‹ Pour la couronne: drame en cinq actes, en versChapitre 4 sur 65 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

d BENKO.

Paurre poète errant, qui veux être son hôte, J'aimerais à chanter cette gloire si haute.

L'œuvre du grand Michel, compagnons, dites-la, Et je la. rimerai sur un* air de guzla.

LAZARE

Fais-le. Nous t'en saurons garder reconnaissance... Le sultan Mohammed avait conquis Byzance ; Le Croissant voyait tout céder à son effort; Hunyade était mort; Scanderbeg était mort.

Semblables aux forçats qu'on fouaille et qu'on garrotte, Tous, le Grec, le Magyar, le Serbe, TÉpirote, Tous, gens de la mer Noire ou du Monténégro, Tendaient leurs bras aux fers et leur gorge au bourreau. Le Turc étant le maître alors, il fut atroce. Chaque pays saigna sous un pacha féroce, Et, de Bude à Warna, tout fut ruine et mort.

Au seuil de sa tanière ou sur son château-fort, Pâture des corbeaux, le boyard ou l'heiduque Pourrissait, empalé de la cuisse à la nuque.

Tous les princes tremblaient et payaient la rançon; Et le cavalier turc avait à son arçon, - En souvenir de* ses victimes écharpées, Un hideux sac de* sel plein d'oreilles coupées. On n'avait jamais vu de jours si malheureux, les voyageurs parlaient de présages affreux.

En Pologne, empourprant la verdure des haies, les christs des grands chemins saignaient par leurs cinq plaies ^n portrait de la Vierge, à Prague, avait pâli;

Et, devant le succès fatal de TOsmanli, L'Europe des chrétiens reculait, affolée, Avec un long sanglot de vierge violée !

"^ OUROSCH.

Oui, c'est vrai. Je suis vieux; j'ai vu ces temps maudits.

LAZARE

C'est alors qu'acceptant la lutte un contre dix,

Daris ce royaume obscur des vieux Balkans, un Slave,

Un chrétien, eut horreur du joug et de l'entrave.

Secouant la torpeur de notre défunt roi,

11 osa relever l'étendard de la foi.

Fit broder un Christ d'or sur sa bannière blanche,

Et. seul, il repoussa l'effroyable avalanche.

Le feu roi, conseillé par Michel Brancomir,

Au Sultan renvoya son vain titre d'émir,

Refusa le tribut et fit appel aux armes.

Tout le peuple, appelé par les tocsins d'alarmes,

Parut devant Michel. A la voix du héros.

Les lourds sabres rouilles jaillirent des fourreaux.

On l'acclama pour chef, on jura de le suivre.

Ayant donc fait des vœux aux icônes de cuivre,

Senti les douces mains des aïeux sur son front

Et pris congé des siens d'un baiser rude et prompt.

Chacun vint sur ces monts où Michel mit son aire

Et mêla désormais ses canons au tonnerre.

Le vieux Sultan, rêvant supplices et gibets.

Avait lancé sur nous ses pachas et ses beys.

Les plus cruels, ceux-là que ces damnés préfèrent;

Mais, accourus ainsi qu'une trombe, ils trouvèrent

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