ACTE I, SCÈNE I
Michel debout au seuil de chaque défilé.
Alors sur ces sommets tant de sang a coulé
Qu'il rougissait au loin l'écume des cascades.
Toutes les nuits, combats, surprises, embuscades ;
Nous glissions vers les Turcs, ventre à terre et rampants;
Chaque quartier de roc cachait un guet-apens;
Sous un bloc ébranlé d'une seule pesée.
Toute une bande, un jour, par moi fut écrasée
Et périt sans pouvoir même crier : Allah !
La bataille a duré douze ans comme cela.
Dans ces vieux monts brûlant d'une ardeur de fournaise;
Et, comme la marée au pied d'une falaise.
Toujours TefTort des Turcs se brisait aux Balkans...
Aujourd'hui leurs assauts deviennent moins fréquents.
Leur Othorgul-pacha campe bien dans la plaine;
Mais le tigre d'Asie est las et prend haleine.
Ses bonds n'ont pas atteint notre aigle dans son nid,
Ses crocs se sont usés contre le dur granit;
Et, tout sanglant, vautré dans les moissons dorées,
Il regarde, en pleurant, ses griffes déchirées.
BENKO
Oui, ce Michel est grand. Tu dis vrai, compagnon. Désormais, dans mes vers je veux unir son nom A ceux de Vlad le Diable et de Jean Hunyade.
Je dirai ses hauts faits de bourgade en bourgade, M'accompagnant, pour mieux les célébrer encor, Sur mon luth albanais où tremble un grelot d'or... Mais, dis-moi, ce héros, ce batailleur si rude Vit donc seul avec vous dans cette solitude?
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LAZARE
Non pas, il a sa femme et son fils Constatîtin. Quand Michel, commençant son glorieux destin. Du côté du bon droit fit pencher la balance.
L'enfant n'était qu'un page et lui portait sa lance. Mais l'exemple du père était bon. Aujourd'hui, Constantin est un homme, un soldat comme lui; Et la patrie, heureuse et d'eux seuls occupée, A ce poignard nouveau près de sa vieille épée.
BENKO
Et — l'on veut tout savoir des hommes éclatants — La mère?...
LAZARE
Elle est, hélas I morte depuis longtemps...
Mais le feu roi — que Dieu garde avec lui son âme I — A fait prendre à Michel une seconde femme, La noble Bazilide... Ohl d'aïeux très lointains. Elle descend, dit-on, des Césars byzantins.
BENKO
Elle est belle?
LAZARE
A damner un saint!
BENKO
Et Michel l'aime?
OUROSCH, de sa place, avec brtisquerie.
Oui. Trop... pour un soldat.