‹ Pour la FinlandeChapitre 2 sur 78 · JAN · texte numérisé non relu

JAN

Wir wollen frei sein, wiedie Vater waren.

Schiller.

Comme Font fait savoir les journaux, six personnes appartenant à des pays différents s'étaient, après entente, rencontrées à Saint-Pétersbourg dans les premiers jours de l'été, pour remettre au tsar une collection de suppliques et d'adresses de protestation au sujet des affaires finlandaises, signées d'environ 1050 noms connus : hommes d'Etat, savants, littérateurs. Les jour-

naux ont également annoncé que l'audience que ces six personnes avaient demandée, par divers intermédiaires, leur avait été refusée. Aussi le paquet d'adresses, enfermé dans sa précieuse couverture, est-il maintenant conservé en dépôt à la Bibliothèque royale de la Haye. Les événements de cette mission, les courses des six députés dans le monde des hauts fonctionnaires de Russie, mais surtout l'accueil qu'ils reçurent en Finlande à leur retour, sont si dignes de remarque qu'un compte rendu même assez détaillé peut prétendre à intéresser le grand public. Du reste, en l'écrivant, l'auteur ne fait que s'acquitter d'un engagement pris à la fois envers ses co-délégués et envers l'élite

du peuple finlandais à Helsingfors.

Quiconque lit les journaux connaît déjà dans ses grands traits le conflit juridique qui s'est élevé entre la Finlande et des membres du gouvernement russe, auxquels, pour le moment, l'empereur prête l'oreille. Un aperçu sommaire de cette question suffit donc à rafraîchir les souvenirs de chacun.

Il y aura bientôt un siècle, le tsar de toutes les Russies a succédé au roi de Suède sur le trône grand-ducal de Finlande. La situation juridique du grand-duché devenait dès lors celleci : la Finlande est unie à la Russie, elle ne lui est pas incorporée. Le souverain qui portait la couronne russe porterait aussi à l'avenir la couronne de Finlande. Mais par ailleurs

le grand-duché devenait un Etat autonome à côté de l'empire de Russie.

Naturellement, par suite du lien étroit existant entre les deux Etats, certaines questions appelaient un règlement et une solution uniformes des deux côtés. Sur la manière de réaliser cet accord, il n'a jamais régné le moindre doute tant que l'union a vraiment existé. Après une discussion commune entre les deux gouvernements, on édictait des ordonnances identiques dans chaque pays, en observant les conditions à remplir de part et d'autre pour que ces mesures pussent entrer en vigueur. Et en Finlande, ces conditions, prises dans leur ensemble, étaient les mêmes que dans les Etats dits constitutionnels.

Un recès de la diète du 26 janvier 1779 ava it exigé autrefois que le roi de Suède, à son avènement au trône, prêtât le serment de fidélité aux droits du royaume, y compris la Finlande. Depuis l'union avec la Russie, ce serinent fut prêté solennellement et sans restrictions successivement par les cinq souverains, y compris celui qui règne actuellement.

Parmi ces droits, les plus importants sont sans nul doute ceux qui découlent des deux lois suivantes. Le § 40 de la Forme de Gouvernement de 1772 ne permet de modifier une loi existante que si des quatre états de la diète :

noblesse, clergé, bourgeoisie, paysans, trois au moins y ont consenti; et le § 71 de la loi organique de la diète de

1869 accentua cette prescription en matière de lois fondamentales et de privilèges des ordres en déclarant que toute modification à ces dernières lois, en un mot, toute réforme constitutionnelle, exigerait pour être valable, outre l'initiative du souverain, l'approbation unanime des quatre états.

Non moins importantes que les deux principes ci-dessus sont les principales dispositions de la loi militaire finlandaise du 27 décembre 1878, et en particulier le précieux article qui définit en ces termes la tâche légale des forces militaires finlandaises : défendre le trône et la patrie et contribuer ainsi à la défense de l'empire.

Pour les Finlandais, et en général pour les Occidentaux, les Hollandais

en particulier, le sens et la valeur de tels serments, de telles prescriptions, ne sauraient être douteux. Pour les Hollandais en particulier, parce que, il n'y a pas encore dix ans, un lien analogue à celui qui réunit à l'empire des tsars le grand-duché qui Tavoisine existait entre leur patrie et le Luxembourg. Union ici, union là-bas : union, il est vrai, personnelle pour le Luxembourg, et réelle pour la Finlande. Mais des deux côtés, union entre Etats placés sur le même rang et non pas subordonnés l'un à l'autre. Chez nous, comme là-bas, la nécessité a pu s'imposer quelquefois aux deux gouvernements de cherchera s'entendre. Mais jamais de pouvoir législatif commun, jamais de disposition légale destinée, comme

émanant d'un pouvoir de ce genre, à entrer en vigueur à la fois dans l'un et dans l'autre territoire. Cependant ce qui, pour un Hollandais et, en général, pour un Occidental de quelque culture, est clair comme le jour, ne l'est pas nécessairement pour l'intelligence d'un Russe même cultivé. Les conseillers qui pour l'instant jouissent de la confiance impériale, et parmi lesquels il en est sûrement qui ne manquent ni d'intelligence, ni de distinction d'esprit, ont, si incroyable que cela puisse paraître, une tout autre conception des choses. On sait comment, il y a un an environ 1 , le grandduc convoqua pour le mois de janvier suivant (1899) une diète extraordinaire

Page 1