureux
t^ape Crégolre , Phocad et Léontia Auguste furent couronnés dans le septième palais dit Secondianas, et rempereur Maurice fut mis [à mort avec tous ses enfents mâles, c'est-à-dire, Théodore, déjà couronné, Tibère, Pierre, Paul et Justinien. Pierre, frère de Maurice, eut le même sort, ainsi que divers grands personnages, partisans de Tex-empereur, c*est-à-dire Constantin , patricien et curateur. Placide et Georges, notaire du prince.
76. —-Or, comment ce cruel souverain fut-Il acouoîUi par r Église romaine et par le Souverain-Pontife Grégoire? Relativement à l'Église rouiainq, Jean poprsuit ainsi sa narration : « Les images de Pbocas et Léontia arrivèrent à Rome, le 23 avril, et elles furent recuits aui acclapiations de tout le clergé et du sénat, près de Latran, dans la basilique de Saint- Jules. Exauce, ô Christ, notre prière : Vive Phocas Auguste 1 Vive Léontia Auguste! t
L'attitude de saint Grégoire est ensuite clairement déterminée par le même bistorien et par les propres paroles du Pontife. Voici le témoignage de Tbisto-
rieû t c Alors le bienheureui: pape Grégoire ordonna de placer les images dans Toratoire de saint Gésaire, martyr^ au dedans du palais. » Voici maintenant les lignes écrites par le Pontire à Pbocas, chap. 38, livre XI : « Gloire soit rendue dans le ciel à Dieu, qui change les temps et donne les royaumes, car il est à la connaissance de tous qu'il a daigné se manifester par son prophète, en disant qu'il est le mattre suprême du royaume des hommes, et qu'il le donne à qui il lui plaît. Et, en effet, dans les conseils incompréhensibles de Dieu tout-puissant, les choses humaines passent par de telles alternatives que souvent, pour punir tes péchés d'un grand nombre, il est suscité un homme qui fait peser sur le peuple un joug cruel ; et nous avons longtemps supporté un joug pareil. D'autres fois, le Dieu miséricordieux voulant consoler de nombreux affligés, élève au pouvoir un homme animé de sa miséricorde qui répand la joie daus tous les esprits. C'est ce que nous éprouvons aujourd'hui, et nous sommes heureux de faire parvenir l'expression de notre joie au trône impérial. Que le bonheur soit aux deux et sur la terre, et que le peuple, jusqu'ici affligé, se réjouisse de vos
actes bienfaisants. Que vos ennemis superbes soient courbés sous le joug de votre domination, et que les cœurs de vos sujets oppressés se relèvent par votre clémence. Que la vertu de la grâce céleste vous rende formidable à vos ennemis, et la piété bon envers vos sujets; que tout l'État soit tranquille sous votre heureux règne, et que les richesses s'augmentent sous l'influence de la paix. Que la sécurité revienne dans les terres, et que celui qui ne doit pas son bien à la fraude soit rassuré. Que sous votre empire soit rétablie la liberté de chacun. » Saint Grégoire avait tant à cœur la liberté qu'il ajoute aussitôt : « Il y a cette différence entre les rois des nations et les empereurs d'une république, que les rois des nations régnent sur des esclaves^ et les empereurs d'une république sur des hommes libres. » Ne séparons pas de ces lignes celles que Grégoire adresse au même Phocas dans l'épître 45 : <r Que de louanges et d'actions de grâces nous devons à Dieu tout-puissant € pour avoir brisé la cause de noire affliction « en nous ramenant à la liberté sous la garde de f votre clémence impériale. »
77. — Tels sont les exemples que nous ont donnés nos évêques; c'est ainsi que Ton conserve la paix, que Ton pourvoit au bien de l'Église, que l'on obéit à saint Paul écrivant à Timothée, épître F®, chap, 2 : c Je vous engage donc à faire avant tout des prières, des oraisons et des actions de grâces pour les rois^ pour tous ceux qui sont élevés en dignité^ afin que nous puissions mener une vie paisible dans la paix et la chasteté. » Ainsi l'on se conforme à la loi tracée par le même apôtre dans le chap. 13 de l' épître aux Romains ; c< Que toute âme soit soumise à des puissances plus hautes. » Ainsi l'on évite que le clergé qualifié de bourbonien et A' autrichien, perde le litre de catholique, et que les hommes faisant partie de la milice sacrée, s'immiscent dans les aflàires séculières. En s'inspirant aujourd'hui de cette conduite, le clergé, les évêques et le Pontife seraient un objet d'acclamations unanimes dans toute l'Italie. Leurs ennemis mêmes seraient persuadés que l'action du clergéj les dons qu'il faut en attendre, sont d'un caractère céleste et divin, et non pas matériel et humain. Cette conduite montrerait enfin que le clergé n'a pas oublié la doctrine de saint Augustin,
(iotaimeDtanl ces paroles de saint Paul : « Toute àmô c est sujette à des puissances plus hautes, car il n'y ce a pas de puissance qui ne vienne de Dieu : » t L'apôtre, dit le saiut docteur^ nous prévient justement que, tout en étant appelés à la liberté en devenant chrétiens, nous ne devons pas nous écarter orgueilleusement des routes frayées dans cette vie, et nous regarder comme dispensés d'obéir aux puissances plus élevées qui gouvernent les choses temporelles. Formés, en effet, de corps et d'âme, et usant des biens temporels pour soutenir la vie du corps, il faut, pour ce qui concerne la vie présente, que nous soyons soumis aux puissances, c'est-à-dire aux hommes qui, revêtus d'une dignité sociale, administrent les choses humaines. Il en est autrement pour ce qui concerne l'autre vie, et nous ne devons pas nous soumettre à quiconque voudrait arracher en nous la croyance en Dieu et à la vie éternelle. Si donc quelqu'un se croît dispensé^ parce qu'il est chrétien, de l'obligation de payer les impôts et de rendre honneur aux personnes revêtues du pouvoir, celui-là est tombé dans une grande erreur. Une plus grande erreur consisterait à croire que la soumission doit aller jusqu'à subor-»
*-^ 423 -« donner sa foî au 'pouvoir temporel II faut donc su^ vre la règle tracée par le Seigneur, quand il prescrit de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
IS. — Ah ! si les évoques avaient suivi ces leçons, nous n'aurions pas à déplorer les différends qui ont surgi entre l'Eglise et TEtat; nous ne verrions pas aujourd'hui les troupeaux séparés de leurs pasteurs, et bon nombre d'hommes, dont la foi n'était pas assez solide , pleins d'aversion pour l'Eglise et son ministère sacré; nous ne serions pas dans cette position de ne savoir que répondre à ceux qui nous demandent comment il se fait que, lorsque les évêques de Hongrie et de Pologne s'associent aux vœux de leurs concitoyens, ceux d'Italie les maudissent; ou bien encore, pourquoi, quand les prélats français consentent aux plébiscites, lesnôtres les méprisent et les repoussent. Nous n'aurions pas à rappeler les paroles de saint Augustin , qui s'exprime ainsi dans le quarante-sixième traité sur saint Jean : « Il y a dans l'Eglise quelques prélats dont saint
Paul dirait qu'ils travaillent pour eux et non pour Jésus-Christ. Que signifie cela, travailler pour soi? C'est ne pas aimer le Clirist gratuitement, ne pas chercher Dieu pour Tamour de Dieu, poursuivre les avanlages temporels, désirer des profits, ambitionner les honneurs humains. Si un prélat aime ces choses et pour elles sert Dieu, c'est un mercenaire et il ne mérite pas d'être accepté parmi les fils de Dieu. » Nous n'aurions pas enfin à appliquer à notre époque les observations du même docteur dans l'Epître 207 à sainte Félicie : « Il y a des hommes qui occupent les chaires de pasteurs dans le seul but de soigner le troupeau du Christ; d'autres, au contraire, n'ont en vue que les honneurs temporels et les avantages séculiers. Ces deux sortes de pasteurs doivent durer dans l'Eglise catholique jusqu'à la fia des siècles et jusqu'au jugement du Seigneur. Car, ^ si dès le temps des Apôtres il surgît une race de faux frères que l'Apôtre supporta au lieu de les repousser durement, mais qui lui faisaient dire en gémissant : c< Il y a danger par les faux prophètes, > combien est-il plus difficile qu'il en soit autrement à notre époque, dont le Seîgneiu' a dit que « l'iniquité
f y abondera et que la charité se glacera dans le *f cœur d'un grand nombre ? *
79. — Ce que nous avons dit jusqu'ici ne peut être contredit ; néanmoins la difficulté n'est pas levée, et pour bon nombre il reste une grave objection à résoudre. Peut-on espérer que les évoques se montrent favorables à la cause italienne et au royaume d'Italie, tant que le Pontife romain ne cessera pas l'opposition qu'il leur fait et n'accordera pas à la nation italienne celte paix si ardemment désirée? Une règle, qu'ont toujours suivie et que suivront toujours les évoques orthodoxes, a été formulée parles Pères du concile de Chalcédoine, lesquels, écrivant à Léon le Grand, lui disaient qu'il les gouvernait comme la tête gouverne les membres; qu'il s'était hâté de réunir le corps de C Église, mais qu'ils avaient de leur côté coopéré au bien public par leur accord avec la tète. La même règle est confirmée par Philippe, légat apostolique, disant aux Pères d'Éphèse : « Les membres saints se réunissent à leur chef saint, à Célestin. » Donc, tant que le pontife romain Pic IX per-
sévérera dans le non possumus si souvent répété , tant qu'il combattra la cause italienne et croira devoir refuser la paix et la communion aux Italiens, les évêques catholiques suivront la conduite de leur chef. C'est pourquoi tous nos efforts doivent tendre à obtenir du Pontire romain que^ déposant toute colère et tout ressentiment , et touché enfin par les plaintes de ritalie et les voeux des nations civilisées, il slc* corde la paix qu'il a jusqu'ici refusée.
80. — Mais le Pontife cessera-t-il d'être hostile? Se laissera-t-il fléchir par les plaintes de l'Italie?
Emu à la voix des peuples civilisés, arborera-t-îl sur la colline du Vatican le drapeau de la paix et de la concorde? Trois choses semblent s'opposer à ce que nous n'ayons pas le bonheur de voir cet espoir se réaliser, et par dessus tout, les déclarations solennelles et si souvent répétées du Souverain-Pontife de ne pas pouvoir approuver les faits accomplis, ni augurer un avenir prospère pour le royaume d'Italie.
Mais dans quelles formes se sont produites lés déclarations solennelles et réitérées du Souverain-
Potilife, ont-elles été par hasard dogmatiques? Procèdent-elles de la chaire de saint Pierre^ et conséqiierament, sont-elles immuables, ou bien plutôt ne sont-elles pas changeantes de leur propre nature et telles que, suivant là gravité des circonstances ou selon les préceptes de la vertu et de la prudence, non-seulement elles puissent, mais encore elles doivent être sujettes à changement? Il n*est pas un homme assez ignorant ni assez téméraire pour oser qualifier de dogmatiques et immuables ces déclarations pontificales. En efiet, elles ne se rattachent certainement pas aux Écritures saintes, elles ne dérivent pas des traditions chrétiennes, elles ne sont pas réunies par le lien nécessaire et réciproque des articles de la profession chrétienne, elles n'ont pas pour but de défendre la foi ou de garantir l'unité catholique. Elles sont de nature matérielle, terrestre, humaine et temporelle, comme le royaume politique dont on prend la défense est terrestre, humain et temporeU Les arguments et les raisons sur lesquels s'appuient ces déclarations ne sont pas d'une autre nature, car ils sont humains, proviennent de source humaine, sont par conséquent sujets à changements , et ne
peuvent nécessairement favoriser un parti plulôl que l'autre. Donc, les déclarations pontificales, quoique souvent et solennellement répétées, sont de nature changeante, de telle manière que les circonstances peuvent exiger que leur changement soit non - seulement irréprochable, mais encore digne d'éloges.
81. — Or, dansquelle siluation nous trouvons-nous? Quelle est la condition manifeste des États pontificaux de toute l'Italie et de l'Europe entière? De l'aveu de tous les hommes sages et honnêtes, le territoire pontifical est dans un état tel, et la nation italienne a progressé à ce point qu'on ne peut retourner à l'ancien état de choses, ni arrêter le cours des événements, ni retarder l'unité politique de l'Italie, sans une perturbation profonde et sans de graves dommages pour la société civile et ecclésiastique. L'imprudent qui voudrait tenter cette épreuve agiterait toute l'Europe, provoquerait des guerres civiles, rendrait l'Église et le clergé odieux, détruirait la concorde entre l'Empire et le sacerdoce, et
ses tentatives n'auraient d'autres résultats que de précipiter l'Italie et la société civile tout entière dans une situation pire encore.
Les déclarations par lesquelles le Souverain-Pontife signifie qu'il ne peut reconnaître le nouvel ordre de choses étant donc changeantes de leur nature, et les^ circonstances exigeant qu'elles changent, que reste-t-il à faire, grand Dieu ! si ce n'est qu'après avoir fait preuve jusqu'à présent de fermeté, le Souverain-Pontife sache mériter d'autres éloges par une condescendance prudente et nécessaire, en sorte que le ministère apostolique resplendisse d'une nouvelle lumière de constance et d'indulgence?
En effet, comme le dit saint Auguslio dans le chapitre 26 du livre »» De quanlitate animœ, » nous ne a devons pas être obstinés, quoiqu'il soit à désirer t que nous soyons constants. »
Du reste, de l'avis du même auteur, dans la lettre 210 à Gelère, « c'est une chose honteuse de changer € d'opinion, si celle que l'on professe est juste et « droite. Si elle est insensée ou dangereuse, il est « louable et salutaire d'en changer. De même que la V constance empêche la dépravation, l'obstination
c empêche tout amendement. Et c'est pour cela que f Tune est louable et qu'on doit se corriger de Taua tre. » Mais nous avons la ferme conviction qu'on verra avant peu le ministère pontiflcal resplendir comme l'orpar sa condescendance, comme on Ta vu jusqu'à présent briller comme l'argent par sa constance.
82. — Il en serait cerlainement ainsi, si on n'opposait à cette condescendance et à cette indulgence, les serments par lesquels le Pontife Pie IX s'étant religieusement lié, et le nom de Dieu invoqué, a promis de ne jamais soufiFrir qu'un dommage fût apporté au patrimoine du Saint-Siège apostolique et au domaine de saint Pierre.
Qui donc ignore les serments du Souverain-Pontife et les liens indissolubles qui l'enchaînent? Tout le monde parmi nous connaît les serments du Souverain-Pontife et les devoirs importants qu'il a ainsi contractés. Mais, d'autre part, quelqu'un ignore-t-il que la formule du serment prescrit par Pie V et confirmée par Urbain VIII, ne se rapporte qu'aux cessions
du domaine pontifical qui pourraient être faites dans un intérêt de famille et en vue d'avantages privés contraires au bien public? Quelqu'un ignore-t-il, par hasard, que la religion du serment, quoique Irôsauguste, n'est pourtant pas dégagée de toute condition ; vu que le serment, de l'avis de saint Augustin, dans ses lettres à Serenus, « n'est pas institué pour être un lien d'iniquité? » Qui donc ignore que l'obligation contractée par serment disparaît quand il n'est pas possible d'y satisfaire? Et qui ne sait pas que le domaine temporel du Souverain-Pontife est un bien susceptible de compensation ? Qui ne sait pas qu'il peut se présenter telle circonstance où, à la place de ce bien qu'on a juré de conserver et qu'on ne peut plus sauvegarder, c'est un véritable devoir, tous calculs faits, d'en recevoir un autre équivalent ou plus grand encore ?
8â. — Dans cet état de choses, on ne peut pas opposer absolument les serments du Souverain-Pontife, ni insister sur la religion du serment pour repousser tout conseil de concorde et de paix ; mais
— 13-2 — c'est un devoir d'examiner soigneusement quelle est la valeur du serment, à quoi il tend, si le Souverain- Pontife peut matériellement et moralement tenir ce qu'il a promis, s'il est utile au bien de l'Étal et du Saint-Siège apostolique qu'il maintienne énergiquement ce qu'il a une fois promis, et s'il n'est pas survenu de tels changements dans la situation qu'à la place d'un bien qu'il ne peut conserver sans de graves dommages, ce soit pour lui un devoir d'eu accepter un autre équivalent ou plus grand.
84. — Ce sont les points que nous devons exami* ncr et apprécier soigneusement et impartialement. Si nous les examinons et les apprécions comme il convient, nous nous convaincrons facilement que le Pontife romain se trouve dans une situation telle que, quelque portée qu'on veuille donner aux serments par lui prononcés, il n'est astreint par aucun devoir à maintenir ce qu'il a promis, soit parce que le serment ne peut jamais être un lien d'iniquité , soit parce qu'il ne peut jamais nous obliger à ce qui n'est plus eu notre pouvoir, soit parce que ainsi il amène-
^ lo3 —
rait la ruine complète de l'Église el de la Société. Nous répétons donc qu'il est d'une nécessité suprême de déterminer Pie IX, dans l'intérêt de l'Église et de la Société, à se démettre à Ta venir de tout soin politique concernant le gouvernement des États-Romains pour accepter immédiatement et spontanément un autre bien équivalent et d'une importance plus grande.
85. — Mais quel sera ce bien? celui-là même que le Parlement de la cause italienne lui a offert à l'unanimité quand il a proclamé par une résolution irrévocable V Église libre dans l*État libre.
Je voudrais avoir une parole assez éloquente pour convertir à mon opinion les évêques et le Souverain- Pontife. Je voudrais posséder une éloquence assez vigoureuse pour arriver non pas à rendre agréable aux évêques et au Souverain-Pontife ce qu'ils détestent encore, non à leur faire accepter ce qu'ils ont abhorré jusqu'à présent, mais à rendre clair à leurs yeux ce qui ne leur parait pas encore évident ; puisque je n'ai pas ce pouvoir, j'espère que 1 1 sa-
gesse des évêques et la charité des pasteurs suppléeront abondamment à mon insuffisance.
H n'y a rien de plusvrai, en eflfet, quece que dit saint Augustin dans son commentaire du psaume 31 :
« L'atnoiir ne peut rester inactif. Qu'est-ce qui fait « agir l'homme, plus que le mal lui- môme, si ce (c n'est l'amour? Trotivez-moî, si vous pouvez, un <r amour inactif et indifférent à tout. Les iniquités, c( les adultères, les homicides, les débauches ne sont- « ils pas œuvre d'amour? Purifie donc ton amour « qui glisse comme l'eau dans l'égoût et ramène-le « dans le jardin. Conserve pour l'auteur du monde « cette même ardeur qui te poussait vers le monde. <r On ne nous a pas dit : N'aimez rien ; mais : aiinez. « Toutefois, prenez bien garde à ce que vous aimez, a L'amour de Dieu et du prochain s'appelle charité ; a l'amour du monde et du siècle s'appelle cupidité. « On doit réprimer la cupidité et exciter la charité. « Quand celle-ci est excitée, elle ne permet pas de « faire aucun mal à celui qu'on aime et pousse à < lui faire le plus de bien possible ; car la charité <c prie même pour ses ennemis, et qui veut le if. bien de l'ennemi , n'abandonne pas l'ami, »
86. — Nous ne le nions pas, dit-on (et c'est là la dernière et la plus griavè objection qu'on oppose), mats nous faisons observer que pour que la charité ne dégénère pas en vice, il eist nécessaire qu'elle soit accompagnée par la prudence et que chaque chose se fasse comme elle doit être faite. Ce qui démontre surabondamment que les évoques ne descendront jamais jusqu'à conseiller au Pontife romain d'entrer dans la voie de la condescertdance et de la coticillation. Ils ctoîebt que la perte de la majesté Civile entraînerait la perte de la puissance pontificale, et ils croient en outre que l'indépendaHice politique une fois perdue, selon l'ordre établi par la divine Providence, l'indépendance et la liberté tiiême du Pontife seraient mises en péril. Et qui kdniettra qu'il puisse jamais arriver que les prélats catholiques poussent et engagent leur chef Suprême à anioindrir la majesté pontificale, ou à la perdre tout entière, ou à restreindre en quelque manière la liberté ecclésiastique?
Les évèques catholiques persisteront donc dans leur opinion, et convaincus des liens qui unissent la majesté du Pontife et du prince, la liberté ecclésias-
— «r> tique et politique, ils Tencourageront à protéger, à dérendre aveô ténacité la majesté du prince et Taiitonomie politique, avec la même fermeté d'âme qu'ils dérendent la majesté pontificale et la liberté ecclésiastique.
87. — Quand j'entends de semblables choses et que je rentre en moi-même, mon visage se couvre de confusion, et, le cœur brisé, je ne sais par où commencer ni finir.
Quelle est donc, en vérité, cette doctrine? Est-elle moderne ou antique, terrestre ou céleste, charnelle ou spirituelle?
Elle n'est certes pas antique ; car, depuis saint Pierre jusqu'à saint Etienne, pendant le cours de sept siècles, il ne fut ni dit ni admis que la majesté du Souverain-Pontife tirait son éclat et sa splendeur de la majesté du prince, ou que la liberté ecclésiastique serait entamée ou périrait totalement sans l'indépendance politique de l'évêque de Rome.
La majesté pontificale manqua-t-elle, par hasard, jencdiraipHs àSylvesIre, à Marc, h Jules, àSyricins,
mais à Clément, àZéphîrîn, à Victor, à Cornélius? La liberté manqua-t-elle à Damase, qui dirigea et confirma le synode de Constantinople? Manqua-t-elie à ^Innocent, qui, promulguant des lois et rendant des décrets touchant à la foi, pourvut autant au maintien de la discipline qu'à Tinlégrité du symbole? Manqua-t-elle à Cèles tin, qui renversa de son siège Tévêque byzantin et réprima la perfidie nestorienne? Manqua-t-elle à Léon, que les évoques de Calcédoine saluèrent le Père des Pères? Manqua-t-elle à Âgaton, à qui les prélats et les empereurs s'en rapportèrent pour la solution des plus graves questions?
88. — Lequel de ces Pontifes fut puissant par la majesté temporelle du prince ou brilla par son indépendance politique et humaine? Tous, sans exception, obéirent comme des sujets aux empereurs romains, dans tout ce qui se rapportait à la chose publique et à la vie civile.
Elle n'est donc pas aucîenne, mais moderne; elle n'est pas céleste, mais terrestre ; elle n'est pas spi-
rituelle, mais charnelle^ la doctrine qui proclame que la majesté pontificale est liée à la majesté du prince et que la liberté ecclésiastique dépend de la liberté politique. Ce n*est pas sans raison qu'on opposerait à ceux qui persistent dans cette opinion les paroles de saint Augustin, tirées du chapitre 16, livre n, Du libre arbitre : « Malheur à ceux qui t'ac bandonuent, toi qui es sagesse, vérité et vie, qui € perdent tes traces^ qui n*aiment pas tes commanff déments comme toi-même et qui oublient tes con- € seils. j»
89. — Mais il ne sera pas hors de propos de parler un peu plus longuement de la majesté du Pontife et de sa liberté. Commençons par la majesté et demandons-nous ce que ce mot signifie, ce qu'il désigne. Si on le prend dans le sens du pouvoir suprême, cela équivaut à affirmer que la majesté du Pontife est liée à la majesté du priiice, qu'elle en dépend, que la puissance suprême du Pontire se confond avec la puissance suprême du prince, et qu'elle ne peut s'en séparer sans danger et sans dommage. Mais qui donc,
de vérîlableinent orthodoxe, ne réfutera Tidée de connexîlé et de réciprocité des deux majestés? Qui ne soutiendra vigoureusement, comme s'il combattait pour Tautel et la patrie, la thèse que la puissance suprême du Pontife dérive uniquement de la divine institution du Christ, d'où il résulte que les légitimes successeurs de Pierre sont les vicaires visibles de Jésus-Christ sur la terre ?
90. — 11 faut donc admettre que le mot de majesté signifie : grandeur, gloire, honneur, et que la grandeur, la gloire et Thonneur du Pontife peuvent à peine se distinguer de la grandeur, de la gloire et de rbonneur du prince, sans que les premiers s'obscurcissent et s'amoindrissent ! Mais il n'est personne un peu au courant des doctrines évangéliques, qui puisse facilement tolérer une confusion d'idées aussi étrange et grossière. Car le Christ a voulu que ses vicaires brillassent sur la terre par la grandeur, l'honneur et la splendeur de leur gloire ; il a voulu encore qu'ils brillassent de la grandeur, de l'honneur et de la gloire dont il a été le docteur et le maître,
qui étaient représentés en lui comme en un modèle, qu'il a laissés en héritage à ses disciples, qui conviennent à l'Eglise militante, qui sont étrangers à toutes les concupiscences mondaines, et qui s'accordent exactement avec ce que le Christ lui-même a commandé : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
91. — Ce sont là la grandeur, l'honneur, la gloire, la majesté dont le Pontife romain, vicaire du Christ et successeur de saint Pierre, ne peut ni ne doit être privé ; au lieu de tirer son origine, sa raison d'être et sa plus grande splendeur de la pompe terrestre et mondaine des princes, il ne se nourrit et ne s'alimente que des dons célestes et des vertus apostoliques.
Refuserons nous donc aux Pontifes romains, suprêmes modérateurs de l'Église, les démonstrations extérieures d'honneur qui attestent l'élévation de la fonction, l'utilité de la charge, l'éminence de la dignité? Nullement ; mais nous leur rappellerons la doctrine chrétienne que saint Augustin expose
-^ u\ — dans sa soixanle-qiiatrième lettre à Aurélien : « C'est « lin indice de grandeur de ne pas se glorifîer des c honneurs et des louanges des hommes et d'éviter < toute vaine pompe ; et s*il est nécessaire d'en con- « server une part, c'est seulement quand cela est c( utile au salut de ceux qui rendent ces honneurs. » Et antérieurement il avait dit : « L'avidité des louan- € ges humaines engendre l'hypocrisie. On n'y ré- « siste qu'en se pénétrant de la crainte et de Taa mour de Dieu, par de nombreuses lectures des <r livres saints; à moins que celui qui se conduit «ainsi ne donne l'exemple de l'humilité et de la pa- « tience, recevant moins que ce qui lui est olTerl, f n'acceptant ni ne refusant tout de la part de ceux c qui lui rendent honneur, et si ce qu'il reçoit c( d'honneurs et de louanges, il l'accepte, non pour « lui-même, qui s'est consacré tout entier à Dieu et € est obligé de mépriser les choses humaines, mais f pour les autres , auxquels il ne pourrait être « utile, si, par excès d'abnégation, il se laissait « avilir. »
C'est pour cela qu'il a dit dans le sermon 234 : 1 1l faut qu'on donne le premier rang au serviteur
c( de Dieu (et par dessus tout au serviteur des ser- < viteurs) , à celui qui a un rang dans T Église ; s'il a ne lui est pas donné c'est un malheur pour celui c qui le lui refuse, sans que ce soit un bien pour c celui auquel ou le donne. 11 est donc nécessaire (( que dans la congrégation des fidèles, ceux qui « sont chargés de conduire la multitude siègent « plus haut afin quMls soient distingués et que leur c< charge soit visible, non pour qu'ils s'enorgueil- <r lissent du poste qu'ils occupent, mais pour qu'ils « pensent à la mission dont ils doivent rendre € compte. »
92. — Nous nous sommes entretenus jusqu'ici de la majesté religieuse du Pontife, et nous avons démontré qu'elle doit rester pleine et entière, quoique séparée de la majesté du prince; nous allons maintenant nous occuper de sa liberté qui, suivant l'opinion de beaucoup de personnes, ne pourrait être saine et sauve si elle n'était pas soutenue par la liberté politique du prince.
Je me tromperais lourdement si je ne voyais dans
— U3 — celte opinion y qui a eu plus de partisans que le bon sens ne devait le permettre, la cause que le Ponlîfe romain, et avec lui un grand nombre d'évêques catholiques, se sont montrés jusqu'ici hostiles au royaume d'Italie, et ont cherché, par tous les moyens possibles, à empêcher son unité politique.
C'est pourquoi les amis sincères et désintéressés de la paix et de la concorde doivent unanimement convenir avec moi qu'il est nécessaire que cette opinion soit minutieusement examinée et appréciée selon la vérité et la justice.
93. — Que signifie donc ce que Ton soutient, je ne dirai pas avec tant de persévérance, mais avec tant d'obstination? Cela vent dire que la liberté spirituelle et religieuse du Pontife, et avec elle la liberté du ministère ecclésiastique, ne peut exister ni être assurée si elle n'est pas garanlie et protégée par la liberté politique du prince.
Mais le nom de liberté est ambigu et peut se prendre dans plusieurs sens ; et souvent il arrive, à la faveur de l'équivoque, que les questions les plus fa-
cilcs à résoudre sont enveloppées de ténèbres, au grand dommage de la vérité. En effet, par le mot de liberté^ rions entendons aussi bien le droit et le plein pouvoir de faire et d'avoir une chose^ que la facilité de faire et d'avoir une chose qui rencontre peu ou point d'obstacles.
94. — Cette double signification d'un même mot est confirmée par le langage usuel, et il en résulte une double question dont la première est celle-ci : La liberté politique du prince doit-elle être considérée comme nécessaire ou souverainement utile pour empêcher ramoindrissement ou la destruction de la liberté spirituelle et religieuse du Pontife c'està-dire du droit enlier pour lui et l'autorité souveraine de lier, de délier, de confirmer ses propres frères dans la foi et de paître le troupeau du Christ?
A cette question s'en ajoute une autre, à savoir si la liberté politique du prince doit être considérée comme utile et nécessaire à l'exercice indépendant et libre du ministère apostolique.
Tout le débat roule sur ces deux points.
95. — Maintenant , j'examine la première question et je me demande sérieusement si la liberté politique du prince est nécessaire ou au moins utile pour que le pouvoir spirituel du Pontife puisse subsister sans aucun dommage pour Tautorité spirituelle dont il est revêtu de délier et de lier, de confirmer ses frères dans la foi et de paître le troupeau du Christ. Les catholiques ne peuvent pas avoir deux opinions sur ce point, et tous doivent soutenir la même. Voulez-vous savoir laquelle? Elle consiste à dire que Pie I«' et Pie IX sont investis d'un droit égal et d'une même autorité dérivant du Pontificat suprême, de telle manière que le droit de Pie IX n'est pas plus grand et son autorité n'est pas plus étendue sur son trône royal que ne le furent ceux de Pie P% caché dans les catacombes.
Et, en effet, tous les droits du Pontificat suprême et son autorité pleine et entière ont une origine divine et céleste et non humaine et terrestre ; d'où il résulte que les droits qui y sont inhérents sont im-
— lae — muables et que son autorité ne peut être ni augmentée ni diminuée.
En conséquence, ce n'est pas une chose discutable, mais qui appartient au contraire à la foi catholique, de penser fermement et de professer constamment que les droits du Pontificat suprême et la plénitude de son autorité n'ont aucun lien de dépendance ni aucune corrélation avec la liberté politique du prince.
96. — Mais, ajoute-t-on , si pai le nom de liberté on entend la facilité de remplir le ministère apostolique, on ne pourra plus nier que la liberté politique ait une corrélation nécessaire avec la liberté religieuse. Car celle-ci peut augmenter ou diminuer graduellement suivant que le nombre ou la gravité des obstacles qu'elle rencontre augmente ou diminue. Et qui énumérera les obstacles qui jamais pourraient retarder, empêcher et même rendre suspect le libre exercice du ministère Pontifical, si le successeur de saint Pierre venait à être dépouillé de la liberté politique du Prince en ce qui regarde les relations
sociales et civiles, et descendait au rang de sujet ? Donc, afin que le ministère apostolique, qui doit jouir d'une liberté complète et ne jamais être exposé au soupçon de subir une influence étrangère, reste tout «^ Tait indépendant, il faut que tous les catholiques soutiennent et défendent unanimement l'union du pouvoir civil avec le Pontificat, union établie déjà depuis plusieurs siècles par la divine Providence.
97. — Quoique l'objection soit sérieuse, elle ne nous effraie pas. Et d'abord nous demanderons quelle facilité réclame le Pontife dans l'accomplissement des fonctions de son ministère. Il s'éloignerait de la vérité s'il croyait que tout doit aller à son gré et que tout le monde est obligé de contribuer à son bonheur. En effet, cette facilité et liberté d'action affranchie de tout espèce d'obstacles, est autant en contradiction avec les oracles du Christ et les témoignages des Apôtres (lesquels représentent les calomnies, les malheurs et tout genre de persécution comme la récompense terrestre promise aux observateurs fidèles et sincères de l'Évangile), qu'elle s'é-
— i48 — loîgne de la nature des choses et des exemples de rhîstoîre.
98. — En outré, il ne peut y avoir aucune différence entre la raison d'être du Pontife et celle de rÉglise qu'il administre et gouverne au nom du Christ. Or, l'Eglise^ ici-bas doit parcourir unejoie pénible et soutenir une rude guerre. «Non-seulement, » dit saint Augustin au chap. 51 du livre xviii de la c Cité de Dieu^ du temps où le Christ et les apôtres « menaient cette vie mortelle, mais depuis l'époque € d'Abel, le premier juste, qui fut tué par son frère c impie, et jusqu'à la consommation des siècles, « l'Église s'est acheminée à travers les persécutions « du monde et les encouragements divins. » Et en conséquence, il ajoute, dans le chap. 52: < Il ne me « semble pas qu'on puisse déterminer le nombre des « persécutions par lesquelles l'Église doit être éprou- « vée. » Et quoique, dans le commentaire du psaume 9, il cite trois principales persécutions, « la per- « sécution violente, quand les chrétiens sont forcés < sous peine d'exil, de tourments et de la mort même
«à sacrifier aux idoles; la persécution hypocrite, « exercée aujourd'hui par les hérétiques et les faux « frères ; et enfin, la dernière, qui viendra avec « Tantechrist et sera plus dangereuse que les autres, « parce qu'elle sera à la fois violente et hypocrite ; » toutefois, dans le quatrième sermon sur les paroles du Seigneur, il atteste et afiirme qu'il ne s'écoulera pour l'Église aucune époque pendant laquelle la nacelle mystique du Christ, « lancée au milieu de cet « océan plein de tempêtes, ne puisse résister à « l'impétuosité des ondes menaçantes, au souffle des « vents déchaînés,et n'en sorte victorieuse. >
99. — On pourrait dire que nos adversaires sont en contradiction avec l'Évangile, avec l'histoire et avec les conditions particulières de l'Église militante , quand ils tirent leur principal argument en faveur de l'union du pouvoir civil et du Pontificat, d'une facilité qu'ils voudraient affranchie de tout obstacle, dans l'exercice du ministère apostolique.
On pourrait dire qu'ils sont en contradiction avec ce que saint Augustin observe dans le chap. 21
de son Catéchisme aux ignorants. En effet, après avoir dit que « depuis soixante-dix ans, ou pro- « met aux Juifs la fin de l'esclavage de Babylone, » il ajoute a que cela signifiait symboliquement que
< r Église du Christ, avec tous les saints, qui sont ft les habitants de la Jérusalem céleste, serait sou- « mise au roi de ce siècle. C'est pour cela qu'il ena seigne la doctrine apostolique que toute âme est oc soumise aux puissances supérieures ; qu'il faut a rendre à chacun ce qui lui appartient ; payer le € tribut et l'impôt à qui ils sont dus, et, le culte de a Dieu assuré, remplir tous ses devoirs envers les € princes d'institution humaine ; car le Seigneur lui- € même , pour donner un exemple de cette saine c doctrine, ne dédaigna pas de payer le tribut pour
< sa personne. »
100. — Comment donc peut -on soutenir selon la science chrétienne, que la liberté du ministère apostolique est en péril, si le Pontife, le culte de Dieu assuré, se trouve comme citoyen soumis aux princes d'institution humaine? Ce n'est pas cette subjection
qui s'oppose à la liberté ecclésiastique. Ce n'est pas celte subjection qui présente d'insurmontables difficultés à l'exercice des fonctions pontificales. Bien plus, c'est une doctrine saine et confirmée par Pexemple même du Seigneur^ que la liberté du Pontife reste sauve et entière pourvu qu'en ce qui regarde le culte de Dieu> il ne soit soumis à personne et jouisse d'une immunité complète, pourvu qu'une loi inviolable sanctionne la nécessité pour l'Etat et l'Eglise de jouir d'une égale liberté dans la limite de leurs attributions, de telle manière que l'Eglise libre s'harmonise avec l'État libre.
101. — Mais poussons plus loin nos investigalions et reclierchons la source de celte liberté et de cette facilité dont se montrent si jaloux ceux qui repoussent avec une sorte d'horreur l'idée du sacrifice du pouvoir civil. Je crois qu'il faut remonter à la la source même d'où provient notre liberté chrétienne et qui est ainsi définie par saint Augustin dans le chap. 31 de <r Enchiridion » <r Nous devenons « véritablement libres quand Dieu nous donne l'être,
Cl c'est-à-dire nous foripe et nous crée, non comme « hommes, ce qu'il a déjà fait, mais afin que nous (( soyons des hommes bons, ce qu'il fait aujourd'hui, <( afin que nous devenions une nouvelle créature en « Jésus-Christ, comme il est dit : ô Seigneur, créez a en moi un cœur humain. j>
Nous plaçons au nombre des dons de la grâce et de la protection divines, cette liberté, par laquelle, fuyant le mal, nous nous portons volontairement et avec amour vers te 'bien et nous traduisons celte volonté par nos actes.
Mais plus les sources de la grâce sont abondantes, plus douce est la protection céleste, et plus nous marchons de près sur les traces du Christ, plus nous arrivons à lui ressembler. Tous ceux qui ont à cœur la véritable liberté du Pontife et désirent la voir s'étendre, doivent donc faire tous leurs eflforts, non pour le maintien de son pouvoir civil, mais pour l'engager à imiter le plus parfaitement, posâble le Christ. C'est ainsi seulement que le Pontife s'assurera l'amour des chrétiens; c'est ainsi seulement que les nations seront agréablement entraînées à lui obéir, et c'est ainsi seulement que lui-même obtien-
dra du Christ la grâce et la liberté complète qui en découle.
102. — Saint Bernard l'avait reconnu, et mécontent de voir le Pontife gêné plutôt que soutenu par le pouvoir civil, il s'adressait en ces termes à saint Eugène dans le chapitre S du Livre i«' de la Considération : c Je te le demande, que signifie de dis- <t puter du matin au soir et d'écouter les disputeurs? < Et plût à Dieu qu'à chaque jour sufTit sa malice. <r Mais les nuits mêmes ne sont pas libres. A peine « a-t-on cédé aux nécessités de la nature et les corps a fatigués prennent-ils du repos, qu'ils se relèvent « pour se plonger dans de nouvelles querelles. Le € jour souille le jour par la malice, et la nuit apporte € de la malice à la nuit. Il n'est jamais permis de « respirer le bien ni de chercher le repos, si ce n'est « rarement , dans de pacifiques récréations. Je né « doute pas que tu déplores ce triste état de choses, « mais cela ne servirait à rien si tu ne t'ingéniais à a changer une coutume aussi fâcheuse. ;» Et plus loin : <c Je ne veux pas que tu dissimules la servi-
« tude à laquelle tu t'assujettis, certainement sans « t'en apercevoir. Éveille-toi donc et hâte-toi non- ^ seulement de diminuer, de comprimer et de sea couer, mais aussi d'abhorrer hautement le joug (le « Pouvoir civil) de la pire des servitudes. »
Et plus loin encore, pour empêcher toute tergiversation qui pourrait naître d'une Tausse interprétation des paroles de saint Paul, il rappelle la sentence de l'apôtre : « Etant libre, je me suis fait le serviteur « de tous. » Il ajoute dans le chap. 4 : « Cela est « loin de toi. Mais croit-on qu'il entendît cet état I de servitude qui consiste dans les profits hon- K teux ? Voyait-on accourir autour de lui de toutes « les parties du monde, les ambitieux, les avares, «les simoniaques, les sacrilèges, les débauchés, a les incestueux et autres monstres humains, pour « obtenir et conserver de son autorité aposloli- « que les honneurs ecclésiastiques? Et qu'y a-t-il « de plus servile et de plus indigne, notamment pour « le Souverain-Ponlife, que de s'occuper de sembla- i
a blés choses et de semblables hommes, je ne dis pas i
« chaque jour, mais à chaque instant ? Et puis , I
quand nous consacrerons-nous à la prière? Quand
« instruirons-nous les peuples ? Quand nous occu* «perons-nous de l'édificalion de l'Église? Quand «méditerons-nous la loi? Certainement on parle « chaque jour des lois au palais, mais de Justinien, « et non du Seigneur. Ou je me trompe, ou tu dois « éprouver le scrupule de pervertir peut-être au- « trui, »
103. — Voilà les avantages dont le pouvoir civil est la source ; voilà la liberté qui en résulte ; voilà la facilité dans Taccomplissement de la mission apostolique, dont il est la cause et le principe fécond. Que s'il y a eu des temps dans lesquels les conditions de la société humaine ont paru demander r union du pouvoir civil au Pontificat suprême, la situation publique et privée est tellement modifiée aujourd'hui, que rien ne doit être plus désirable, pour le Pontife lui-même, que la séparation du sceptre et des clefs, de la tiare sacerdotale et du diadème royal. Cette séparation est unanimement invoquée par ceux qui sont encore soumis au gouvernement pontifical (mais malgré eux et par reflTet •
d'armes étrangères) ; elle est unanimement invoquée partons les peuples de F Italie, qui ne peuvent supporter plus longtemps que le nouveau royaume soit privé de Rome, sa capitale ; elle est invoquée par les nations les plus civilisées de TEurope, convaincues par les arguments les plus concluants, que le Pouvoir civil ne peut qu'être nuisible à la religion et au PontiGcat suprême, et même amener leur ruine.
Ces dangers^ dont TÉglise ni la société civile ne peuvent être afirancbies si Fâme du Pontife n'écoute pas les conseils de concorde et de paix, ces dangers exigent la séparation ; la mission du pasteur suprême l'exige aussi, il doit tout rapporter à l'avantage de son troupeau ; on doi^ la demander enfin au nom des droits humains et divins, en vertu desquels nous ne pouvons nous abstenir d'adresser à Pie IX les mêmes paroles que les évêques africains adressaient à Innocent P' : « Puisque le Seigneur, par un don « particulier de sa grâce, t'a placé sur le Siège apos- « tolique et t'a fait tel qu'il serait plus facile de nous « accuser de négligence si nous dissimulions à Sa « Sainteté ce qui est utile au bien de l'Église, que
c de supposer que lu le négligeras ou le prendras c en mauvaise part^ nous venons te prier de daigner (X aviser avec toute la diligence du pasteur, aux € graves périls qui menacent les membres infirmes « du Christ. »
LE p. PASSAGUA