‹ Pour la patrie [microforme]Chapitre 46 sur 69 · TRES PEINE ONG PENSER EDIT HIER NPA DONNÉE PRE DC · texte numérisé non relu

TRES PEINE ONG PENSER EDIT HIER NPA DONNÉE PRE DC

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pourrons commencer à huit heures. Par exemple, monsieur Lamirande, il faudra être prêt alors.

—Je ne demanderai certainement pas un nouvel ajournement, monsieur le président.

Et Lamirande, comment se prépara:t-il pour le jour de l'épreuve ?

Depuis des semaines il avait der:»ndé à toutes les communautés du pays &c sc mettre en prière. Maintenant, il télégraphia à toutes celles qu'il pouvait atteindre pour les exhorter à redoubler leurs supplications. Il visita toutes les maisons religieuses d'Ottawa pour solliciter leur aide spirituelle. Puis, il se renferma chez les pères capucins et passa les trois journées du samedi, du dimanche et du lundi dans le jeûne le plus rigoureux et la prière la pl:

ardente, Il avait donné rendez-vous à Lev dier, dans la bibliothèque du parlement, à sept heures et demie du lundi soir.

— Eh bien! dit-il en voyant son ami, aucune nouvelle de Mer de Montréal ?

— Aucune, répondit tristement Leverdier.

-— Que la volonté de Dieu soit faite |

ne

ier.

— Mon pauvre cher ami, que tu dois souffrir et que je souffre pour toi !

© — Je te remercie de tes sympathies, Leverdier, elles me sont très douces: mais tu as tort de me plaindre : je ne souffre pas du tout. Je n'ai jamais été plus calme qu’en ce moment, et rarement plus heureux.

— Mais l’autre jour tu semblais redouter beaucoup la terrible épreuve qui t'attend tout à l'heure |

— Je ne la redoute plus. Sans doute, à chair se révolte contre, l’humiliation ; mais l'âme, avec la grâce de Dieu, peut dompter la chair et éprouver, dans cette victoire, un bonheur indicible.

Ils se rendirent ensemble à la pièce où le comité devait se réunir. Elle était déjà remplie d'une foule de curieux. À huit heures précises, le président ouvrit la séance par la formule ordinaire: ‘“ A l’ordre, messieurs.”

— Monsieur Lamirande, fit le président, êtes-vous maintenant en état de produire des äocuments ou de faire entendre des témoins à l'appui de l'accusation que vous avez portée contre l'honorable secrétaire d'Etat ?

—- Je regrette d'être forcé de dire, monsieur

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le président, que je ne le suis pas, répondit Lamirande.

—— Alors, sans aucun doute, vous allez retirer l'accusation ?

— Je ne puis la retirer, car je sais qu’elle est fondée.

— Vous la savez fondée, mais vous n'avez aucune preuve à produire !

—— C’est exactement la position dans laquelle je me trouve.

—- Je n’ai pas besoin de vous dire, monsieur Lamirande, qu’une telle position n'est pas tenable ; vous devez le comprendre vous-même,

—— Je le comprends parfaitement, monsieur le président.

—— Et vous persistez dans votre refus de retirer votre accusetion ?

— Oui, monsieur le président.

Quelques sifflets se firent entendre au fond de la pièce. Le président ordonna qu'on fit silence. Montarval avait sur les lèvres un sourire plus mauvais qu’à l’ordinaire.

— Si le comité est d'avis, dit-il, que sa dignité et la dignité de la Chambre le permettent, je suis prêt à accorder encore une journée de délai à mon accusateur.

Ces paroles’ provoquent des applaudissements que le président réprime aussitôt.

— Le comité, dit-il, va délibérer à huis clos, et fera connaître sa décision.

Les assistants se retirèrent. Un quart d'heure plus tard la porte fut de nouveau ouverte au public.

— Le comité a résolu, dit le président, de faire rapport immédiatement à la Chambre de tout ce qui s'est passé. La Chambre se prononcera sur ce qu’il convient de faire.

— Mon pauvre Lamirande, dit Vaughan, au sortir de la séance du comité, je ne te comprends plus. Tu rends inévitable ton expulsion de la Chambre, tu cours au déshonneur politique, et, faut-il que je te le dise, au ridicule, qui est pire que tout le reste.

— Tu dois me supposer assez d'intelligence.

pour comprendre une chose aussi évidente.

— Alors pourquoi agis-tu de la sorte ?

—— Pour des raisons que tu approuveras un Jour.

—- Si tu n'étais pas aussi calme je te dirais de consulter un médecin. Mais de toute évidence ton cerveau ne souffre d'aucune fati-

guess...

-— [|] n'a jamais été mieux équilibré...

Mais laissons cela. Je veux, Vaughan, te faire une question et je te demande de me répondre sincèrement. Si je prouvais tout ce que dont j'ai accusé Montarval, serais-tu toujours favorable au projet du gouvernement ?

— Oui, mon ami, je le serais |

-— Tu voterais cette constitution quand même il te serait prouvé, clair comme le jour, qu'elle est le fruit d'une conspiration ténébreuse, qu’elle n'a qu'un but : l'écrasement de la race française et de la religion catholique!

— Oui, je la voterais même dans ces conditions ; car, tu le sais, je suis en faveur d’un Canada uni, d'un Canada grand, imposant.

Tu le sais également, je n'ai aucune haine contre la race française ni contre la religion catholique, loin de là. J’admire les efforts héroïques que tu fais pour les conserver. Mais, enfin, si la race française et la religion catholique ne peuvent pas saccommoder d'un Canada s'étendant d'un océan à l’autre, tant ‘pis pour elles !

. — Maïs crois-tu qu'un pays pourrait être vraiment grand, vraiment prospère, vraiment : heureux, s’il devait son origine à une conspi-

ration ourdie en haine d'une race, en haine surtout d'une religion ? N'est-ce pas que la vie nationale serait empoisonnée dans sa source même?

— Je te répondrai ce que les protestants répondent à ceux qui leur reprochent les crimes des fondateurs de leur religion : l'œuvre est bonne, malgré les fautes de ceux qui l'ont faite.

— Et trouves-tu cette réponse satisfaisante ?

— Elle ne l’est guère quand il s’agit de fonder une religion, car une bonne religion ne peut sortir d’une source impure. C'est pourquoi j'ai toujours dit que s’il y a une religion vraie et bonne, c’est la religion catholique, car elle seule a un Fondateur qu’on peut aimer et respecter. Mais il me semble que lorsqu'il s’agit d’une œuvre purement politique, on n’est pas tenu de la juger d’après les vertus ou les vices de ses auteurs, mais d’après ses mérites intrinsèques.

— Pourtant Celui que tu déclares digne d'amour et de respect a dit qu’un mauvais arbre ne saurait produire de bons fruits !

— Ah! soupira Vaughan, devenu pensif, si j'avais ta foi je verrais peut-être toutes choses comme tu les vois, même les choses politiques.

Puis les deux amis se séparèrent.

Lamirande constata que déjà plusieurs de ses collègues s’éloignaient de lui comme on s'éloigne d'un pestiféré ; que d’autres le regardaient comme un objet de curiosité, comme un toqué. Ces derniers étaient les plus charitables. Ils ne lui attribuaient pas de motifs inavouables, mais ils étaient bien persuadés que leur pauvre collègue était la victime d’une zdée fixe et qu'il serait bientôt à Saint-Jean de Dieu.

— Ma carrière est finie, se dit Lamirande.

Et une angoisse, lourde comme une montagne, vint s'abattre sur son cœur et l’écrasa affreusement. Il faillit crier. Mais cette douleur du

cœur, si grande qu’elle fût, ne put troubler son âme qui resta dans une union étroite avec

Dieu.

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