‹ Pour la cause italienne aux évêques catholiquesChapitre 6 sur 13 · Cette vérité, qui remplissait l'âme de saint · texte numérisé non relu

Cette vérité, qui remplissait l'âme de saint

Aiijçnstîn, lut inspirait ces avis éloqucnls dans le so* cond livre contre Cresconius (chapitre H) : « Nous sommes étêques, non pour nous, mais au profit de ceux il qui nous administrons la parole et le sacrement du Seigneur. Aussi, nous devons rester ou nous retirer y lorsque l'exige l'intérêt de ceux que notre gouvernement ne doit pas scandaliser. » Rien n'est donc plus certain, plus évident que cette vérité : l'ordre dei^ évêques doit tendre au bien commun des fidèles. » Ecoutez saint Paul dans lecliap. 3 de la première épitre aux Corinthiens (verset 22) : « Toute chose est vôtre, et Paul et Apollon, et « Géphas et le monde ^ et la vie et la mort, et le « présent et l'avenir, tout est vôtre, et vous éles au « Christ et le Christ est à Dieu. »

1 7. — La mise en pratique de cette doctrine ressort du passage suivant de saint Augustin {contre Cresconius) : « Quelques-uns^ pleins d'une sainte humilité, et pris d'un scrupule religieux, ont résigné les fonctions épiscopales, ils sont dignes d'éloges. » Dans la cinquième réponse du livre des Gestes^ il dit

- 5S avec Ëiriérile : i Les évêqites doivetil coopérer d la paix du Chrtst oli cesser d'être ëvêques. » Î)M^ la sixîèiiie répouse, il ajoute : « Hésltèrôns-nolds à Offrira notre Rédempteur ce sacrlflte d'huitiîlitë? Et puisqu'il est descfetidù du ciel et à tevètii dëiS Membres biioiaiils , àM t[iie ndils fussioûâ ieÈ itieiiibres, craindroiis-tiobà dé desceudte de noâ chttlteâ pour éviter qu'une cruelle divisiou déchire ses inëiubres divins? Pour notre bien, qu'il nous suffise d'être des cbrétiens fidèles et obéissants, soyons donc toujours ainsi, puis:}Ue noiis avons été ordonnés évéques pour le bonheur du peuple chrétien, et restonsj dans notre épiscopàt autant qu'il est utile a ni peuples chrétiens pour la paix chrétienne. »

18, — Si donc l'on nous demande qùèî est té tiiit àH ministère épîscopal, nous répondrons : la pàîx du Christ, parce que (comme il Ta prescrit, lùî, le prince des évéques) le principal soin de Tépiscopaldoit être de recueillir un seul fruit, la concorde des peuples chrétiens ; de sorte que si un danger la menace, en résignant les fonctions épiscopales, non-seule-^

meut ou csl exempt de reproche, mais ou fait un acte méritoire. Iguore-l-ou maiuteuaut que beaucoup d*évêques d'Italie out adopté dans l'exercice de leur ministère un système qui conduit évidemment au scandale des âmes à gouverner, et qu'au. lieu d'en trouver parmi eux qui maintiennent la paix du Christ, on voit qu'ils tendent « à mettre en pièces, par une cruelle division, les membres du Christ? »

19. — Et, en effet, comment se conduisent nos pères en Jésus-Christ, nos pasteurs et maîtres ? La chose est si évidente qu'il n'est pas besoin d'exagération pour la peindre. Les populations italiennes sont en proie à une joie ineffable; mais leurs évoques ne cessent de se lamenter et de se plaindre. Elles adressent à Dîcn des actions de grâces pour les bienraits reçus ; mais les évêques, dans un langage accusateur, vont proclamant qu'il faut conjurer la colère divine, excitée par les crimes de la nation. La feule accourt dans les temples; mais les évêques la repoussent en la déclarant indigne de mettre le pied dans Je çancluaire. En un mot, tout ce que les

populations italiennes désirent ardemment , leurs évoques le maudissent ardemment.

20. — Dites-moi, je vous en prie, si ce n*est pas là exercer les Tonctions épiscopales au scandale des âmes à gouverner? N'est-ce pas prétendre par le fait que les évéques sont constitués dans TËglise pour leur propre bien, et non pour le bien de ceux à qui ils administrent la parole et le sacrement du Seigneur? N'est-ce pas refuser de coopérer à la paix du Christ et mettre ses membres en pièces par une division cruelle? N'est-ce pas mépriser, contre la loi évangélique, ce qu'écrit saint Augustin dans sa sixième réponse à Émerite : « Si nous sommes des serviteurs utiles, pourquoi mettre nos grandeurs temporelles avant les gains éternels du Seigneur? La dignité épiscopale sera plus fructueuse pour nous si, en la déposant, nous réunissons le troupeau du Christ au lieu de le disperser en la conservant. » M 'est-ce pas s'obstiner malgré les paroles du saint docteur : « Mes frères^ si nous pensons au Seigneur, notre poste est plus élevé que la vedette du garde,

mais îl n'y a pas de hauteur pour le superbe. SI, pour garder ma dignité épiscopale, je perds le troupeau du Christ, commeut la perle du troupeau ferat-elle hoDueur au pasteur ? » N'est-ce pas encore rouler aux pieds les conseils qu'ajoute immédiatement sstint Augtistth : « De quel frout, en effets espérerions-nous, dans l'avenir, l'honneur que nous û promis le Christ, si, dans le présent, notre honneur empêche l'unité chrétienne? »

21. — Et l'unité est mise 6n péril sans aucun doute par la conduite qu'ont tenue jtisqu'ici lei^ évoques d'Italie. C'est pour ôela que nous les prions humblement de ne pas prendre en mauvaise part les paroles suivantes de l'épître 148 de saint Auguslîfa à Valère : « Examinez bien si dans cette vie, fet surtout dans le temps présent, 11 y a rien de plus agréable que les fonctions d'évêque, de prêtre 6ù dd diacre, dès qu'on les remplit sans y attacher grande importance et pour satisfaire son ambition ; mais si, devant Dieu, il n'y a rien de plus misérable et de plus triste, 11 n'y a donc rien, dans cette vie et sur-

^ so -- (eut dans le temps présent, de plus difficile el do plus dangereux que les fonctions d'évêque, de prelre ou de diacre ; mais devant Dieu il n'y en a pas de plus heureuse si l'on combat suivant la manière prescrite par notre capitaine. »

22. — Quelle est cette manière , quelle est la prescription de notre capitaine? Prêtre de second ordre, soldat infime dans l'Église du Christ, je m'imposerais un silence éternel si je n'avais appris de saint Cyprien (lettres à Pompée) et de saint Augustin (chapitre 26 du livre V sur le Baptême) que l'évêque lui-même doit se faire disciple. « Celui-là est digne d'êlre disciple, qui est doux et pacifique ; îl faut, en effet, que l'évêque non seulement enseipie, mais qu'il soit enseigné, parce qu'on enseigne d'autant mieux qu'on apprend davantage. »

23. — Oubliant donc mon infirmité et ma faiblesse, je pénétrerai dans les voies de la divine puissance et, répétant, bien qu'avec des lèvres impures,

— 6 ) ce que les Pères m'out appris, j'exposerai les couiiiiandemenls et la volonté évidente et certaine de notre capitaine. Or, notre capitaine commande et veut que les évêques soient pour la paix du Christ ou cessent d'être évêques; il commande et veut que les évêques soient établis pour l'avantage du peuple chrétien et qu'ils fassent tout ce qui peut servir à la paix chrétienne ; il commande et veut que l'union du corps mystique ne soit pas violée ; il commandé et veut, que de ce corps, qui est l'Eglise, on éloigne le plus possible, par tous les moyens, le sacrilège du schisme^ lequel, selon le témoignage de saint Augustin (épîlre contre Parménien, livre I", chapitre 4) dépasse toute scélératesse ,» et que saint Cyprien, au rapport de saint Augustin (contre Cresconius, livre IV, chapitre 26), juge « égal à l'idolâtrie. » Car, d'après le sentiment du saint évêque d'Hippone, développant le psaume 72, a c'est bien peu de louer Dieu et d'annoncer ses louanges, tendez à l'unité. Ne divisez pas le peuple; forcez le à êlre un et faites-le un. »

21. — Ce qui précède nous permet de déterminer la fin pour laquelle TEsprit-Saint a donné aux évoques la direction de TÉglise de Dieu, de cette Église que le divin médiateur unit à soi comme sa propre chair en la purifiant dans la fontaine de la parole de vie. De nombreuses et illustres auiorités existent sur ce sujet dans les Écritures et dans la tradition ecclésiastique; nous nous contenterons, selon notre habitude, d'en citer un petit nombre, mais des plus significatives. Un précieux témoignage est rendu par saint Paul (chapitre k de Tépitre aux Éphésiens) : i Le Christ a mis des pasteurs et des docteurs < dans r Eglise pour la perfection des saints, pour « Tœuvre du ministère, pour Tédification du corps du « Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous « dans l'unité de la foi et de la connaissance du fils « de Dieu, dans l'homme parfait, dans la mesure de fl l'âge mâr du corps du Christ. »

25. — Donc, l'unité de l'Église opposée à la division et au schisme; l'unité de l'Église dont saint Paul dit (première lettre aux Corinthiens, chapi-

ire 1'') : « An nom de Noire-Seigneur Jésus-Chrîst, € je vous exhorte, ô frères, à avoir tous un même « langage, et à n'avoir pas de scliismes parmi « vous ; soyez tous unis dans le même esprit et « dans la même pensée;» Funité de l'Église à laquelle se rapportent ces paroles du Sauveur (saint Jean, chapitre 17) : « Je ne prie pas seulement pour a ceux-là, mais encore pour ceux qui croiront en « moi, afin que tous soient une même chose, <c comme toi, 6 Père ! tu es en moi, et moi en toi , <r afin qu'ils soient aussi une même chose en nous; » cette unité deTÉgllse, dis-je, si sublime et si divine, telle est la fin, tel est l'objet que le Christ a voulu symboliser et mettre en action par riustilution des évêques.

26. — Par la même raison qu'il a désigné l'Eglise au singulier, il a attaché le plus grand prix à ce que l'Église tout entière fût une^ et que les diverses Églises brillassent par V unité ; aussi l'unité est la marque éloquente du règne du Christ sur la terre, la marque de son corps mystique, du temple de Dieu, du bercail du

Seigneur, en sorte qu'on ne peut pas appeler troupei^H ^if Christ, soit dans uq lieu particulier, soit répandu du Levant au Couchant, celui qui p's) pas la prérogative de l'unité.

27. — Pour effectuer cette unité universelle et particulière, le Christ, conime un habile architecte, employa deux moyens. Avant tout, il donna à saint Pierre et à ses légitimes successeurs d'être le principal fondement de son Église, et par suite, comme on lit dans le commentaire de saint Ambroise sur le psaume 50, là est l'Église ou se trouve Pierre, et l'Église n'est pas là d'où Pierre est absent ; à Pierre seul et à ses légitimes successeurs il déféra la présidence de tout le troupeau, afin qu'on les reconnût comme les pasteurs des pasteurs , autour desquels, selon le témoignage de saint Irénée (contre les hérétiques, livre m, chapitre 3) « ^ cause dç leur sublime prééminence, il faut que l'Église, c'est-à-dire les fidèles qui sont partout, se réunissent; » à Pierre seul et à ses légitimes successeurs, il accorda l'autorité pour confirmer les frères dans la foi , pour

^ 6Ly —

conserver riiUogri té de la profession chrétienne et en défendre l'unité. « Tous les apôtres, dit Léon le Grand dans son quatrième sermon, couraient le même danger par suite de leur faiblesse, et tous avaient également besoin de la proteclion divine, parce que le démon cherchait à les troubler tous, à les précipiter tous dans la ruine, et cependant le Seigneur prend un soin spécial de Pierre, comme si la condition des autres devait être assurée tant que l'esprit de leur chef resterait invincible. En Pierre donc est garantie la force de tous, et le secours de la grâce divine est ordonné de telle façon que la fermeté donnée par le Christ à Pierre est transmise par Pierre aux Apôtres. >

28. — Par cette institution naturelle et céleste, le Christ obtint non-seulement que l'unité de l'Église catholique fût symbolisée dans Pierre seul et ses légitimes successeurs ; mais encore que par Pierre seul et ses légitimes successeurs, comme ministres suprêmes sous lui et avec lui, l'unité do TRiçliso catholique se constituât et se maintint. TiCs témoi-

giiages de la tradition chrétienne qui établissent ce point de doctrine ne pourraient être ni plus nombreux ni plus éclatants. En voici quelques échantillons :

29. — Le bienheureux martyr Cyprien crut que ce n'était pas assez d'avoir écrit dans sou épître 70 à saint Janvier et aux évêques de Numidie : « Une est rÉglise du Christ par origine, par raison d'unité. » Et dans Fépitre 73 à Juba ': « Le Seigneur ayant bâti l'Église sur Pierre, montrant ainsi l'origine de l'unité, lui donna le pouvoir de délier sur la terre et dans le ciel ; » car, traitant pour ainsi dire la question ex professa dans le livre de V Unité de l'Église^ il ajouta : « Le Seigneur dit à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je « bâtirai mon Église , et les portes de l'enfer ne préci vaudront point contre elle, et je te donnerai les « clés du royaume des cieux, et ce que tu lieras sur « la terre sera lié dans le ciel, et ce que tu délieras « sur la terre sera délié dans le ciel. » Après sa résurrection il lui dit encore : Pais mes brebis. 11

bâtît sur lui son Église et lui commande de paître ses brebîs, bîen qu'îl confère aux apôtres après sa résurrectîon un pouvoir égal en disant ; « Gomme ft mon père m'a envoyé, je vous envoie. Recevez « r Esprit-Saint. Les péchés seront remis à ceux à « qui vous les remettrez, et ils seront retenus à « ceux à qui vous les retiendrez. » Toutefois, pour manifester r unité, il a établi une seule chaire et a voulu qu'elle reçût son origine d'un seul. Les autres apôtres étaient semblables à Pierre, réunis dans la même compagnie et pourvus également d'honneur et de pouvoir ; mais le principe de l'apostolat part de l'unité, et la prééminence est donnée à Pierre, afin qu'on voie une seule Église du Christ, une seule chaire. Et tous sont pasteurs, et on voit un seul troupeau, lequel est dirigé du consentement unanime des apôtres, afin que l'Église du Christ apparaisse une. ^

30. — Si donc l'on demande quel a été le but du Christ en établissant la prééminence de Pierre et de ses successeurs, on ne peut donner que cette ré-

ponse, puisée à la source de la tradition catholique : cette prééminence perpétuelle a été divinement instituée afin qu'on aperçût en elle l'unité de l'Église universelle, et que par elle sa mission s'accomplît \ de là l'opinion de saint Cyprîen (épître 55) : « La chaire de Pierre est l'Église principale oii l'unité sacerdotale a pris origine. i> Et, en efiet, de la chaire de saint Pierre et de l'Église principale a dérivé et dérive toujours l'unité sacerdotale ; car« une est l'Église fondée par le Christ sur Pierre, par origine et raison d'unité. » D'où « c'est le bienheureux Pierre (dit Chrysologue, écrivant à Eulychès) qui vit dans son siège et préside, et sur qui, d'après saint Cyprien, le Seigneur a bâti son Église, où il a constitué l'origine de l'unité. »

31. — Cette origine de l'unité catholique, considérée soit dans l'intention soit dans le fait, est examinée par Optât quidit {contre Parménian, livre VII, chap. â) : « Pierre avait mérité d'être préféré à tous les apôtres pour le bien de Tunité. » Mais comment faut-il juger ce bien de l'unité en raison duquel le

bienheureux Pierre mérita la préférence sur les autres apôtres, eu sorte qu'il appartient à lui seul et à ses légitimes successeurs de diriger l'Église et de la maintenir unie ? Optât le dit en pressant Parméniau de cette apostrophe : « Tu ne peux pas feindre d'ignorer que la chaire cpiscopale, dans la ville de Rome, a été d'abord conférée à saint Pierre ; que le chef des apôtres s'y est assis.. . que dans cette chaire l'unité doit être conservée une par tous, afin qu'on ne vît pas les autres apôtres s'approprier les diverses chaires, de manière à faire noter comme schismatU que et pécheur celui qui, coatre cette chaire, en élèverait une autre. »

32. — Le bi€7i de l'unité^ pour lequel une loi divine établit la prééminence de Pierre et de ses successeurs, doit donc être entendu de cette façon, que toutes les chaires épiscopales, en s'unîssant à la chaire et à la doctrine de la chaire de saint Pierre, acquièrent l'unité, et que tous les pasteurs, ainsi que leurs troupeaux, eu société de communion et d'obéissance, adhèrent au pasteur des pasteurs, au

gouverneur universel. C'est pourquoi le Concile d'Aquilée, <r composé des représentants de presque toutes les provinces occidentales » et favorisé de la présence de saint Anibroise, adressa aux empereurs ces paroles : « Il fallut invoquer votre clémence pour empêcher de porter le trouble dans l'Église, tête du monde romain, et d'altérer la foi sacrée des apôtres, car d'elle rayonnent sur chacun les droits de la sainte communauté, v Qui ne veut, par consé" quent, être en dehors de la communion catholique, doit se réunir à l'Eglise romaine qui en est la source, et que pour cela saint Cyprien (épître 45) appelle la racine et la mère de l'Église catholique, et ailleurs (épître 55), c l'Église principale d'où a découlé l'unité sacerdotale. ^

33. — Pacien de Barcelone, méditant sur ce centre d'unité, écrit dans sa troisième lettre à Sempronianus : c Selon saint Mathieu, le Seigneur parla à saint Pierre, donc à un seul, afin que l'unité fût formée d'un seul, bien que peu après il ait fait le même commandement à tous les autres apôtres.

(i L'Eglise catholique devant être une, l'un des apôtres, Pierre, fut choisi divinement et revêtu d'une autorité suprêifie, pour former cette unité. Aussi, après saint Jérôme, dans le premier livre contre Jovinien et dans le dialogue contre le? Lucifériens, le pape Gélase P"^ écrit-il presque les mêmes choses (lettre 14) : a Pourquoi donc le Seigneur adresset'il si souvent la parole à Pierre? Est-ce que les autres bienheureux apôtres ne possédaient pas une vertu égale? Qui oserait l'afiBlrmer? Le Seigneur agit ainsi, ij établit un chef pour écarter toute occasion de schisme et pour montrer l'unité de la formation du corps du Christ, qui repose sur un seul chef spécialement et glorieusement choisi ; une est l'Eglise à laquelle a été confié le peuple fidèle, « Par ces paroles le Pontife entend l'Eglise romaine, il ajoute ensuite : < Le bienheureux Pierre fut mis sur ce siège qu'il a béni lui-même, afin que, suivant la promesse du Seigneur, les portes de l'enfer ne fussent jamais victorieuses, afin que ce fût un port sûr pour tous ceux qui combattent les flots de cette mer ; ceux qui parviendront à y aborder trouveront une demeure éternellement heureuse ; quant à ceux qui

s'en éloignent, ils verront 911 jojur du jugement quelles excuses pourront leur servir. i>

SA. — P'esl un merveilleux Jgibleau certainejpent que celui dans lequel l'unité de l'Église calholique et des Eglises particulières se manifeste et se réalise. Nous avons montré comment cela se fait pour l'Église catholiqwe, représentée par la Papauté et constituée par son aujtorijté, en sorte que l'institution divine de la Papauté peut être considérée comme un moyen et une fin, comme symbolisant et servant à former l'unité catholique. Les mêmes motifs d'admiration se retrouvent pour les pglises particulières. Chacune d'elles possède l'archétype de sa propre unité, son origine et son auteuf . En effet, l'Écriture ^t la tradition sont d'accord pour enseigner que les évoques, en représentant l'unité des Eglises qu'ils dirigent, sont les auteurs et les causes efficientes de cette unp. )^e grand BossuetafQrme donc sagement, dans le chapitre 21 de l'exposition de la doctrine de F Église^ f que l'autorité des évêques établit l'unité dans les Eglises particulières, et que le trône de

saint Pierre forme le centre commnn de tonte rnnîté catholique. »

S5. — Pour mieux comprendre cela, il faut se rappeler qu'il y a deux points hors de controverse dans la profession chrétienne ; le premier est ainsi mis en lumière par saint Cyprien, dans le livre sur V Unité de l'Église : « La tunique du Christ, non réunie par raiguille, mais tissue tout d'une pièce, resta indivise entre ses possesseurs pour indiquer que le peuple du Christ ne peut être divisé. La tunique formant un seul vêtement indivisible est Fimage de la concorde parfaite de tous ceux qui revêtent le Christ. 11 a voulu, sous le symbole et le mystère de son vêtement, nous déclarer l'unité de l'Église. Qui sera donc assez scélérat et impie, assez possédé du feu de la discorde, pour oser diviser, détruire l'unité de Dieu, le vêtement du Seigneur, l'Église du Christ? » Le même saint Cyprien développe ainsi le second point : « Et celte unité, nous devons la garder et la défendre avec fermeté, nous évoques principalement, qui sommes placés pour présider l'Église de Dieu et

pour prouver que Tépiscopat est aussi un et indivisible. ))

36. — Les résultats de cette sage organisation sont immenses ; on lui doit que tous les Gdèles c suivent l'Église romaine à cause du rang supérieur qu'elle occupe; i> on lui doit que k l'unité du sacerdoce, née du siège de saint Pierre, gravite autour de lui et y retourne comme à son centre et à sa source ; » grâce à elle, « tous reconnaissent l'Église romaine comme la racine et la mère de l'Église catholique ; » par elle on démontre que « Tépiscopat est un par l'union, la concorde, l'harmonie prêchée par beaucoup d'évêques, sauvegardée et défendue par l'autorité suprême de saint Pierre ; » l'unité de l'épiscopat en est la conséquence ; car bien qu'une portion du troupeau ait été confiée à chaque pasteur, et que les pasteurs soient très-nombreux, un seul néanmoins est le troupeau que tous dirigent ; il est par suite évident que la formation et la défense de cette splendide unité de l'Eglise appartient principalement à celui qui a

— 7/» — reçu du Christ au conimenceii]iept la garde de F unité naissante de son Eglise. »

'?n. — On doit encore à cette économie suprême de la divine sagesse, l'observatipp de la règle indiquée pajr Innocent I" : « ]L.çs évêques, suivait les anciens usages pratiqués partoi^t, ojjit toujours recouru, dans les cas douteux, au siégjB romain pour savoir la conduite qu'ils avaient à tenir, sachant par expérience que les réponses du siège apostolique parviennent dans toutes les provinces ^ ceux qui les demandent. » On lui doit (selon la doctrine du même Innocent P' écrivant au concile de Garithage) la conservation (c des exemples de Tancienne tradition et des usages de nos prédécesseurs, suivant lesquels les Eglises doivent prendre l'avis de Rome pour rendre des prescriptions, pour savoir ceux qu'il faut absoudre et ceux qu'il faut priver de l'onde salutaire comme étant SQnillés de tacjxes ineffaçables ; de même que les eaux répandues dans de vastes plaines conservent la limpidité de leur source, de même les Eglises conserveront ainsi l'empreinte de

leur chef pur et incorruptible. » On lui doit que l'Eglise reste l'inébranlable gardienne de cette loi divine, mentionnée par les Pères des trois synodes d'Afrique dans la lettre au pape Théodore, lettre lue, après la mort de ce dernier, devant Martin, dans la seconde session du concile de Latran. <r Nul ne peut nier qu'une rivière abondante ne coule du siège apostolique, arrosant et fécondant de ses branches toutes les parties du monde chrétien ; les Pères appellent sur elle dans leurs décrets une vénération particulière pour ce qui concerne la recherche des choses divines qui doivent être examinées avec soin et justice par le prince des pasteurs lui-même, lequel a reçu la mission de condamner le mal et d'approuver ce qui est digne de louange. En effet, les anciennes lois établissent que toute disposition à prendre, même dans les provinces les plus éloignées, ne doit pas être acceptée avant d'avoir été portée à la connaissance de votre auguste tribunal et conQrmée par son autorité. Toutes les autres Eglises doivent s'inspirer auprès de celle-ci, comme à la source primitive, pour l'enseignement de la doctrine catholique, afin que la pureté de la foi et les sacrements

— 7G — soient conservés purs dans le monde entier, j»

88. — On lui doit enfin de ne pas s'écarter des intentions du Christ, comme l'a éloquemment exposé plus d'une fois saint Léon le Grand. D'abord, dans sa lettre aux évéques de Vienne, il dit, traitant de la prédication évangélique : « Dieu voulut que cet office appartînt à tous les Apôtres, mais cependant qu'il résidât principalement dans le bienheureux Pierre, et se communiquât de lui comme du chef dans tout le corps, et que tout individu assez audacieux pour s'éloigner du siège de Pierre fût privé du ministère divin ; car ayant pris celui-ci pour représentant de l'unité indivisible, le Christ voulut désigner ce qu'il était par ces paroles : c Tu es Pierre f et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; » afin que le temple éternel, élevé par un don spécial de la grâce divine, eût une base solide dans la fermeté de Pierre. » Le même sentiment est exprimé dans les lettres à Anastase de Thessalonique : « Notre unité ne pourra rester solide et indivise sans le lien indissoluble de la charité. De même qu'un corps se com-

pose de plusieurs membres qui tous ne remplissent pas les mêmes fonctions , de même nous formons, quoique étant plusieurs , un seul corps en Jésus- Christ et chacun est une partie de l'autre. L'union du corps tout entier forme une seule santé, une seule beautép Cette union exige l'unanimité et l'harmonie de tout le corps, mais principalement la concorde des prêtres; car bien qu'il y ait parmi eux des différences de dignité, ils se rattachent toutefois à un ordre général ; de même parmi les apôtres il y eut une certaine gradation de pouvoir et, tous étant également élus, la prééminence fut cependant donnée à un seul sur les autres. De là vint aussi la distinction des évêques et une sage disposition ne permit pas que chacun voulût tout s'arroger ; il y en eut un dans chaque province et d'autres dans les plus grandes villes afin que par leurs soins toute l'Église communiquât avec le siège de saint Pierre et que nul ne s'écartât de son chef.

â9. — Il s'ensuit que l'institution générale des évêques et l'institution particulière du pontificat

suprême ont eu et ont pour but de faire fleurir également l'unité des Eglises particulières et celle de l'Eglise catholique , en sorte qu'elle reste toujours victorieuse contre les hérésies et les schismes. L'unité a été, est et sera le but à la réalisation duquel tendent par une vertu divine la hiérarchie et les ordres hiérarchiques. Quiconque mettra en péril cette unité, ou la violera, ou tentera de la détruire, se rendra coupable du plus grand des crimes en faisant obstacle à la sage volonté du Christ.

40. — Nouig le demandons maintenant, l'unité catholique egt-ellc protégée, défendue, et n'est-elle pas plutôt troublée et mise en péril par la majorité des évoques d'Italie qui repoussent leur troupeau, le persécutent, et, tandis qu'il prie et rend grâce à Dieu, s'en éloignent comme s'il était composé de païens et de publicains? « Qui écoutera (diraî-je en soupirant avec Jérémîe) ces horribles actes qu'a trop réellement commis la Tierge d'Israël? Qui donnera de l'eau à mon front ou une fontaine de larmes à mes yeux pour pleurer 03ux qu'a tués la fille de mon

peuple? » Oui je pleurerai nuit et jour ceux qu'a tués la fille de mon peuple, et je ne cesserai pas de pleurer tant que la paix et la concorde chrétienne ne seront pas revenues dans toute l'Italie entre le peuple et les pasteurs, à la satisfaction du ciel et de la terre.

ûl. — Ma douleur est d'autant mieux fondée que si la concorde ne remplace pas au plus vite les dissensions, si la paix ne succède pas à la guerre, l'unité à la division, la noble Eglise d'Italie courra non-seulement un grand danger, mais encore pourra bien [périr. Car, comme dit saint Ignace d'Antioche, a II n*y pas d'Eglise sans évêques, » et le même saint dît encore avec l'autorité de saint Cyprien dans la lettre 27 : « Notre-Seigneur, dont nous devons suivre les conseils et les préceptes, voulant indiquer dans FEvangile l'honneur dû aux prêtres et la raison d'être de son Eglise, adressa ces paroles à saint pierre : t Je te dis que tu es Pierre et que sur cette « pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de 1'^- « fer ne la vaincront pas, et je te donnerai les clefs

« dii royaume des deux , et tout ce que tu auras « lié sur la terre sera lié dans le ciel , et tout ce que « tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Ainsi à travers le cours des siècles se conlinue Tordre épiscopal et l'existence de l'Église, celle-ci étant fondée sur les évêques et tous ses actes émanant de leur autorité. » Loin de contester ces doctrines qui portent le cachet de la vérité, nous leur donnons spontanément notre adhésion complète.

Û2. — Nous adhérons par le même motif avec non moins de fermeté à l'opinion , d'abord évidente en soi, qu'exprime saint Cyprien (lettre 69) quand, établissant que l'Église est une, et après avoir expliqué en quoi consiste la véritable unité, il dit : a L'Église est une foule assemblée autour d'un prêtre, et un troupeau uni à son pasteur. »

De même donc qu'il n'y a pas d'Église si le prêtre et le pasteur manquent , parce que le corps n'existe pas sans la tête , de même il n'y pas d'Église si la foule assemblée et le troupeau uni font défaut, parce que le corps n'existe pas sans membres.

43. — Or, quelle est, el presque partout en Italie, la condition, quel est l'aspect du peuple chrétien? Présente- t-il cet ensemble de foules unies sous le ministère sacerdotal ? Est-ce vraiment uu troupeau rassemblé sous la direction de ses pasteurs? Comment cela serait-il puisque les prêtres s'éloignent chaque jour du peuple et que les pasteurs se séparent du troupeau confié k leurs soins? A peine y a-t-il en Italie quelques Eglises offrant le consoant spectacle d'une foule assemblée autour d'un prêtre, d'un troupeau qui ne dédaigne pas de s'approcher de son pasteur.

Quelle est donc notre pensée sur les Eglises d'Italie? Nous le disons franchement, elles ne sont plus que des ombres, et plaise à Dieu qu'elles ne se dissipent pas peu à peu, si les évoques et les pasteurs des âmes lardent à entrer dans le sentier de la conciliation, de la concorde et de la paix !

44. — Us devront entrer nécessairement dans cette voie s'ils se rappellent qu'ils tiennent la place de celui qui est venu sur la Icrre pour sauver ce qui

était perdu; sMls se rappellent que la principale différence entre les pasteurs et les mercenaires consiste précisément en ceci, que les derniers sont satisfaits avec de Tor, tandis que les premiers donnent leur vie pour leurs brebis; s'ils se rappellent qu'un précepte divin leur ordonne de veiller soigneusement au salut de leurs ouailles comme devant en rendre compte un jour; s'ils se souviennent qu'il n'y a pas de plus grande perfidie que d'être un sujet de scan dale auprès de ceux pour qui le Christ est mort ; s'ils se souviennent de la charité de saint Paul, disant dans sa première lettre aux Corinthiens : « J'é- « tais libre, je me suis fait l'esclave de tous, afin de « gagner le plus grand nombre. Je suis allé aux t Juifs , comme Juif, afin de gagner les Juifs ; à ceux « qui acceptent la loi, comme si j'acceptais la loi, « afin de gagner ceux qui acceptent la loi; à « ceux qui n'acceptent pas la loi comme si je « n'acceptais pas la loi (bien que je sois sous « la loi du Christ), afiu de gagner ceux qui n'ac- « ceptent pas la loi. Je me suis présentîé comme « faible aux faibles, afin de gagner les faible?; « pour tous j'ai été quelque chose, afin de les sauver

c tous ; » s*ils se souviennent des paroles de Dieu à Isaïe : « Voici mon esclave, mon être, mon âme se « complaît en lui. 11 ne brisera pas le bâton usé et a n'éteindra pas la lampe encore fumante; il jugera « selon la vérité. 11 ne sera ni triste ni inquiet pen- « dant tout le temps qu'il établira la justice sur la « terre ; les îles attendront sa loi ; » s'ils se rappellent enfin les reproches que Dieu adresse par la bouche d'Ezéchiel (chapitre 34) aux pasteurs d'Israël, parce qu'ils avaient négligé les devoirs de la charité : « Vous n'avez pas restauré le faible , vous n'avez « pas soigné le malade, vous n'avez pas remis les « membres rompus, vous n'avez pas relevé les brebis « tombées, vous n'êtes pas allés à la recherche des « brebis égarées; mais vous avez gouverné avec rî- « gueur et cruauté. Et mes brebis se sont dispersées « parce qu'elles élaient sans pasteur, et les bêtes « féroces les ont dévorées. Mes troupeaux ont erré c sur les montagnes et les collines; ils se sont dis- « perses par toute la terre, et personne n'est allé à « leur recherche, personne n'a saisi leur trace. ^^

^ 84 - /^5. Que faut-il eslimer digne du nom cl de la mission de pasteur? Celui-là seulement qui, dans la mesure de la force humaine, aura mis en pratique ce que Dieu recommande dans le même endroit par la bouche d'Ézéchiel : « J'irai à la recherche des « brebis perdues, je relèverai celles qui sont lom- « becs, je panserai les blessées, je restaurerai les « faibles, j'aurai l'œil sur celles qui sont grasses et « robustes, je les soignerai toutes avec sagesse. » Et s'adressant ensuite aux pasteurs, il ajoute : « Le « Seigneur a dit ceci : Voici que je distingue entre « le bétail gras et le bétail maigre, parce que vous c poussiez avec les flancs et les épaules les brebis « faibles, et que vous les jetiez en l'air avec vos cor- « nés jusqu'à ce qu'elles se fussent enfuies. Je sau- « verai mon troupeau, il ne sera plus un objet de a rapine et je jugerai entre troupeau et troupeau. « Je susciterai à mes brebis un pasteur unique qui « les gouvernera, mou serviteur David; il sera leur « guide et leur pasteur. Et moi le Seigneur, je « serai leur Dieu, et mou serviteur David sera « prince au milieu d'elles ; c'est moi le Seigneur qui « ai parle. Et je ferai avec elles une alliance de paix,

— So —

a et j'exlerniînerai sur leur domaine les bêles

« cruelles, et celles qui seront seules pourront dor-

(c iiiir tranquillement dans les bois. Et je bénirai ma

c montagne, et j'enverrai en son temps la pluie, et la

« pluie sera une bénédiction.... Elles ne seront plus

a la proie des nations, les bêtes féroces ne les dé-

€ voreront plus, elles reposeront en paix et sans

I « frayeur. Et on connaîtra que le Seigneur est avec

; « elles; et c'est la maison d'Israël qui sera mon

a peuple, dit le Seigneur Dieu. Et vous, hommes,

! <r vous êtes mon troupeau, troupeau que je fais

I c naître, et je suis le Seigneur votre Dieu, dit le

i C Seigneur Dieu. »

46. — Si, d'un côté, Tespérance d'un retour nous console, de l'autre nous sommes troublés par la crainte que nos paroles ne provoquent , non pas un paternel avertissement, mais des reproches durs et amers, qu'une voix pleine d'autorité ne nous menace et ne nous désigne aux fidèles comme égarés et trompés. Quelle plus grande erreur, nous dira-t-on, que d'espérer et de croire que les évoques catholi-

ques et le Pontife romain adhèrent aux demandes des Italiens, approuvent leur cause et se rallient au nouvel ordre de choses? Il est beaucoup plus facile de traverser Timmensité du ciel et de la terre que de détourner l'épiscopat catholique de celte guerre sainte par laquelle il s'est efforcé jusqu'ici d'arrêter la révolution italienne et de détruire les faits ac complis.

47. — Mais, de grâce, demanderons-nous pourquoi ce ferme. dessein , celte pensée irrévocable? Comment justifient-ils leur résolution et leur conduite d'une façon conforme à la raison et à la foi? Deux motifs sont avancés par eux ; pour exprimer le premier , ils paraissent emprunter le langage de saint Augustin commentant les paroles suivantes du psaume 128 : Souvent ils m'ont assailli dès ma jeunesse : € Déjà l'on attaque la vieillesse de l'Eglise, mais soyez sans crainte. Les ennemis ont eu beau la poursuivre sans relâche, ils ne sont jamais parvenus à la détruire. Qu'Israël se console donc, quiil se félicite avec l'Église des événements passés et qu'il

dise : « Souvent, ils m'ont assailli dès ma jeunesse et « ils n'ont rien pu contre moi. » Ils m'ont attaqué, ils m'ont habitué à la liitte, mais ils n'ont pu m'abattre. Ils ont agi avec moi comme le feu avec l'or, et non comme le feu avec la paille ; ils m'ont purifia et non pas réduit en cendres. Ils n'ont rien pu contre moi, parce que je ne l'ai pas voulu, parce que je ne suis pas devenu semblable à eux-mêmes. Les pécheurs ont bâti sur mes épaules. Ils ont pesé sur moi, mais sans pouvoir me faire céder; tV^ ont prolongé leurs iniquités. Ceux qui régnent injustement florissent dans la prospérité, et pour employer une expression vulgaire, les impies tonnent et sont exaltés pour leur méchanceté et leurs calomnies; mais il n'en sera pas toujours ainsi, parce qu'il est dit : c( Le Seigneur est juste, il a tranché la tête des € pécheurs ; que tous les ennemis de Sion (c'est^àa dire de l'Eglise) soient confondus et mis en fuite. » Ceux-là ne veulent pas observer la parole de Dieu, c'est pourquoi ils seront comme l'herbe des toits qui se dessèche avant d'êti-e cueillie.

48. — A ce motif ils en joignent un autre qu'ils expriment également par les paroles de saint Augustin, dans le chapitre 3 du MweDela vraie religion : « L'Église calholique, merveilleusement répandue dans le monde entier, emploie tous les pécheurs pour sa propre gloire et pour leur amendement. Les gentils sont pour elle une matière d'action, les hérétiques une preuve de sa doctrine, les schismaliques un témoignage de sa fermeté, les juifs un moyen de faire ressortir sa supériorité. Aussi invite-t-elle les uns et exclut-elle les autres, abandonne-t-elle ceuxci et appelle-t-elle ceux-là; elle ouvre cependant à tous une voie vers la grâce divine. Elle tolère ceux qui vivent ou sentent selon la chair comme l'épi qui conserve le grain dans Taire. Mais comme chacun est dans l'aire paille ou grain, selon sa volonté, l'erreur ou le péché sont tolérés tant qu'il ne se présente pas d'accusateur ou que le coupable ne se met pas à défendre d'un esprit obstiné sa mauvaise opinion. Quant aux exclus qui, ou bien reviennent repentants, ou bien se jettent dans les plus graves iniquités, ils nous préviennent par leur exemple qu'il faut se tenir soigneusement en garde ; en provoquant

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