‹ Pour la FinlandeChapitre 34 sur 78 · Élexew, Les Prétentions, p. 32 et · texte numérisé non relu

Élexew, Les Prétentions, p. 32 et

titre, abrégé, le nomme, par exemple, Tsar de Sibérie, de la Chersônèse Taurique, de. Géorgie. Ces provinces ne sont-elles donc pas des parties intégrales dé la Russie? Quand donc, dans' son titre le plus succinct, Sa Majesté se nomme Tsar de toutes les Russies, Tsar de Pologne, Grand- Duc de Finlande, il ne fait que viser les deux dernières provinces ajoutées à son territoire d'Europe. Il n'y arien de plus 1 , d

« En outre, ce qui s'est passé à Borgà et immédiatement après contredit directement les idées que les modifications introduites dans le texte suédois de la lettre patente ont pour but d'accréditer. Il ne s'est point tenu de diète dans le sens des institutions suédoises des quatre Etats réunis pour collaborer à l'œuvre de la législation et du gouvernement. Ceux qui se sont rendus à Borgà étaient des représentants des quatre groupes formant la population, venus pour rendre hommage à leur nouveau maître, et celuici a profité de leur présence pour les consulter sur des affaires dans lesquelles ils étaient versés

i. Élenew, Les Prétentions, p. 66. — Comp. l'article de Baschmakoff dans la livraison de juin 1896 de la Revue politique et parlementaire.

et que lui-même connaissait mal l . C'était l'organisation et l'entretien des milices finlandaises, la réforme de l'assiette de l'impôt, le passage du système monétaire suédois au système russe et enfin l'institution du Conseil de régence. La plupart des humbles vœux relatifs aux deux premiers points qui furent soumis à la décision de Sa Majesté, furent exaucés. En revanche, la question monétaire fut réglée vers la fin de l'année d'une manière qui ne tenait aucun compte du préavis des députés, et quant au règlement sur l'institution du Conseil de régence, il fut arrêté sans que l'on eût même consulté les députés quand on en eut fait une nouvelle rédaction, et — voilà qui est décisif — ce règlement ne disait pas un mot de projets de lois que le Conseil de régence eût à élaborer pour les soumettre aux délibérations dé la diète. Ce silence serait inconcevable si l'empereur avait eu la moindre intention de laisser subsister une diète législative 2 . Bref, il n'y a pas trace ici de la puissante diète de l'époque suédoise, et bien moins encore d'un contrat bilatéral, conclu

i. Élenew, Les Prétentions, p. 10, 25 et suivantes. 2. Élenew, Les Prétentions, p. 17.

par rassemblée, en qualité d'organe du peuple finlandais, avec un prince librement choisi, sur le pied de l'égalité entre les parties. Ce qu'il y a, c'est un conquérant qui, dans sa bonté, s'abstient de prononcer le vœ victis à l'égard de ceux qu'il a vaincus et qui sont venus faire leur soumission.

<i Comment, du reste, en aurait-il été autrement? Il suffit de parcourir les deux documents qu'Alexandre est censé avoir ratifiés, pour s'assurer que jamais un Tsar de Russie qui n'eût pas perdu l'esprit eût apposé son sceau, sachant ce qu'ils contenaient, à ces élucubrations des politiciens suédois. L'article premier de la Forme de Gouvernement de 1772 dit que le roi doit appartenir à la confession luthérienne d'Augsbourg. L'article 3 lie la succession au trône aux dispositions prises à diverses époques à Stockholm, à Westeràs et à Norrkôping, et ainsi de suite ; mais le plus fort est sans doute ceci, que dans le document qu'à son accession au trône le roi était obligé de signer et de confirmer sous serment en vertu de la constitution de 1772, il devait faire la déclaration suivante : « Nous <r assurons de la manière la plus énergique que

ce Nous avons l'intention • de gouverner l'Etat « d'après la loi fondamentale, acceptée par <r Nous; et, repoussant pour. toujours,. comme <( cela a été fait par Nous, l'odieux absolutisme ce royal, ou bien ce que l'on nomme la sbuve-; <c raineté, Nous considérons toujours comme le (( plus grand honneur pour Nous d'être le pre- «-mier citoyen au milieu d'un peuple fidèle et «libre. » L'horreur de l'autocratie aurait été contresignée par un autocrate russe ! Ce serait un fait unique dans l'histoire 1 . »

'« Si l'on* n'est pas encore convaincu par ce qui précède, voici une expérience décisive.

Qu'un -juriste se soit formé une certaine notion d'un rapport juridique quelconque, on pourra avoir confiance dans l'exactitude de sa conception, à la condition qu'elle entre sans. effort dans le cadre d'une des figures juridiques reconnues par la science comme concevables dans Ja matière dont il s'agit. Or, l'idée du status politique de la Finlande admise du côté russe répond parfaitement à cette condition. - « La Finlande, affirme-t-on, est une province

: i. Élenew, Les Prétentions^ p. 51, 52. . - ^

<f de là Russie, soumise comme lé reste- 'de •«""l'empire du Tsar à la souveraineté du mo- « narqùe ; toutefois elle est restée,'pàf la faveur a de celui-ci,, en possession de quelques pafti- <c cularités provinciales et d'une certaine autoce nomie locale, qui lui restent assurées dans la < mesure et pouf le tempsoù'le tsar jugera que ce c'est compatible avec ses devoirs de patron à de l'empire dans son ensemble. » Icise trouve la simplicité qui doit servir de sceau à la vérité. Quel contraste forme avec cette conception si nette l'édifice dogmatique laborieusement érigé parles sages d'Helsingfors, l'enchevêtrement de leurs idées, leurs oscillations d'une conception à l'autre, l'absurdité qui résulte du tout. Jusqu'à ces derniers * temps, leur credo relatif au status de leur patrie revenait à ceci : la Finlande, selon eux, était un État distinct, rattaché à la Russie uniquement par ce qu'ils appelaient une union réelle, c'est-à : dire par une union en vertu de laquelle celui qui porte la couronne du Tsar de par . le droit de succession en vigueur pour la Russie, a droit par cela même à porter la couronne du grand-duché. Telle est la thèse des juristes, Mechelin, Bergh, et Montgomery; la

thèse aussi des historiens Koskinen, Castaén et Danielson. Il s'élevait cependant contre elle une formidable objection. L/union réelle laisse subsister intacte l'absolue souveraineté des parties dont elle est formée, chacune restant complètement maîtresse chez elle, non seulement pour organiser à sa guise sa vie domestique, mais aussi pour régler ses rapports avec l'étranger. Mais les séparatistes les plus endurcis ne pouvaient pas prétendre que ce fût le cas pour la Finlande ; ils reconnaissaient l'hégémonie de la Russie pour ce qui concerne la politique internationale. Donc la thèse de Mechelin semblait ne pas pouvoir se défendre ; on dut même reconnaître que les rapports entre la Finlande et l'empire du Tsar ne pouvaient pas se comparer avec ceux qui existent entre les Etats-Unis d'Amérique, ou entre les

Etats unis en empire d'Allemagne, ou entre les cantons de la Confédération suisse ; en effet, dans ces trois cas, chacun des membres a sa part dans la souveraineté de l'ensemble, de l'union ; mais dans le cas de la Finlande, la Russie seule est souveraine pour décider ce qui concerne les rapports avec l'étranger. Que faire ?

Le professeur Hermanson découvrît à la fin la formule magique qui devait tirer les séparatistes d'affaire. Il rattacha sa doctrine sur le status de la Finlande à des figures juridiques qui, bien que fort rares actuellement, ont été fréquentes au temps de la féodalité. Au moyen âge on a connu des unions entre suzerain et vassal, de telle sorte que l'autorité suprême, spécialement pour décider de la guerre et de la paix avec les voisins, appartenait au suzerain. « Pourquoi » ) demanda le professeur Hermanson, et il a converti son collègue Danielson à sa manière de voir, a pourquoi n'admettrait-on pas l'existence a d'une union de ce genre entre l'empire russe a et la Finlande ? » — Pourquoi ? répondonsnous. « Parce que la Finlande diffère d'un de « ces anciens États vassaux en ceci, que son a grand-duc » serait son suzerain, vassal et <l suzerain en une seule personne. C'est une a: impossibilité. Si je suis seigneur, c'est de <c quelqu'un d'autre ; subordonné, c'est à quela qu'un d'autre. Je ne puis être placé au-dessus a ou au-dessous de moi-même 1 . y>

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