Élexew, Les Prétentions^ p. 15 et
provinciales, mais ne s'étend à rien de moins qu'à l'indépendance politique dans les formes de l'autonomie nationale. Non point une province en possession d'un certain nombre de privilèges définis, mais un Etat avec son existence propre, relié à l'empire de la manière la plus lâche possible, gouverné nominalement par
l'empereur, en réalité par les quatre Etats de la diète, tel est la Finlande idéale qu'ils rêvent « Tel leur idéal, — et ils n'ont pas manqué de s'efforcer d'en effectuer par des moyens détournés au moins un commencement de réalisation. La première habileté mise par eux en jeu a été purement et simplement la falsification d'un document authentique l . La lettre patente du Tsar avait été rédigée en russe, et ses fidèles Finlandais en donnèrent en suédois une traduction a: officielle » ; or, on n'inséra dans cette traduction pas moins de six petites modifications du texte, dont le but évident était de tordre les
i. Ceci est une découverte cI'Ordine. Il en a parlé pour la première fois dans ses remarques sur la traduction de l'opuscule de MECHELiN;il y est ensuite revenu plus en détail aux p. 338- 341 du second volume de la Soumission de la Finlande. Comp. J. R. Danielson, Finlands Vereinigung mit dent russischen Reiche, 1891, p. 5, 6, 129 et suivantes.
promesses impériales dans le sens des désirs des «: patriotes ». Premièrement, les mots à nouveau disparurent du préambule ; ensuite, la religion, que l'empereur promettait de maintenir, devint la religion du pays; de plus, les sujets de l'empereur à qui s'adressaient ces promesses devinrent les habitants; les lois primitives dont le maintien était garanti se virent transformées en lois fondamentales par le bon plaisir des traducteurs ; les constitutions de la fin de la pièce furent la constitution dans le texte suédois, et enfin la lettre patente de l'empereur se trouva par magie transfigurée en acte de sûreté en style vieux-suédois. Traduttore traditore !
« Il est de fait impossible de méconnaître la traîtreuse intention de ces six a: amendements ». La suppression des mots à nouveau devait supprimer toute filiation entre la lettre patente, habillée à la finlandaise, et la circulaire impériale, plus vieille d'un an, envoyée aux cabinets de l'Europe, dans laquelle se trouvaient bien les promesses gracieuses répétées dans la lettre patente, mais aussi la désagréable assertion que la Finlande était une province conquise. On parlait ensuite de religion du pays pour substituer
à la promesse de liberté religieuse pour les individus celle du maintien de la suprématie des évoques et des pasteurs luthériens. La troisième falsification étendait les grâces accordées par le Tsar aux Finlandais qui avaient fait leur soumission, aux habitants du pays, donc à ceux aussi qui tenaient encore la campagne les armes à la main. Mais les trois derniers changements du texte avaient une bien plus grande portée encore. Ils n'allaient à rien de moins qu'à transformer la parole de l'autocrate russe, faisant connaître sa volonté en vertu du droit de conquête, pour n'en plus faire que l'expression des sentiments d'un prince de modèle suédois, lié par les quatre Etats, qui s'assurait un nombre restreint de prérogatives au moyen d'un contrat bilatéral, conclu entre lui et les élus de ses sujets. Il est clair que la marchandise que l'on voulait introduire sous le pavillon des lois/0/1damentales consistait dans les actes suédois de 1772 et de 1789. La constitution, au singulier, qui était censée maintenue, était ainsi tout l'ensemble des institutions grâce auxquelles, sous l'empire de ces documents suédois, les États du royaume, les chefs des nobles en tête, avaient
tenu à Stockholm le roi sous leur tutelle. Et enfin la lettre patente fut appelée acte de sûreté pour donner à la cérémonie de Borgà la couleur d'un acte libre du peuple finlandais, qui, par l'organe de sa diète, au sens du passé, avait choisi pour chef de Y État l'empereur de Russie à la place de son beau-frère, mais cela sous la garantie d'un contrat ferme, liant les deux parties. Il faut reconnaître que c'était extrêmement habile.
« Il va de soi qu'Alexandre n'avait pas songé un seul instant à dire les choses que ses fidèles Finlandais lui ont mises dans la bouche au moyen de leur traduction. En particulier il n'avait en aucune sorte été question pour lui de laisser en vigueur les deux pièces suédoises connues sous les noms de (( forme de gouvernement », de 1772, et d' « acte d'union et de sûreté », de 1789. Le nœud de la question qui sépare les publicistes russes et les séparatistes finlandais se trouve dans les deux mots que la traduction de la lettre patente rend par lois fondamentales. Dans le texte russe il y a korennyié zakony, et il n'était pas permis de rendre korennyié par fondamentales, puisqu'en russe on dirait néces-
sairement pour cela osnovnoï. L'adjectif du texte russe désigne une précédence, non logique, mais chronologique, il a rapport à ce qui est séculaire, non à ce qui est principiel. Il n'est donc pas applicable à des pièces éphémères comme les deux documents suédois, qui, sans doute, ont été pratiquement en vigueur jusqu'à la conquête, mais qui alors n'étaient vieux, l'un que de trente-sept ans, l'autre que de vingt ans 1 . « Ce serait du reste chose bien étonnante, si Alexandre avait voulu maintenir en vigueur ces deux éléments essentiels de l'héritage juridique laissé par la Suède, qu'il eût négligé de les confirmer expressément, et même qu'il les eût entièrement passés sous silence. Il fit peu de temps après publier une nouvelle édition du code de 1734, ce sanctionnée pour la Finlande par Sa Majesté impériale », dit le titre : il a de même reconnu en propres termes le a: statut « ecclésiastique » de 1686; mais quant à la « forme de gouvernement » de 1772, et à 1' ce acte d'union et de sûreté » de 1789, quand les a-t-il ne fût-ce que mentionnés, quand son