ACTE I, SCtNE III
A Benko.
On aura soin de toi, chanteur, je le promets.
Elle congédie d'un geste Benko et les deux soldats. Allez !
Lct^are, Ouroscb et Benko sortent.
JC£5\:£ III
MICHEL, BAZILIDE. Michel s'approche du rempart à gaucU
et regarde au loin avec anxiété.
MICHEL
Ce messager ne viendra-t-il jamais ?
BAZILIDE
Viddin est loin, la route est pénible.
MICHEL, tris agité,
Ehl qu'il crève Un cheval, mais qu'il vienne et dissipe mon rêve... Car la Diète, à cette heure, a dû nommer un roi... Qui peuvent-ils avoir élu?... Si c'était moi ?... Mais j'aî tort d'espérer. Le peuple est pour ce prêtre. C'est lui qu'ils choisiront... Pourtant, qui sait?... Peut-être,., En un instant on voit les caprices changer... Par le démon 1 quand donc viendra ce messager?
BAZILIDE
Patience !
MICHEL
Ah! ce peuple est ingrat et stupidel...
Ainsi, pour eux, pendant douze ans, chef intrépide. J'aurai fait reculer l'étendard triomphal Surmonté du Croissant et des crins de cheval I Pour qu'ils sèment en paix leurs maïs et leurs seigles. Mon sabre aura donné de la pâture aux aigles 1 Pour eux tous, laboureurs, ouvriers, trafiquants, J'aurai barré la route aux Turcs, dans les Balkans, Et mon canon vainqueur aura rempli ces gorges De grondements d'orage et de lueurs de forges ! Pour qu'ils vivent sans crainte et qu'ils puissent, le soir Au seuil de leur demeure, en famille, s'asseoir. J'aurai vieilli captif, moi, dans ma place forte Où j'ai mis, seul trophée, au-dessus de la porte. Comme les paysans font parfois d'un hibou.
Vingt crânes de pachas traversés par un cloul Cette invincible main, qui de colère vibre.
Aura fait ce pays riche, prospère et libre.
Puis, le trône étant vide et semblant à mon gré» On me préférera ce vieillard tonsuré!...
Un prêcheur très exp^ert en grimaces sacrées. Populaire, faisant le pauvre... Simagrées 1... La couronne des rois tremblera sur son front, (^'importe? C'est TÉvêque!... Et tous préférenoat A mes cris belliqueux ses prières peu sûres.
Et le vin de sa messe au sang i!e mes blessures.
ACT£ ly SCÈNE III If
Vainement le feu roi m'a voulu désigner Comme le seul capable, après lui, de régner; En vain il m'accorda l'impôt d'une .province, L'aigrette des boyards et le titre de prince. Ils éliront le vieil évêque, j'en suis sûr.
— Toi, Michel, tiens-4oi prêt pour le combat futur. Othorgul va bientôt reprendre la campagne.
Défenseur des Balkans, reste sur ta montagne. Veille pour eux, soldat; ils veulent sommeiller. Et leur ingratitude est un doux oreiller...
Ah I prends garde pourtant, ô peuple, bête brute. Qu'à la fin le soldat ne soit las de la lutte ; Prenez garde, bourgeois au cœur vil et bourbeux Laboureurs^encor plus stupides que vos bœufs, Vieuifboyards idiots, moines à face glabre.
Qu'un jour sur mon genou je ne brise ce sabre Qui seul protège encor votre or et vos moissons, Dussiez-vous m'égorger avec les deux tronçons 1
BAZILIDE
Une autre vous dirait. Monseigneur, pour vous plaire c Calmez^ousl.,. » Moi, Michel, j'admire ta colère. Le lion n'est jamais plus beau qu'en rugissant; Et sur ce noble front où monte un flot de sang. Moi, fille des Césars et des anciens Patrices, J'aime à voir le courroux blanchir tes cicatrices. Que m'importe, après tout, qu'un vote de hasard Donne ou non pour un jour le trône à ce vieillard. Et que l'ignoble envie un moment t'en évince I Tu seras roi, soldat; vous régnerez, mon prince* .«.
Quand j'étais tout enfant, le devin de la Cour, A Byzance, m'a dit : « Vous serez reine, un jouri » Et toujours devant moi ce souvenir se dresse. Oui, Michel, à ce front que votre main caresse, La couronne royale est faite pour briller.
Tu me la gagneras, mon brave aventurier; Tu me la gagneras par force ou par malice!
Comme tu seras beau, présidant un supplice.
Et quel orgueil secret et charmant j'aurai, moi, D'être seule à ne pas trembler devant mon Roil Oui, mon Roi! Je le veux!... Ce misérable évêquel... Va, Michel, je suis femme et, de plus, je suis Grecque, . Et quiconque une fois m'a déplu s'en repent.
Enlacé dans mes bras, tu dis parfois : « Serpent! »
Serpent, soit. Mais le souple et venimeux reptile,
En certains cas, est plus que le grand fauve, utile.
Parfois ton rude bras n'aura pas à frapper;
Je puis mordre pour toi, pour toi je puis ramper...
Serpent, soiti mais pareil à ce python d'Asie
Qu'un nègre fait danser selon sa fantaisie.
Et qui revient toujours, esclave familier.
Pendre au cou du jongleur son doux et froid collier.
MICHEL
Je t*aime, Bazilide, 6 charmeuse, ô sirène!
Si je veux être roi, c'est pour que tu sois reine... Comme je suis changé, pourtant, et ce que c'est Que de nous! Car la gloire, hélas! me suffisait; Jamais je ne rêvai couronne ni royaume...
Mais tu vins et tu mis dans cette rude paume,