CHAPITRE XXIV
Per infamiam et bonam famam,
Parmi la mauvaise et la bonne réputation.
(2 Cor. vtr. 8.)
Au sortir de la séance, Lamirande et Leverdier, Houghton et quelques autres députés de l'opposition se réunirent.
— Mon cher Lamirande, dit Houghton, qu’allons-nous faire ? Que pouvons-nous faire ? Nous avons le droit, le bon sens, la justice, toutes les plus belles choses du monde, de notre côté; mais nous avons contre nous les gros bataillons. La deuxième et la troisième lecture de ce projet d’iniquité se voteront infailliblement, à une immense majorité, comme la première lecture vient de se voter, .... à moins que la province de Guébec ne se réveille, et rien n'indique que son sommeil soit près de finir.
— Rien ne l'indique extérieurement, répondit Lamirande, mais je l'espère tout de même :
et cet espoir n'est pas un sentiment vague, il repose sur un fondement solide : le dévouement, le patriotisme, l'esprit de sacrifice de notre clergé. Dans quelques jours, il peut se produire un événement qui réveillera la province de Québec comme jamais pays n’a été
réveillé.
— Puisque vous avez un tel espoir, dit Houghton, nous devons nous organiser en vue de gagner du temps. Il faut retarder la deuxième et la troisième lecture autant que
possible.
Le lendemain la bataille commença.
Des deux côtés, il fallait user d’une grande
habileté.
Le gouvernement, tout en pressant
l'adoption du néfaste projet, devait bien se garder de laisser voir une hâte indécente qui aurait pu exciter les soupçons des uns et froisser les susceptibilités des autres. Beaucoup
de députés ministériels voulaient parler sur
cette question si importante. Leurs discours. étaient préparés depuis longtemps. Leur imposer silence, c'eût été aussi imprudent que de condamner la soupape de sûreté d'une
. machine à vapeur. L'opposition pouvait cri-
green rat amer trempe tien, Srventet nnbhenr se rotor: : :
tiquer, combattre la mesure ; mais se livrer à une obstruction trop apparente, c'était fou:nir à la majorité le prétexte d'appliquer la redoutable clôture du débat.
A la proposition du gouvernement, ‘“ que le bill soit maintenant lu pour la deuxième fois ”, Houghton et Lamirande opposèrent l’amendement traditionnel: “ pas maintenant, mais dans six mois”. Puis les discours commencèrent.
Les attaques de l'opposition étaient tellement vigoureuses, tellement logiques que les ministres et les autres chefs du parti ministériel étaient bien obligés de répondre. S'ils avaient gardé le silence, comme c'était un peu leur intention, d’abord, la démoralisation aurait pu s’introduire dans le gros de l’armée. Donc, pendant cinq ou six jours, c'était un feu rrulant. Mais tout s’épuise ici-bas, même un débat parlementaire. Les principaux orateurs de l'opposition avaient vidé leur sac, et la répétition des mêmes arguments par des orateurs de mérite secondaire ne provoquaient plus que de courtes et rares répliques du côté ministériel. Tandis que dans les premiers jours de la discussion chaque discours prononcé à gauche de l'orateur faisait lever à droite trois ou quatre
à députés qui brûlaient d'y répondre ; maintenant nir les membres de l'opposition étaient obligés #. de se succéder les uns aux autres.
L'après-midi du septième jour, au commende cement de la séance, Lamirande, Houghton . et Leverdier étaient réunis pour discuter la de situation.
ans — Voilà une semaine que cela dure, dit * Houghton à Lamirande, et nous sommes ren- Île- dus au bout de nos forces. Avez-vous quelles ques nouvelles ? :
inis- — Pas encore, et je n'en attends guère S'ils | avant quatre ou cinq jours encore.
peu — Ne vaudrait-il pas mieux alors laisser rait voter la deuxième lecture ei nous reprendre onc, sur la discussion en ‘“ comité général ” et enfin ant. sur la troisième lecture ?
par- Leverdier penchait du côté de Houghton Op- mais Lmirande était d'avis contraire.
ition — Je ne puis me décider, fit-ii, à laisser ee voter la deuxième lecture maintenant, car quelne: que chose me dit que nous aurons plus tard riel.
: besoin des délais que nous pouvons obtenir en dis- ce . 2. » CR comité géi.éral ” et sur la troisième lecture.
Vous ne voyez là qu'un simple pressentiment, À
Se