‹ Pour la patrie [microforme]Chapitre 36 sur 69 · DL · texte numérisé non relu

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d'avancement personnel. Quand la grande victoire serait remportée, il ne chercherait qu'à s'effacer, qu'à rentrer dans l'obscurité d'une vie modestement utile à ses compatriotes. Le souvenir de sa douce Marguerite, l'affection de son enfant, la conscience d’avoir fait un sacrifice immense pour l'amour de son pays, c'était plus qu'il ne fallait pour remplir son cœur en ce monde. Il sentait qu'il pouvait, non seulement sans envie, mais avec bonheur, voir d’autres occuper le poste élevé auquel, dans le passé, 1l se croyait appelé. Il lui suffisait de penser que ce poste de chef de la Nouvelle France libre n'aurait jamais pu exister sil n'avait immolé son plus grand amour humain.

Car il voyait aussi clairement que si c'était écrit en toutes lettres devant lui, que la conversion de Ducoudray avait été accordée en récompense de son sacrifice. Convaincu que cette grâce était la réponse du ctel à son libre abandon de son bonheur, il ne pouvait douter de l'efficacité du moyen que la Providence adoptait pour opérer le salut du pays.

‘était donc sans l'ombre d’une inquiétude dans l'âme qu'il se présenta à l'archevêché.

Il fut aussitôt conduit au grand salon où

l'archevêque de Montréal, entouré de tous ses suffragants et de plusieurs évêques des deux autres provinces ecclésiastiques de Québec et d'Ottawa, attendait évidemment sa visite. Le député mit un genou en terre et demanda la bénédiction du vénérable métropolitain.

— Mon cher enfant, dit le vieil évêque, dans une effusion de paternelle affection, que le bon Dieu vous bénisse et qu'Il vous accorde la grâce de supporter chrétiennement la grande épreuve qui vous est rése!

À ces mots, Lamirande se sentit foudroyé.

Il se releva, pâle et chancelant. La chambre

tournait autour de lui comme une immense

roue. I} dut s'appuyer sur le dossier d’un fauteuil pour ne pas tomber.

—- Monseigneur, s'écria-t-il enfin, expliquezvous, je vous en prie ! Est-il possible que vous n'ayez rien trouvé qui puisse nous aider à déjouer la conspiration infernale qui existe, j'en suis convaincu ?

Tous les prélats s'étaient levés et faisaient cercle autour de l'archevêque de Montréal et du député.

— Hélas ! réponuit le vieillard, loin de

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n'avoir rien trouvé, j'ai trop trouvé.... C'est épouvantable.

Et un frémissement de douleur le secoua.

Il était aussi ému que Lamirande. Celui-ci passa subitement de l'abattement à la joie.

—- Je comprends, Monseigneur, dit-il, que vous ayez été épouvanté, car à la lecture de ces pièces vous avez dû vous trouver en face de l'enfer. Mais plus la conspiration est clairement diabolique, plus il sera facile de la faire échouer.

— Mon pauvre ami, reprit l'évêque, vous ne pouvez pas deviner la vérité. J'ai demandé, tout à l'heure, au bon Dieu de vous accorder la grâce de supporter, en chrétien, une grande épreuve. Cette épreuve, la voici: j'ai trouvé dans les papiers que M. Ducoudray m'a remis tout ce que vous soupçonnez et probablement davantage; mais je ne puis pas vous permettre de vous en servir!

— Pourquoi, Monseigneur ? s’écria Lamirande vivement intrigué mais nullement découragé.

— Venez-voir, dit |. que en conduisant le député vers une table chargée de lettres.

—- Voyez ces lettres, continua-t-il ; lisez-en quelques-unes ; ... prenez-les au hasard.

Lamirande obéit. A son tour il murmura : ‘“ C'est épouvantable !”

— Il y en a cinq cent trente-sept comme les cinq que vous venez de lire, reprit l'évêque, et elles disent toutes la même terrible chose. Examinez-les. Elles viennent de toutes les parties du pays. J'ai commencé à en recevoir, le jour même de la mort de Ducoudray, de Montréal et des environs. Puis, à mesure, évidemment, que la nouvelle se répandait, elles me venaient de partout. J'en ai reçu aujourd'hui du fond de la Gaspésie et du lac Abitibi. Les unes sont mal écrites, mal orthographiées ; d’autres ne contiennent pas une faute de français et l'écriture indique l'habitude d'écrire ; il y en a qui sont écrites au mécanigraphe, d'autres au crayon. Il n'y en a pas deux écrites de la même main ou sur la même sorte de papier ; pas deux enveloppes pareilles ; rien, enfin, qui indique une mystification; et Dieu sait que mes vénérables collègues et moi avons cherché la preuve de cette mystification que nous soupçonnions fortement tout d’abord. Mais plus nous cherchions cette

preuve, plus nous trouvions la preüve du contraire. Enfin, la conviction s'impose à nous tous que ces lettres ont réellement été écrites de partout.

— Oui, monseigneur, reprit vivement Lamirande, écrites de partout, sans doute, mais en vertu d'un mot d'ordre parti de Montréal !

— C'est possible, cher monsieur ; je dirai . même que c'est certain. Mais songez-y bien, et vous vous convaincrez comme nous que ce mot d'ordre que nous admettons ne fait qu'ajouter à l'horreur de la situation, loin de la diminuer. Nous avons là la preuvé qu'il existe une organisation épouvantable qui, a des ramifications dans toutes les parties du pays, et qu'une seule main conduit, qu'une séule tête dirige.

— Mais est-il possible de croire que notre pays soit possédé à ce point par le démon !

— Hélas ! hélas! nous en avons Îà la preuve, répliqua le prélat en indiquant de la main le monceau de lettres. Il y a huit.jours, un ange du ciel me l'aurait dit que je l’eusse à peine cru. Il faut bien se rendre à l’évidence de ces terribles lettres. Mon Dieu!

mon Dieu ! quelle désolation |

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