‹ Pour la couronne: drame en cinq actes, en versChapitre 48 sur 65 · ACTE IVy SCÈNE III 8f · texte numérisé non relu

ACTE IVy SCÈNE III 8f

Son pauvre amour pour toi, triste maître à l'œil sombre ; Son amour qui fleurit et s'exhale dans Tombre. J'ignore tes chagrins, mais je sais seulement Qu'au parfum de mes fleurs et de mon sentiment Tu parais moins souffrir et que tu te reposes. Je t'apporte des lys, des œillets et des roses. Que mon bouquet dissipe un moment ton ennui.

Laisse-moi me placer à tes pieds avec lui I En le cueillant, de toi ma pensée était pleine; Daigne un peu respirer son souffle et mon haleine. O maître! laisse-nous embaumer tes douleurs.

Souris à mon sélam. Je t'apporte des fleurs.

CONSTANTIN

Je demandais la mort. O cruelle ironie!

Et l'amour vient s'offrir... Cependant, sois bénie. Toi qui de mon supplice adoucis la rigueur.

Seule et dernière étoile en la nuit de mon cœur. Sois mille fois bénie, enfant tendre et sauvage. Qui de l'homme brutal as subi l'esclavage.

Car ton instinct fait honte à tout l'esprit humain. Le chien du meurtrier lui lèche encor la main.

MILITZA

Quel mot prononces-tu? Sois confiant, mon maître. Le chagrin qui te navre, oh 1 fais-le-moi connaître. Me suis-je donc trompée alors qu'en ta maison J'ai cru voir se glisser la pâle trahison?

Dis-moi comment la mort soudaine est descendue Sur l'homme dont là-bas triomphe la statue,

86 POUR LA COURONNI

Et pourquoi, depuis lors, le vent du désespoir Souffle sur toi-..

CONSTANTIN

Non ! non I Tu ne dois rien savoir* Mon père est un héros tombé pour la patrie; Et le soupçon dont fut sa loyauté flétrie Par nous deux, et qu'ici tu m'oses rappeler, Milltza, jure-moi de n'en jamais parler!

MILITZA

J'obéirai. Sur quoi veux-tu que je le jure?

Là, tiens, sur ce poignard qui vient de ta ceinture

Et que je porte ainsi qu'un souvenir sacré!

Je ne parlerai plus de cela. C'est juré.

Du moins, apaise-toi, cher maître. Que ma lèvre

Se posant sur ta main en calme un peu la fièvre,

Et si, comme cela t' arrive quelquefois.

Tu verses une larme, attendri par ma voix.

Permets que je recueille et boive cette larme,

Car pour moi, vois-tu bien, c'est une ivresse, un charme,

Un bonheur qui ne peut même au ciel exister,

Et qui remplit mon cœur à le faire éclater.

CONSTANTIN

Durez! prolongez-vous, instants heureux et calmes Halte du voyageur au désert sous les palmes ! Visite du soleil au pauvre prisonnier!...

Ma pensée est un champ de bataille, un charnier, Pauvre femme ! mais, grâce à ta bonté touchante, Un papillon y voie^ une fauvette y chante.

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