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si c'est possible, quelques-ures des mauvaises herbes qui menacent de l'étouffer.
La maturité n'arrive qu'à l'heure marquée par la divine Providence, sans doute. Mais l’homme peut et doit travailler à empêcher nue cette heure providentielle ne soit retardée; i peut et doit faire en sorte que la maturation se poursuive sans entraves. ÂAccuset-on le cultivateur de vouloir hâter indûment l'heure providentielle lorsque, le printemps, il pro! ége ses plants contre les vents et les gelées et concentre'su: eux les rayons du soleil ?
Entre l'activité inquiète et fiévreuse du matérialiste qui, dans son orgueil et sa présomption, ne compte que sur lui-même pour réussir, et l’inertie du fataliste qui, craignant eftort, se croise les bras et cherche à se persuader que sa paresse n’est que la confiance en Dieu; entre ces deux péchés opposés, et à égale distance de l’un et de l’autre, se place la vertu chrétienne qui travaille autant qu'elle prie ; qui plante, qui arrose et qui attend de Dieu la croissance.
Que l'on ne s'étonne pas de voir que mon héros, tout en se livrant aux luttes politiques, est non seulement un croyant mais aussi un
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pratiquant, un chrétien par le cœur autant que par l'intelligence. L’abbé Ferland nous dit, dans son histoire du Canada, que ‘“ dès les commencements de la ‘colonie, on voit la religion occuper partout la première place ”.
Pour atteindre parmi les nations le rang que la Providence nous destine il nous faut reve:
nir à l'esprit des ancêtres et remettre la reli-
gion partout à la première place ; il faut que:
l'amour &e la patrie canadienne-française soit étroitement uni à la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ et au zèle potr ia défense de son Eglise. L'instrument dont Dieu se servira pour constituer définitivement la nation canadienne-française sera moins un grand orateur, un habile politique, ou un fougueux agitateur, qu'un parfait chrétien qui travaille, qui s'immole et qui prie; moins un Kossuth qu'un Garcia Moreno.
Peut-être m'accusera-t-on de faire des rêves patriotiques qui ne sauraient se réaliser jamais. :
Ces rêves, —si ce ne sont que des rêves, — m'ont été inspirés par la lecture de l’histoire de la Nouvelle France, la plus belle des temps
modernes, parce qu'eie est la plus imprégnée
du souffle apostolique et de l'esprit chevaleresque. Mais sont-ce purement des rêves ?
Ne peut-on pas y voir plutôt des espérances que justifie le passé, des aspirations réalisables vers un avenir que la Providence nous réserve, vers l’accomplissement de notre destinée nationale ?
Rêves ou aspirations, ces vensées planent sur les lieux que j'habite : sur ces hauteurs, témoins des luttes suprêmes de nos pères ;
elles sortent de ce sol qu'ont arrosé de leur.
sang les deux races vaillantes que j'aime, je puis le dire, également, parce qu'également j'appartiens aux deux.
Ma vie s'écoule entre les plaines d'Abraham et les plaines de Sainte-Foye, entre le champ de bataille où les Français ont glorieusement succombé et celui où glorieusement ils ont pris leur revanche. Est-il étonnant que dans cette atmosphère que des héros ont respirée il me vienne des idées audacieuses ; qu'en songeant aux luttes de géants qui se sont livrées jadis ici pour la possession de la Nouvelle France, j'entrevoie pour cet enjeu de combats mémorables un avenir glorieux ?
Est-il étonnant que, demeurant plus près de
Sainte-Foye que des plaines d'Abraham, je me souvienne sans cesse que la dernière victoire remportée sur ces hauteurs fut une victoire française ; que, tout anglais que je suis par un côté, j'aspire ardemment vers le triomphe définitif de la race française sur ce coin de terre que la P-ovidence lui a donné en partage et que seule la Providence pourra lui enlever ?
Pendant mes vingt années de journalisme, je n'ai guère fait autre chose aue de la polémique. Sur le terrain de combat où je me suis constamment trouvé, j'ai peu cultivé les fleurs, visant bien plus à la clarté et à la concisior: qu'aux ornements du style. Resserré dans les limites étroites d’un journal à petit format, j'ai contracté l'habitude de condenser ma pensée, de l’exprimer en aussi peu de mots que possible, de m'en tenir aux grandes lignes, aux points principaux. Qu'on ne cherche donc pas dans ces pages le fini exquis des détails qui constitue le charme de beaucoup de romans. Je n'ai pas ia prétention d'offrir au public une œuvre littéraire délicatement ciselée. ni une étude de mœurs patiemment fouillée ; mais une simple ébauche où,
à défaut de gracieux développements, j'ai tâché de mettre quelques idées Sugoestives que l'imagination du lecteur devra compléter. Si tel homme public, journaliste, député ou : Ministre, retrouve dans ces Pages certaines de ses thèses favorites sur les lèvres ou sous la plume de Personnages peu recommandables, qu'il veuille bien croire que je combats, non Sa personne, mais ses doctrines.
J.-P. Tarniver.
Chemin Sainte-Foye, près Québec, Jeudi Saint, 1895.