Pensées d'un homme ({Etat, p. 166 et suivantes
i6 LE CONFLIT FINLANDAIS.
les peint, groupés avec talent, aux yeux de ses compatriotes, comme choses inhérentes à la politique libérale. Ce ne sont pas dans sa pensée des tendances contre lesquelles on peut veiller et lutter avec quelque succès^ Il y voit des conséquences nécessaires du libéralisme ; on ne peut épouser ce dernier sans, bon gré, mal gré, accepter aussi ces mauvaises choses, qui en sont inséparables. Nous connaissons ces tendances malfaisantes. Nous les connaissons par les avertissements que nous ont donnés des fils de notre civilisation occidentale elle-même; car, certes, il n'est point nécessaire d'être né à Test de la Vistule pour en être frappé. Nous les connaissons, hélas ! par nos propres yeux. Nous pouvons donc nous dispenser d'analyser dans tous ses détails le Recueil de Moscou, et nous nous bornerons à signaler les points les plus saillants.
Dans cette partie de son exposé, l'auteur prend pour point de départ l'aveuglement qui nous empêche de discerner les bienfaits que le césaropapisme assure à la Russie 1 . Aussi sommes-
i. Pensées et un homme (tEtat, p. 9.
nous, à ce qu'il pense, irrésistiblement entraînés vers la toute-puissance de l'État 1 . En effet, partout où Ton peut poser comme allant de soi que chacun est soumis à un pouvoir ecclésiastique, en outre du pouvoir séculier, il arrivera souvent que les mesures destinées à corriger quelque mal et qui ne tendraient qu'à empirer le mal, si elles étaient prises sous l'empire de la rude contrainte exercée par l'Etat, pourront être abandonnées sans danger à la pression plus douce du pasteur des âmes. Mais que cette soumission ecclésiastique ne soit plus règle fixe, il ne peut presque plus se présenter de désordres dans lesquels ce ne soit plus que l'État, l'État seul, qui puisse intervenir. C'est un esclavage pour les citoyens ; mais on les empêche de s'en apercevoir, en leur faisant accroire que la transformation du système gouvernemental dans le sens du gouvernement de la nation par ellemême leur procurera un degré de liberté inconnu auparavant 2 . Quand le peuple, c'est-àdire chacun, est le maître, comment quelqu'un serait-il serf? demande-t-on. Mais cette maxime
x. Pensées ctun homme et Etat, p. 14, 15.