ACTE II, SCÈNE II
BAZILIDE
Que dis-tu?
BENKO
Qu'on vous a laissé tout le loisir De mener au succès cette trop longue intrigue, Que le Sultan, mon maître, à la fin se fatigue D'accorder des délais et de toujours surseoir, Et que, si je n'ai pas de réponse ce soir, Si Brancomir hésite encore ou se rétracte, Je pars...
BAZILIDE
Tu pars?
BENKO
Et vais offrir le même pacte — Entendez-vous, princesse? — au plus entreprenant. Et si quelque soldat, si quelque lieutenant Veut être plus hardi que Michel et plus sage, Et nous donne un moyen de forcer le passage.
Fût-il serf et bâtard, c'est lui qui sera roi.
BAZILIDE
Assez, Turc insolent, et prends bien garde à toi. ^ Je puis faire, d'un mot, flamboyer les épées. Ibrahim, souviens-toi de ces têtes coupées Qu'on cloue à notre mur et qu'on laisse pourrir.
BENKO, haussant les épaules.
■ Vous me faites pitié... Le Croyant sait mourir.
Changeant de ton et avec humilité.
Est-ce qu'à nos projets la princesse renonce ?
BAZILIDE
Jamais I... C'est donc ce soir que tu veux ta réponse?
BENKO
Ce soir même... On vous a parlé de ces guetteurs Qui, dans les défilés, veillent sur les hauteurs, Près d'un bûcher, l'oreille à tous les bruits ouverte, Et dont les feux vingt fois vous ont donné l'alerte. Dès longtemps, ces signaux nous barrent le chemin; Ils ont fait échouer nos meilleurs coups de main. Et toujours pour le Turc les nuits furent sanglantes Où Ton vit s'allumer ces flammes vigilantes.
Sans elles, les Balkans eussent été forcés.
Or, on change ce soir les gardiens, je le sais. Donc, si votis décidez Brancomir, tout à l'heure, Qu'au chemin de Trajan, la route la meilleure, Le guetteur soit absent, le feu ne brille pas; Mais que le prince seul vienne à minuit là-bas. Je préviens Othorgul, nous nous mettons en marche, Nous prenons le chemin de Trajan, et, sous l'arche Où triompha jadis le grand César romain.
Le Slave et l'Ottoman se donneront la main.
Puis, franchissant les monts, ils iront par la plaine A Viddin, et demain... demain vous serez reine.
BAZILIDE
Eh bien, c'est entendu. Car il faut en finir. Avant qu'il soit longtemps Michel va revenir.