AVANT-PROPOS
Le KR. P. Caussette, que cite le KR. P.
Fayollat dans son livre sur l'Apostolat de la Presse, appelle les romans une ##vention diaboligue. Je ne suis pas éloigné de croire que le digne religieux a parfaitement raison. Le roman, surtout le roman moderne, et plus particulièrement encore le roman français me paraît être une arme forgée par Satan luimême pour la destruction du genre humain.
Et malgré cette conviction J'écris un roman!
Oui, et je le fais sans scrupule ; pour la raison | qu'il est permis de s'emparer des machines de guerre de l'ennemi et de les faire servir à battreen brèche les remparts qu'on assiège. C'est même une tactique dont on tire quelque profit sur les champs de bataille.
On ne saurait contester l'influence immense qu'exerce le roman sur la société moderne.
Jules Vallès, témoin peu suspect, a dit : ‘ Combien j’en ai vu de ces jeunes gens, dont un passage, lu un matin, a dominé, défait ou refait, perdu ou sauvé l'existence. Balzac, par exemple, comme il a fait travailler les juges et pleurer les mères ! Sous ses pas, que de consciences écrasées ! Combien, parmi nous, se sont perdus, ont coulé, qui agitaient au-dessus du bourbier où ils allaient mourir une page arrachée à la Comédie humaïine.... Amour, vengeance, passion, crime, tout est copié, tout. Pas une de leurs émotions n’est franche. Le livre est là.” (1)
Le roman est donc, de nos jours, une puissance formidable entre les mains du malfaiteur littéraire. Sans doute, s’il était possible de détruire, de fond en comble, cette terrible invention, il faudrait le faire, pour le bonheur de l'humanité ; car les suppôts de Satan le feront toujours se-vir beaucoup plus à la cause du mal que les amis de Dieu n’en pourront tirer d'avantages pour le bien. La même chose peut se dire, je crois, des journaux.
(1) Citation du Père Fayollat.
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Cependant, il est admis, aujourd'hui, que la presse catholique est une nécessité, même une œuvre pie. C'est que, pour livrer le bon combat, il faut prendre toutes les armes, même celles qu'on arrache à l'ennemi ; à la condition, toutefois, qu'on puisse légitimement s'en servir. Il faut s'assurer de la possibilité de manier ces engins sans blesser ses propres troupes.
Certaines inventions diaboliques ne sont propres qu'à faire le mal: l'homme le plus saint et le plus habile ne saurait en tirer le moindre bien. L'école neutre, par exemple, ou les sociétés secrètes, ne seront Jamais acceptées par l'Eglise comme moyen d'action. Ces choses-là, il ne faut y toucher que pour les détruire ; il ne faut les mentionner que pour les flétrir. Mais le roman, toute satanique que peut être son origine, n'entre pas dans cette catégorie. La preuve qu'on peut s'en servir pour le bien, c’est qu'on s’en est servi ad ma- Jorem Dei seloriam. Je ne parle pas du reman simplement honnête qui procure une heure d'agréable récréation sans déposer dans l'âme des semences funestes ; mais du roman qui fortifie la volonté, qui élève et assainit le cœur, qui fait aimer davantage la vertu et haïr le
vice, qui inspire de nobles sentiments, qui est, ; en un mot, la contre-partie du roman infâme
Pour moi, le type du roman chrétien de combat, Si je puis m'exprimer ainsi, c'est ce livre délicieux qu'a fait un père de la Compa- 5 gnie de Jésus et qui s'intitule : Le Loman d'un F Fésuite. C'est un vrai roman, dans toute la | force du terme, et jamais pourtant Satan n’a à été mieux combattu que dans ces pages. | J'avoue que c’est la lecture du Xoman d'un {l F ésuite qui a fait disparaître chez moi tout | doute sur la possibilité de se servir avantageusement, pour la cause catholique, du roman proprement dit. Un ouvrage plus récent, Fean-Christophe, qui a également un prêtre pour auteur, n’a fait que confirmer ma convic- : tion. Puisqu'un père jésuite et un curé ont si si bien tourné une des armes favorites de Satan il contre la Cité du mal, je me crois autorisé à tenter la même aventure. Si je ne réussis pas, 4 il faudra dire que j'ai manqué de l'habileté | voulue pour mener l’entreprise à bonne fin; ci non pas que l’entreprise est impossible.
Un journal conservateur, très attaché au statu quo politique du Canada, répondant un jour à la Vérité, s'exprimait ainsi : “ L’aspira-
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tion est une fleur d'espérance. Si l’atmosphère dans laquelle elle s'épanouit n'est pas favorable, elle se dessèc'ie et tombe; si, au contraire, l’atmosphère lui convient, elle prend vigueur, elle est fécondée et produit un fruit ; mais si quelqu'un s’avise de cueillir ce fruit avant qu'il ne soit mûr, tout est perdu. La maturité n'arrive qu'à l'heure marquée par la Providence, et il faut avoir la sagesse d’attendre.” (1) Dieu a planté dans le cœur de tout Canadien-français patriote, ‘“ une fleur d'espérance.” C’est l'aspiration vers l'établissement, sur les bords du Saint-Laurent, d'une Nouvelle France dont la mission sera de continuer sur cette terre d'Amérique l'œuvre de :ivilisatir" chrétienne que la vieille France a poursuivie avec tant de gloire pendant de si longs siècles. Cette aspiration nationale, cette fleur d'espérance de tout t : peuple, il lui faut une atmosphère favorable j,our se développer, pour prendre vigueur et produire un fruit. J'écris ce livre pour contribuer, selon mes faibles moyens, à l'assainissement de l'atmosphère qui entoure cette fleur précieuse; pour détruire,
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