ACTE II, SCÈNE VI fl
MICHEL BRANCOMIR, BAZILIDE, MILITZA, LES Chasseurs. Brancomir, un épieu à la main, entre, pri- Udi et suivi par les chasseurs. BaT^ilide Vauompaqne.
MICHEL, d^ une voix raiîîeuse.
J'ai tué l'ours! L'exploit sans doute est glorieux Pour le chef des Balkans, vingt fois victorieux... Un monstre très farouche et de la grande espèce !••• Je l'ai tué d'un coup... Holàl qu'on le dépèce, Et qu'on envoie, ainsi qu'un présent qui vaut cher, Sa fourrure au vieux roi pour qu'il ait chaud l'hiver. 11 ne souhaite pas d'ofirandes plus guerrières. C'est un saint; nous devons la paix à ses prières. Jadis aux Turcs vaincus j'arrachais leur drapeau. Je n'ai tué qu'un ours ; envoyez4ui la peau.
Allez !
Les chasseurs sortent, MiUtia les suit sans être remarqua.
SCÈt^E VI
MICHEL BRANCOMIR, BAZILIDE.
MICHEL, avec accablement.
Oui, c'est ainsi. Le soldat le plus brave.
Le chef le plus fameux de tout le pays slave A pour seuls ennemis les aurochs et les ours...
BAZILIDE
Et celle qui naquit et grandit dans les cours, Oui, celle qui descend des Porphyrogénètes, Languit en contemplant la neige sur les crêtes, Bercée au rhythme dur d*un chant bohémien...
Va, ton sort n*est pas plus à plaindre que le mien. Il nous faut désormais descendre côte à côte Notre morne chemin, Michel... A qui la faute?
MICHEL
Grâce! Par tes regrets je suis trop torturé.
J'ai pour toi, tu le sais, ardemment désiré
Cette place où Tintrigue a mis Tévêque Etienne.
Mais, h présent, comment veux-tu que j'y parvienne?
Comme son successeur? Et dans combien de temps?
Il est robuste et vert, malgré ses soixante ans.
Tous l'adorent ainsi que la plus sainte icône.
Vois-tu, ce scélérat vieillira sur son trône.
Vénéré comme un père, obéi comme un tzar;
Et Liben, le fameux voyant de Kilandar,
L'ermite qui, dit-on, parle avec le tonnerre,
A prédit autrefois qu'il serait centenaire...
Enfer! Vivre cent ans!... Ah! pour cela, vieillard.
Il faut une poitrine à l'abri du poignard,
Et cette dague, un jour, par cette main saisie.
Fera, si je le veux, mentir la prophétie.
Oui, j'irai jusqu'au meurtre, et, quand j'aurai frappé.
Nul ne m'arrachera de mon trône usurpé;