ACTE II, SCÈNE VI f
J*y ferai près de moi place à ma Bazilide,
Et je m'y sentirai plus ferme et plus solide,
Et les profonds coussins m'en paraîtront plus doux.
Si j'ai pour marchepied ce corps percé de coups I
BAZILIDE
Vaine fureur, Michel, inutiles blasphèmes!
Tout un peuple le garde, et tes soldats eux-mêmes
Sauraient bien garantir l'évêque ou le venger.
MICHEL
Ahl Dieul Toujours sentir le frein et le ronger I Obéir à ce vil diseur de patenôtres 1 C'est odieux!... Que faire?
BAZILIDE
Eh I ce qu'ont fait les autres, Ce qu'ont fait Assen, Jean, Sava, tant d'autres rois, Se mettre du côté du plus fort.
MICHEL
Oui, vingt fois Tu me l'as dit... Souvent j'y songe, aux heures noires. Mais s'allier au Turc... Oh I mes vieilles victoires!
Pourtant — et c'est un ordre ici que je transmets — Il faut s'y décider tout de suite ou jamais.
MICHEL
Un ordre I A moi !
BAZILIDE
L'orgueil ici n'a rien à faire.
f4 POUR LA COURONNB
L'acte n'a jamais lieu que toujours on diffère. Michel, il faut tenter ou non ce coup hardi ; Car enfin ta faiblesse a lassé TeSendi.
C'est trop de lutte sourde et d'angoisses confuses. Ibrahim partira ce soir, si tu refuses.
MICHEl,.
Quoi? Ce soirl
BAZILIDB.
Et ce prix que tu peux conquérir^ Ce trône des Balkans, le Turc ira l'offrir — Entends-tu bien, Michel? — à l'homme de courage Qui, dans ces monts, saura lui livrer le passage; Et le lourd diadème aux joyaux rayonnants Sera mis sur le front d'un de tes lieutenants. Et, fût-il un vil serf, les choses seront telles.
MICHEL
Tous le repousseront, hélas I tous sont fidèles.
Alors fais donc comme eux, laisse l'ambition. Reste à ton poste et monte ici la faction.
Fais comme tes soldats, te dis-je, et les imite. Pourvu que son pilai cuise dans sa marmite Et qu'il touche sa solde intacte au jour promis, L'honnête janissaire est content et soumis, Et, lorsque son aga le soufflette, il s'incline. Fais comme tes soldats. C'est beau, la discipline!
MICHEL
Par la mortl Je jouerais ce rôle avilissant I..«